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forum abclf » Histoire de la langue française » Histoire et préhistoire du français

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Messages [ 51 à 80 sur 80 ]

51

Re : Histoire et préhistoire du français

Merci.

Une petite mise au point sur les voyelles en entrave.

Attention : il s'agit toujours des voyelles accentuées.
Bien sûr, il y a toujours ce qu'on appelle des exceptions, mais je n'y insiste pas ici.

Le a (< ā ou ă latins) entravé reste intact : arbŏrem > arbre ; lar(ĭ)dum > lard.

Le ę (< ĕ latin) :
- en entrave latine, reste intact : hĕrba > herbe ;
- en entrave romane, passe à –ie, comme le ę libre : tiĕp(i)dum > tiède.

Le (< ē ou ĭ latins) entravé passe à ę : vĭrgam > verge ; dēbitam > dette.

Le i (< ī  latin) libre ou entravé reste intact (cf. message précédent).

Le (< ō ou ŭ) entravé passe à [u ], écrit ou : cōnstat > coûte ; cŭb(i)tum > coude.

Le ǫ (< ŏ latin) entravé reste généralement intact : pŏrtam > porte ; dans quelques mots ou il est entravé par –s, il passe à en français moderne : hŏspitem > hôte.

Le u (< ū latin) libre ou entravé passe à ü : mūrum > mur ; fūstem > fût.

A desenor muert a bon droit /Qui n'ainme livre ne ne croit. (Roman de Renart)

52 Dernière modification par chrisor (16-07-2019 17:13:52)

Re : Histoire et préhistoire du français

Merci pour vos précisions pertinentes.

Au total ces voyelles entravées restent intactes en passant du latin au français. Les consonnes fermées dont elles font partie varient un peu plus mais de manière peu importante : ''arb'' d'arbŏrem  reste ''arb'' dans arbure, ''ard ''de lar(ĭ)dum reste ''ard'' dans lard, ''ŏrt'' de pŏrtam reste ''ort'' de porte.

Comme le code de l'inconscient est issu de ces syllabes fermées, il présente une stabilité diachronique beaucoup plus grande que celle des mots.  Le codon ''or'' dont l'un des deux sens est limite dans pŏrtam et porte , une limite  toujours ''ôtée'' (ot), se trouve dans sortie, issue officiellement du latin classique  sŏrtι ̄ri, « tirer au sort, fixer par le sort, obtenir par le sort » puis « choisir » (lui-même dérivé de sors > sort); le développement du sens de « passer du dedans au dehors », propre au français et qui a évincé à partir du xvi es. ''issir'', est difficile à expliquer.  Il est plus facile à comprendre si l'on admet l'influence de porte et le sens de limite de ''or'', non ? L'issue se limite souvent à celle de secours. Mais Lévine ne semble pas pouvoir admettre que ce sens de limite soit porté par une séquence littérale courte présente dans : hors de, dehors, dorénavant, temporaire, horaire, bord, orée, horizon, ornière, borne, corde, littoral, port, territoire, tour, contour, catégorie, sorte, portion, ordre, norme, morale, etc.  Et tous ces ''or'' possèdent une voyelle o entravée dans une syllabe fermée.

L'évolution phonétique s'accompagne d'une évolution sémantique indissociable.

Science sans conscience n’est que ruine de l’âme !

53

Re : Histoire et préhistoire du français

chrisor a écrit:

Et tous ces ''or'' possèdent une voyelle o entravée dans une syllabe fermée.

Vous dites n'importe quoi !!!!

A desenor muert a bon droit /Qui n'ainme livre ne ne croit. (Roman de Renart)

54 Dernière modification par chrisor (16-07-2019 23:08:11)

Re : Histoire et préhistoire du français

Lévine a écrit:
chrisor a écrit:

Et tous ces ''or'' possèdent une voyelle o entravée dans une syllabe fermée.

Vous dites n'importe quoi !!!!

Dans borne la syllabe fermée est /born/ dans laquelle la voyelle o est entravée ou dans porte la syllabe fermée /port/ comporte la voyelle entravée o.  Pour ''or'' il s'agit bien d'une syllabe fermée qui se termine par une consonne.

Une syllabe qui possède une coda (VC, CVC, CVCC...) est nommée syllabe fermée.

Cette proposition est fausse ?

Lévine a écrit:

Lévine a écrit:
   Dans les deux cas suivant, la syllabe est entravée, le ĕ reste intact :
tĕstam > tête
sĕptem > septous

Il me semble que c'est vous qui aviez fait  une erreur mais je ne me suis pas permis de dire que vous contiez n'importe quoi ! Tout le monde peut se tromper !

Science sans conscience n’est que ruine de l’âme !

55

Re : Histoire et préhistoire du français

Il me semble qu'on peut difficilement comparer...

