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Revue du sujet (plus récents en tête)

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Question :
Existe-t-il d’autres cas de diphtongaison spontanée touchant des voyelles latines dont nous n’avons pas encore parlé ?

Réponse :
Oui. Commençons par le a latin. Qu’il fût bref ou long, il a gardé son timbre dans le latin vulgaire de la période impériale, un timbre du reste assez mal déterminé. Suivant les époques et les régions, il a pu exister un a antérieur (celui du FM « patte ») et un a postérieur (celui de « pâte »), mais si c’est le cas, leur traitement ne permet absolument pas de les distinguer. 

Ce a, accentué et en syllabe libre, a évolué vers ę ou ẹ, suivant sa position dans le mot, en passant par un intermédiaire *aę. L’accent, ici comme ailleurs, a eu pour effet d’allonger le son vocalique, ce qui a provoqué sa fragmentation en deux éléments : l’un marqué par une tension, l’autre par un relâchement provoquant un abaissement de l’aperture. Cette diphtongue, suivant une évolution propre au français, s’est ensuite résolue en un son unique. Ce phénomène s’est produit vers le VIème siècle, uniquement dans le domaine d’oïl. En effet, toutes les autres langues romanes conservent ce a intact, c’est pourquoi on parle de diphtongaison française.

On a ainsi măre > mer (mare en italien et en roumain, mar en espagnol, en portugais, en occitan et en catalan) ; pătre(m) > père ; sāl > sel, prātu(m) > pré ; *ad-sătis > assez, etc…

C’est aussi la raison pour laquelle nos verbes du premier groupe sont en –er et leur participe passé en –é.e.
On a en effet, tout à fait régulièrement : portāre > porter (portare en italien) ; portātu(m) > porté (portato en italien), et portāta(m) > portede (dans la Vie d’Alexis, vers 1040) > portée.

Objection :
Comment se fait-il que amāre donne aimer : le a initial n’étant pas accentué, il n’aurait pas du passer à ę. Et d’autre part, pourquoi écrit-on aimer et non **èmer ?

En effet, le a initial, s'il n'est pas accentué, se maintient en français : valēre > valoir, partīre > partir, etc…
Mais dans ce verbe, l’analogie a joué : le son ai- a été généralisé à partir des formes où il se justifie  phonétiquement. Par contre, en ancien français, on a bien amer.

Si je prends l’exemple du présent de l’indicatif du verbe amāre :
āmo, āmas, āmat, amāmus, amātis, āmant,
je constate qu’il y a quatre formes directement issues de l’évolution phonétique, soit celles qui proviennent des formes latines dans lesquelles le ā accentué figure à l’initiale. Mais on a aligné sur elles les deux formes restantes, la 1PP et la 2PP. On parle en ce cas de réfection analogique. Beaucoup de conjugaisons ont été ainsi refaites.
En revanche, au XIIème siècle, on conjuguait :
J’aim, tu aimes, il aime(t), nous amons, vous amez, ils aiment.

On écrit ai- parce que la a accentué, au contact de la consonne nasale m, a vu sa diphtongue passer de aę à ai , puis se nasaliser pour donner, à la 3PS, par exemple, ẽim(e), puis ẽm (au milieu du XIIIème). On ne prononce donc plus le i à partir de 1200 environ, mais on conservera l’orthographe ai-, comme dans de nombreux mots.

Mais attention, le -i de ai- peut avoir d'autres origines que la consonne nasale...

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Ah oui, mais dans le cas que j'ai cité, le candidat avait d'abord bien prononcé, puis s'est malencontreusement repris.

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Se faire reprendre par un ignorant, c'est quelquefois irritant. Un jour, je disais à une personne « je vais à Paris », et elle m'a repris aussitôt « sur Paris » en accentuant la préposition.

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@oliglesias

Quand vous voulez ! Ce sujet doit être "collaboratif".

@ Alco

En vieux prof de lettres classiques, j'ai avant tout pensé à Œdipe, dont le nom est si souvent mal prononcé par les candidats.
Une fois, j'en ai même entendu un dire : "Édipe... non : Eudipe !" lol

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Lévine a écrit:

J’en profite pour signaler que sans le u, le œ se prononce [ẹ], en particulier dans le nom Œdipe.

Anisi que dans œnologie, œsophage, œdème, œdicnème, etc. C'est justement la présence, dans certains cas, de la lettre u, qui provoque la confusion.

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Un grand merci Lévine pour ces messages si intéressants et instructifs. Ce sont des choses que je pouvais supposer par rapport à ce que je sais de l'évolution de l'espagnol, mais j'apprends énormément. Là, je n'ai pas le temps, mais à l'occasion je passerai pour parler un peu de ces diphtongues et de leur réduction dans certains contextes en espagnol, le cas le plus caractéristique car il touche le nom du Royaume de Castille, c'est la réduction de la diphtongue (le /e/ était bref en latin dans CASTELLUM) devant une latérale palatale. Je reviendrai donc ! Et encore merci de partager tout ça ici !

