languefrancaise.net

Citations relevées dans “Les Prisons de Paris, par un ancien détenu”

  • Vous aviez peur de votre ombre, collée au mur entre l'horloge et le dressoir ; vous aviez peur du vent, qui faisait crier les volets en même temps qu'il sifflait des airs plaintifs par le trou de la serrure – (avoir peur de son ombre)
  • puis, quand venait l'heure de dormir, vous ne manquiez point, n'est-ce pas ? de regarder à trois fois sous votre couchette, avant d'y poser le pied. – (82867)
  • Un matin, après déjeûner, je mis le nez à la fenêtre, afin de régler la dépense de mon temps sur l'état de l'atmosphère. – (mettre le nez à la fenêtre)
  • il y a cent à parier contre un que les livres dont j'ai besoin seront à la reliure, et ce serait désagréable de faire un voyage inutile. – (il y a cent à parier contre un que)
  • Et si j'allais m'ensevelir dans un cabinet de lecture ? Fi donc ! l'air y manque, et si on le malheur de faire crier sa chaise en se remuant, tous les gobe-mouches lèvent la tête et piétinent de mécontentement – (gobe-mouche)
  • je me rappelai que le conseil de discipline de la neuvième légion m'avait signifié tout récemment un arrêt par lequel j'étais tenu de payer, en monnaie de geôle, l'assiduité que je mettais à ne pas monter ma garde. – (82868)
  • L'un des oisifs quitta son banc, et vint, une assiette à la main, m'inviter à payer ma bienvenue. –Tiens, pensai-je, il paraît que c'est ici comme au Dépôt de la préfecture de police, où le prisonnier le plus ancien et le plus madré prend les titres de prévôt ou de capitaine, et se charge de lever tribut sur les arrivants. – (bienvenue)
  • Je n'avais pas oublié la recommandation du geôlier. […] mais elle avait été si pleine d'arrogance que j'eus la faiblesse de marcher dessus. – (82869)
  • À cinq, on pria les prisonniers de monter au dortoir, qui, je crois me le rappeler, occupait le troisième étage. À cinq heures et demie, tout le monde était couché, et le bouclage (1) était fait pour jusqu'au lendemain matin à huit heures. [(1) On entend par bouclage, la fermeture des portes.] – (bouclage)
  • À huit heures, le geôlier nous déboucla, et nous descendîmes à la file les uns des autres dans notre prison de la veille – (déboucler)
  • Le plus ancien, qui comptait trois jours de prison, et qui, selon l'usage, portait le titre de capitaine ou de prévôt, prit une assiette en guise d'escarcelle, vida dedans la petite monnaie blanche qui cliquetait dans son gousset – (prévôt)
  • prit une assiette en guise d'escarcelle, vida dedans la petite monnaie blanche qui cliquetait dans son gousset, la posa sur la table et écarta les doigts avec un mouvement qui voulait dire : rien dans les mains, rien dans les poches. –Voici le produit des bienvenues, s'écria-t-il, ça se monte à vingt francs. – (rien dans les mains, rien dans les poches, bienvenue)
  • Nous prîmes place, ensuite, autour du poêle, que l'on bourrait jusqu'à la gueule, en disant : –Encore, encore une bûche, c'est la ville de Paris qui paye. – (bourré jusqu'à la gueule)
  • Un an plus tard, en passant dans la rue des Fossés-Saint-Bernard, je cherchai inutilement du regard l'hôtel Bazancourt. Il avait été démoli de fond en comble, et les gardes nationaux avaient été relégués dans une nouvelle prison cellulaire. – (58139)
  • Il y avait à peu près quinze mois que j'étais dehors de l'hôtel Bazancourt, quand un commissaire de police ordonna à deux de ses agents de me saisir au collet et de me boucler, au nom de la loi, dans un fiacre amené tout exprès devant ma porte. – (saisir au collet)
  • Le cocher se percha sur son siége de cuir graisseux, caressa du fouet l'échine de ses deux haridelles, et le fiacre s'engagea, au petit trot, dans un dédale de rues sombres et tordues – (56511)
  • Il était neuf heures du soir quand j'y fus introduit. Un sergent de ville dormait alors du sommeil des justes sur les planches luisantes du lit de camp – (du sommeil du juste)
  • trois autres faisaient un cent de piquet sur la table. Ils se pressèrent pour me faire une place au bout du banc, et je les regardai jouer sans rien voir. J'avais la tête ailleurs. – (avoir la tête ailleurs)
  • À dix heures, l'agent de police en bourgeois, chargé de veiller sur ma personne, me sembla murmurer des choses désagréables à part lui, et je vis bien, à sa manière de marcher à grands pas et à plusieurs de ses gestes, qu'il n'était guère plus content que moi. – (bourgeois)
  • Après cela, il me demanda si je voulais une paire de draps. –Parbleu, cela va sans dire. – (51500)
  • Vers sept heures du matin, ce fut bien pis ; de minute en minute, le tapage augmentait à rompre les oreilles. – (rompre les oreilles)
  • voilà que tout-à-coup ma porte s'ouvre et que l'on m'apporte un pain de munition tout frais cuit et une gamelle de bouillon à la Rumfort, où nageaient deux ou trois côtes de choux. – (60294)
  • Il est temps de vous lever. Et pourquoi cela ? Parce qu'on peut vous appeler à l'instruction, et qu'ici on n'attend pas. Diable ! diable ! murmurai-je, voilà un genre de vie dont je ne m'accommode guère. – (diable !)
