Passer au contenu du forum

forum abclf

Le forum d'ABC de la langue française

Mise à jour du forum (janvier 2019)

Remise en l'état – que j'espère durable – du forum, suite aux modifications faites par l'hébergeur.

(Page 8 sur 8)

forum abclf » Parler pour ne rien dire » Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

Pages ◄ Précédent 1 6 7 8

Vous devez vous connecter ou vous inscrire pour pouvoir répondre

Flux RSS du sujet

Messages [ 351 à 370 sur 370 ]

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

Abel Boyer a écrit:
Roland de L. a écrit:

1) J'ai personnellement un peu de mal à lire les document publiés par Archive.

Chez moi, ils sont flous si je les ouvre avec Firefox mais très lisibles en utilisant Microsoft Edge ou Chrome.

J'utilise Chrome pourtant, mais je trouve que le résultat n'est pas fameux, surtout quand "le papier est jauni", pour mes yeux fatigués par de longues recherches !

À propos de recherches :

Depuis le 15 juin, date de mon premier message sur ce fil tout  fait passionnant, j'ai dû lire et écrire des milliers de fois le mot Château de "Château-Rouge".
Ce mot prend un accent.

Serait-il possible de corriger une erreur d'environ 10 ans sur l'intitulé du fil, et par conséquent de chaque message, l'accent ne figurant pas ?

J'ai envoyé un mail à cet important sujet à Piotr, n'ayant pas encore tout à fait compris le "qui fait quoi" à la tête de ce magnifique forum.

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

C'est fait !

353 Dernière modification par Roland de L. (24-06-2020 11:49:48)

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

Fabuleux ! Merci infiniment !
Comme disait l'autre : Ça t'a une de ces gueules !"

354 Dernière modification par Roland de L. (24-06-2020 14:43:37)

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

Roland de L. a écrit:

Passionné par l'argot ancien, surtout celui du XIXème siècle...

D'où le grand plaisir d'une trouvaille matinale, celle d'un texte de Marcel Schwob consacré à l'argot, dans lequel est brièvement évoqué le Château-Rouge.


1899, 22 janvier : Le Phare de la Loire, Note sur Paris : l'argot, Marcel Schwob, évocation du langage de la Maub

Note sur Paris : l'argot
Texte repris dans "Chroniques", éditées par J.A. Green en 1981

Début de l’article

"Le conseil municipal a voté la prolongation de la rue Monge : on démolit en ce moment la rue Galande et la rue de Fouarre. Les gueux qui hantaient le Château-Rouge iront ailleurs que dans la Chambre des morts pour cuver leur vin, quand ils seront poivres : on dort partout sur un oreiller de souliers ferrés. Les trimardeurs qui venaient tricoter des pincettes au guinche de la rue de Fouarre seront en plein air, maintenant. Les couloirs sombres qui ouvraient la gueule tout au long de ces ruelles noires, éclairées de temps en temps par les devantures rouges des bistros, des marchands de vin, vomiront leurs hôtes hoqueteux ; parmi les meubles étripés, les matelas éventrés, les chaises émiettées vagueront de vieux biffins au nez trognonne, des pierreuses échevelées, un bout de pipe entre les dents, et un tas de gousse-pains piaulant pèle-mêle avec la chemise qui leur pend. La colonie des gueux va émigrer. La place Maub déporte ses habitants.
La place Maubert est encore la citadelle de l’argot. Elle ressemble à une araignée qui étendrait ses pattes bistournées le long de la Seine. La rue des Trois Portes, la rue Galande, la rue de Bièvre, la rue des Anglais sont un fouillis de filaments visqueux. La percée de la rue Monge coupe tout cela comme un coup de bêche décalotte une fourmilière : la multitude noire, en émoi, se terre dans les galeries profondes, dans les caves, loin du jour. Les suppôts de l’argot choisissent un nouveau siège social. Dès longtemps le marché des bouts de cigare s’était déplacé : le ramasse-mégot se tient maintenant sur les marches de la Maub. On y vend les orphelins : rassurez-vous, ce ne sont que des cigarettes éteintes, des sibiges fauchées.
- Quant aux loupeurs, qui passent la journée à boire des verasses sur le zingue, - ils changeront de mastroquet, voilà tout. Les maçons limousins, les mufles, lâcheront leurs garnis et iront loger rue Mouffetard ou rue de Lourcine. Les poules –c’est le non prosaïque de la cocotte place Maub, seront moins embarrassées : elles perchent la nuit, comme l’oiseau sur la branche.
Ainsi se fera la migration des traîne-cul-les-housette. Mais ils emporteront leur langage avec eux. Montmartre, Grenelle, Belleville, La Glacière verront s’abattre des nuées de mots, comme des oiseaux effarouchés. Car Paris a ses dialectes et les peuples de mots sont comme les peuples d’hommes. Ils ont besoin de s’acclimater. Les pauvres métaphores souffreteuses ne vivront pas longtemps. Il y a de pâles adjectifs éclos dans la boue de la Maub que le climat rude des barrières tuera promptement. Rue Galande, les yeux ce sont les mirettes – là-bas, des châsses ou des calots.. Croyez-vous que chouette, rupin, palas, épatamuche, choc, esbloquant, ne soient pas des mots de terroirs ?"