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Question :
Y a-t-il une autre voyelle d’origine latine qui ait subi cette « diphtongaison romane » ?

Réponse :
Oui. De même que le ĕ > ę a abouti à ię (iẹ), le ŏ > ǫ a abouti à ọǫ, puis à uǫ, ue  et enfin œ̨.

Ex : mŏla(m) > muole > meule ; nŏvu(m) > nuef  > neuf ; *pŏtet > puet > peut ; proba(m) > prueve > preuve ; *mŏrit > muert > meurt ; cŏr > cuor > cuer > cœur.

Cette diphtongaison ne concerne que le ǫ accentué et en syllabe libre (ou fermée par –r).
Ainsi, mŏrte(m) > mort : dans ce mot, il n'y a pas de diphtongaison car le ŏ est en syllabe fermée.

Le phénomène a débuté au IVème siècle pour s'achever au XIIIème.

Note : La distinction œ̨/œ̣ selon que la syllabe est ouverte ou fermée (peuvent/peut) n'est guère antérieure à la Renaissance. 

Question :
Pourquoi bœuf, cœur, sœur s’écrivent-il ainsi ?

Réponse :
Durant tout le Moyen âge, on trouve les graphies buef, cuer, puis bueuf, cueur (chez Villon), alors même qu’on prononce [bœ̨f] et [kœ̨r] depuis le XIIIème siècle. Mais comme le son est étranger au latin, on ne sait pas comment le graphier, ce qui explique les variantes multiples auxquelles s'ajoutent celles issues des dialectes.
A la Renaissance, la ligature œ a été empruntée au latin classique par souci étymologique, mais aussi pour « étoffer » certains monosyllabes, ou afin d'éviter des confusions, comme seur (> sûr) et sœur.
J’en profite pour signaler que sans le u, le œ se prononce [ẹ], en particulier dans le nom Œdipe. 

Question :
Cette évolution concerne-t-elle les mêmes langues que précédemment ?

Réponse :
Oui : à la forme verbale française "peut" (< *pŏtet) correspondent :
- d’une part l'italien può, l'espagnol puede, le roumain poate, qui connaissent la diphtongaison,
- d’autre part le portugais pode, le catalan et l’occitan pot, qui l'ignorent.

Mais on remarque que le français a poursuivi plus loin l’évolution phonétique, puisque la diphtongue, présente en ancien français, s’est résolue en un son unique dès le XIIIème siècle.
D’une manière générale, le français moderne n’a plus de diphtongue au sens phonologique du terme.

Remarque :
Le ǫ < ŏ et le ọ < ō accentués et en syllabe libre ont finalement tous deux abouti à œ̨/œ̣, mais par des voies différentes (se reporter à l'avant-dernier message).

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Question :
D’où vient que l’on a pied en français, alors que l’étymon latin est pĕdem ?  Comment expliquer cet « i » ?

Réponse :
On a vu que le système vocalique du latin s’était peu à peu transformé au cours de l’époque impériale. L’opposition de quantité (voyelles longues/voyelles brèves) s’est perdue, et une réorganisation du système s’est opérée.

On a vu ainsi que :
a) le ē et le ĭ avaient confondu leur timbre pour donner ẹ (e fermé, comme dans été),
b) le ō et le ŭ avaient fait de même pour donner ọ (o fermé, comme dans côte).

Parlons à présent des anciennes voyelles brèves : ĕ et ŏ :
a) ĕ a donné ę (e ouvert, comme mai),
b) ŏ a donné ǫ (o ouvert, comme dans cotte).

On remarquera au passage la parfaite « corrélation » des changements phonétiques, comme disent les linguistes. Ces changements ne s’effectuent pas au hasard, mais forment un système aisément modélisable. Nous le ferons fréquemment observer.

Revenons à pĕde(m).

Dès le IIIème siècle, dans la majeure partie de l’aire gallo-romane, l’accent tonique a eu comme effet d’allonger artificiellement la voyelle, et de la scinder en deux éléments qui vont peu à peu se différencier par dissimilation.

pĕde(m) > *pęde(m) > *pęde(m) > *pięde(m) > *pyęde(m) >  pied, prononcé [piẹ].

Le phénomène est comparable, bien que non identique, à celui qui avait amené ẹ à wę (-oi)

D’autres exemples :
mĕl > miel ; si le e avait été long en latin, on aurait eu **moil !
fĕl > fiel,
hĕri > hier ; comparer avec l’AF (h)oir < hēr(e)dem.
bĕne > bien,
lĕpore > lièvre,
assĕdet > assied (forme étymologique, assoit est une réfection),

Complément :
Est-ce tous les ĕ aboutissent à –ie ?

Non : la voyelle doit être accentuée et en syllabe libre.

