Sujet : Au jour d'aujourd'hui...

Bonjour,

Je voulais savoir si cette expression "au jour d'aujourd'hui" est acceptable?
En effet elle m'écorche les oreilles à chaque fois que je l'entends mais on l'entend si souvent (et pas forcément que dans la bouche de footballeurs ;-)) que j'en suis venu à me demander si finalement elle n'était pas juste...

Merci

Re : Au jour d'aujourd'hui...

Non elle n'est pas acceptable ; j'ai expliqué dans un autre sujet que aujourd'hui est un pléonasme admis et régulier, puisqu'il est formé de "au jour" auquel on ajoute d'hui (de hui) où hui vient du latin hodie (ce jour). Aujourd'hui signifie donc "au jour de ce jour". Bien, pléonasme intégré dans la langue, non fautif. Mais cet horrible "au jour d'aujourd'hui" double le pléonasme régulier d'un pléonsame fautif. Que des personnes sans instruction se laissent aller à des fautes de langage, on peut le leur pardonner. Mais qu'une faute occasionnelle soit reprise à grande échelle, par ce que j'appelle "l'effet moutons de panurge", c'est intolérable ! Il faut savoir faire preuve de bon sens et de discernement. Je suis comme vous, cela m'agace. Avez-vous aussi remarqué la naissance d'une ineptie qui vient s'y greffer : à l'heure d'aujourd'hui ?
Mon prof de maths disait souvent : " La bêtise humaine est un gouffre insondable ! "

Dernière modification par lardenais (04-11-2004 10:27:22)

Jacques

Re : Au jour d'aujourd'hui...

Encore merci,

lardenais a écrit:

Bien, pléonasme intégré dans la langue, non fautif.

Donc que faudrait-il dire pour être tout à fait exact ; "En ce jour"?

lardenais a écrit:

Avez-vous aussi remarqué la naissance d'une ineptie qui vient s'y greffer : à l'heure d'aujourd'hui ?

Je ne l'ai jamais entendue mais je trouve ça encore plus horrible!

Re : Au jour d'aujourd'hui...

32 jours a écrit:

Donc que faudrait-il dire pour être tout à fait exact ; "En ce jour"?

Selon le contexte et la possibilité de fantaisie, il y a mille manières : aujourd'hui, (en) ce jour, ce jourd'hui, hui, cestuy jour, etc. On voit même fleurir des today !

L'apparition de monstre comme "au jour d'aujourd'hui" provient sans doute du fait que "aujourd'hui" signifie également "à notre époque" - d'où le besoin, par hypercorrectisme, qu'éprouvent certains de préciser qu'ils parlent du jour inscrit au calendrier et non de l'époque actuelle.

« Aujourd'hui, on écrit n'importe comment » >>> c'est clair qu'il ne s'agit pas d'aujourd'hui, le 4 novembre 2004.
« Aujourd'hui, je vais à l'école » >>> c'est clair que je parle bien du jeudi 4 novembre 2004.

Dernière modification par sianhurley (04-11-2004 21:13:30)

Re : Au jour d'aujourd'hui...

je ne sais pas si 32jours a bien saisi la nuance :
- aujourd'hui (au jour de ce jour), pléonasme admis, régulier, correct
- au jour d'aujourd'hui (au jour du jour de ce jour), pléonasme fautif, à proscrire. Il suffit de dire aujourd'hui, à ce jour, au moment où je parle... le choix ne manque pas

Dernière modification par lardenais (05-11-2004 11:06:40)

Jacques

Re : Au jour d'aujourd'hui...

Oui oui j'avais compris qu'aujourd'hui était correct bien entendu c'était juste histoire d'aller au bout des choses wink

Re : Au jour d'aujourd'hui...