355 Dernière modification par Roland de L. (25-06-2020 06:47:59)

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

Au cas où !

Mise à jour des références à des ouvrages anciens : rééditions

Par dates et selon l’ordre du message 276 d’éponymie, que je cite :
"P.S. : merci de signaler les erreurs de lien et les documents manquants."


1860 : Les dessous de Paris, Delvau
Réédition en 2017 par les éditions Lurlure

https://pictures.abebooks.com/AICHELBAUM/22716781245.jpg


1869 : Paris, ses organes..., du Camp
Réédition en 2017 par Hachette Livre-BNF

https://static.fnac-static.com/multimedia/Images/FR/NR/ec/da/99/10083052/1507-1/tsp20180520080859/Paris-ses-organes-ses-fonctions-et-sa-vie-dans-la-seconde.jpg


1876 : Les mystères du nouveau Paris, du Boisgobey

Tome 1 : Réédition en 2016 par Hachette Livre-BNF

https://images-na.ssl-images-amazon.com/images/I/814qjqMSvRL.jpg

Tome 2 : Réédition en 2016 par Hachette Livre-BNF

https://static.fnac-static.com/multimedia/Images/FR/NR/a5/e6/95/9823909/1507-1/tsp20180408080554/Les-mysteres-du-nouveau-Paris.jpg


1882 : Paris horrible et Paris original, Grison
Réédition en 2013 par Hachette Livre-BNF

https://static.fnac-static.com/multimedia/Images/FR/NR/f0/53/97/9917424/1507-1/tsp20180802155613/Paris-horrible-et-Paris-original.jpg


1882 : Paris pittoresque, de Champeaux et Adam
Réédition en 2019 par Hachette Livre-BNF

https://images-na.ssl-images-amazon.com/images/I/61eGzWlgExL.jpg



1883 : Bouche cousue, de Boisgobey
Tome 1 : Réédition en 2016 par Hachette Livre-BNF

https://static.fnac-static.com/multimedia/Images/FR/NR/27/eb/9d/10349351/1507-1/tsp20180815083026/Bouche-cousue-tome-1.jpg

Tome 2 : Réédition en 2016 par Hachette Livre-BNF

https://static.fnac-static.com/multimedia/Images/FR/NR/26/eb/9d/10349350/1507-1/tsp20180815083026/Bouche-cousue-tome-2.jpg


1883 : Paris étrange, Barron
Réédition en 2012 par Hachette Livre-BNF

https://static.fnac-static.com/multimedia/Images/FR/NR/1b/6c/a1/10578971/1507-1/tsp20191113132641/Paris-etrange.jpg


1885 : L'écume de Paris..., Wolff
Réédition en 2016 par Hachette Livre-BNF

https://static.fnac-static.com/multimedia/Images/FR/NR/d4/6a/97/9923284/1507-1/tsp20180508080858/L-ecume-de-Paris-memoires-d-un-parisien.jpg


1887 : Paris escarpe..., Virmaître
Réédition en 2014 par Hachette Livre-BNF

https://images-eu.ssl-images-amazon.com/images/I/41MGoB96N4L._SR600%2C315_PIWhiteStrip%2CBottomLeft%2C0%2C35_SCLZZZZZZZ_.jpg