Dans les deux cas suivant, la syllabe est entravée, le ĕ reste intact :
tĕstam > tête
sĕptem > sept

Il se peut par ailleurs que le i ait une autre origine. Je me suis limité ici aux cas simples.

Question :
D’autres langues romanes sont-elles concernées par ce traitement ?

Réponse :
La plupart, à l’exception notable du portugais, de l’occitan et du catalan.

On a ainsi :
mĕl > miele (it.), miel (esp.), miere (roum.) mais mel (port.) et mel ou meu (occ.),
pĕdem > piede (it.), pié (esp.) mais pé (port.) et pè (occ.) (le roumain innove).

Il est d’usage d’appeler ce phénomène diphtongaison romane ; cependant :
- il n’a pas eu lieu sur toute la Romania, comme on l’a vu,
- le mot diphtongaison est commode, mais il ne concerne qu'une phase de la transformation du ĕ. Très tôt, le « i » dégagé est devenu la semi-consonne y, et c’est ce qui explique que les règles de la métrique classique n’admettent pas la diérèse sur ce type de mots (à l’exception rare au demeurant, de hier). La remarque vaut aussi pour les mots en –oi, comme on l’a vu.

A bientôt !

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Poursuivons.

Question :

Y a-t-il d’autres voyelles latines qui aient confondu leur timbre au cours de l’histoire du latin ?

Réponse :

Oui. De même que les voyelles ē et ĭ ont toutes deux abouti à ẹ (é fermé), les voyelles ō et ŭ ont abouti à ọ (o fermé), pas dans toutes les régions de l’Empire cependant.

On doit donc s’attendre à ce que le ō et le ŭ aient donné le même son en français à condition qu’ils soient accentués et qu’ils figurent dans une syllabe libre (non fermée par une consonne) :

Précision : dorénavant, je présente les étymons sans le -m final de l’accusatif, comme c’est le cas dans les ouvrages modernes. J’ai dit plus haut que le -m était tombé assez tôt dans la langue vulgaire ; elle n’intéresse donc pas la grammaire historique française.
J’en profite pour préciser que « latin vulgaire » ne signifie pas « bas-latin ». Le latin vulgaire, c’est ce que Cicéron nomme le sermo plebeius, le latin spontané des couches populaires, celui qui se parle mais ne s’écrit pas, sauf dans les inscriptions pariétales (cf. Pompéi). Il n’est donc en rien « tardif », Plaute lui emprunte du reste des tournures.

Voyons l’évolution de ce son (la forme médiane est celle que l’on trouve aux XI-XIIème siècles) :

a) Mots latins comportant un ō accentué :
flōre > flọur (noté flor ou flour) > fleur (eu ouvert, noté œ̨).
vōtu > vọ (vo ou vou) > vœu (eu fermé cette fois, noté œ̣).
La fermeture de ce son en syllabe finale s'effectue à l'orée de l'époque "moderne".
sapōre > savọr (savor) > saveur (eu ouvert).

b) Mots latins comportant un ŭ accentué. Il y en a en fait très peu.
gŭla > gọle > gueule (eu ouvert).
dŭos > dọ(s) (dous) > deux (eu fermé).

On a donc bien le même traitement.   

Problème : pourquoi lŭpu n'a-t-il pas donné "leup" ?
C'est ce qu'il a donné dans certains dialectes (cf. à la queu leu-leu). En "français", le ŭ n'a pas évolué vers œ̨ quand il se trouvait devant une bilabiale (les bilabiales sont des consonnes qui se prononcent avec les lèvres d'abord fermées, puis ouvertes pour livrer le passage à l'air. On dit que leur mode d'articulation est occlusif. On les appelle donc des occlusives bilabiales. Ces consonnes sont p, b et m.
C'est aussi pourquoi on a cŭbat > couve et non **cœuve.

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vh a écrit:

Merci.
Où trouve-t-on la description de l'alphabet phonétique que vous utilisez ?


<<Pour ce qui est de l’évolution de certaines voyelles, oui, le français est de loin la langue qui s’est le plus éloignée du latin.tin.
Comment explique-t-on ceci ? Influence germanique ?

Le rôle du substrat gaulois ne doit pas être sous-estimé ; le peuple a parlé gaulois jusqu'au IVème siècle et cette langue a pu jouer un rôle dans l'évolution du phonétisme latin. Le superstrat germanique a influencé la langue, bien sûr, mais plus dans le domaine du lexique, de l'onomastique, de la toponymie et de la morphologie (suffixes). Sauf dans certaines régions du Nord, le peuple gallo-romain ne s'est pas vraiment mêlé aux germains ; les "envahisseurs" étaient peu nombreux et leurs chefs, rivaux et même ennemis, n'avaient qu'une hâte : se couler dans le moule administratif légué par l'Empire et s'unir à l'aristocratie gallo-romaine... Ils n'étaient pas en mesure de "germaniser" le pays en profondeur.



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