Autres horreurs fréquentes de nos chers "journalistes" :

- pour signaler un fait purement français (ou autre) : "un événement franco-français", par exemple.  Répétition inutile et absurde,

- pour signaler une absence de changement :  "le CAC40 reste constant", par exemple. Là encore, une erreur :  "être constant", c'est ne pas changer, "rester constant", c'est continuer à ne pas changer.

Ce genre d'erreur est de plus en plus fréquent sur les ondes (ou c'est une impression qui se renforce chez moi depuis que je fréquente ce site !).

Michaël

Re : Au jour d'aujourd'hui...

Michaël, vous avez malheureusement raison, et des âneries de ce genre, il en pleut à la télévision. Nous pourrions en établir une véritable collection. Par exemple : les jeunes enfants, les jeunes adolescents, de jeunes bébés. Redondance stupide ! A-t-on déjà vu de vieux adolescents, de vieux bébés ou de vieux enfants ?

Dernière modification par lardenais (05-11-2004 18:35:53)

Jacques

Re : Au jour d'aujourd'hui...

Michael, fort justement par ailleurs, a écrit:

Autres horreurs... "un événement franco-français", par exemple.  Répétition inutile et absurde...

Pas tout à fait d'accord pour celle-ci puisqu'il s'agit souvent, justement, de souligner le caractère inutile et absurde de l'événement.
smile

Re : Au jour d'aujourd'hui...

C'est vrai, il y a parfois dans cette formule une intention de dérision. Mais pas toujours...

Jacques

11

Re : Au jour d'aujourd'hui...

Pas toujours, en effet...
Et même pas souvent, je le crains !
Un autre pour la route : le "manque de réussite" : utilisé surtout dans le domaine sportif comme cause d'une défaite alors qu'il s'agit d'une conséquence. L'avez-vous remarqué ?

Michaël

Re : Au jour d'aujourd'hui...

Je n'ai pas remarqué, mais je vous fais confiance. J'observerai. Pour franco-français ce fut à l'origine une expression clin d'œil, un petit jeu de mots, hélas ! l'expression a maintes fois été reprise à mauvais escient. Il en va de même avec "détester cordialement", une antinomie facétieuse, qui a malencontreusement fait école et est aujourd'hui employée sérieusement, par des gens qui ne l'analysent ou ne la comprennent pas : cordial signifie "qui vient du cœur" ; on peut certes détester quelqu'un du fond du cœur, mais cordial et cordialement ne peuvent qualifier qu'un sentiment généreux, et non une aversion.

Jacques

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Re : Au jour d'aujourd'hui...

PabLitO a écrit:
Michael, fort justement par ailleurs, a écrit:

Autres horreurs... "un événement franco-français", par exemple.  Répétition inutile et absurde...

Pas tout à fait d'accord pour celle-ci puisqu'il s'agit souvent, justement, de souligner le caractère inutile et absurde de l'événement.
smile

Oui, pour ma part, je suivrai pablito : la formule est pléonastique (?) mais le pléonasme ici me paraît utile car il n'insiste pas seulement sur le fait que l'événement concerne les Français ("un événement français" suffirait) mais qu'il ne concerne QUE la France ou, mieux, qu'il est lié à un trait typique de la France. Franco-français est alors une formule de renforcement efficace.
Bien entendu c'est une question de contexte : il y a des situations où cet emploi serait ridicule, d'accord avec vous., celles précisément où il n'y a rien à renforcer. D'où mon idée que le pléonasme est une manière autorisée de renforcer le sens d'un d'un mot.
Pour "reste constant", je suis plus encore dubitatif : en fait, je n'arrive pas à voir la faute. Je vois bien ce qui pose problème (on devrait dire : être constant) mais "rester constant" est il fautif ? Pour ma part je dirais que non.
Mais je suis d'accord avec les exemples de Lardenais : un vieux vieillard, un jeune bébé sont très litigieux parce que ce sont des mots qu'on ne devrait pas renforcer dans la mesure où ils portent en eu une forme d'absolu (et qu'on ne peut donc pas les renforcer).  (si je m'égare, critiquez, je ne suis pas susceptible).