1889 : Nuits à Paris..., Darzens
Réédition en 2014 par Hachette Livre-BNF

https://static.fnac-static.com/multimedia/Images/FR/NR/33/e0/99/10084403/1507-1/tsp20180521081339/Nuits-a-paris-notes-sur-une-ville.jpg


1889 : Le chemin du crime, Le Roux
Réédition en 2017 par Hachette Livre-BNF
Attention : "épuisé" au 25/06/2020

https://static.fnac-static.com/multimedia/Images/FR/NR/e2/8a/9c/10259170/1507-1/tsp20180630080452/Le-chemin-du-crime-3e-edition.jpg


1890 : Paris et ses merveilles, Huard
Réédition en 2018 par Hachette Livre-BNF

https://static.fnac-static.com/multimedia/Images/FR/NR/34/d8/9d/10344500/1507-1/tsp20180815084632/Paris-et-ses-merveilles.jpg


1892 : Paysages parisiens..., Goudeau
Réédition en 2012 par Hachette Livre-BNF

https://static.fnac-static.com/multimedia/Images/FR/NR/f7/07/97/9897975/1507-1/tsp20180502082952/Paysages-parisiens-heures-et-saisons.jpg


1893 : Rumeurs de Paris, de Perrodil
Réédition en 2013 par Hachette Livre-BNF

https://static.fnac-static.com/multimedia/Images/FR/NR/b1/d6/9c/10278577/1507-1/tsp20180716083748/Rumeurs-de-Paris.jpg


1893 : Buveurs d'âmes, Lorrain
Réédition en 2011 par Nabu Press

https://images-eu.ssl-images-amazon.com/images/I/41JLXDEOsEL._SR600%2C315_PIWhiteStrip%2CBottomLeft%2C0%2C35_SCLZZZZZZZ_.jpg


1899 : L'amour à Paris, Goron
Réédité en 2018 par Publie Net

https://static.fnac-static.com/multimedia/Images/FR/NR/a8/7c/a4/10779816/1507-1/tsp20181208081118/L-amour-a-Paris-Nouveaux-memoires-de-Marie-Francoise-Goron-ancien-chef-de-la-Surete.jpg


1900 : Mémoires, Rossignol
Réédité en 2018 par Mareuil Editions
Voir le commentaire 280 de mercattore

https://static.fnac-static.com/multimedia/Images/FR/NR/af/21/8b/9118127/1507-1/tsp20180124162636/Memoires-de-Roignol-ex-inspecteur-de-la-surete.jpg


1901 : Dictionnaire d'argot, Rossignol
Réédité en 2011  par Nabu Press

https://images-na.ssl-images-amazon.com/images/I/41ZELaKZJpL._SX258_BO1,204,203,200_.jpg


1927 : La chanson de ma vie, Y. Guibert
Réédition en 1995 par Grasset

https://static.fnac-static.com/multimedia/images_produits/ZoomPE/2/2/5/9782246379522/tsp20090203231639/La-chanson-de-ma-vie.jpg


Commentaires

Point au 25/06/2020
Sauf une exception, signalée, tous ces ouvrages sont en vente à la Fnac ou chez Amazon (publicité gratuite)

À propos de publicité gratuite : je ne suis pas actionnaire de Hachette Livre...
Mais j'apprécie ce partenariat avec la BNF, qui nous permet d'acquérir, à des prix tout à fait raisonnables, des ouvrages quasi introuvables

Merci de me signaler tout oubli ou toute erreur

356 Dernière modification par éponymie (24-06-2020 17:26:03)

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

Roland de L. a écrit:

Le printemps 1883 voit sans doute l'entrée en scène de celui qui allait devenir le  célèbre"père Trolliet"*.

1883, 5 avril : Archives commerciales de la France : vente du fonds « crèmerie » du 57 rue Galande à Trolliet, (entrée en jouissance 15/04/1883)
Cette page

* Au fait : j'ai appris, dans l'Echo du Public (1899) qu'il s'appelait Pierre !

Et non. C'est le 1er décembre 1883 que la veuve Debrabant vend son troquet à Pierre Trolliet. Je ne sais pas où était cette crèmerie, la boutique sur rue ? Il me semble me rappeler que c'était des fabricants de tapis. Mais ces derniers pouvaient aussi avoir élu domicile dans une arrière-cour du 57.

