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ABC de la langue française : forums » Réflexions linguistiques » La terre est bleue comme une orange

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Sujet : La terre est bleue comme une orange

Cette métaphore de Paul Eluard est-elle absurde ?

2 Dernière modification par Ylou (08-02-2018 15:31:52)

Re : La terre est bleue comme une orange

Voyons, évidemment non.
La Terre et l'orange se rejoignent dans la rondeur, dans l'abondance liquide, et leurs couleurs se rehaussent réciproquement. La Terre devient un fruit suave et sensuel qu'on peut rêver tenir dans sa main, et qui entre en contact avec tous nos sens; avec le parfum, avec le goût.
Magnifique image qui dit la Terre, notre Terre, et la relation entre elle et nous.

Avec nos pensées nous créons le monde. Bouddha

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Re : La terre est bleue comme une orange

Hergé lui rend d'ailleurs explicitement hommage dans un Tintin.

Non sunt multiplicanda entia sine necessitate!

Re : La terre est bleue comme une orange

C'est l'image surréaliste par excellence, qu'on peut chercher à justifier ou non, peu importe, tout dépend de sa réception en chacun de nous. L'image surréaliste naît du rapprochement de deux réalités aussi éloignées que possible. "La réunion, sur une table à dissection, d'une machine à coudre et d'un parapluie", comme le disait - avant le Surréalisme - Lautréamont. Qu'elle soit motivée par quelque chose de conscient ou d'inconscient importe peu : elle est du seul fait qu'elle est exprimée (ou représentée), et en cela, elle est pure car débarrassée du poids de la raison, qui peut la trouver absurde, en effet, mais non toujours de la culture ou de la charge affective du poète ; elle est aussi authentique et sincère. Le second vers du poème est du reste :

Jamais une erreur les mots ne mentent pas

A desenor muert a bon droit /Qui n'ainme livre ne ne croit. (Roman de Renart)

Re : La terre est bleue comme une orange

Ce n'est pas une métaphore, c'est une comparaison.
La notion d'absurdité est assez étrangère à la poésie.

... ne supra crepidam  sutor iudicaret. Pline l'Ancien

Re : La terre est bleue comme une orange

Pour reprendre les deux derniers messages, avec lesquelles je suis complètement d'accord, je dirais que cette comparaison est surréaliste. wink

Re : La terre est bleue comme une orange

Je dirai même plus... big_smile

A desenor muert a bon droit /Qui n'ainme livre ne ne croit. (Roman de Renart)

Re : La terre est bleue comme une orange

Vous diriez ou vous direz ?

Re : La terre est bleue comme une orange

Non, JE DIRAI.

A desenor muert a bon droit /Qui n'ainme livre ne ne croit. (Roman de Renart)

Re : La terre est bleue comme une orange

Ben on attend. Vous n'avez rien dit de plus, pour l'instant ! tongue

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Re : La terre est bleue comme une orange

Abel Boyer a écrit:

Ben on attend. Vous n'avez rien dit de plus, pour l'instant ! tongue

Si!
Qu'il s'agissait de jacquesvaissier... avec un t ! wink

Non sunt multiplicanda entia sine necessitate!

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Re : La terre est bleue comme une orange

jacquesvaissier a écrit:

C'est l'image surréaliste par excellence, qu'on peut chercher à justifier ou non, peu importe, tout dépend de sa réception en chacun de nous. L'image surréaliste naît du rapprochement de deux réalités aussi éloignées que possible. "La réunion, sur une table à dissection, d'une machine à coudre et d'un parapluie", comme le disait - avant le Surréalisme - Lautréamont. Qu'elle soit motivée par quelque chose de conscient ou d'inconscient importe peu : elle est du seul fait qu'elle est exprimée (ou représentée), et en cela, elle est pure car débarrassée du poids de la raison, qui peut la trouver absurde, en effet, mais non toujours de la culture ou de la charge affective du poète ; elle est aussi authentique et sincère. Le second vers du poème est du reste :

Je crois que vous avez parfaitement défini cette comparaison. Mais comme j'ai initié ce fil de discussion il faut que j'y mette mon petit Grain de Sel.
Déjà sur le plan physique de la couleur tout dépend du côté on l'où se place. La terre apparait bleue parce que la couche d'ozone absorbe les rayonnements rouge et jaune qui composent l'orange et réciproquement l'orange absorbe le bleu et renvoie à nos yeux sa couleur orangée...