Les pléonasmes sont des constructions très particulières : sont-ce des fautes en français ? et de quel type ? ce ne sont ni des fautes d'orthographe, ni de grammaire, ni des barbarismes, etc. Peut-on dire qu'il s'agit d'une faute contre la langue ? Je n'arrive pas à bien voir.
Et il serait intéressant de rechercher dans les ouvrages de rhétorique (plutôt que dans le Grévisse) ce qui est écrit à propos du pléonasme. 

gb.

14

Re : Au jour d'aujourd'hui...

Je m'explique sur le "rester constant" : pour moi, ça signifie "continuer à ne pas changer". Sous-entendu : le fait était constant dans le passé, il l'est toujours, donc il reste constant.

Ce qui est un problème à mon idée, c'est l'utilisation dans un contexte non adapté, à savoir quand un fait est simplement inchangé depuis la dernière fois où il a été évoqué, et non depuis plus longtemps.

Oui, au pléonasme qui renforme, mais seulement quand c'est nécessaire et adapté.

Quant au "détester cordialement", je n'avais pas remarqué l'antinomie. Comme quoi on n'est jamais assez vigilant aux facéties linguistiques qui nous entourent !

Michaël

15

Re : Au jour d'aujourd'hui...

Puisqu'on y est on peut ajouter "prévois-moi à l'avance" qui est assez courant non ?
ou bien "c'est plus pire".. alors qu'on entend rarement "c'est plus mieux"...
Vous en connaissez d'autres ?

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Re : Au jour d'aujourd'hui...

stelle83 a écrit:

Puisqu'on y est on peut ajouter "prévois-moi à l'avance" qui est assez courant non ?
ou bien "c'est plus pire".. alors qu'on entend rarement "c'est plus mieux"...
Vous en connaissez d'autres ?

Il me semble que "prévois-moi à l'avance" est bien un pléonasme fautif parce qu' "à l'avance" est déjà dans le verbe, qu'il est donc de trop et qu'il n'apporte rien.
Mais "plus mieux" ? ne serait-ce pas d'abord une faute de grammaire (article des comparatifs) avant d'être un pléonasme ?

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Je vois bien la difficulté avec "rester constant", et "continuer à ne pas changer".  Mais je crois cependant que l'usage du pléonasme peut être intéressant comme effet de style par exemple et qu'il serait donc dommage de se priver de cette ressource.
Si le pléonasme devait être une faute, ce que je ne crois, ce serait, je pense une faute de construction, pas ne faute de grammaire ni d'orthographe, pas un barbarisme ni un solécisme. Bref, je mise pour la maladresse (quand il est employé mal à propos).

(ps) J'ai retrouvé le livre de Fontanier et mon édition du dictionnaire de poétique & de réthorique de Morier : je vais recopier le tout dans un article de dossier pour lundi. On y verra peut-être un peu plus clair.

Re : Au jour d'aujourd'hui...

