Sujet : Abus de termes : jeunes filles défenestrées, grivèlerie d'essence

Je viens de lire ,dans un compte-rendu sur l'actualité , deux termes improprement utilisés :
- Dans le premier cas , on parle des " adolescentes défenestrées "... ; la défenestration est l'action de jeter quelqu'un par la fenêtre , ce qui n'a pas été le cas , puisque ces malheureuses se sont jetées elles-mêmes du haut de leur fenêtre .
A l'extrême , on pourrait dire qu'elles se sont défenestrées , mais elles n'ont pas été défenestrées ...; ou bien alors il faut créer le mot " d'auto-défenestration " !...avec le verbe " s'auto-défenestrer " ...
- Second cas : le chauffard qui a tué le gendarme de la Creuse , était poursuivi pour " une grivèlerie d'essence " ; je trouve que l'utilisation du mot grivèlerie est ici inappropriée , puisque qu'il désigne le fait de " consommer dans un restaurant ou un café sans avoir de quoi payer " . Ou bien alors il faudrait "élargir " le sens du mot consommer , et là je suis totalement contre , car consommer doit rester limité à de la nourriture ou de la boisson ... Bien sûr , on dit aussi que l'automobile  "consomme "de l'essence , mais certainement ...pas le conducteur !

" Horas non numero nisi serenas "

2

Re : Abus de termes : jeunes filles défenestrées, grivèlerie d'essence

Oui, mais tout évolue smile
Ce qui pourrait être intéressant, peut-être, serait de voir comment, de quelle manière, avec quelle fréquence, si c'est rare ou non, les verbes changent de régime.
J'ai entendu, par exemple, aujourd'hui aussi que Untel avait été démissionné : ce n'est pas neuf et c'est dans le TLFi. N'empêche.
Mais c'est vrai, «deux jeunes filles défenestrées», c'est notable.
Si le TLFi avait une version dynamique, on pourrait l'y ajouter.

Pour ce qui est de la grivèlerie d'essence, c'est bien l'appellation juridique : la définition que vous citez est à mon avis restrictive.

Re : Abus de termes : jeunes filles défenestrées, grivèlerie d'essence

Je vous trouve bien sévère, cher Totoll.
Des mots aussi rares que le verbe défenestrer ou le substantif défénestration ne seraient pour ainsi dire jamais utilisés si on ne leur conservait que leur sens strict d'origine. Je trouve tout à fait admissible de leur accorder une certaine extension de sens, qui ne les trahit nullement à mes yeux.

Pour "grivèlerie d'essence", ce serait un délit bien connu des gendarmes et de la justice sous ce nom, si j'en crois google. Là aussi, une très légère extension de sens est parfaitement acceptable, et déjà acceptée, il me semble.

4

Re : Abus de termes : jeunes filles défenestrées, grivèlerie d'essence

Il me revient également en mémoire  que quelqu'un pouvait certifier " que ledit document avait été "acté " !....( c'est-à-dire dont "on a pris acte ", sans doute ? ) . Je veux bien m'adapter , certes , mais pas à ce genre de charabia prétentieux !...Non ?

" Horas non numero nisi serenas "

5

Re : Abus de termes : jeunes filles défenestrées, grivèlerie d'essence

totoll a écrit:

Ou bien alors il faudrait "élargir " le sens du mot consommer , et là je suis totalement contre , car consommer doit rester limité à de la nourriture ou de la boisson

Et là, je ne suis pas d'accord : consommer le mariage ? consommer du charbon ?

6

Re : Abus de termes : jeunes filles défenestrées, grivèlerie d'essence

totoll a écrit:

Il me revient également en mémoire  que quelqu'un pouvait certifier " que ledit document avait été "acté " !....( c'est-à-dire dont "on a pris acte ", sans doute ? ) . Je veux bien m'adapter , certes , mais pas à ce genre de charabia prétentieux !...Non ?

Consultez le TLFi : acter est bien un verbe transitif: donc un document , dont on a pris acte, est effectivement acté.