Ensuite d'après mes lectures l'inconscient ne connaîtrait pas les couleurs et il semble que dans l'Antiquité n'existait comme nom de couleur que le noir, le blanc et le rouge.  Quand est apparu le nom des couleurs jaune et bleue ?

13 Dernière modification par Lévine (09-02-2018 09:12:52)

Re : La terre est bleue comme une orange

L'ensemble des couleurs est évidemment perçu au moins depuis l'apparition de l'Homo Sapiens, mais le "découpage" en tranches spectrales, en dépit de l'arc-en-ciel, diffère en effet sensiblement du nôtre. Cela s'explique par le fait qu'on apprécie les couleurs à travers des minéraux, des végétaux présents dans l'environnement, le ciel, la mer, la terre, et que ces derniers n'offrent que rarement des nuances que nous jugerions franches parce que nous savons extraire l'idée de couleur des objets colorés.
Mais dans l'Antiquité, il existe quantité d'adjectifs désignant des couleurs :  pour "jaune", on a flavus (pour l'or, le blé), luteus (=ocre), croceus (de la couleur du safran), pour "bleu", on a caeruleus (cf. "céruléen")... Pour "jaune", vous constatez que l'idée de couleur dépend étroitement de l'objet coloré à désigner.
Quant au mot "jaune", il a été tiré d'un tardif galbinus ("jaune verdâtre") et "bleu", de même que "blanc" d'ailleurs, viennent d'une racine germanique.
Ce n'est donc pas une question anatomique, mais de psychologie de la perception.

Un mot sur la date d'apparition des mots : on ne peut jamais la déterminer exactement. "bleu", sous la forme "bloi" est présent dans la Chanson de Roland (fin du XIème siècle), mais cela ne veut évidemment pas dire que le mot ne soit pas beaucoup plus ancien. Les textes nous fournissent des dates d'attestation, c'est tout. Pour le reste, on est réduit aux conjectures.

A desenor muert a bon droit /Qui n'ainme livre ne ne croit. (Roman de Renart)

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Re : La terre est bleue comme une orange

Je signale, à propos de la perception des couleurs, que les peuples celtes ne distinguaient pas le vert du bleu. Le mot glas désigne en irlandais un bleu-vert, et en breton le bleu, le vert des végétaux et le gris de l'ardoise.

Caesarem legato alacrem, ille portavit assumpti Brutus.

15 Dernière modification par Lévine (09-02-2018 11:13:03)

Re : La terre est bleue comme une orange

Si, leur œil le distinguait évidemment, mais leur "découpage" conceptuel était différent du nôtre, sans doute en raison des circonstances créées par leur environnement (les nuances de la mer).

A desenor muert a bon droit /Qui n'ainme livre ne ne croit. (Roman de Renart)

16 Dernière modification par glop (09-02-2018 12:35:31)

Re : La terre est bleue comme une orange

Je ne crois pas que les celtes avaient une mauvaise perception des couleurs. Ils étaient fascinés par les minéraux et les végétaux ayant des reflets glauques (couleur de laquelle je jaune est absent). Cette couleur à laquelle est substitué un vert grisé sur nos écrans ne fait pas partie des couleurs informatisées au sein desquelles ce que nous appelons « jaune » est une variante du vert.

http://www.valdardennetourisme.com/blog … de-vlieger

Nomina si nescis, perit cognitio rerum. Edward Coke

Re : La terre est bleue comme une orange

Alco a écrit:

Je signale, à propos de la perception des couleurs, que les peuples celtes ne distinguaient pas le vert du bleu. Le mot glas désigne en irlandais un bleu-vert, et en breton le bleu, le vert des végétaux et le gris de l'ardoise.

Encore aujourd'hui, la limite est floue entre le vert et le bleu, surtout quand on est du côté de la turquoise. Certains l'assimilent au bleu, d'autres déjà au vert. Pensons aussi à l'évolution de "glauque".