Alors d'accord, le père Trolliet mets les pieds au 57 en avril 1883. Debrabant avait été blessé lors d'une rixe le 14 juin 1880. Trois  ans plus tard, nous savons que sa femme est veuve. On peut aussi imaginer qu'elle a loué ou confié le troquet à Trolliet - entre juin 1880 et décembre 1883 - avant de le lui vendre. On peut alors imaginer que c'est Trolliet qui parle de Gabrielle d'Estrée lors de la visite guidée de Rossignol en 1882. Et en 1885, l'horrible Gamahut s'avérant plus lucratif, il laisse ensuite tomber la belle Gabrielle.

WWW

357 Dernière modification par Roland de L. (25-06-2020 16:38:50)

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

Après ces folies de bibliophile fauché, revenons à du classique, et à 1882, avec un extrait de roman dans lequel, même si le Château-Rouge et le Père-Lunette ne sont pas expressément nommés, ils sont largement évoqués, ainsi que leur « ambiance ».

1882 : Coulisses et salles d’armes, Emile André, pp. 211 et s., comme on savait s’amuser dans les cabarets de la Maub’

Début du Chapitre XVI

Extrait

"… Il [Ludovic] menait maintenant une vie étrange et prenait de tristes habitudes où il s’avachissait peu à peu.
Dégoûté de tout, il n’avait même plus souci de ses vêtements, plus de culte pour la tenue, lui récemment si coquet et si élégant. Il avait d’ailleurs renoncé à la plupart de ses leçons et passait la journée à traînailler sur les banquettes des cafés devant un piquet et des pyramides de bocks.
Le soir c’était pis encore. Parmi ses connaissances de café ; il s’était lié surtout avec deux jeunes gens très connus sur la rive gauche pour leurs singulières manies. Doués d’une grande force physique qu’ils entretenaient en faisant des poids chaque jour depuis des années, ils en profitaient pour ses battre toutes les nuits, dans les cabarets borgnes et les coupe-gorge. Ce fut la vie que Ludovic se laissa aller à mener avec eux, délaissant Cardeilhac et ses amis.
Dans ce quartier de la place Maubert où l’on trouve encore tant de vieilles rues du vieux Paris, pittoresques, mais étroites, sales, et bordées de maisons de mauvaise mine, c’était là surtout que Ludovic et ses deux nouveaux compagnons, Darriest et de Gramontel, allaient chercher chaque soir ample provision de querelles. Il y avait certains bouges de la rue Galande et  de la rue des Anglais où il leur suffisait d’offrir un verre de vin  une vieille prostituée ridée et flétrie, pour voir un tas d’individus repoussants faire mine d’être jaloux et sauter sur eux. Mais ils ne demandaient pas mieux, et au besoin auraient provoqué cette petite fête. Il fallait les voir administrer une série de coups de poing et de coups de savate lancés dans toutes les règles de l’art, comme avec une force naturelle vraiment remarquable."

358 Dernière modification par Roland de L. (26-06-2020 07:31:07)

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

Roland de L. a écrit:

(message 355)

Mise à jour des références à des ouvrages anciens : rééditions

Par dates et selon l’ordre du message 276 d’éponymie, que je cite :
"P.S. : merci de signaler les erreurs de lien et les documents manquants."
(...)

Point au 25/06/2020
(...)

Merci de me signaler tout oubli ou toute erreur

Exemple d'oubli de ma part, qui prouve qu'il faut vraiment tout lire :

- dans son message 39 de 2009, regina signalait l'ouvrage de Berry : la mendicité (1897)
- dans son message 264 de 2017, éponymie préfère noter la date de 1893 (rapport de Berry au Conseil municipal), et retient cette date dans son inestimable récapitulatif (message 276), tout en faisant référence au message de regina
- L'ouvrage de Berry, dans son édition de 1897, a été réédité en 2012, devinez par qui ? Par Hachette Livre - BNF !

https://static.fnac-static.com/multimedia/Images/FR/NR/7b/6b/a1/10578811/1507-1/tsp20191113212434/La-mendicite.jpg


Par ailleurs, j'ai moi-même, depuis que je me suis intéressé au Château-Rouge, indiqué quelques livres, absents du récapitulatif du message 276, dont certains sont peut-être réédités.
Un seul exemple : Coulisses et salles d'armes, de André (1882), cité dans mon message 357, réédité par les mêmes en 2016.

https://static.fnac-static.com/multimedia/Images/FR/NR/fe/ef/9e/10416126/1507-1/tsp20180822080640/Coulies-et-salles-d-armes.jpg

359 Dernière modification par Roland de L. (26-06-2020 10:20:21)

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

éponymie a écrit:

(message 276)

Je profite du changement de page pour publier la biblio à jour. Si ce fil meurt, qu'il présente bien au moins.