  • Cette fois, le gardien était accompagné d'un bambin de douze ans, tout habillé de gris, comme le petit homme de la chanson, rieur et insouciant, comme on l'est à cet âge, et qui semblait se trouver là aussi à l'aise que dans les rues de Paris. […] Allons, môme (1), dépêche-toi de faire le lit et de balayer le cabanon, ordonna le surveillant. [(1) Pris en bonne part, ce mot veut dire enfant.] – (môme)
  • Dès que la besogne fut terminée, l'enfant se retourna vers moi et me fit des yeux en coulisses. Il n'était pas besoin d'avoir l'intelligence facile pour comprendre son désir, et je compris d'emblée. Tiens, mon petit bonhomme, voilà de quoi acheter une livre de pain blanc pour ton diner. – (oeil en coulisse)
  • Comme jadis à la Cour des Miracles, on y voit un souverain, quelque ancien forçat libéré, gausseur fameux et pipeur habile, qui prend le titre de prevôt, fait payer la bienvenue aux néophytes de l'endroit, et mange, en petit conciliabule, le produit de ses extorsions. – (pipeur)
  • Le panier-à-salade était en bas qui m'attendait. Un postillon, botté à l'écuyère, en culotte de peau râpée, avec un chapeau de cuir tout crotté sur la tête et un fouet de poste à califourchon sur le bras gauche, tenait ouverte la portière qui correspond à celle d'une rotonde de diligenre. Et d'abord , vous vous demandez ce que c'est qu'un panier-à-salade avec une portière de diligence. L'accouplement de ces deux choses est assez bizarre, en effet , pour qu'il soit indispensable d'en donner l'explication. Sous la Restauration, les voitures de transport pour les prisonniers étaient en osier comme un panier-à-salade, et les voyageurs y étaient secoués comme de la laitue entre les mains d'une cuisinière. Or, les prisonniers, qui sont prompts à saisir les analogies, donnèrent à ces voitures le nom que vous savez. Un jour, il arriva que le couvercle de l'une d'elles fut enlevé, et, pour éviter une nouvelle tentative d'évasion, on les construisit en bois, doublé de tôle ; mais le nom, consacré par un premier baptême, n'en fut pas moins religieusement conservé. Le panier-à-salade est, ou d'une seule pièce comme un omnibus, ou bien divisé en deux compartiments ; –le premier, qu'on pourrait appeler le coupé, donne, à travers des barreaux et un lacis de fil de fer, sur le dos d'un huissier du palais, en habit noir et cravate blanche, et sur celui d'un garde municipal à pied, qui masquent complétement la perspective des quais, des rues et des places où l'on passe ; –le second, qui forme la rotonde – il n'y a pas d'intérieur, – est une véritable cage à deux personnes, avec deux lucarnes latérales pour donner de l'air, tout juste ce qu'il en faut pour ne pas être asphyxié. Elles sont garnies de lames de fer fixées en manière de jalousies, et dirigées de bas en haut, de sorte qu'en se crevant les yeux et en se cognant la tête à chaque cahot, on peut distinguer le casque du garde municipal à cheval qui escorte la voiture, quelques portions de fenêtres, un ciel bleu, ou des nuages découpés en bandes uniformes. – L'effet n'est pas merveilleux. – (panier à salade)
  • mais la cloche qui tinte au milieu de la solitude et du silence, est plaintive comme une âme en peine. – (âme en peine)
  • Était-ce donc de ma faute, si j'étais affamé de diversions introuvables, et si mon existence était tronçonnée au point de fonctionner tout de travers ? – (de travers)
  • De onze heures à midi, le gardien venait me déboucler et me faire faire une courte promenade dans une cour longue, triste et enchâssée entre de hautes murailles noires. Cette cour, appelée cour des Mômes, était déserte, et semblait n'avoir jamais été fréquentée que par des ombres. – (cour des Mômes)
  • qui sont bien les histoires les plus soporifiques que l'on puisse conter. Néanmoins, j'avais l'air d'écouter pour lui faire plaisir ; mais, aussitôt que j'entrevoyais un joint dans ces interminables récits sans points ni virgules, je me jetais en travers, afin de ramener la conversation sur un sujet qui me plût, qui m'intéressât, ou, tout au moins, qui ne m'ennuyât pas trop. – (joint)
  • Que voulez-vous ? c'est plus fort que moi. Je m'ennuie à mourir ; je n'ai pas fermé l'œil depuis que je suis ici dedans. – (60800, fermer l'oeil, c'est plus fort que moi)
  • Vous retrouverez bien encore quelques-uns de ces noms dans la souricière commune, mais ils sont perdus au milieu d'inscriptions cyniques, de dessins de guillotines, de potences, de rossignols et de monseigneurs – (rossignol, monseigneur)
  • Pendant ce temps, il se creuse la tête pour découvrir une mesure de salut ; il cherche à prévoir les questions qui vont lui être adressées il s'ingénie, par anticipation, à les combattre avantageusement. Tantôt son œil s'éteint, tantôt il rayonne. – (se creuser la tête)
  • D'ordinaire, c'est la place des prisonniers politiques, mais pas toujours, – j'en sais quelque chose – (en savoir quelque chose)