Mais j'ai compris d'où venait votre erreur : vous considérez que tout o ouvert est entravé. Mais le o ouvert a aussi d'autres origines, et d'autre part, il y a une redistribution dans les sonorités à l'époque moderne.

Où est l'entrave dans dorénavant (ore = (hac)hora) - temporaire (temporarius) - horaire (horarius) - orée (ora) - littoral (lit(t)oralis)... ? De plus, les dérivés savants n'intéressent guère le phonéticien.

Salade russe ou jeu de bonneteau ?

Pourriez-vous limiter l'exposé de vos théories au fil "L'erreur de Saussure" s'il vous plaît ?

A desenor muert a bon droit /Qui n'ainme livre ne ne croit. (Roman de Renart)

56 Dernière modification par chrisor (17-07-2019 18:54:39)

Re : Histoire et préhistoire du français

Lévine a écrit:

Il me semble qu'on peut difficilement comparer...

Où est l'entrave dans dorénavant (ore = (hac)hora) - temporaire (temporarius) - horaire (horarius) - orée (ora) - littoral (lit(t)oralis)... ? De plus, les dérivés savants n'intéressent guère le phonéticien.

Vous parlez de syllabes phonétiques alors que je suis sur le terrain des syllabes graphiques (j'aurais du le préciser) puisque pour moi la lettre l'emporte sur le phonème. Vous pensez que le phonème est naturel mais il est né d'une imitation par la voix humaine de bruits naturels. Il est donc à l'origine l'objet d'une interprétation vocale humaine d'une onde sonore dont la source est le plus souvent externe et parfois interne. La mise en graphes de ces phonèmes a été l'objet de l'interprétation du ''scribe"" ou ''scripteur''. Dans les deux interprétations (phonique puis graphique) le psychisme humain est intervenu avec une part consciente et une inconsciente. Ni la phonétique ni le graphisme n'échappent aux facultés de l'inconscient.

Quand l'enfant apprend à lire, son attention  est orientée vers ces syllabes graphiques ouvertes alors que sont mises en retrait les liaisons intersyllabiques graphiques : t - emp- or- air. J'appelle ces syllabes graphiques ainsi segmentées des syllabes graphiques fermées en abusant sans doute de la terminologie. Comment appeler ces séquences graphiques : emp, or, air ?  Pour présenter des exemples plus simples il suffit d'énoncer quelques mots enfantins: bobo, pipi, caca... Pour ces 3 mots il y a répétition de la même syllabe ouverte phonique ou graphique et mis en retrait des liaisons ob, ip, ac que je considère comme des syllabes graphiques fermées qui subissent un retrait attentionnel.

Pour moi elles sont fermées graphiquement en se terminant par une consonne et sont  fermées''  à la conscience puisque leur matériau graphique qui a du sens n'est perçu par personne :  il semble que pour vous la notion de ''limite'' ne concerne pas ces quelques mots porteurs du codon linguistique inconscient  ''or''.

PS:  Je retournerai sur l'autre fil lorsque vous me fournirai une réponse satisfaisante, ce dont je ne doute pas.

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Re : Histoire et préhistoire du français

chrisor a écrit:

PS:  Je retournerai sur l'autre fil lorsque vous me fournirai une réponse satisfaisante, ce dont je ne doute pas.

Attention à vos syllabes graphiques.

Que voulez-vous que je vous réponde ? Vous donnez aux faits de langue les définitions qui vous arrangent, vous segmentez le mot temporaire de la façon qui vous arrange, vous ne maîtrisez pas les notions les plus élémentaires, sur l'entrave, par exemple. Et je n'approfondirai pas l'idée que vous vous faites du phonème...
De toute manière, je n'en parle pas ici, je ne traite pour l'instant que des sons, selon une perspective historique. Je n'aborde l'orthographe qu'exceptionnellement.
J'en viendrai peut-être un jour à la sémantique, mais ce n'est vraiment pas ma spécialité.

A desenor muert a bon droit /Qui n'ainme livre ne ne croit. (Roman de Renart)

58 Dernière modification par chrisor (18-07-2019 08:57:32)

Re : Histoire et préhistoire du français

Lévine a écrit:

Que voulez-vous que je vous réponde ? Vous donnez aux faits de langue les définitions qui vous arrangent, vous segmentez le mot temporaire de la façon qui vous arrange...
De toute manière, je n'en parle pas ici, je ne traite pour l'instant que des sons, selon une perspective historique. Je n'aborde l'orthographe qu'exceptionnellement.
J'en viendrai peut-être un jour à la sémantique, mais ce n'est vraiment pas ma spécialité.