Stelle83, petite faute de frappe : "préviens-moi d'avance". Dans toute construction qui associe pré avec "d'avance" ou "à l'avance", il y a pléonasme fautif, parce que pré signifie "à l'avance". La répétition est indubitable et non recevable. "Je tâcherai de le prévoir d'avance" est donc aussi condamnable, comme "préparer d'avance".
Gb, attention à ne pas confondre pléonasme, redondance et tautologie.
Le pléonasme double un mot par un autre qui contient implicitement ou explicitement le même sens : reculer en arrière (reculer c'est se déplacer en arrière), secousse sismique (séisme vient du grec et veut dire secousse), hémorragie de sang (hémorragie, formé sur le grec, signifie écoulement de sang), noire mélancolie (du grec melag kholia, humeur noire) etc.
La redondance est une superfluité de langage (du latin redundare, déborder) ; elle constitue un abus par ajout de précisions inutiles : c'est le cas pour jeunes bébés parce qu'un bébé est un être jeune par essence ; il n'y a pas répétition d'un mot comme dans le pléonasme ; c'est d'un ami dont j'ai besoin (dont= de qui ou de quoi) ; c'est encore le cas pour la "fuite en avant", parce qu'on n'a jamais vu quelqu'un fuir vers l'arrière ou le côté, étant donné le sens de déplacement des êtres animés ; c'est parfaitement exact, encore redondance, une chose ne peut pas être partiellement exacte, elle est fausse ou vraie, c'est tout ; exact signifie "qui correspond rigoureusement" ; parfaitement juste, même chose...
Enfin, la tautologie, décriée par Littré qui la qualifiait de "vice d'élocution", est considérée maintenant comme un effet de style visant à renforcer l'expression de la pensée : c'est mon avis et je le partage - je l'ai vu de mes propres yeux - c'est la vérité pleine et entière - au fur et à mesure - un sou est un sou - je le ferai moi-même... rappelons-nous, à la fin de la tirade du nez, Cyrano : je me les sers moi-même et je ne permets pas qu'un autre me les serve. La tautologie est proche du pléonasme, mais le pléonasme est une faute alors qu'elle est une figure de rhétorique.
Mais on ne peut pas contester le caractère fautif du pléonasme. Pour rester constant l'analyse est difficile, c'est discutable. Pour "plus pire" il n'y a aucun doute : pire est un superlatif, on ne peut pas "en rajouter" sur un superlatif.
La différence entre pléonasme et redondance n'est pas facile à établir dans certains cas, et l'on voit telle formule qui sera redondance pour un grammairien devenir pléonasme pour un autre ( notamment : c'est d'un(e) dont j'ai...). Mais il y a des situations nettes.

Dernière modification par lardenais (06-11-2004 10:27:49)

Jacques

18

Re : Au jour d'aujourd'hui...

Très bon, très clair.
J'ai commencé mon travail de copiste, et je finirai - le sujet est intéressant - mais votre brève intervention est très pertinente. Vous verrez que vous dépassez Morier et Fontanier. Je jetterai un oeil aussi dans la grammaire des grammaires de Girault-Quelquechose si elle se trouve sur Gallica.
(Il y a encore d'autres mots dont je n'ai encore recherché le sens ni la différence avec pléonasme : périssologie, battologie).

En ce qui concerne le verdict, "le caractère incontestablement fautif" du pléonasme, je serais nettement plus mesuré : vous pouvez le dire, vous, parce que vous avez rétréci son champ jusqu'à ne plus lui laisser grand chose de bon d'où votre condamnation, mais Fontanier par exemple, et il n'est sûrement pas le seul, a une vision beaucoup plus large du pléonasme (il y inclut "vu de mes yeux", "entendu de mes oreilles" et d'autres encore très admissibles). [ma copie sera terminée pour lundi]
Si l'on adopte comme lui ou comme d'autres une définition plus large que la vôtre on aura sans doute un bon et un mauvais pléonasme. La question est donc de bien le définir et je me demande si tautologie, redondance, et autres battologies ne sont pas par rapport au pléonasme dans la position qui est celle de l'espèce au genre, d'une ordre inférieur.

Gb.

Re : Au jour d'aujourd'hui...

Précision : je condamne le pléonasme manifestement fautif. Les expressions " vu de mes yeux, entendu de mes oreilles ", ne sont pas considérées comme fautives, et sont classées, comme je l'ai défini, dans la tautologie (du grec tauto logos, "le fait de redire la même chose"), qui est cousine du pléonasme, et dont j'ai donné entre autres cet exemple : je l'ai vu de mes propres yeux.
La tautologie est une forme de pléonasme régulier, renforçant le verbe (j'utilise le mot "verbe"en tant que synonyme d' "expression orale" ). Elle se distingue du pléonasme vicieux du genre préparer d'avance, monter en haut, chute verticale de haut en bas. Je n'ai pas vraiment rétréci le champ du pléonasme, j'ai voulu distinguer le pléonasme vicieux de celui qui ne l'est pas, et notamment de la tautologie. C'est comme pour les lentilles : il faut séparer les graines et les cailloux.
Et pour illustrer brillamment le principe du pléonasme, voici une histoire qui se passe au téléphone :
- client : j'ai un PC sous Windows
- réparateur : oui, et alors ?
- client : il ne fonctionne pas
- réparateur : je sais, vous venez de le dire !