  • gens de bon ton – (80485)
  • La cour des Mômes est réservée pour la promenade des hommes qui sont au secret. Les enfants ou mômes n'y viennent qu'aux heures des repas, pour recevoir leur maigre pitance, et la quittent aussitôt. La nécessité dans laquelle se trouvent les visitants de la traverser pour se rendre au parloir de la cour Sainte-Marie-l'Égyptienne, n'en permet pas le séjour aux prisonniers. – (cour des Mômes)
  • Cric ! crac ! Et la porte de mon voisin roula sur ses gonds. – (cric-crac)
  • –Place-le le mieux possible, hein ? ne l'envoie pas au Grand-César (1). [(1) Dortoir de soixante lits.] – (76085)
  • C'était un vieux bonhomme, maigre, blanchi sous le harnais de la prison, et sur le point d'être mis à la retraite. – (blanchi sous le harnais)
  • fumeurs, battez donc le briquet. – (35922)
  • voilà près d'une demi-heure que nous jasons, ni plus ni moins que des étourneaux, tandis que nous avons, là haut, dans le cabinet, de la besogne qui nous attend. – (ni plus ni moins)
  • Ils descendirent donc à pas de loup jusqu'à la porte de l'amphithéâtre. – (à pas de loup)
  • Voilà quatre jours que le chirurgien n'a pas mis les pieds à l'amphithéâtre – (mettre les pieds qqpart)
  • Il avait à sa disposition une bourse bien fournie, quinze ou dix-huit cents francs, gagnés pendant son séjour à Toulon, car il il était très-industrieux. Il savait graver sur la coque du coco des compositions fort jolies, tirées soit de la fable, soit de l'histoire, des petits tableaux de genre, des miniatures de fantaisie et des scènes champêtres. – (7152)
  • Aussi pas un de ceux dans les appartements desquels il avait accès, en sa qualité de barbier, n'eurent à déposer de la plus mince soustraction. Mais en revanche, il butinait, Dieu sait comme, dans les autres quartiers. – (82870)
  • Les voleurs les [vagabonds et misérables en prison pour avoir mendié] raillent, les tourmentent et les méprisent. Ils les appellent dédaigneusement fours-à-plâtre, parce que, dans le nombre, il y en a qui ont été arrêtés endormis sur ces fours. – (four à plâtre)
  • Les tireurs ou fourlineurs, c'est-à-dire les explorateurs de poches des environs du Palais-Royal, s'estiment bien au-dessus des autres – (tireur, fourlineur)
  • Les hommes de violence ne font pas cause commune avec les hommes de ruse, et vous ne ferez jamais qu'un explorateur de poches devienne un casseur de portes. – (casseur de porte)
  • Les voleurs à l'américaine, qui appartiennent à la grande famille des charrieurs, font bande à part, et sont insupportables par leur bavardage. – (vol à l'américaine)
  • il ne croit à la bonne foi de personne, à la probité de qui que ce soit, et, dès qu'il entend un bruit de pas derrière lui, ses mains se portent instinctivement sur ses poches, alors même que la doublure se touche et qu'elles sont aussi vides que celles d'un gueux mort de faim. – (les doublures se touchent)
  • aux railleries des forçats libérés, qui ne manquent jamais d'appeler dérisoirement : les hommes de la grande affaire, trois ou quatre individus prévenus collectivement d'un méchant vol de vingt ou vingt-cinq sous. – (82871)
  • Le moment du parloir approche-t-il, il se pro- mène de long en large et s'arrête brusquement chaque fois que la porte du guichet s'ouvre, et que le prisonnier aboyeur lance un nom sur le préau. Et si ce nom n'est pas le sien, il laisse retomber sa tête, prend un visage taciturne – (aboyeur)
  • Les prisonniers ont mille motifs d'être envieux et jaloux les uns des autres. – (70708)
  • Le prisonnier abruti par une longue captivité n'est donc et ne peut être exempt de ces vices. ll flatte son maître et lui lèche sa botte ; il se traîne à ses pieds, il rampe docilement pour gagner un sou ensuite, il médit et calomnie. – (lécher les bottes)
  • Le détenu qui a de l'intelligence et de l'activité trouve presque toujours moyen de rendre sa misère moins âpre et moins dure, d'ajouter à la ration de la maison un morceau de pain supplémentaire, et une gobette (1) de vin, de temps en temps. [(1) Gobelet d'étain dont on se sert à là cantine pour mesurer le vin.] – (gobette)
  • Vous avez à peine dépassé le seuil du guichet intérieur que vous apercevez, à l'un des angles du préau, deux énormes cruches de grès, et tout à côté deux verres d'une propreté douteuse. Ceci vous représente l'établissement du marchand de coco. Son industrie est un monopole. Seul il a le droit de faire provision de bois de réglisse, et de disposer d'un verre. Le marchand de coco est invariablement un ancien prisonnier, un habitué des maisons d'arrêt ou des bagnes. ll est bavard, il est cauteleux, il est actif. – (marchand de coco)
  • Vous buvez donc d'un seul trait le verre de coco, puis vous tirez un sou de votre gousset. – (marchand de coco)
