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Sujet : origines du verlan

J'ai lu dans le forum, quelques indications qui semblent ramener le verlan à quelque chose de très récent.

Etant donné son caractère de jeu, j'imagine qu'il a dû naître très tôt dans la langue. Et qu'il existe à peu près partout dans le monde, au moins chez les enfants.

Impossible  cependant, de rien trouver dans le Littré ou le Darmesteter, ni dans les plus récents dictionnaires étymologiques.

Qui se souviendrait de textes anciens, ou qui pourrait me donner des informations sur ces façons de parler, au XVIme siècle et plus tard, mais surtout pas au XXme siècle?

Merci d'avance, Roseline

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Re : origines du verlan

Bonjour Roseline,

les attestations du verlan antérieures au XXe siècle sont assez rares à ma connaissance: quelques mots ont été repérés qui montrent ce que tout le monde devine, que le fait de changer l'ordre des syllabes d'un mot n'est pas nouveau (peut-être que ça se faisait aussi en latin?). Mais, d'après ce que je sais, il n'y a pas de quoi parler d'un système ou de quelque chose de fréquent.
On cite généralement Bonbours pour Bourbons (1585) et surtout Sequinzouil pour Louis XV (vers 1760) (vu aussi sans-six sous pour sans-souci (= pauvre ; mais est-ce du verlan?)) ; puis Lontou pour Toulon bien attesté (1842). Lontou serait le seul terme formé par verlanisation dans le dictionnaire d'Hector France (dont s'est servi Bruant pour faire le sien) ce qui ne fait pas lerch.
Voir surtout l'article de Esnault (auquel personne ou presque n'a rien apporté je crois) : vers l'en (Dictionnaire des argots) : mais il ne donne pas ses sources.
À noter, Claudine Nédelec croit voir du verlan dans zerver (verser=pleurer) qui se trouve dans le Jargon de l'argot réformé, soit au début du XVIIe : tu devrais essayer de la joindre, c'est une spécialiste de l'argot ancien qui a fait sa thèse sur le sujet (http://www.ehess.fr/centres/grihl/CV_Fi … audine.htm). Et ensuite, rapporter et partager tes trouvailles ici smile

Une petite piste de traverse, sur l'usage du verlan à l'âge classique, peut-être, serait de chercher ses usages dans le choix des pseudonymes, dans les noms des romans à clé, etc. (Duneton prétend ainsi que Voltaire a choisi son nom d'après Airvault...). Mais on sort de l'argot à proprement parler.

Gb.

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Re : origines du verlan

Salut,

Le verlan se développe d'abord dans les quartiers populaires. Il a la même fonction que le cockney  anglais : encoder la langue pour la rendre opaque aux autres groupes sociaux. Le cockney était le fait des vendeurs des rues londoniennes qui pouvaient discuter devant les policiers sans que ceux-ci n'y pigent rien. Notre verlan, lui, est donc directement rattaché à l'émergence des bandes de "cailleras" parisiennes, donc des banlieues parisiennes.
quelques éléments par ici : http://www.sunderland.ac.uk/~os0tmc/teci/verlan.htm

Ce site-là nous donne aussi de bonnes explications :
http://membres.lycos.fr/ablancs/Verlan/intro.html
Le verlan serait un dérivé des anagrammes. D'ailleurs, son fonctionnement tient parfois + de l'anagramme que de la seule mise à l'envers des syllabes. Par exemple *merde* devient *dreum*, c presque un anagramme, pas exactement car le son [è] devient [eu].

Je cite une partie de ce site : "Le recours à un procédé proche de l'anagramme a été vraisemblablement utilisé aussi souvent en littérature que comme un passe-temps dans les cours royales d'antan. Béroul transforme le prénom de Tristan en Tantris. Lorsque son héros met le pied en Angleterre. (Beroul, le Roman de Tristan, vers 1190). Mais rien ne nous permet de croire que l'on s'amusât à s'exprimer ainsi dans l'usage quotidien."