Dernière modification par lardenais (06-11-2004 12:54:15)

Jacques

Re : Au jour d'aujourd'hui...

Michael a écrit:

Autres horreurs fréquentes de nos chers "journalistes" :

- pour signaler un fait purement français (ou autre) : "un événement franco-français", par exemple.  Répétition inutile et absurde

Cela existe aussi en Belgique où l'on parle de querelles belgo-belges pour signaler des querelles (politico-linguistiques souvent) que seuls des Belges sont à même de comprendre. C'est un pléonasme, mais pas inutile à mon avis. Il met l'accent sur le côté confiné, mesquin et absurde de la chose.

Re : Au jour d'aujourd'hui...

Sianhurley,  je suppose que vous faites allusion aux querelles entre Wallons et Flamands ? Ayant fréquenté la Belgique dans mon enfance, je connais ces difficultés, qui revenaient assez souvent dans les conversations. Effectivement, dans ce cas précis, il n'y a pas de pléonasme puisqu'il s'agit de conflits internes entre communautés de même nationalité et de langues différentes. Cet exemple est édifiant, et prouve que l'analyse du pléonasme doit souvent se faire dans un contexte déterminé et avec discernement, hormis les cas flagrants de pléonasmes manifestement vicieux, comme cette phrase entendue récemment : " La décision que nous avons décidée ".

Dernière modification par lardenais (07-11-2004 10:09:51)

Jacques

Re : Au jour d'aujourd'hui...

Oui, ce sont à ces querelles que je faisais allusion, à l'imbroglio politique communautaire propre à la Belgique et qu'on pourrait qualifier de sport national. Et l'expression « belgo-belge » s'y réfère absolument. Je ne la sens pas pléonastique et je n'ai jamais lu sous la plume d'aucun linguiste de réquisitoire contre elle.

Mais moi qui suis Belge et qui suis de très près la politique française, je rencontre parfois l'expression « franco-français » et je ne la trouve pas davantage pléonastique, à condition qu'elle soit employée dans un contexte semblable, sans abus, sans que cela tourne à la formule. Une querelle franco-française, en l'occurrence, pour moi, aurait trait à une dispute nationale sur un sujet spécifiquement français plutôt futile et dont on ferait tout un plat au détriment de l'actualité internationale. 

Concernant les pléonasmes du style « vieux vieillard », « petit nain » et autre « jeune enfant », je crois qu'on y recourt par carence de vocabulaire. L'écrivain que je suis est effondré, quand je lis des romans contemporains, par la pauvreté du vocabulaire, et émerveillé quand je consulte mes nombreux et parfois très anciens dictionnaires.

Il est clair qu'on éprouve parfois le besoin de distinguer le sexagénaire du nonagénaire, l'enfant au sein du gamin de 10 ans. Un vieillard est un homme assez âgé déjà, plutôt décrépit quant au physique. On peut être un « senior » (je n'aime guère cet euphémisme) sans être un vieillard. Plutôt qu'un « vieux vieillard », si on ne veut pas employer des termes plus colorés tels que « ancêtre » ou « croulant » (« qui menace ruine ») ou « barbon » (« homme d'âge plus que mûr ») ou « birbe » (assez péjoratif), il est préfèrable de recourir à des formules : « homme âgé », « homme très âgé », ou de spécifier la tranche d'âge : sexagénaire, septuagénaire, etc. Il n'est pas interdit non plus de recourir à l'adjectif qui donne des indications sur le type de vieillard qu'on veut décrire : pétulant, égrillard, atrabilaire, cacochyme, etc.