  • À peine devenues libres, elles assistent, sans faute, ces misérables encore plus dégradés qu'elles, et ceux-ci se moquent de leur dévouement en même temps qu'ils se gorgent du vin bleu de la cantine. Ces pauvres filles ont vraiment pour eux des témoignages de tendresse, des petits soins – (assister, bleu)
  • Ces avocats improvisés ont des courtiers à leurs ordres dans les maisons d'arrêt, des gens qui font la place, et qui vraiment la font avec entente. Ils épient les nouveau-venus, et distinguent facilement les récidivistes d'avec ceux qui ne le sont pas […] Cette distinction faite, les courtiers circonviennent les non-récidivistes et les plaignent de tout leur cœur. Ensuite, ils abordent le sujet de la prévention qui les amène là ; ils leur demandent s'ils ont quelque connaissance des détails de la procédure, et si la réponse est négative, ils répliquent avec bonhomie : –Tenez, adressez-vous à ce monsieur qui se promène là-bas c'est un ancien étudiant en droit, un homme de talent qui se connait en affaires et qui vous donnera de bons conseils. – (faire la place)
  • Il y en a même, et beaucoup malheureusement , qui ne viennent pas une seule fois dans la maison d'arrêt où se trouvent leurs clients, et qui ne se mettent en contact avec eux que sur les bancs du tribunal, le plus souvent sans connaître une seule pièce de la procédure. Il y en a d'autres, enfin, qui promettent leur assistance aux accusés sans jamais tenir parole. Une pareille négligence oblige donc ceux-ci à jeter le dernier écu de leur pauvre bourse aux gens qu'on appelle dédaigneusement au Palais des avocats de prison, marchands de défenses au rabais, qui nuisent aux accusés plus qu'ils ne les servent. – (avocat de prison)
  • Le marchand de foulards est un tireur de tireur de profession, c'est-à-dire un voleur de poches. – (tireur)
  • J'arrive maintenant aux usuriers de la prison, connus, je ne sais pourquoi, sous la dénomination de carcaniaux. Le plus souvent, ce sont les contremaîtres des ateliers ou bien des hommes d'un âge assez avancé, qui ont toujours eu de très-grandes prétentions à la probité. Le taux de l'usure varie de vingt pour cent à cent pour cent par semaine. – (carcagno)
  • Ils vont jusqu'à accaparer les rations de pain, lorsqu'après la distribution on entend crier de tous côtés : –Qui veut mon quart (1) ? Qui est-ce qui m'achète mon quart et ma légume de demain? lls achètent, pour cinq centimes chacune, ces moitiés de pain d'une livre et demie, et les revendent avec un bénéfice de deux liards et même plus. [(1) Les prisonniers appellent un quart la moitié du pain de une livre et demie qu'on leur distribue chaque jour en deux fois.] – (quart, légume)
  • Un mot , à présent, sur le cabanier. On appelle ainsi un prisonnier chargé, moyennant la bagatelle de dix centimes par semaine, de veiller aux vivres que l'on dépose sur les rayons de sa cabane, car, sans cela, on ne serait jamais sûr de les conserver du jour au lendemain. – (cabanier)
  • il butine de rayon en rayon, coupe une tranche de gigot par ci, une aile de volaille par là – (X par-ci, X par-là)
  • La surveillance finit tôt ou tard par la confisquer à son profit, et c'est presque toujours l'indiscrétion de celui qui l'a imaginée qui la lui livre. Il se creuse donc la tête derechef pour en découvrir une nouvelle, et il est rare qu'elle ne réponde pas à son appel. – (se creuser la tête)
  • Partout la fouilleuse flaire les bouteilles qui arrivent du dehors, et confisque le vin blanc et l'eau-de-vie, ce qui n'empêche pas le prisonnier, une pièce de vingt ou trente sous aidant, de se donner du ton avec une goutte de temps en temps. – (fouilleuse, 64069)
  • Que dirai-je encore, si ce n'est que le prisonnier, qui est bien l'être le plus impatient qui se puisse trouver sous le soleil, ne se sent pas toujours la force d'attendre une réponse du dehors pendant les deux ou trois jours qui s'écoulent d'un parloir à l'autre. – (qui puisse se trouver sous le soleil)
  • Ces bandes avaient leurs mœurs à elles, leurs codes traditionnels, leur souverain ou grand coësre « vêtu d'un manteau déchiré, coiffé d'un vieux chapeau orné de coquilles, appuyé sur un bâton noueux en forme de béquille, assis sur le dos d'un coupeur de bourse nommé en terme d'argot mion de boulle, et recevant, sur cette espèce de trône vivant, les contributions de ses sujets. » – (coesre)
  • François Villon poète de quelque mérite, superlatif en exploits de couppe-bourses, comme dit Et. Pasquier, et habile tailleur de faux coings (1). [(1) Faux-monnayeur.] – (82877)
  • Les voleurs font du genre humain deux parts : l'une comprend les dupes ou les gens à duper, l'autre, les fripons. Ils donnent aux premiers le nom de pantres, et aux seconds, celui de pègres. Long-temps je me suis demandé quelle pouvait être l'étymologie de ce mot pantre. Il se rapproche singulièrement du vieux mot pantois, qui exprime un mélange de niaiserie et de stupéfaction ; et , si ce n'est pas là sa racine, où la chercher ? Dois-je prendre au sérieux l'explication d'un prisonnier, m'assurant que pantre dérivait du grec pantos, génitif de pan, qui veut dire tous, et que, par conséquent, on devait entendre par ce mot : Tout le monde, excepté les voleurs de profession ou la pègre ? – (pante)