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Re : La terre est bleue comme une orange

jacquesvaissier a écrit:

Si, leur œil le distinguait évidemment, mais leur "découpage" conceptuel était différent du nôtre, sans doute en raison des circonstances créées par leur environnement (les nuances de la mer).

Votre remarque est intéressante. C'est évidemment la grille de lecture du monde qui délimite l'emploi des mots. Mais pour ce qui est de la fin (nuances de la mer), je vous ferai remarquer que les celtophones de l'antiquité, chez qui ce mot existait déjà, vivaient majoritairement loin de la mer.

Caesarem legato alacrem, ille portavit assumpti Brutus.

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Re : La terre est bleue comme une orange

La déesse celtique Brigit est souvent comparée à Minerve « la déesse aux yeux pers ».

Nomina si nescis, perit cognitio rerum. Edward Coke

Re : La terre est bleue comme une orange

Dans l'Iliade et l'Odyssée, Athéna est qualifiée comme étant Théa Glaukopis Athéné, que l'on traduit par : Athéna, la déesse aux yeux glauques, ou aux yeux pers.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Glauque
Il est clair qu'aujourd'hui, "aux yeux glauques", ça le fait pas !

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Re : La terre est bleue comme une orange

Il semble que dans l’acception actuel de l’adjectif, ce soit la notion d’étrangeté qui perdure au dépend de la couleur elle-même.


Damia
La fille aux matelots
Paroles de H-Diamant Berger et de J.Réale. Musique de Guy Zoka.

{Refrain:}
Quand le vent pleure et gémit
Tu l'entends, ma voix rauque
Dans l'océan endormi
Quand l'eau verte s'assombrit
Tu les reconnais, mes yeux glauques
Dans ton hamac, l’œil ouvert
Je suis le désir pervers
Qui rôde au hasard des mers

Nomina si nescis, perit cognitio rerum. Edward Coke

22 Dernière modification par Lévine (09-02-2018 14:56:04)

Re : La terre est bleue comme une orange

Attention au sens primitif des mots, surtout en grec : γλαυκός signifie d'abord "brillant", "étincelant". On comprend qu'il puisse s'appliquer aux yeux ; ce n'est que par glissement sémantique qu'il en vient à désigner des couleurs allant du gris au vert pâle suivant les époques et les auteurs. A l'époque de Lucien, le mot devient péjoratif, comme nos dérivés en -âtre.

L'épithète γλαυκῶπις fait en réalité allusion à l'éclat, non à la couleur, en dépit de la traduction de Victor Bérard. Athéna, par rapport à Vénus, aux yeux doux et humides, a dans les yeux l'éclat de la raison.

A desenor muert a bon droit /Qui n'ainme livre ne ne croit. (Roman de Renart)

23 Dernière modification par glop (09-02-2018 15:19:29)

Re : La terre est bleue comme une orange

https://fr.wikipedia.org/wiki/Couleur_des_yeux
Dans la Rome antique, avoir les yeux bleus est signe de débauche pour les femmes et de ridicule pour les hommes

hmm  ? ! ?  hmm

Nomina si nescis, perit cognitio rerum. Edward Coke

Re : La terre est bleue comme une orange

J'ai l'impression que Bailly et Chantraine ne sont pas tout à fait d'accord sur le sens premier de γλαυκός. Bailly indique effectivement brillant, étincelant comme le sens primitif, mais Chantraine semble partisan du bleu clair. Les spécialistes sont divisés !
http://projetbabel.org/forum/viewtopic. … 790#115790

Sur le mot glauque et les couleurs :
https://books.google.fr/books?id=Pi8wQT … mp;f=false
http://parler-francais.eklablog.com/glauque-a49145832
https://owdin.live/2017/07/31/la-mer-na … ete-bleue/
https://aeon.co/essays/can-we-hope-to-u … heir-world

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Re : La terre est bleue comme une orange

Le Liddell-Scott, très informé et très référencé, donne pour cet adjectif :

1. orig. without any notion of colour, gleaming
2. later, of colour, bluish green or grey, of the live, elder, vine leaves, beryl, eye...

L'étymologie nous donnerait des indications si elle n'était pas... obscure !

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