Textes (en vert) et documents (en bleu) cités traitant du Château Rouge et de son quartier,

(...)

P.S.: merci de signaler les erreurs de lien et les documents manquants.

Cher éponymie,

Réflexions du matin...

Ça fait quelques jours maintenant que je m'intéresse au Château-Rouge.
J'ai essayé de trouver des nouveaux documents, livres ou articles de journaux, sur ce fameux cabaret, et qui ne figuraient pas (sauf erreur de ma part), dans votre récapitulatif du message 276.
Non, ce fil ne meurt pas !

Je crois avoir apporté, sinon ma pierre, du moins quelques petits cailloux à un superbe édifice qui s'est construit sur une bonne dizaine d'années, sur une idée originale de mercattore, largement développée grâce à vous.

Je renonce (provisoirement bien sûr !) à trouver des nouveautés concernant le cabaret lui-même : tout a été épluché, et, admiratif,  je me demande comment certains documents ont pu être dénichés.

Je ne désespère pas de trouver, comme je l'ai fait avec la note de Schwob sur l'argot de la Maub,  ou l'ouvrage "Coulisses et salles d'armes" cité ci-dessus, des textes à caractère "sociologique" sur les cabarets de ce quartier.
On est assez loin des messages du début de ce fil, plus consacrés à la décoration des lieux !
C'est d'ailleurs assez curieux, cet intérêt initial pour la décoration d'un lieu dans un forum consacré à la langue française.

Certains liens sont brisés, en particulier les liens  "hostingpics", et c'est une grande perte. Sans doute un jour je m'attacherai à retrouver certains de ces documents (sauf les illustrations, on a vu que dans ce domaine je suis totalement nul).

En attendant, je crois avoir trouvé un nouveau terrain de jeu : l'histoire des propriétaires du 57 rue Galande.
On verra que elle est simple, mais remonte assez loin (suspense !).

Je commence d'ici peu... par la fin.

360 Dernière modification par éponymie (26-06-2020 08:39:37)

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

J'ai vraiment peu de temps mais je vais essayer de tout republier petit à petit, aucun document n'est perdu (j'ai seulement le problème de mieux référencer les nombreux dessins du musée Carnavalet dont les liens s'avèrent moins stables que ceux de Gallica).

J'ai trouvé un dessin en couleur qui nous permet, enfin, de voir le rouge de la désormais fameuse porte cochère. Mais comme je republie dans l'ordre chronologique, patience.

Les fils de Mercattore portaient souvent sur l'argot, celui-ci a été publié dans la rubrique "Parler pour ne rien dire" mais son intérêt réside aussi dans les nombreux ouvrages du XIXe croisés : un certain nombre d'entre eux sont dans la bibliothèque  de Bob, le dico d'argot d'ABC. Si vous ne connaissez pas, allez-y faire un tour et mettez-y (avec délicatesse et sans précipitation) votre grain de sel, gb (l'administrateur) devrait être content.

Merci infiniment pour les références Hachette-BNF qui auront toute leur place dans une nouvelle version du message 276.

WWW

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

éponymie a écrit:

...les nombreux ouvrages du XIXe croisés : un certain nombre d'entre eux sont dans la bibliothèque  de Bob, le dico d'argot d'ABC. Si vous ne connaissez pas, allez-y faire un tour et mettez-y (avec délicatesse et sans précipitation) votre grain de sel, gb (l'administrateur) devrait être content.

Non seulement je connais, mais il y a quelques années j'ai "couché avec", pour réaliser ma propre bibliographie en ligne de l'argot ancien, des origines à 1920, que je consulte plusieurs fois par semaine.
J'y ai trouvé également le formidable (je prends mon élan) "Dictionnaire historique et philologique du français non conventionnel" de Pierre Enckell, bien connu ici, ouvrage spectaculaire que j'ai acheté et qui fait mes délices.