Croire que les mots sont arbitraires est une erreur fondamentale. Je ne découpe pas le mot ''temporaire'' de la façon qui m'arrange mais j'y reconnais des codons inconscients en particulier or et ep présents dans de nombreux mots du lexique français avec chacun deux sens inconscients. Vous pensez que l'évolution phonétique est indépendante d'une évolution sémantique parce que vous croyez à la théorie saussurienne illusoire de l'arbitraire du signe. Je pense que l'évolution phonétique est corrélée à une évolution sémantique. Je vous laisse à vos certitudes de spécialiste et vous fait part de ma déception pour votre vision partielle (phonétique) de l'évolution des mots français. Bonne continuation.

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59 Dernière modification par Lévine (18-07-2019 11:45:22)

Re : Histoire et préhistoire du français

Je me f... pas mal de l'arbitraire du signe dans ce sujet, je ne m'occupe que de faits phonétiques dont les changements sont réguliers et corrélés.

N'avez-vous pas remarqué la régularité des changements phonétiques dans des mots très différents ?
Ex : panem > pain comme manum > main comme vinum > vin ; si canem > chien, ce "i" ne révèle pas quelque image inconsciente qu'on se ferait de l'animal aboyeur, il peut être remarqué dans des mots fort différents sémantiquement, comme je le montrerai prochainement.

Le sens, ou plus exactement la conscience grammaticale ou lexicale, ce qui n'est pas la même chose, interviennent dans des "contaminations", des alignements de formes, surtout dans la conjugaison, ou encore, à l'écrit, dans des fausses étymologies, mais nullement dans le sens où vous l'entendez.

N'avez-vous pas été surpris par des phénomènes de corrélation qui ne renvoient qu'au système lui-même et non à des "codons" mystérieux qui nous révéleraient l'âme des choses ?

Ex1 : - e long et i bref latins > e fermé français
       - o long et u bref latins > o fermé français

C'est "logique" (faible différence entre le degré d'aperture des sons latins, accentuée par la quantité qui n'est pas la même).


Ex2 si gw > b en roumain : lingua > limbă, on peut - et on doit - s'attendre à ce que kw > p, et c'est ce qu'on a : aqua > apă.

Ces changements s'expliquent, mais pas des lois phonétiques pures, donc des lois physiologiques. La valeur sémantique qu'auraient des éléments ou des groupes d'éléments n'y est pour rien.

Les spécialistes, dont je ne suis pas, je ne suis spécialisé qu'en langues et littérature médiévales, et encore modestement, travaillent sur des faits vérifiables ; s'il y a doute, ils n'affirment pas comme vous, qui semblez seul avoir raison et entendez tirer les pauvres abéciens de l'erreur où ils se sont engagés du fait de leur exécrable conditionnement culturel.


Et il est inutile de citer l'intégralité du message précédent si l'on n'y répond pas point par point.

A desenor muert a bon droit /Qui n'ainme livre ne ne croit. (Roman de Renart)

60 Dernière modification par chrisor (18-07-2019 23:12:35)

Re : Histoire et préhistoire du français

Lévine a écrit:

si canem > chien, ce "i" ne révèle pas quelque image inconsciente qu'on se ferait de l'animal aboyeur]

Graphiquement l'information apporte des changements sémantiques importants. D'abord le ''ch'' qui évoque deux sens possibles : coupure de l'hostilité du milieu/mouvement dangereux. Cette notion de coupure de l'hostilité du milieu s'est généralisée aux animaux domestiques : chien, chat, chèvre, cheval, cochon, vache, chameau, cheptel...  Tous ces mots  en ''ch'' dérive du ''ca'' latin sauf cochon, non ? Ce n'est pas le i de chien qui désigne quelque particularité de l'animal mais la graphie ''ie'' qui marque la crainte.

Le processus d'évolution phonétique est une caractéristique intrinsèque aux langues vivantes, mais  l'évolution des langues concerne tous ses aspects, sémantiques, morphologiques, syntaxiques...   Il est inconscient et graduel.

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Re : Histoire et préhistoire du français

Inconscient et graduel, je suis d'accord.

Comment expliquez-vous la disparition du i de chievre (XIIème) > chèvre, qui fait que le "ie" a disparu ? Et au fait, de quelle crainte s'agit-il : de celle de l'animal ou de celle de l'homme ?

A desenor muert a bon droit /Qui n'ainme livre ne ne croit. (Roman de Renart)

62 Dernière modification par vh (19-07-2019 16:01:47)

Re : Histoire et préhistoire du français

Note : On dit encore chièvre dans le Berry.

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Re : Histoire et préhistoire du français

Ah ! merci. Dit-on aussi chier (l'adjectif !), chief, mangier, laissier...

A desenor muert a bon droit /Qui n'ainme livre ne ne croit. (Roman de Renart)

64 Dernière modification par chrisor (19-07-2019 22:38:42)

Re : Histoire et préhistoire du français

Lévine a écrit:

Inconscient et graduel, je suis d'accord.

