Mise à jour du forum (mars 2016)

Le programme du forum a été mis à jour. Et rien ne semble cassé.

Répondre

Répondre

Rédigez et envoyez votre nouvelle réponse

Vous pouvez utiliser : BBCode Images Binettes

Tous le champs doivent être remplis avant d’envoyer ce formulaire, ou alors vous avez utilisé la fonction copier/coller qui n'est pas supportée par l'éditer de texte.

Information obligatoire pour les invités


Information obligatoire

Revue du sujet (plus récents en tête)

35

Ces formes expliquent Lud et Londoin que l'on trouve chez Wace.

En français, la chute du i post-tonique a en effet entraîné la rencontre du d et du n. On a la forme Londres dès les premiers romans de Chrétien (dans Cligès, par exemple).

D'autres noms de lieu illustrent ce phénomène : Ling(o)nes > Langres, *Cart(u)nes (pour Carnutes) > Chartres, ce dernier mot illustrant le goût de la langue pour la séquence r+occl.+r. (cf. charte et chartre, bien que les étymons de ces deux mots soient légèrement différents).

34

Un autre exemple est celui de Londres < Lundinium, tandis que l'anglais et le gallois ont gardé la séquence d-n (respectivement London et Llundain).

33

Témoignage précieux, merci ! Il s'agit en fait d'éviter l"assimilation, comme en breton : *an mor > ar mor.

32

Lévine a écrit:

lorsqu’une occlusive s’est trouvée au contact avec une nasale ou d’une liquide, le r s’est alors substitué à la nasale pour rendre le groupe prononçable, les groupes constitués d'une consonne occlusive ou d'une fricative et d'un r étant par ailleurs très fréquents dans la langue :

Ex : pamp(ĭ)num > *pampne > pampre ; ord(ĭ)nem > ordne > ordre ; timp(ă)num > *timbne > timbre.

On rencontre le même phénomène en irlandais, par exemple na mná (les femmes) qui se prononce na mra.

31

LES AVENTURES DU R

Dans les cas les plus fréquents, les r latins et germaniques se sont maintenus en français, bien qu'ils aient sans doute changé de prononciation :

Ex : rēgem > roi, cŏrōnam > couronne, crŭcem > croix, *sortīre > sortir, wĕrra > guerre.

Mais la chute de certaines voyelles atones, phénomène caractéristique du français, a pu parfois entraîner une rencontre de consonnes difficilement prononçable ou sentie comme étrangère à la langue. Dans les cas les plus critiques, une des consonnes est tombée, mais lorsqu’une occlusive s’est trouvée au contact avec une nasale ou d’une liquide, le r s’est alors substitué à la nasale pour rendre le groupe prononçable, les groupes constitués d'une consonne occlusive ou d'une fricative et d'un r étant par ailleurs très fréquents dans la langue :

Ex : pamp(ĭ)num > *pampne > pampre ; ord(ĭ)nem > ordne > ordre ; timp(ă)num > *timbne > timbre.

Ex : epist(ŭ)la > epistle > epître ; apost(ŏ)lum > apostle > apôtre (on trouve aussi apostol(e) en AF, qui est une forme savante non syncopée).

Il est aussi des mots où le r, placé après une voyelle, vient se mettre avant elle pour constituer un groupe consonantique ou il aura la seconde place, comme dans la série précédente.
Cette métathèse s’opère en général assez tardivement, comme on le constate en considérant  la  forme médiévale centrale de chaque série.

Ex : *berbĭcem > berbis > brebis ; *turbŭlare > torbler > troubler ; *formatĭcum > formage (encore chez Molière) > fromage ; *birōtam > berouete > brouette.

Quelquefois notre r n’aime pas entrer en concurrence avec un second r trop proche de lui, il disparaît alors ou s’assimile :

Ex : *berfrīdum > berfroi > beffroi ; heribērga > herberger (en Vendée, une commune a pour nom l’Herbergement) > héberger ; *fŏris-būrgum > forsbourg > faubourg (écrit ainsi par fausse étymologie).

Parfois enfin, il arrive sans crier gare !

Ex : perdĭcem > perdrix ; *derbĭtam > derte > dartre ; *canăpum > chanvre ; rustĭcum > rustre (mais rustaud) ; encaustum(1) > enque > encre ; thesaurum > trésor ; *vitĭc(u)la > veille > ville > vrille.
Son apparition pose ici un problème, car les formes sans r étaient parfaitement prononçables ; dans le cas de dartre, la prononciation s’en trouve même rendue plus difficile. Mais cette tendance, par ailleurs directement opposée à la série précédente, semble en fait la plus fréquente. On trouve même jardrin pour jardin en AF. On allègue souvent des "contaminations" pour expliquer ces mots : vrille d’après virer, rustre à cause de la finale déjà existante dans illustre, existence de verbes courants comme perdre, tordre, mordre... Tout se passe en fait comme si la langue craignait les innovations et s’en remettait à des modèles connus, sinon éprouvés.
Jarry, en créant le mot « merdre » à partir de « merde », ne fait que se conformer à un usage très ancien...