Fantaisies de certains écrivains, les anagrammes sont chose courante en français, de celui cité ci-dessus au génial "bison ravi" de Boris Vian.

D'autre part, on retrouve des verlans dans certains castillans d'Amérique latine, notamment au Pérou, en Argentine et peut-être aussi au Chili. Et ce phénomène Je viens juste de discuter de ce sujet avec un péruvien. Leur verlan est un peu différent du nôtre.
Notre verlan, sauf erreur de ma part, ne touche que les mots de une ou deux syllabes : keuf, meuf, keumé, relou, ça av (ça va?), le teuch, une teuf, etc...
Les péruviens peuvent "verlaniser" des mots de + de 2 syllabes en coupant une ou plusieurs de celles-ci.
Voici quelques éléments :
pantalon devient "lonpa" (la syllabe "ta" est coupée)
"baño" (toilettes) devient ñoba.
taba, qui est le nom d'un magasin de chaussures et qui est devenu un substantif, sans doute synomyme de "pompes" ou grôles", devient "bata"
"flaca" (mince) devient "cafla"
"cuarto" (chambre) > tocuar
robinet se dit "caño", alors "un verre d'eau du robinet" se dit "un vaso de ñoca"

Ce qui est amusant, c'est la plupart des espagnols ignorent le verlan des sud-américains. Selon cette personne, ce verlan viendrait des ports urbains argentins, comme celui de Buenos Aires, et remonte aux années 50.

En conclusion, je verrais le verlan comme une évolution de l'anagramme, qui lui est une invention qui aurait presque mille ans. On pourrait parler aussi des contrepèteries. Même si c'est l'art d'interchanger des syllabes appartenant à des mots différents, et non une inversion syllabique au sein du mot, elles  nous montrent que les français aiment jouer avec les mots et qu'ils ont pu considérer leur langue comme un espèce de puzzle.

Finesse intrinsèque du français ou détournement d'une langue parfois rigide ?

à plus tard,

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Re : origines du verlan

Un article assez léger du Monde sur le sujet :
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Jean-Paul Colin, auteur du "Dictionnaire de l'argot français et de ses origines"
"Le verlan existe depuis le XVIIe siècle"
LE MONDE | 28.09.07 | 14h39  •  Mis à jour le 28.09.07 | 14h39

Jean-Paul Colin, vous êtes l'auteur du "Dictionnaire de l'argot français et de ses origines" (Larousse). Comment se constitue un argot ?
Ce qui est mystérieux dans l'argot, c'est la façon dont il se transmet d'un groupe social à un autre et d'une génération à une autre. Mais les procédés de fabrication sont bien connus. Il y a d'abord l'utilisation de règles de transformation des mots, comme l'usage du suffixe "-ard", ou l'inversion des syllabes. Le verlan existe ainsi depuis le XVIIe siècle : dans les mazarinades, on disait déjà les Bonbours pour les Bourbons ! Il y a aussi des emprunts au vieil argot français - pensez au "daron", utilisé dès le XVIIIe siècle pour parler du maître et qui est aujourd'hui utilisé par beaucoup de jeunes. Dans certains cas, l'argot se construit grâce à des emprunts à des langues étrangères, comme l'arabe, l'anglais ou le rom. Une partie des terminaisons en "-ave" relève ainsi du rom. Mais pas toutes ! Dans certains cas, le "-ave" a été rajouté parce que cela sonnait bien.

L'argot vient-il toujours des marges de la société ?
Toutes les langues ont leur argot. Cela peut correspondre à de l'argot d'infraction où l'on se protège de la police grâce à un vocabulaire spécifique, qui a toujours été très riche (condé, schmitt, keuf...). Ou répondre à une logique identitaire, qui permet de se reconnaître. Pour moi, l'argot est à la fois à la marge et au coeur de la langue : on a tous besoin, à un moment, d'être hors normes, ce que l'argot permet. Mais c'est plus ou moins bien toléré socialement. Prenez le "Nique ta mère !". Cela signifie "Ta mère est une putain". Ce n'est pas anodin, mais ce n'est pas plus agressif que le "Putain, con !" si fréquent dans le sud de la France.