  • Ainsi la tête, matériellement parlant, est connue sous la dénomination de tronche, ou partie qui domine le tronc tandis que la tête considérée comme siége de l'intelligence est appelée sorbonne, appellation trop bien choisie pour qu'il soit nécessaire d'en faire ressortir la puissance. – (sorbonne, tronche)
  • Ils disent d'un homme qui les trahit, qui les livre à la justice : C'est un coquin, un coqueur, un gueux, un mangeur, un homme qui a faim, qui mange sur quelqu'un, c'est-à-dire aux dépens de quelqu'un. Toutes ces variantes se lient étroitement entre elles par une commune origine. – (coquin, mangeur, coqueur, gueux, avoir faim, manger sur qqun)
  • Pour exprimer l'idée de la puissance et du privilége qui en découle naturellement, les voleurs ont choisi le nom d'une famille célèbre dans l'histoire de France et toujours au premier plan dans les événements politiques, le nom des Condé. Quand donc ils disent : –Un tel a un grand condé, il a le condé de faire telle chose, il faut entendre par là qu'un prisonnier s'est acquis, soit par son importance, soit par sa position exceptionnelle, les petites libertés de la prison, les franchises que l'administration ne dispense pas au premier venu et une influence qui le place au-dessus de la foule. – (condé)
  • la dénomination de fagot appliquée au forçat n'est l'œuvre du hasard : – On sait combien il est difficile à l'homme libéré des galères de vivre long-temps dans le cercle que lui assigne la surveillance sans qu'il soit traqué par le préjugé et enlaidi par la peur. À peine a-t-il fixé quelque part sa résidence, qu'il est brûlé, pour me servir d'une expression très-familière. C'est donc cette facilité avec laquelle il est brûlé qui lui a fait donner le nom de fagot. – (fagot)
  • À peine a- t-il fixé quelque part sa résidence, qu'il est brúlé, pour me servir d'une expression très-familière. – (brûlé)
  • S'agit-il, par exemple, de la guillotine ? il la nomme la veuve. En effet, à peine a-t-elle caressé le corps d'un patient, à peine se sont-ils mariés l'un à l'autre et étreints par le cou, qu'elle tombe dans le veuvage, en attendant un nouveau fiancé. – (Veuve)
  • Il la [la guillotine] nomme aussi la butte : c'est contre elle que trébuche le patient pour ne plus se relever. – (butte)
  • Lorsque nous disons, nous, qu'un criminel a été exécuté, qu'on lui a tranché la tête, l'argot prend en pitié notre langue policée, et répond par ces mots terribles : Il a épousé la veuve, ou bien : On lui a fauché la tronche. – (faucher la tronche)
  • Autrefois le prisonnier donnait à la femme le nom grossier de largue ; mais dès que son amour a su lui en substituer un autre plus convenable, il l'a fait. Il lui a donné le doux nom de ménesse. Est-elle jolie ? il ajoute qu'elle est gironde. – (largue, ménesse, gironde)
  • Le voleur éprouve une aversion profonde pour le travail, en raison de la trop grande somme d'activité déployée comparativement à celle du gain recueilli. Il est donc souverainement heureux parfois de s'étendre sur le préau de la prison, ainsi qu'un lazzarone sous le soleil de Naples. Aussi, pour exprimer son bonheur , il a su trouver une image pleine d'élégance et de vérité ; il appelle cela prendre un bain de lézard. – (bain de lézard)
  • Le voleur flâne toujours avec délices, et il appelle cela ballader. – (ballader)
  • Le voleur aime les correspondances amoureuses. Il nomme brodeuse la plume qui les trace, et babillarde chacune de ces correspondances. – (brodeuse, babillarde)
  • Le voleur est au comble de la joie s'il parvient à s'échapper de sa geôle ou d'entre les mains de la police, et il appelle cela se cavaler. – (cavaler)
  • Le voleur aime l'argent ou plutôt les plaisirs qu'il procure, et il désigne élégamment les petites pièces de monnaie blanche sous le nom de gouttes-de-lait. – (gouttes-de-lait)
  • Les détenus appellent les lunettes, lucarnes – (lucarnes)
  • le banc des accusés, planche au pain, car c'est là que la justice des hommes leur délivre des rations pour un temps plus ou moins long. – (planche au pain)
  • faire une heure de soleil, c'est faire une heure d'exposition – (soleil)
  • lever ou tenir au crachoir une personne, c'est faire la conversation avec elle. – (tenir le crachoir)
  • Alors le prisonnier nommé prenait sous le bras sa gamelle de terre écornée, sortait de la foule tout ému sans cependant se rendre compte de ses émotions et arrivait à la porte du guichet. L'aboyeur lui remettait l'aumône de son visiteur ou de sa visiteuse, en lui disant : –Ne m'oublie pas, si tu veux que je fasse ronfler ton nom une autre fois. –C'est bien, répondait le prisonnier, je payerai une gobette à trois heures. – (82882, aboyeur, gobette)