Comment expliquez-vous la disparition du i de chievre (XIIème) > chèvre, qui fait que le "ie" a disparu ? Et au fait, de quelle crainte s'agit-il : de celle de l'animal ou de celle de l'homme ?

La crainte de l'homme devant le chien.

Le codon ''ie'' est liée à la crainte et à la propagation ( maladie, série, épidémie...). Le codon vr évoque la notion de tour (vrille,
Au XIIIéme siècle "tenir por chievre " c'était  ''tenir pour fou''.   Faire tourner chèvre ou rendre chèvre est toujours actuel.

Le mot est un rébus et l'on peut proposer pour chievre  : fait tourner - propage - des mouvements dangereux.



Tous les ''ca'' latins sont devenus ''ch'' en français ?

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65 Dernière modification par vh (19-07-2019 23:48:34)

Re : Histoire et préhistoire du français

Berry :

vh a écrit:

Note : On dit encore chièvre dans le Berry.

Lévine a écrit:

Ah ! merci. Dit-on aussi chier (l'adjectif !), chief, mangier, laissier...

Un sciau d’iau : Un seau d’eau.
Un morciau de viau. C’est pas du viau, c’est  du tauriau.
Le chapiau d’la gamine : le chapeau de la fille

66 Dernière modification par Alco (20-07-2019 07:52:42)

Re : Histoire et préhistoire du français

En ce qui concerne "cher", l'ALF, qui date du début du vingtième siècle, nous apprend que le "iè" ne s'est maintenu que dans une partie de la Picardie et de la Wallonie.
Quant à "chièvre", une partie du Berry l'avait conservé.

Caesarem legato alacrem, ille portavit assumpti Brutus.

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Re : Histoire et préhistoire du français

Oui, siau, iau, etc... existent dans plusieurs dialectes, mais les finales en-i(e)au ne sont pas dues à la loi de Bartsch, comme chier, chievre, chien.
Si vous avez d'autres exemples de traitement ca > cha > chaè > chiè dans le dialecte du Berry, je suis preneur.

A desenor muert a bon droit /Qui n'ainme livre ne ne croit. (Roman de Renart)

68 Dernière modification par vh (21-07-2019 23:26:55)

Re : Histoire et préhistoire du français

Angl. chief  < anc.fr 1300 < anc. fr. 10e.s. chief/chieef < lat. capum
(Cf. fr. chef)

https://www.etymonline.com/search?q=chief (En angl.)

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Re : Histoire et préhistoire du français

Lévine a écrit:

Attention à vos syllabes graphiques.

Que voulez-vous que je vous réponde ? Vous donnez aux faits de langue les définitions qui vous arrangent, vous segmentez le mot temporaire de la façon qui vous arrange, vous ne maîtrisez pas les notions les plus élémentaires, sur l'entrave, par exemple. Et je n'approfondirai pas l'idée que vous vous faites du phonème... .

La question essentielle est de savoir si dans l'esprit de nos contemporains le langage est traité ''oralement'' provoquant des réactions directes immédiates ou ''graphiquement'' en constituant un objet de contrôle et d'interprétation. Grâce à l'ordre séquentiel de l'écriture alphabétique le cerveau du lecteur s'en remet à la succession des lettres sans avoir à vérifier son interprétation soit en recourant à la version orale du texte, soit au contexte même de l'énoncé. Ce niveau d'abstraction permet au langage d'être traité dans l'esprit comme une donnée écrite plutôt qu'orale.

La philosophie occidentale est bien conditionnée par une tradition écrite et non orale et penser est une activité essentiellement conceptuelle et séquentielle. Comme l'écrit Derrick de Kherckove à partir de l'apparition de l'alphabet grec l'écriture est devenue un code abstrait qui se substitue à la réalité et l'adoption de cette écriture a totalement réorganisé le cerveau des lettrés de manière semblable au changement de programme d'un ordinateur.

Science sans conscience n’est que ruine de l’âme !

70 Dernière modification par Lévine (22-07-2019 14:51:15)

Re : Histoire et préhistoire du français

vh a écrit:

Angl. chief  < anc.fr 1300 < anc. fr. 10e.s. chief/chieef < lat. capum
(Cf. fr. chef)

https://www.etymonline.com/search?q=chief (En angl.)

Je songeais au parler actuel du Berry, puisque vous citiez chievre...

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71 Dernière modification par vh (22-07-2019 16:11:45)

Re : Histoire et préhistoire du français

Je n’ai rien trouvé d’autre  dans les maigres dictionnaires disponibles. En fait, la prononciation que j’ai connue est chieûvre, dans le Berry.
Notons que c’était un mot tres courant dans le Berry (élevage fromages, locaux) il suffisait d’aller sur les marchés pour entendre les vieux paysans vanter leurs fromages en parler local.
.

72

Re : Histoire et préhistoire du français

Donc le i est bien perceptible ?
Pour bien faire, il faudrait d'autres exemples. Y a-t-il un mot issu de *capum (class. caput),  par exemple ?