7

Re : Abus de termes : jeunes filles défenestrées, grivèlerie d'essence

gb a écrit:
totoll a écrit:

Ou bien alors il faudrait "élargir " le sens du mot consommer , et là je suis totalement contre , car consommer doit rester limité à de la nourriture ou de la boisson

Et là, je ne suis pas d'accord : consommer le mariage ? consommer du charbon ?

Bon , d'accord , alors dans ce cas,  renversons les termes : consommer du charbon sans le payer n'est pas , à mon sens , de la "grivèlerie " stricto sensu ! C'est du vol pur et simple ! Appelons un chat ,etc...,  de même que prendre de l'essence et détaler sans payer est du VOL ! On en revient à ce "politiquement correct" qu'on a longuement évoqué dans ces colonnes : un simple voleur étant élevé à la dignité " d'auteur de cambriolage " etc...etc...
Quant à la "consommation " du mariage , c'est de la pure métaphore - poétiquement douteuse , non ? ...

" Horas non numero nisi serenas "

Re : Abus de termes : jeunes filles défenestrées, grivèlerie d'essence

totoll a écrit:

prendre de l'essence et détaler sans payer est du VOL ! On en revient à ce "politiquement correct" qu'on a longuement évoqué dans ces colonnes

Oui, si l'on veut, mais le délit de grivèlerie (voir p. ex. Wikipedia) est une forme particulière de vol. Vous le savez bien, puisque vous le définissez dans votre première intervention. Les catégories juridiques ont été établies très longtemps avant la notion de "politiquement correct".
Par ailleurs, on trouve sur google plusieurs exemples concernant des stations-service, etc. Et aussi quelqu'un qui dit que le délit de grivèlerie a été remplacé depuis 2000 par celui de filouterie (Art. L 313-5 du Nouveau Code Pénal). Je n'ai pas cherché à vérifier, mais ce serait plausible, étant donné que le mot filouterie est compris par tout le monde sans recherche dans le dictionnaire.

Re : Abus de termes : jeunes filles défenestrées, grivèlerie d'essence

totoll a écrit:

Quant à la "consommation " du mariage , c'est de la pure métaphore - poétiquement douteuse , non ? ...

Ici aussi, il vous faudrait consulter les notices du TLF, cher Totoll, et ne pas vous fier à vos impressions. La consommation de quelque chose d'abstrait est bien antérieure, en français, à celle d'aliments ou de boissons.

10

Re : Abus de termes : jeunes filles défenestrées, grivèlerie d'essence

Ah, comme vous me rappelez là de vieux souvenirs de gamin !...: en l'année 47 , j'étais en vacances en Bretagne chez un ami de mon père , qui avait été comme lui , prisonnier en Allemagne ; c'était un paysan , et qui employait à son tour - juste retour des choses ! - un prisonnier allemand originaire de Baden-Baden , avec qui je bavardais , avec mes quelques premières notions d'allemand apprises en 6ème ... Et justement , à propos du comportement français , il me dit un jour une phrase que j'entends encore : " Franzosen , gross filou ! " ou encore "Franzosen : komm-zi - komm-za ! " en dirigeant sa main tantôt à droite, tantôt à gauche .Cela me fait encore rire !... Alors , la filouterie , je connais !

" Horas non numero nisi serenas "

11

Re : Abus de termes : jeunes filles défenestrées, grivèlerie d'essence

Interdiction de l'interprétation par analogie

L'interprétation par analogie est une interprétation qui consiste à appliquer un texte visant un acte ou un fait précis à un acte ou un fait voisin ou analogue. Cette méthode consiste simplement à étendre le domaine d'application d'une loi à une situation voisine de celle que prévoit le texte. Ce mode d'interprétation est directement contraire au mode d'interprétation restrictive et est donc interdit.

Exemple :

Une loi de 1873 a défini pour la première fois le délit de filouterie d'aliments, qui consiste à se faire servir des aliments et à ne pas les payer. Peu après, des individus ont commis des actes de filouterie de transport. La Cour de cassation a estimé que la loi sur la filouterie d'aliment ne pouvait être étendue. Il a fallu attendre 1926 pour que ce délit soit incriminé. La loi sur la filouterie de transport de 1926 visait les « voitures de place » (taxi) et non les autres véhicules ; cette loi n'a pu être étendue aux ambulances.