  • En élevant légèrement la voix, il était facile de s'entendre d'une grille à l'autre, tant que le nombre des prisonniers ne dépassait pas dix ou douze ; mais, à mesure que les rangs se pressaient et que les dernier-venus en étaient réduits à se hisser sur les épaules de leurs camarades pour prendre leur part du gâteau, les conversations se mêlaient et s'enlaçaient pour produire la plus étrange confusion. – (part du gâteau)
  • Quant aux filles de débauche, elles répondaient au cynisme des voleurs de profession par des éclats de rire bruyants et des tirades qui eussent alarmé la morale publique, un jour de mardi-gras – (82883)
  • Un quatrième jetait feu et flamme contre la Gazette des Tribunaux, qui l'avait tourné en ridicule, en lui prêtant des paroles qu'il n'avait pas dites – (jeter feu et flamme)
  • –As-tu reçu de bonnes nouvelles ? –Ah, ouistch ! est-ce que j'en reçois jamais ? – (ouiche)
  • Ce sont des bruits de clés et des bruits de verroux, des rires secs et des cris de douleur, la prière (1) quotidienne et le son de la cloche aux heures des repas, du lever et du coucher. [(1) On nomme la prière, dans une maison d'arrêt, la visite des fenêtres par un surveillant qui frappe les barreaux avec une clé à écrou, pour s'assurer qu'ils n'ont pas été sciés pendant la nuit.] – (prière)
  • Au Nouveau-Bicêtre, où le travail est obligatoire, les choses se passent bien différemment. ll y a toujours foule, le matin, à la porte du cabinet des consultations, et on y rencontre les mêmes individus à tous moments. – (pas foule)
  • Le voleur parisien veut des plaisirs, des fêtes et de l'éclat. Il veut à son bras une jolie fille, pimpante et attiffée, qu'il raccole je ne sais où, pour un châle de cinq ou six cents francs , une mantille et des bracelets – (attifé)
  • Essayez de faire comprendre au voleur parisien l'avantage de la vie calme et honnête du travailleur sur sa vie aventureuse, libertine et tourmentée, il se contentera de vous rire au nez et de hausser les épaules. – (rire au nez)
  • Belle existence, en vérité, répondis-je ; pour quinze jours de jouissances inquiètes, vous payez des années de prison. –Que voulez-vous ? Personne n'échappe à sa destinée. Du moment qu'on est empoigné, c'est qu'il était écrit là-haut qu'on devait l'être. – (empoigné)
  • Le travail ne tarde pas à leur répugner ; ils désertent l'établi, et vous les voyez d'abord mendier un petit sou sur les boulevarts, jouer au bouchon, se mettre en quête des chiens qui ne sont pas perdus et les rendre quatre ou cinq jours après sur la foi d'une affiche qui promet récompense honnête à qui les ramènera. – (30377)
  • Vous les voyez ensuite, à mesure qu'ils grandissent, s'introduire dans ces estaminets borgnes des rues basses, qui sont le rendez-vous habituel d'une pépinière de bandits. – (estaminet)
  • Quand une fois ils y ont mis le pied, ils n'en sortent plus qu'à la nuit tombante, pour aller s'encaquer sur les derniers gradins d'un petit théâtre, où des voleur connus les enlacent et les entraînent. – (s'encaquer)
  • des voleurs connus les enlacent et les entraînent. Ceux-ci les adoptent pour clients leur apprennent à travailler, leur taillent de la besogne facile et les lancent progressivement. – (tailler de la besogne à qqun, lancer)
  • la voie qui leur convient le mieux. Celui-ci escroque, celui-là enlève les bourses et les montres, cet autre casse les portes ou se livre aux attaques nocturnes, etc. – (casser une porte)
  • les plus robustes font le métier d'Alcides aux Champs-Élysées et aux fêtes des environs de Paris ; ils font la pyramide humaine, soulèvent des poids de quarante livres à bras tendus et portent quatorze cents à la force des reins. – (48311)
  • Le premier usage qu'ils font de cette liberté, c'est pour dépenser le peu d'argent qu'ils avaient à la masse ; et avec qui le dépensent-ils ? D'ordinaire avec des gens de leur acabit, qui ont pris note de leur condamnation et du jour de leur sortie pour les attendre à la porte et saisir l'occasion de faire une noce. – (noce)
  • le choc des bi les d'ivoire sur le tapis vert d'un billard chatouille agréablement leurs oreilles – (chatouiller les oreilles)
  • Il [brigadier de prison] est à la piste de tous les petits événements de la geôle ; il cherche à tout savoir et à tout connaître. Il a des agents secrets parmi les détenus, des moutons, pour me servir de l'expression consacrée, qui lui racontent ce qu'ils entendent et même ce qu'ils n'entendent pas. – (mouton)
  • Le traitement du brigadier est de 1,400 fr. Il blanchit sous son harnais, sans espoir d'avancement ; il est au bout de son échelle ; il est incapable de devenir directeur, car il n'a pas reçu la moindre instruction. – (blanchi sous le harnais)