(1) Le latin a gardé l’accentuation du mot grec ἔγκαυστον. Dans ce mot demi-savant, la post-tonique s’est maintenue, et c'est la syllabe finale qui a disparu.

30

Question :

Pourrait-on évoquer le traitement du i latin ?


Réponse :

Le cas du i bref latin est hors-sujet, puisque, comme nous l’avons dit dans le premier message, son timbre s’est confondu avec celui du e long dès la période impériale.
Reste donc le i long accentué (le cas des voyelles atones n’a pas à être pris de manière différenciée, sauf à l’initiale, cas dont nous parlerons ultérieurement).

Eh bien c’est facile : le i latin accentué, libre ou en entrave, est resté intact en français, comme en témoignent les exemples suivants :

īra > ire ; nīdu(m) > nid ; lībra > livre (f.) ; argīlla > argile ; partīre > partir ; partītu(m) > parti ; īns(ŭ)la > isle > île, etc…

Le traitement des i longs germaniques est le même :

wīsa > guise ; bīsa > bise.


Si le ī est suivi d’une consonne nasale, deux cas sont à envisager :

a) Si la nasale conserve son articulation devant un e sourd, le ī reste intact. Il a pu exister un début de nasalisation du ī, mais l’orthographe n’en a pas laissé de trace, ce qui fait que l’on ne rencontre que les groupes orthographiques –in(e) ou -im(e), au contraire des mots de type honneur.

spīna > épine ; farīna > farine ; līma > lime, etc… 

b) Si la nasale ferme la syllabe, le ī se nasalise et reste nasalisé jusqu’à l’époque moderne. Le résultat est le son noté, mais certains puristes du XVIIème siècle tenaient à ce qu’il fût prononcé de façon plus fermée ([]) afin de le distinguer du ẽ < -ain ou -ein  (dont je n’ai pas encore parlé). On a donc :

*cīnque > cinq ; sīmiu(m) > singe, etc… ;
fīne(m) > fin ; vīnu(m) > vin, etc… .

Cette nasalisation n'a lieu qu'au début du XIIIème siècle. Dans la Chanson de Roland (fin du XIème), pin assone avec vis et se prononçait donc [pi-n] (laisse 176).

C’est encore le cas dans le cycle de Guillaume d’Orange (deuxième moitié du XIIème) : on trouve fin donc [fi-n] et palis dans la laisse 58 du Moniage Guillaume.

En revanche, dans la chanson d’Aspremont (XIIIème), seuls les mots en –in  assonent entre eux (laisse 22), mais il s’agit plus de rimes que d’assonances, et les rimes ne permettent évidemment pas de bien savoir. A cette époque, on devait malgré tout prononcer le nom pin [pẽn] ou [pĩn].

Ce son n’a vraiment perdu son appui consonantique qu’au seuil du XVIème siècle.

29

Petite question du soir :

Comment sait-on que le le on de honte n'était pas nasalisé avant le milieu du XIIème siècle ?

Réponse :

Grâce aux assonances des chansons de gestes ; ainsi, dans la laisse 36 du Charroi de Nîmes (première moitié du XIIème), les mots suivant assonent :

done/homes/longues/tonnes/conjoingnent/doublent/grocent/honte/goule.

Aucune place pour un son nasal (grocent, goule en témoignent). Ici, l'assonance est en o fermé.

28

Aujourd’hui, nous allons laisser les diphtongaisons pour nous tourner vers un phénomène d’une grande importance en français : la nasalisation.

Conformément à l’esprit de ce sujet, nous n’aborderons la question que de façon très partielle.


Question 1 :

Comment se fait-il qu’il y ait deux -n à donne et à honneur alors que leurs étymons respectifs, dōnāt et (h)ŏnōre(m) n’en comportent qu’un seul ?

Réponse :

C’est parce qu’au XIIème siècle, le -o qui précède le –n a pris le son [õ] au contact de cette dernière. A présent, une partie de la colonne d’air nécessaire à l’émission de la voyelle passe par les fosses nasales, ce qui explique le nom de nasalisation donné à ce phénomène inconnu du latin.

Durant environ un siècle, on a continué à écrire done et onor (ou enor, pour des raisons que je ne développerai pas ici), mais on prononçait en fait [dõn(e)] et  [õnor].

Voilà pourquoi, vers la fin du XIIIème siècle et en moyen français, on a ajouté un second –n pour accorder la graphie à la prononciation nouvelle, le digraphe –on notant la voyelle nasale, faute de trouver un graphème original, et le second –n la consonne qui suivait cette dernière. Ces mots ont donc comporté deux -n, ce qui était tout à fait logique. 

Mais dès le XVIème siècle, et surtout au siècle suivant, est intervenu un changement capital qu’on a appelé la dénasalisation. Dans ce type de mots, et seulement en syllabe ouverte, le son [õ] a perdu son caractère nasal pour devenir [ǫ]. On aurait dû alors supprimer le premier –n, mais le conservatisme a gagné sur l’étymologie en dépit de certaines velléités de normalisation.
En revanche, des mots comme donateur et honorer ne comportent qu’un seul –n du fait de leur caractère savant.