Propos recueillis par Luc Bronner
Article paru dans l'édition du 29.09.07.
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Re : origines du verlan

Je ne savais pas où le mettre...

Dans Le portail, Bizot raconte, lorsqu'il était coincé à l'ambassade de France à Phnom Penh, avoir essayé de récupérer divers documents « et notamment [...] un petit cahier dans lequel nous avions consigné un étrange trésor de la langue khmère, une quarantaine de mots construits sur une inversion des consonnes (dangkap ? kangdap). »
(éd. Folio, 2002, pp. 335-336)

Re : origines du verlan

gb a écrit:

On cite généralement Bonbours pour Bourbons (1585) et surtout Sequinzouil pour Louis XV (vers 1760)

Je tombe sur ce très vieux propos de Gb. Pour Louis XV, il s'agit peut-être d'une erreur. Crébillon a écrit en 1746 Les Amours de Zeokinizul, roi des Kofirans, où il s'agit plutôt d'anagrammes plus ou moins exacts (Louiz Kinze, Frankois), mais ce n'est pas du verlan. Les exemples français antérieurs sont très isolés, et je doute qu'on puisse parler à leur sujet de faits de langue.

7 Dernière modification par Loupiot (24-12-2010 05:26:19)

Re : origines du verlan

Pierre Enckell a écrit:

où il s'agit plutôt d'anagrammes plus ou moins exacts (Louiz Kinze, Frankois), mais ce n'est pas du verlan.

Une anagramme, M. Enckell si prompt à la réprimande. Vérifiable dans votre si cher TLF. (Au fait, ne seriez-vous pas originaire de Cholet ?)

Re : origines du verlan

Loupiot a écrit:

Une anagramme, M. Enckell si prompt à la réprimande. Vérifiable dans votre si cher TLF.

Oui, M. Loupiot, c'est un fait. Je crois cependant que l'emploi au masculin est assez répandu.
Le TLF, justement, reproduit sans ciller une phrase disant que "l'anagramme fut désacralisé".

(Au fait, ne seriez-vous pas originaire de Cholet ?)

Je ne comprends pas l'allusion.

Re : origines du verlan

Pierre Enckell a écrit:
Loupiot a écrit:

Une anagramme, M. Enckell si prompt à la réprimande. Vérifiable dans votre si cher TLF.

Oui, M. Loupiot, c'est un fait. Je crois cependant que l'emploi au masculin est assez répandu.

http://blog.marithe.fr/P/perenoel12.jpg

10 Dernière modification par Pierre Enckell (24-12-2010 13:27:07)

Re : origines du verlan

Joli !

11 Dernière modification par Loupiot (26-12-2010 02:39:39)

Re : origines du verlan

Pierre Enckell a écrit:
Loupiot a écrit:

(Au fait, ne seriez-vous pas originaire de Cholet ?)

Je ne comprends pas l'allusion.

Cholet, les mouchoirs, et votre propension à « moucher » sèchement nombre de ceux qui vous croisent sur ce forum.

Re : origines du verlan

Ah. Parce que (shopper, # 10) je vous ai proposé de trouver dans le TLF la réponse à votre question sur l'étymologie de parking ? Je n'avais pas l'intention de vous vexer, ni de vous moucher, ni de susciter de votre part des commentaires désagréables.

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Re : origines du verlan

Pierre Enckell a écrit:
gb a écrit:

On cite généralement Bonbours pour Bourbons (1585) et surtout Sequinzouil pour Louis XV (vers 1760)

Je tombe sur ce très vieux propos de Gb. Pour Louis XV, il s'agit peut-être d'une erreur. Crébillon a écrit en 1746 Les Amours de Zeokinizul, roi des Kofirans, où il s'agit plutôt d'anagrammes plus ou moins exacts (Louiz Kinze, Frankois), mais ce n'est pas du verlan. Les exemples français antérieurs sont très isolés, et je doute qu'on puisse parler à leur sujet de faits de langue.