  • Il ne faut pas confondre ces employés libres avec les employés détenus, tels que garçons de bains, sous-infirmiers, balayeurs, etc., qui prennent aussi le nom d'auxiliaires et reçoivent six francs par mois de l'administration, qui les occupe aux travaux les plus grossiers. – (auxiliaire)
  • nos gardiens de prison, qui s'appelaient autrefois guichetiers et porte-clés, doivent s'offrir à votre imagination sous un jour abominable. – (porte-clefs)
  • Cette sortie est pour eux un jour de grande fête, leur Pâques ou leur Noël. Ils jettent là l'uniforme de la geôle, endossent l'habit du dimanche et prennent leur rifflard. Ce jour-là, ils rendent visite à leurs amis, dînent en famille et vont demander aux vins bleus de la barrière un peu de cette grosse joie que vous entendez bruire à onze heures du soir sur les chemins des faubourgs. Il y a bien peu de gardiens qui soient exempts de ce défaut. – (riflard)
  • Deux fois par jour, après les repas, elle emplit de vin des gobelets d'étain qui portent le nom de gobettes, et que les prisonniers riches de quelques sous vident d'un seul trait , en présence d'un gardien qui ne doit pas permettre de doubler , mais qui, de temps en temps, s'il est bon homme, a la complaisance de tourner le dos. – (doubler)
  • Le prisonnier rasé prend sa gamelle graisseuse et va se débarbouiller à la fontaine. – (se débarbouiller)
  • Cette geôle fut d'abord placée sous l'autorité d'un concierge ou gardien (custos), qui, peu à peu, devint un personnage important et finit par joindre à son titre celui de bailli ; car, outre la surveillance qu'il exerçait sur les prisonniers, il exerçait encore une juridiction dans un bailliage. – (82884)
  • Notre carriole, après avoir descendu le Pont-au-Change au petit trot, passa sous la grande voûte du quai de l'Horloge, qui résonna sourdement ; puis, nous fûmes débouclés. – (82885)
  • Ce qu'il y a de mieux dans la Cour des Femmes, c'est une galerie couverte. Les six ou sept cabanons des pistolières donnent sur cette galerie par des fenêtres basses et arrondies en hémicycles, où la lumière du jour n'arrive que mêlée d'obscurité. – (pistolier)
  • tout me déplaisait, et j'adressais au directeur réclamation sur réclamation pour obtenir une place à la double pistole. Je l'obtins au bout de huit jours […] on me conduisit au corridor Saint-Jean, qui occupe le premier étage de la prison, précisément au-dessous de cette galerie du Palais-de-Justice, qui mène à la cour d'assises. Le côté gauche de ce corridor comprend six cabanons particuliers et une chambre à cinq lits. C'est la ce qu'on nomme les doubles pistoles, par opposition aux simples pistoles, qui sont au rez-de-chaussée et qui se payent moins cher. Les prisonniers de la double pistole ont pour meubles : une petite table, une chaise, un lit garni de deux matelas, d'un traversin de plume et d'une paire de draps de fine toile que l'on renouvelle tous les vingt jours. Une simple cloison de planches sépare les cabanons les uns des autres, et chacun d'eux est éclairé par une moitié de fenêtre qui ouvre sur le grand préau. – (pistole)
  • Le brigadier leur adressait de fois à autres des allocutions marquées au coin de la plus candide naïveté ; on les accueillait par de bruyants éclats de rire. – (marqué au coin de X)
  • Le Dépôt des Condamnés a été construit pour remplacer cette fameuse prison de Bicêtre que tout le monde connait, de réputation au moins, et qui, aujourd'hui, n'est plus occupée que par des vieillards et des fous. Bicêtre avait un aspect horrible ; la Roquette, au contraire, ressemble moins à une prison qu'à une caserne ; mais, ainsi que vous le savez, l'habit ne fait pas le moine , et les prisonniers regrettent leur vieux Bicêtre, leur geôle déguenillée qui plane comme un hibou sur le beau village de Gentilly. – (l'habit ne fait pas le moine)
  • La Roquette est sans aieux et sans souvenirs : elle existe depuis fort peu de temps. C'est vers la fin de 1836, par un froid très-vif et de grand matin, que les prisonniers descendirent la grande avenue de Bicêtre, sur deux files, grelottant sous leurs pauvres habits, heureux cependant de respirer une bonne fois en plein air, pour venir prendre possession de leur nouveau gîte et en essuyer les plâtres. – (essuyer les plâtres)
  • la masse se compose de forçats et de réclusionnaires, qui croupissent dans la plus abjecte dégradation, et qui inspirent je ne sais quel sentiment où le dégoût domine la pitié. Ce sont gens, pour la plupart, qui, pour me servir d'une expression vulgaire, ont jeté leurs bonnets par-dessus les toits. – (jeter son bonnet par-dessus les toits)
  • Un prisonnier lève-t-il la main pour en frapper un autre, au cachot pour deux ou trois jours – (65549)
  • Comme on n'y donne point de paille, contrairement à l'usage des maisons d'arrêt, les cachotiers sont contraints de dormir sur les planches, à côté de leur pain noir et de leur gamelle d'eau. – (cachotier)