Question 2 :
Est-ce que tous les –o suivis d’une nasale ont abouti à õ ou seulement ceux qui étaient accentués ? Le timbre de départ (ọ < ō ;  ǫ < ŏ, cf. messages précédents) a-t-il joué un rôle ?

Réponse :
Non : la nasalisation est quasiment universelle en français ; j’ai choisi à dessein un étymon où l’on avait un o long accentué et un étymon ou l’on avait un o bref atone, soit une situation à deux oppositions, afin de montrer qu'on a abouti au même résultat.

Comme partout, il y a des exceptions et des variantes, mais celles-ci reçoivent quasiment toutes une explication.


Question 3 :

Le –o est-il seul concerné ?

Réponse :

Non ; nous avons trois autres voyelles nasales, mais leur genèse est plus complexe. Ainsi, dans lāna > laine, aucune nasalisation n'est intervenue alors qu'on trouve la forme ainme < āmat dans certains domaines d'oïl (cf. ma signature !).


Question 4 :

D’autres langues romanes connaissent-elles la nasalisation ?

Réponse

Oui : c'est même une caractéristique du portugais si on le compare au castillan, mais le phénomène s'effectue dans des conditions légèrement différentes de celles du français.

27

Question :
Existe-t-il d’autres cas de diphtongaison spontanée touchant des voyelles latines dont nous n’avons pas encore parlé ?

Réponse :
Oui. Commençons par le a latin. Qu’il fût bref ou long, il a gardé son timbre dans le latin vulgaire de la période impériale, un timbre du reste assez mal déterminé. Suivant les époques et les régions, il a pu exister un a antérieur (celui du FM « patte ») et un a postérieur (celui de « pâte »), mais si c’est le cas, leur traitement ne permet absolument pas de les distinguer. 

Ce a, accentué et en syllabe libre, a évolué vers ę ou ẹ, suivant sa position dans le mot, en passant par un intermédiaire *aę. L’accent, ici comme ailleurs, a eu pour effet d’allonger le son vocalique, ce qui a provoqué sa fragmentation en deux éléments : l’un marqué par une tension, l’autre par un relâchement provoquant un abaissement de l’aperture. Cette diphtongue, suivant une évolution propre au français, s’est ensuite résolue en un son unique. Ce phénomène s’est produit vers le VIème siècle, uniquement dans le domaine d’oïl. En effet, toutes les autres langues romanes conservent ce a intact, c’est pourquoi on parle de diphtongaison française.

On a ainsi măre > mer (mare en italien et en roumain, mar en espagnol, en portugais, en occitan et en catalan) ; pătre(m) > père ; sāl > sel, prātu(m) > pré ; *ad-sătis > assez, etc…

C’est aussi la raison pour laquelle nos verbes du premier groupe sont en –er et leur participe passé en –é.e.
On a en effet, tout à fait régulièrement : portāre > porter (portare en italien) ; portātu(m) > porté (portato en italien), et portāta(m) > portede (dans la Vie d’Alexis, vers 1040) > portée.

Objection :
Comment se fait-il que amāre donne aimer : le a initial n’étant pas accentué, il n’aurait pas du passer à ę. Et d’autre part, pourquoi écrit-on aimer et non **èmer ?

En effet, le a initial, s'il n'est pas accentué, se maintient en français : valēre > valoir, partīre > partir, etc…
Mais dans ce verbe, l’analogie a joué : le son ai- a été généralisé à partir des formes où il se justifie  phonétiquement. Par contre, en ancien français, on a bien amer.

Si je prends l’exemple du présent de l’indicatif du verbe amāre :
āmo, āmas, āmat, amāmus, amātis, āmant,
je constate qu’il y a quatre formes directement issues de l’évolution phonétique, soit celles qui proviennent des formes latines dans lesquelles le ā accentué figure à l’initiale. Mais on a aligné sur elles les deux formes restantes, la 1PP et la 2PP. On parle en ce cas de réfection analogique. Beaucoup de conjugaisons ont été ainsi refaites.
En revanche, au XIIème siècle, on conjuguait :
J’aim, tu aimes, il aime(t), nous amons, vous amez, ils aiment.

On écrit ai- parce que la a accentué, au contact de la consonne nasale m, a vu sa diphtongue passer de aę à ai , puis se nasaliser pour donner, à la 3PS, par exemple, ẽim(e), puis ẽm (au milieu du XIIIème). On ne prononce donc plus le i à partir de 1200 environ, mais on conservera l’orthographe ai-, comme dans de nombreux mots.

Mais attention, le -i de ai- peut avoir d'autres origines que la consonne nasale...

26

Ah oui, mais dans le cas que j'ai cité, le candidat avait d'abord bien prononcé, puis s'est malencontreusement repris.



Généré en 0,037 secondes, 89 requêtes exécutées