Récit de Théramène (traduit en argot)

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Titre : Récit de Théramène (traduit en argot)
Auteur : Lermina (Jules) et Lévêque (Henri)
Date :
NbEditions :
NbMots :
Mots clés : source ; pastiche ; Racine
Type :
Contributeurs : gb
Discussion

Récit de Théramène (traduit en argot)

Texte

PHEDRE. - ACTE V.

SCENE VI

THESEE, THERAMENE.

THESEE.

Théramort, c'est-y toi ? Qué qu' t'as fait du fiston ?
Je te l'ai colloqué quand il était tout gosse...
Mais tu chial's ! Dis-moi donc le pourquoi de c'te émosse ;
Qu'est-c' que d'vient mon produit ?

THERAMENE.

Patron, votre salé,

-Quell' dèche, mon Emp'reur !- eh ! ben, il est dég'lé.

THESEE.

Tu rl's !

THERAMENE.

C'comm'ça ! J'ai vu crever l' plus chouette

Des mecs à la redresse et, d' tous, l' moins tartelette.

THESEE.

Mon dabicul', crapsé !... Quand j'y tends mes ail'rons,
Les gonciers d' l'Oly'much' se dégrouill'nt, les muftons,
Pour l'estourbir... Ah ! qué sal' coup pour la fanfare !

THERAMENE.

Nous venions d'démarrer des lourdes de Trez'mare,
Il était en roulott' ; ses grives bassinés
Comm' lui posaient leur chique, alentoir alignés ;
Y trimardait l' boul'vard extérieur de Myssmine ;
Son battoir aux carcans lâchait la tourtousine :
Ses canassons rupins -qui faisaient tant de pet,
Dans l' temps, à moins qu'y n' fît sonner son galoubet-
Châsse à l'estorgue, à c'te heure, et la cabèch' débile,
Avaient l'air, tout comm' lui, de s' fair' des mass's de bile.
Un coup d' gueule épatant, jacté du fond d' l'agout,
A c' moment chambarda l' tapis bleu d' bout en bout ;
Puis, comm' si qu' ça sortait d' la berdouille de la Basse,
Répondit un bon dieu de battag' de morasse...
Dans notre palpitant not' vermois s'est figé ;
Des gails, qu'avaient la frouss', le douillet s'est gouré.
Du mêm' coup, v'là qu'y sort, du... dos d' la grand' cuvette,
Qué qu' chose d'aussi gros qu' l'antiff de la Galette
Et d'aussi mouche -hein ! vieux, c'est pas peu dir' !...- Tableau !
Oh ! la sal' bêt' !... Ca t'nait de l'homard et du veau ;
Biscornard à flancher d'vant la lourde de Saint-D'nailles,
Il avait tout' la couenn' recouverte d'écailles,
Et, crâneur, les arq'pinc's aux fab's du culbutant,
Y croupionnait comme un' tata d' Ménilmontant :
Car plus qu'on est tocard, plus qu'on est à l'épate.
L' tapis bleu fait sa poire en voyant c'te patate,
La Produisante idem, l'air en a vezouillé,
Le lansquin qui l'am'na renâcle épastrouillé.
Tous les copains décarr'nt, pris de flux et de vesse,
Chez l' bistro d'à côté r'trouver chaqu' sa gonzesse.
Polyt' qui, t'nant d' son dab, a pas peur du bousin,
Arrêt' ses gails, fix' la virol' de son surin,
S'amèn' vers le salaud, fait c'lui qui vis' la hure,
T'lui fout dans l' paillasson un' nom de dieu d' fauchure
Et r'mont sur son sapin. "-Outil ! fil à séton !
(Qu' fait l'autre chien) Hé, va donc, espèce d' Collignon !"
Puis, leur collant sous l' nez son goulot qui trouillote,
L' marloupin lâche aux gails un rôt à l'échalote :
Ca schlinguait si bezef qu'y s' fout'nt à déraper
Et s' trott'nt par le trimard, au risqu' d' tout esquinter.
L' canulant, c'est qu'y a pas en Argos, comme en France,
Pour les pauv's écraseurs des cot'ri's d'assurance...
- Détail : un môm' prétend avoir vu les sergots
Se déguiser en cerfs, de peur des avaros. -
Mais v'là les sal's carcans qu'accroch'nt un' pissotière...
Tout craqu' ! Polyt' s'arrach' les guiches de la caf'tière,
Car ça l'embêt' -tu pens's !- de voir son locati
Si tell'ment chahuté, si tell'ment décati.
Y saute, y rat' son coup, y s' fout la gueul' par terre ;
Un d' ses douillards frisés rest' pris dans la portière...
Alors j'ai vu, daron, j'ai vu votr' pauv' salé
Sonné sur l' macadam comme un pante argoté ;
Tant plus qu' y gueul', tant plus qu' ses canards s'escarmouchent ;
Tout' sa carcass' n'est plus qu'un abreuvoir à mouches... 1