  • En été, les cachots sont toujours pleins ; mais dès que le froid se fait sentir, chacun les évite avec soin. Aussi, il est rare de voir les détenus échanger des coups de poing en ce moment. Ils s'en tiennent aux gros mots et aux menaces : –C'est un bonheur pour toi que les cachots ne soient pas bons, se disent les querelleurs l'un à l'autre ; et tout finit là. – (53449)
  • Une demi-heure après, on sonne une seconde fois, et le surveillant de chaque corridor déboucle les détenus avec une rapidité incroyable. – (déboucler)
  • Le brigadier de section est ce que l'on nomme, dans les maisons d'arrêt, un prevôt. ll couche dans la caserne, au bout du corridor, veille à ce que les prisonniers se comportent honnêtement pendant la nuit, et dans le jour, aidé d'un prisonnier qu'on appelle sous-brigadier, il fait le ménage, de ceux, qui le payent, balaye les corridors, qui sont lui- sants de propreté, et époussète les portes. et les cloisons. Il est responsable de tout ce qui peut être volé dans les cellules. Le brigadier de section est un homme précieux à cultiver – (prévôt)
  • Un gardien fait l'appel, le brigadier de la section pousse les portes et les verroux, un garçon de service les ferme à clé, et le bouclage est terminé. – (bouclage)
  • Je me détachais de mon mieux de l'horrible réalité, je bâtissais de beaux châteaux en Espagne je m'abandonnais à des rêves charmants, je vagabondais en toute liberté dans les régions azurées de l'idéal. – (faire des châteaux en Espagne)
  • On apprend des histoires des autres prisons, on s'informe du taux des condamnations. –Combien as-tu , toi ? –Six mois. –Psit ! Et toi, là bas ? –Deux ans. –Ça se tire. –Et ton camarade ? –Vingt ans de travaux forcés. Ah ! c'est long – (se tirer)
  • –Et ton camarade ? –Vingt ans de travaux forcés. Ah ! c'est long, mais le grand pré (1) vaut mieux que le système (2). [(1) Le bagne.] [(2) Les maisons centrales depuis l'ordonnance-Gasparin]. – (grand pré, système)
  • –Quel est votre état? dit-il à l'un. –Domestique. –Et le vôtre ? dit-il à un second. –Ancien militaire. –Et le vôtre ? –Commis en écriture. –Et le vôtre ? –Je n'en ai point. Et l'agent des travaux hausse les épaules, fronce le sourcil et les envoie à l'atelier des tailleurs le repaire des inutilités, sous prétexte qu'il n'y a pas de domestique qui ne sache au moins coudre un bouton, pas d'ancien militaire qui ne sache rapiécer un pantalon. – (82888)
  • Quand vient le soir, on fait en outre l'appel des rentiers, et on distribue à chacun deux francs quatre-vingt-cinq centimes. – On désigne sous le nom de rentiers les détenus qui ont un petit capital en dépôt au greffe de la prison. – (82889)
  • lls ridiculisent les prêtres, ils leur donnent des noms ignobles ; ils appellent l'abbé Montès le père guillotine ; ils tiennent à l'église toutes sortes de conversations désordonnées, et parodient les sermons de leur aumônier. – (82890)
  • J'en ai une si grande flotte (1) de péchés, que le bon Dieu ne m'en débarrasserait pas, quand même je l'en prierais douze heures par jour, tout le temps de ma vie. [(1) Un si grand nombre.] – (des flottes)
  • À l'heure de partir, le conducteur lit à chacun des condamnés le réglement auquel ils doivent se soumettre et leur laisse voir avec intention une tête d'artichaut (1) et une carabine placées au fond de la voiture. [(1) Espèce de casse-tête ou d'assommoir.] – (82891)
  • Le condamné est conduit dans son cachot par un petit escalier tournant qu'on appelle l'escalier des secours. Il porte une camisole de force, garnie d'excellentes courroies de cuir, dont une, désignée sous le nom de martingale, part des épaules, où elle se bifurque, passe entre les jambes et vient s'attacher aux mains sur l'abdomen ; de telle sorte, que le patient éprouve beaucoup de gêne dans ses mouvements. – (82892)
  • Il affectait une grande résignation, il semblait calme et résolu, et le gardien, auquel il n'inspirait pas la moindre crainte, lui avait fait grâce de la martingale, et avait laissé du jeu aux manches de la camisole. – (82892)
  • Est-ce qu'il ne vous est jamais venu à l'esprit d'aller dans un village des environs de Paris, pour y demander l'aumône d'un morceau de pain ? –Pas si fou. Je savais que la police était à mes trousses, et j'avais si peur de la rencontrer, que je me sauvais à toutes jambes aussitôt que je voyais un homme venir à moi. – (82893, 60656)
  • Je vais vous le conter. On se lasse vite de ne manger que de l'herbe et de coucher à la belle étoile. Pour mon compte, j'en avais assez – (à la belle étoile)
  • Après cela, le barbier de la prison lui coupe les cheveux, de manière à ce que le couperet puisse mordre sans obstacle. C'est là ce que l'on appelle faire la toilette du condamné. – (toilette)

<142 citation(s)>