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73 Dernière modification par vh (22-07-2019 16:11:17)

Re : Histoire et préhistoire du français

Berrichon chieuve (chèvre)

Aucun doute : le i était parfaitement perceptible.
Il faudrait écouter les contes qui suivent :

Enregistrements de parler berrichon. Jean-Louis Boncoeur, conteur berrichon
https://m.youtube.com/watch?v=GjkRUPBEY … mp;index=1. Contes

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Jean-LouisBonc%C5%93ur Jean-Louis Boncoeur

Addendum :
Dans ces témoignages, on dit la chieuv’, la chieuve.
https://www.berryprovince.com/blog/10-e … eu-nous-1/

Pour le latin caput, je ne trouve que chapieau (chapeau)

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Re : Histoire et préhistoire du français

Mais cela, c'est un autre phénomène, que l'on rencontre ailleurs.
Je ferai une mise au point là-dessus.

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75 Dernière modification par vh (23-07-2019 15:05:36)

Re : Histoire et préhistoire du français

https://m.youtube.com/watch?v=7U_qW46JW … mp;index=3
Temps :3:38 “comme une chieûv “

76 Dernière modification par Lévine (24-07-2019 18:40:54)

Re : Histoire et préhistoire du français

chrisor a écrit:

La question essentielle est de savoir si dans l'esprit de nos contemporains le langage est traité ''oralement'' provoquant des réactions directes immédiates ou ''graphiquement'' en constituant un objet de contrôle et d'interprétation. Grâce à l'ordre séquentiel de l'écriture alphabétique le cerveau du lecteur s'en remet à la succession des lettres sans avoir à vérifier son interprétation soit en recourant à la version orale du texte, soit au contexte même de l'énoncé. Ce niveau d'abstraction permet au langage d'être traité dans l'esprit comme une donnée écrite plutôt qu'orale.

Je comprends mal de quel point de vue vous vous placez. A l'époque actuelle, la forme écrite des mots a beaucoup d'importance, mais la langue ne se "crée" pas à partir de l'écrit. D'autre part, la lecture ne suppose pas qu'on fasse nécessairement attention à la succession des lettres : l'œil prend plutôt une "photographie" du mot ou de la séquence syntagmatique dans sa globalité. Les mauvais lecteurs déchiffrent, les bons se "ressouviennent" des mots, en quelque sorte, et plus l'empan du champ visuel est important, plus la lecture a des chances d'être efficace (il y a bien sûr une limite).

chrisor a écrit:

La philosophie occidentale est bien conditionnée par une tradition écrite et non orale et penser est une activité essentiellement conceptuelle et séquentielle. Comme l'écrit Derrick de Kherckove à partir de l'apparition de l'alphabet grec l'écriture est devenue un code abstrait qui se substitue à la réalité et l'adoption de cette écriture a totalement réorganisé le cerveau des lettrés de manière semblable au changement de programme d'un ordinateur.

Là encore, je vois mal en quoi cela intéresse la genèse des langues. Par contre, il est vrai que ce sont les lettrés, les clercs, comme on dit au Moyen Age, qui ont fixé, et même créé (pour B. Cerquiglini, mais il va trop loin) la langue écrite en prenant un peu dans tous les dialectes et en fabriquant une "koinè", que les anciens grammairiens ont identifiée au "francien", langue du domaine royal des Capétiens à ses débuts. Mais il n'y a rien ici qui ait rapport avec la façon dont vous concevez l'agencement de vos fameux codons, vu que les clercs ont opéré sur des unités de première articulation préexistantes, et dont la combinaison était déjà signifiante. Heureusement, d'ailleurs, sans quoi ils eussent obtenu le contraire de ce qu'ils recherchaient.

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77 Dernière modification par chrisor (26-07-2019 09:55:11)

Re : Histoire et préhistoire du français

Lévine a écrit:

Je comprends mal de quel point de vue vous vous placez. A l'époque actuelle, la forme écrite des mots a beaucoup d'importance, mais la langue ne se "crée" pas à partir de l'écrit. D'autre part, la lecture ne suppose pas qu'on fasse nécessairement attention à la succession des lettres : l'œil prend plutôt une "photographie" du mot ou de la séquence syntagmatique dans sa globalité.

Même Saussure parle de la linéarité de la chaîne signifiante et lors de la lecture vous ne lisez pas dans le désordre. Le fait qu'un bon lecteur parvienne à reconnaître globalement le mot démontre aussi la rapidité de traitement vision/cerveau. L'écrit a le mérite de laisser une trace et de permettre une analyse de l'oral qui lui n'a pas fait l'objet d'enregistrement
Les clercs qui ont "'fabriqué une koinè, que les anciens grammairiens ont identifiée au "francien", langue du domaine royal des Capétiens à ses débuts" ont oeuvré avec leurs deux hémisphères et penser que leur inconscient n'est pas intervenu
dans la genèse des "formes écrites à partir des unités de première articulation préexistantes" est une utopie.