Bien vu pour Sequinzouil.
En fait, ces exemples sont pris à l'article « vers-l'en » de Esnault, DHAF. J'ignore où il a trouvé « Bonbours » pour « Bourbons », qui n'est en fait qu'une façon transparente de cacher un nom. Et probablement pas un procédé argotique.
Les exemples qu'il cite pour le milieu du XIX[sup]e[/sup] siècle sont plus intéressants (notamment « vicère » (=servi, arrêté), Clémens 1850, qui n'est pas un nom propre).

Une synthèse historique (en anglais) ici : http://books.google.fr/books?id=xOk9Pld … mp;f=false

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Re : origines du verlan

Le verlan : qui consiste à créer des mots argotiques selon des procédés formels on inversant les syllabes  .
Verlan "monosyllabique"
aç (ça); ainf (faim); ap (pas); auch (chaud); ienb (bien); iench (chien); iep (pied);
ouam (moi); ouat (toi); ouf (fou).
Verlan "orthographique"
à donf (àfond)
ulc (cul)
zen (nez)
Diverses possibilités de verlan pour un même mot
bitch (putain)  = iatchbi, tchébi, tche bi, tchiab
celui-là  =  le-Iuice, la-çui ;
chinois = noiche, oinich ;
comme ça = askeum, asmeuk, comme aç ;
pétard (cigarette de haschisch) =  pet [pe] ; pète[pEt].
b-Reverlanisation
Femme = meuf (verlan 1)       feumeu (verlan 2) ;
Mère reum =(verlan 1)          meureu (verlan 2) ;
Choper peucho= (verlan 1)      peuoch (verlan 2) ;
comme ça =  comme aç (verlan 1)    askeum (verlan 2)
asmeuk (verlan 3). 

c-Redoublement après aphérèse(réduplication )
- cain> caincain (africain)
- dic > dicdic (indicateur de police)
- fan> fanfan (enfant)
- gen > gengen (argent)
- leur> leur/eur (contrôleur)
- zic > ziczic (musique)
- zon > zonzon (prison )
d-La troncation :
Apocope
assoc « association»
basks « baskets »
biz « bisness »
Aphérèse
-blème « problème»
-  dic « indicateur de police »
- dwich « sandwich »
- leur « contrôleur »
- nouche «manouche »
- rien « algérien »
-teur «inspecteur de police »
- Vail « travail »
- zic « musique ».
- zien « tunisien ».
- zon «prison ».

15 Dernière modification par Pierre Enckell (05-02-2011 12:50:53)

Re : origines du verlan

Le sujet est bien "Origines du verlan", et rien d'autre. Mais faute d'exemples anciens probants, on peut citer des formes voisines :

Comme quand elles dient, Messire Jan prestez moy vostre grivan, vostre van gri, quatre ou cinq fois de suite ; c’est en fin pour tomber sur vostre grand vit, vit grand. (Estienne Tabourot, Les Bigarrures, Genève, Droz, 1986 [1583], folio 101 recto.)

On y void des Marionnettes,
Des harlequins et des sonnettes […]
Des chats, des rats et des souris,
Des grivans et des vivangris […]. (Charles Coypeau Dassoucy, Les Rimes redoublées, imprimerie Nkgo (sic), sans date (1671), p. 32.)

Et de ces oyseaux si polis,
Il ne manquoit à notre usage,
Que ceux que l’on nomme à Paris
Des Grivans et des Vivangris. (Ibid., p. 155.)

Il s'agit dans le premier exemple de ce qu'on appelle "virelangue" (ha ! virelangue/verlan ? Je croirais plutôt à un hasard.)
L'emploi par Dassoucy montre que cette forme peut devenir autonome.

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