Filouterie -  Notion. La filouterie consiste, pour un client, à se faire remettre une chose ou se faire rendre un service par un professionnel, puis à refuser d’en régler la note pour cause d'impécuniosité. Ainsi il y a grivèlerie lorsque le client d'un restaurant, après s'être restauré, déclare n'avoir pas l'argent nécessaire au paiement de la note.

Sohet (Instituts de droit, Bouillon 1772) : La grivèlerie est une espèce de vol, que de sortir du cabaret sans payer son écot.

Jousse (Traité de la justice criminelle) : On condamne ordinairement au carcan , dans le cas de filouterie.

Joly (La France criminelle) : Une catégorie de vagabonds, qui tiennent [pour l'hiver] à se faire loger, nourrir et chauffer aux frais du gouvernement, emploient, pour y réussir, un procédé simple, mais ingénieux : c'est la filouterie d'aliments au préjudice des restaurateurs. Il consiste à se faire servir un déjeuner et à dire ensuite flegmatiquement, lorsque le garçon apporte la note : « Allez chercher les gendarmes, nous n'avons pas de quoi vous payer. »

- Science criminelle. La filouterie est considérée comme un type d’infractions intermédiaire entre le Vol* et l’Escroquerie*. La doctrine observe qu'elle concerne les contrats de fiducie en général, contrats qui reposent sur la confiance du fournisseur de biens ou de services envers sa clientèle. Dès lors qu'elle protège la foi contractuelle plutôt que la possession, l'incrimination de filouterie s’apparente à l’escroquerie plutôt qu'au vol.

Droit positif. L’art. 313-5 C.pén. réprime la filouterie d’aliments, la filouterie de logement, la filouterie de carburant, la filouterie de taxi et la  grivèlerie. Le législateur aurait pu également, par exemple, viser la filouterie de coupe de cheveu, puisque le contrat de coiffure s’analyse lui aussi en un contrat de fiducie.

"La douceur est invincible." Marc Aurèle

12

Re : Abus de termes : jeunes filles défenestrées, grivèlerie d'essence

Perkele a écrit:

Filouterie -  Notion. La filouterie consiste, pour un client, à se faire remettre une chose ou se faire rendre un service par un professionnel, puis à refuser d’en régler la note pour cause d'impécuniosité. Ainsi il y a grivèlerie lorsque le client d'un restaurant, après s'être restauré, déclare n'avoir pas l'argent nécessaire au paiement de la note.

Intéressant. Si l'automobiliste se barre sans déclarer « n'avoir pas l'argent nécessaire au paiement de la note », est-ce un cas de grivèlerie ? Autrement dit, et d'après la définition citée par Perkele,  filer à l'anglaise pour ne pas payer, ce serait du vol simple. À distinguer de la filouterie et de la grivèlerie ? le contrevenant barjote la partie lésée ou se prévaut de ses propres manques pour lui faire subir un préjudice (ce qui n'est plus très loin du vol).

13

Re : Abus de termes : jeunes filles défenestrées, grivèlerie d'essence

Tout est dans la nuance.

TLFi: filouterie:  Spéc., DR. Vol où la ruse est l'élément prédominant; infraction intermédiaire entre le vol et l'escroquerie (d'apr. CAP. 1936).

14

Re : Abus de termes : jeunes filles défenestrées, grivèlerie d'essence

Finalement , on en revient toujours à l'histoire du fameux "Quart d'heure de Rabelais " ,  dont notre auteur s'était ingénieusement fort bien tiré  !...

" Horas non numero nisi serenas "

15

Re : Abus de termes : jeunes filles défenestrées, grivèlerie d'essence

On consume un mariage et consomme une tarte.

16

Re : Abus de termes : jeunes filles défenestrées, grivèlerie d'essence

On consomme les tartes, et on consomme les mariages.
Si on ne sort pas assez vite la tarte du four, elle sera consumée.
Quant au mariage, s'il n'est pas consommé, il est dissous.

C'est même l'un des cas où l'Eglise romaine accepte le remariage religieux de l'un ou l'autre conjoint.