La centaine de mots porteurs du codon ''gl'' exprimant la notion de "fondre" ont pour la plupart des étymologies très différentes et n'ont donc bien en commun que ce codon ''gl'' au sens de fondre. L'inconscient des clercs ne pouvait échapper à ce conditionnement qu'ils ont acquis lors de l'apprentissage de leur langue maternelle. P. Guiraud parlait de la qualité visqueuse et de la notion de glissement pour gl qu'il pensait d'origine articulatoire liée aux mouvements de  glissement de la langue. Mais s'il faut trouver une origine à gl il faut la rechercher dans l'onomatopée glagla qui imite le bruit émis lorsqu'on à frois et que l'on claque presque des dents. Et du froid à la glace le lien est de l'effet à la cause dont la nature est froide, dont la surface glisse et dont la structure  fond à la chaleur.

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Re : Histoire et préhistoire du français

Dans le passage du latin au français il semble qu'on peut distinguer deux positions dans les consonnes : la position forte, quand la consonne commence un mot ou qu’elle est initiale d’une syllabe après une consonne : canis, panis, manus; car|bonem, por|tare, mem|brum, rup|tum ; position faible, quand la consonne est entre deux voyelles : laudat, ripa, faba, vita, locat, jocat.
La règle générale est que les consonnes en position forte se maintiennent, tandis que, parmi les consonnes en position faible, les occlusives (labiales, dentales, palatales) s’affaiblissent ou disparaissent. On verra, dans le détail, l’application de cette règle.

Est-ce une règle générale, Lévine ?

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Re : Histoire et préhistoire du français

Oui, d'une façon générale, on peut le dire ; on peut aussi ajouter la faiblesse des consonnes en position finale dès l'époque latine, sauf si celles-ci constituent une marque morphologique indispensable.
Mais à l'intérieur, il faut distinguer la position intervocalique, la plus "débilitante" et celles devant ou derrière consonne.

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80 Dernière modification par Lévine (19-03-2020 23:14:19)

Re : Histoire et préhistoire du français

LA SYNCOPE DE LA VOYELLE PÉNULTIÈME ATONE

Le terme de syncope (du grec συγκοπή, « réduction ») renvoie à des phénomènes phonétiques assez différents suivant les langues, les époques, les sons concernés et la nature des accidents qui les affectent.

La syncope dont nous traiterons ici se présente comme l’affaiblissement d’une voyelle atone intérieure, en quelque sorte « absorbée » par l’intensité dépensée pour l’articulation de la voyelle accentuée, et qui finit par disparaître totalement. En latin, elle peut être considérée comme l’aboutissement extrême de la fermeture des voyelles brèves post-toniques, phénomène connu sous le terme d’apophonie ; ex : ăgo / adĭgo (< ad-ăgo) ; lŏco / illĭco (< in lŏco).

Dans le passage du latin au français, la syncope affecte en majorité l’avant-dernière voyelle atone des mots proparoxytons, c'est-à-dire des mots dont l’accent porte sur la troisième voyelle en partant de la fin ; ex : vĭrĭdem > vĭr(ĭ)de(m) > vĭrde(m) > vert.

Il existe un phénomène comparable affectant l’une des voyelles atones situées avant la voyelle accentuée dans les mots comportant cinq syllabes ou plus ; ex : căl(ĕ)făcĕre > călfăcĕre > chauffer ; on nous pardonnera de ne pas traiter ce type de syncope afin de ne pas alourdir l'exposé.

La syncope de la voyelle pénultième (= avant-dernière voyelle) post-tonique atone est un phénomène général en français : au terme de l’évolution de cette langue, soit sur une période de plus d’un millier d’années, toutes les voyelles occupant primitivement cette position se sont effacées.

A l'origine, la syncope ne semble pas être un phénomène exclusivement « vulgaire », mais assez vite, face à sa généralisation, les grammairiens l’ont considérée comme un signe de relâchement propre à dégrader la langue ; le meilleur exemple nous est offert par l’appendix Probi (v. supra), dans lequel la syncope est considérée comme une faute au même titre que le barbarisme. Le théâtre de Plaute, de son côté, permet d’affirmer que dès le IIIème siècle av. J.-C., la forme syncopée est sentie comme relevant sinon du langage populaire, du moins de la langue parlée, ou, comme le disent les latinistes, de la langue vulgaire.