Idem pour les enfants. Un nourrisson n'est pas un enfant de 4 ans. Un poupon peut-être encore au sein, mais il n'est pas forcément un nourrisson, sans être davantage un gosse de 4 ans ou plus (dans mon esprit, le poupon ne marche pas encore, il est joufflu). Le bébé ne l'est plus dès lors qu'il est propre. Le bambin fréquente la maternelle. Le garnement induit l'idée de malignité et de turbulence, mais on n'est plus tellement un garnement à 16 ans. Le gniard pleurniche ou crie volontiers. Le moutard mérite des baffes, etc.

Il est dommage que les journalistes ne sachent plus écrire. Il est dommage aussi qu'on évite si souvent le recours à des termes colorés (et souvent péjoratifs, c'est vrai) pour décrire un individu.

Re : Au jour d'aujourd'hui...

Votre analyse me plaît, elle expose bien la situation, et la possibilité de recourir à toute une série de termes pour décrire les différentes nuances d'un état. J'ai fait, hélas ! le même constat affligeant en ce qui concerne la décadence du langage littéraire. Les fautes courantes, barbarismes, solécismes, impropriétés, tics de langage s'y retrouvent. Les journalistes ne savent plus ni écrire ni parler, et c'est là un comportement coupable, car ils sont lus et entendus par des millions de personnes qui assimilent inconsciemment leurs erreurs et les reproduisent. Les hommes politiques portent la même responsabilité. Je suis consterné quand je vois à la télévision des personnages qui sont censés détenir le savoir, s'exprimer dans un français de cuisine.
J'ai vu un jour une émission à laquelle participaient des hommes de science, un ou deux écrivains et quelques personnages bardés de diplômes, ainsi qu'un berger qui n'avait pas eu le loisir de fréquenter l'école au-delà de l'âge de 12 ans. Tous écorchaient le français comme des cochons. Mais notre berger, lui, s'exprimait dans une langue pure, soignée, un véritable régal : pas une faute de construction ou de vocabulaire, pas un barbarisme, pas d'anglicismes. Moi qui suis si pointilleux sur le respect du langage, j'étais aux anges !

Dernière modification par lardenais (08-11-2004 10:18:12)

Jacques

Re : Au jour d'aujourd'hui...

Je me souviens d'une émission ancienne sur le français hors de France. Un couple d'Égyptiens francophiles se désolait parce que leur enfant, un gamin de 10-12 ans, préférait l'anglais au français. Arrive le gamin que le journaliste interroge : son français, moi qui le pratique à un assez haut niveau depuis... euh, quelques dizaines d'années, aurait pu me faire rougir, tellement il était pur, élégant, précis. Et dire que ce gamin ne considérait le français que comme une langue accessoire... Je me suis à cette occasion rendu compte à quel point un locuteur même très soucieux de sa langue pouvait, par contamination médiatique, être infecté. J'ai plus ou moins résolu le problème en liquidant et la radio et la télé. Toutefois je reste un grand amateur de presse quotidienne et là... misère !

Je ne suis pas puriste pour un sou, mais je demande, j'exige un minimum de correction. Quand je lis qu'on a « solutionné » un problème, je me dis qu'ils n'ont rien résolu. J'ai renoncé à « conscientiser » ces adeptes du néo-paganisme linguistique. Et quand ces horreurs jaillissent de la bouche d'un ministre de l'Enseignement, je vois mon pied prendre la direction d'une partie précise et plutôt charnue de son anatomie.

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Re : Au jour d'aujourd'hui...

Un peu d'eau à notre moulin...
Entendu hier soir à la radio (France Info), à propos des événements d'Abidjan : "des manifestations anti-françaises".
Les Ivoiriens seraient-ils misogynes ???

Michaël