THESEE

Théramort, tu tiens bien l' crachoir - mais tu l'tiens trop :
Accouch' !

THERAMENE

Patron, plus qu'un tout petit temps d' galop

(Ca s'appell' "déblayer") et j' finis la tartine.
J'en étais donc...

THESEE

Encor !

THERAMENE

Bédame !

THESEE

Oh ! qué platine !

THERAMENE

J'en étais au moment oùs que, sur l' point d' claquer,
Polyt' me fit sign' qu'y voulait jaspiner.
Donc, y m' dit, au moment d' dégonfler sa vessie,
D'le remplacer en tout près d' sa gerce Aricie...

THESEE

Basta !

THERAMENE

De quoi ?... La goss'...

THESEE

La gosse est pour bibi.

THERAMENE

Pas plan ! A votre extrait elle a déjà servi.

THESEE

Qu' ça fout ?

THERAMENE

Ce que ça fout ?

THESEE

Oui, dis-le donc, citrouille !

THERAMENE

Ca fout, mon vieux colo, qu' vous n'avez pas la trouille
D' penser à vous offrir...

THESEE

Ferme ça, troufignard !

Puisque avec sa bell' mère y voulait m' fair' cornard,
J' m'en vas, en m'appliquant sur l'estom sa ménesse,
A mon sacré crapaud rendre sa politesse...
Mais c'est pas tout : encore un mot, vieux Théramort.

THERAMENE

Présent !

THESEE

L' salaud à caus' de qui qu' Polyte est mort...

THERAMENE

L' veau ?

THESEE

Oui.

THERAMENE

L'homard ?

THESEE

C'est ça, l' type aux épates,

Q'avait d' l' écaille au dos...

THERAMENE

Qu'avait du poil aux pattes ?

THESEE

Gi ! Narr'-moi c' qu'est dev'nu c' galvaudeux, ce bandit.

THERAMENE

Pas poss, patron, car m' sieu Racin' me l'a pas dit.

(Rideau)

 

1 Scrupuleusement conforme au texte racinien jusqu'à ce dernier vers, la traduction va s'en écarter quelque peu dans le dialogue qui commence avec l'interruption de Thésée. Il faut reconnaître à la version nouvelle le double mérite d'être d'une psychologie plus moderne que le dénouement traditionnel et de rendre ce dénouement moins languissant.

Sources

  • Cette version argotique du Récit de Théramène se trouve dans l'introduction de Lermina (Jules) et Lévêque (Henri). Dictionnaire thématique français-argot, pp. XII-XVI, précédé de cette introduction : "A titre d'exemple et d'exercice, nous donnons ci-après une traduction du Récit de Théramène. Cette transformation pratique de la langue racinienne ne peut que rendre à la "bassinoire" classique un intérêt qu'elle a depuis longtemps perdu."

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