La syncope de la voyelle pénultième atone ne concerne pas que le latin tardif, le gallo-romain ou le gallo-roman ; elle intervient dès la préhistoire du latin ; ex : ampŭlla < *amp(h)ŏr(ă)la « petite amphore » ; fŏrcĕps < fŏrm(ŏ)-căps « qui prend les objets chauds »  (formo- est à mettre en relation avec le grec θερμός), et elle est attestée dès le IVème siècle av. J.-C., comme en témoignent les formes poplo pour pŏp(ŭ)lo) et cedre pour cēd(ĕ)re trouvées dans des inscriptions. La syncope, comme on l’a dit, va se poursuivre sans toutefois toucher tous les mots comparables en même temps, ni nécessairement affecter en priorité, comme on pourrait le penser, les mots dont le groupe consonantique formé par la disparition de la voyelle qui les séparait était facilement prononçable. La datation, même relative, des phénomènes s’avère donc délicate.

Nous disposons malgré tout de deux sortes de moyens permettant d’avoir quelques précisions en la matière :

a) Les sources directes, fournies par les attestations, même si ces dernières ne nous offrent qu’un terminus ante quem :
- les inscriptions et les graffitis, notamment ceux de Pompéi ;
- le théâtre de Plaute (IIIème-IIème siècle av. J.-C. et, dans une moindre mesure, celui de Térence (IIème siècle av. J.-C.) ;
- les ouvrages de Varron, de Quintilien, de Probus (Ier siècle ap. J.-C.), de grammairiens tardifs ;
- l’appendix Probi, précieux recueil annexé à un traité de Probus, et qui est composé suivant le principe du « ne dites pas, mais dites ». On estime actuellement que sa rédaction va de l’époque impériale au VIème siècle.

b) Les moyens indirects :
- la comparaison avec les autres langues romanes, l’italien en particulier, qui n’a accueilli que les mots syncopés antérieurement à la différenciation significative des aires linguistiques de la Romania. On sait en effet que la langue vulgaire introduite par les soldats et les administrateurs dans des contrées fort diverses a été assez vite influencée par les parlers vernaculaires ; de plus, elle n'était sans doute pas uniforme au départ. C’est ainsi que la distribution de certaines formes pleines ou syncopées du même mot s’est parfois faite en fonction des aires géographiques de la Romania. C’est le cas, sous l’Empire, avec le mot frāxĭnum (1), dont la forme non syncopée a donné frassino en italien, fresen en engadinois et frasin en roumain, soit dans les parties centrale et orientale de l’Empire, alors que la forme syncopée, frāx(ĭ)num > *frāsnum  a donné frêne en français, fresno en espagnol et freixo en portugais, soit dans la partie occidentale. L’italien, le romanche, l’engadinois et le roumain servent donc souvent à « dater », au moins approximativement, telle ou telle syncope affectant la partie occidentale, avec prudence toutefois à cause des formations savantes possibles, et surtout du fait que certaines formes ont pu se trouver employées concurremment dans une même aire linguistique ;
- la chronologie relative, à vrai dire beaucoup plus précieuse pour les romanistes que la datation absolue, toujours problématique : certains traitements phonétiques ne peuvent s’être produits que si l’on suppose une syncope avant ou après eux : dans l’un et l’autre cas, il est alors facile de déterminer une chronologie des changements phonétiques (voir les deux derniers exemples de la liste ci-dessous).

(1) Exemples et démonstration empruntées à V. Väänänen, Introduction au latin vulgaire, éd. Klincksieck, Paris, 1967, p. 42.


Voici à présent une liste d’exemples de mots français dérivant de formes latines syncopées à diverses époques. Le découpage chronologique et la plupart des exemples dérivent de deux sources :
- P. Fouché, Phonétique historique du français, éd. Klincksieck, Paris, 1958, tome II, « Les voyelles » pp. 458 – 473.
-  E. et J. Bourciez, Phonétique française, éd. Klincksieck, Paris, 1978, pp.37 – 38.
- Quelques datations nous ont été fournies par l’ouvrage du grand médiéviste G. Zink, Phonétique historique du français, Paris, PUF, 1986.

Abréviations :
app. Pr. = appendix Probi ;
* formes non attestées ;
AF = ancien français (en principe XIème - XIIème - XIIIème siècles) ;
FM = français moderne (à partir du XVIIème pour les romanistes).

Note :
Ni les groupes de consonnes mis en contact par suite de la syncope, ni surtout les exemples ne se limitent à ceux que nous citons. Il ne s’agit que d’un aperçu.


A) Syncopes latines (de l’origine au début de la période impériale).

Presque tous les mots italiens issus de ces étymons sont syncopés.
Note : le -m de l’accusatif est noté, mais il ne se prononce plus depuis le milieu de l’époque républicaine.

a) Entre l, r et cons. diverses, ou inversement :

lār(ĭ)dum > lārdu(m) (Plaute) > lard (it. lardo) ;
căl(ĭ)dum > căldu(m) (Varron) > chaud, (it. caldo) ;
vĭr(ĭ)dem > vĭrde(m) (Caton) > vert (it. verde) ;
căl(ă)mum > *călmu(m) > chaume (it. calmo) ;
băl(ĭ)neum > bălneu(m) (Varron) > bain (it. bagno) ;
vĕt(ŭ)lum > *vĕtlu(m) > veclu(m) (app. P.) > vieil (it. vecchio, dont le -i- provient du -l- vocalisé),
stăb(ŭ)lum > stăblu(m) (app. Pr.) > étable (it. stabio) ;
ŏc(ŭ)lum > ŏclu(m) (app. Pr.) > œil (it. occhio) ;
māsc(ŭ)lum > māsclu(m) (app. Pr.) > mâle (it. maschio) ;
*col(ă)pum > *colpu(m) > coup (it. colpo) ;
*făll(ĭ)ta > *fălta > faute (vx florentin falta).

b) Entre s et t
pŏs(ĭ)tum > pŏstu(m) > (com)post (it. posto)
quaes(ĭ)ta > quaesta > quête (it. (con)quista)

c) Entre m et n
dŏm(ĭ)num/a >  dŏmnu(m)/a (Plaute pour le fém.) > dom/dame (it. don/donna) ;

d) Entre p, t et d, t et inversement.
nĭt(ĭ)dum > *nĭt(t)u(m) > net (it. netto) ;
cŏmp(ŭ)tat > *cŏmptat > conte ou compte (vbe) (it. conta/racconta) ;

e) Entre g et d
frīg(ĭ)dum > *frīgdu(m) > fricdu(m) (app. Pr.) > froid (it. freddo).

B) Syncope gallo-romaine (de l’Empire aux invasions germaniques)
Les langues du domaine centro-oriental de la Romania, ne présentent plus la syncope (sauf exception) dans les mots issus des étymons de cette époque.

Nous ne notons plus le -m de l’accusatif, qui a cessé de se prononcer.

a) Entre l, r et cons. diverses, ou inversement
tăb(ŭ)la > *tăbla > table (it. tavola, n. syncopé)
făb(ŭ)la > *făbla > fable (it. favola)
clĕrĭcu > *clĕrcu > clerc (it. chierico, n. syncopé)
*lŭr(ĭ)du > *lŭrdu > lourd (l’it. avec lordo, d’emploi peu fréquent, a emprunté tardivement une forme syncopée) ;

Tous les infinitifs en -ere sont ainsi passés à cons. + -re (-ere en it.)
prēndĕre > *prēndre > prendre (it. prendere) ;
mĭttĕre > *mĭttre > mettre (it. mettere) ;
cĭngĕre > *cĭngre > *cĭndre > ceindre (it. cingere) ;
etc…

b) Entre c et t, ou d et t
explĭc(ĭ)tu > *esplĭctu > AF esploit (FM exploit) ;
vĕnd(ĭ)ta > *vĕn(t)ta > vente (it. vendita, n. syncopé)

C) Syncope romane (à partir du Vème siècle)
Nous ne donnons plus le dérivé italien.

a) Entre cons. diverses et t
sēmĭta > *sēmta > sente (n.) ;
dĕrbĭta(e) > *dĕr(t)ta > AF derte, refait en dartre en FM. ;
hŏspĭte > *hŏs(p)te > hôte ;
tĕrmĭte > *tĕr(m)te > AF terte, FM tertre.

b) Entre cons. et c
pĕrsĭca > *pĕ(r)sca > pêche (le fruit) ;
cŏllŏcat > *cŏ(l)lcat > AF colche > FM couche (vbe.) ;

c) Dans les numéraux en –dece ( class. -decim)
*ŭndĕce > *ŭn(d)ce > onze
*dōdĕce > *dō(d)ce > douze.

d) Entre s et n

frāxĭnu > *frāxnu [frassnu] > frêne.

Les deux derniers exemples montrent comment on détermine une chronologie relative. Nous avons simplifié la présentation des traitements phonétiques qui ne concernent pas le sujet ; il s’agit ici de montrer un principe, non de faire une analyse complète de l’évolution de chaque son (le c devant a > ch, par exemple).
*cănnăbe (class. cănnăbim) > *căn(n)ăve > *cănve > AF chanve (FM chanvre) ;
*cŭbĭtu > *cŭvede > *cŭvde > coude.
Le [b ] intervocalique étant passé à [v] vers le Vème siècle, la syncope est nécessairement plus tardive.

La syncope de la voyelle pénultième atone est, avec l’amuïssement des voyelles finales, la cause de la réduction syllabique en français, puisqu’à terme, des mots de trois syllabes à l'origine du latin se sont trouvés réduits à deux, voire à une seule syllabe, d’où les homophonies fréquentes auxquelles cette langue est sujette.

A desenor muert a bon droit /Qui n'ainme livre ne ne croit. (Roman de Renart)

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