PS : Dans les rééditions, il y a quelques ouvrages hors Hachette Livre-BNF...

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

Roland de L. a écrit:

... je crois avoir trouvé un nouveau terrain de jeu : l'histoire des propriétaires du 57 rue Galande.
On verra que elle est simple, mais remonte assez loin (suspense !).

Je commence d'ici peu... par la fin.

Comme annoncé.

A qui appartenait le 57 rue Galande au fil du temps ?

C’est à cette question que je vais tenter de répondre, si Gallica veut bien reprendre ses esprits.

Je commence par la fin, avec un arrêt de justice de 1900, c’est-à-dire postérieur à la destruction de l’immeuble.


1900, 26 janvier : Arrêt du Tribunal civil de la Seine, Pandectes françaises périodiques, 1901, tome 16, page 30, règlement d’un litige entre propriétaires et locataires du 57 rue Galande

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k … alande%22)

Texte du jugement

[Dans cet arrêt, Debrabant est orthographié « Delvabant », mais j’ai vérifié sur d’autres sources, et il s’agit bien de Debrabant]

TRIB.-civ: SEINE, 26 janvier 1900.
BAIL A LOYER, RÉPARATIONS LOCATIVES, PRENEUR, OBLIGATION, EXPROPRIATION DE L'IMMEUBLE.


L'obligation pour le preneur d'entretenir les lieux loués en bon état de réparations prend naissance dès son entrée en jouissance et se continue pendant toute la durée du bail ; elle lui impose le devoir de faire ces réparations au fur et à mesure qu'elles deviennent nécessaires et, en tout cas, de les exécuter à la fin du bail pour rendre les locaux dans l'état prescrit par les conventions. Cette obligation, à défaut d'offres faites par le locataire de l'accomplir à sa sortie, se transforme de plein droit et sans mise en demeure, en une dette d'argent représentant l’estimation des abus de jouissance. Et la circonstance que, par suite d'une expropriation, le bailleur ne pourra plus louer ses locaux à l'avenir ne lui lait pas perdre le droit d'en exiger le payement. (C. civ., art. 1754)

(Consorts Delvabant c. consorts Poupinel.)

"ARRET

LE TRIBUNAL :  — Attendu que, suivant acte reçu par Surault et son collègue, notaires à Paris, le 19 février 1876, Poupinel, auteur des demandeurs, a fait bail et donné à loyer à Amédée-Gabriel Cadoux et à Delvabant, preneurs solidaires, la totalité de deux maisons sises rue Galande, 57 et 59, pour une durée de douze années entières et consécutives, et moyennant un loyer annuel de 14,000 francs; — Qu'à la date du 23 mai 1882, Poupinel a consenti une prorogation de bail à Delvabant et aux ayants droit de Cadoux décédé, pour une durée de huit années, du 1er janvier 1889 au 1er janvier 1897, le loyer annuel étant porté à 18,000 fr., et ce aux mêmes charges et conditions que celles du bail originaire; — Attendu qu'aux termes desdits actes, les preneurs s'engageaient à entretenir les lieux à eux loués pendant toute la durée du bail, en bon état de réparations de toute nature, à l'exception des grosses réparations définies par l'art. 606 C. civ., et de les rendre à la fin du bail en bon état et conformes à l'état des lieux dressé par l'architecte du bailleur lors de l'entrée en jouissance ; — Attendu que, après l'expiration du bail, la veuve Poupinel et les héritiers de Poupinel, précédemment décédé, ayant prétendu que les locataires n'avaient pas exécuté toutes les obligations qui leur incombaient et n'avaient pas rendu les lieux dans l'état qui leur était imposé par les stipulations, une ordonnance de référé du 16 février 1897 commit Magne, expert, à l'effet de visiter les lieux et d'évaluer le préjudice causé aux propriétaires par l'inobservation des conventions; — Attendu que l'expert a estimé à la somme de 9,627 fr. 59, le montant des réparations qui devaient être mises à la charge des locataires; que les consorts Poupinel demandent l'entérinement du rapport, -tandis que les défendeurs, sans contester les appréciations de l'expert, entendent établir une distinction entre les deux immeubles, en ce .qui touche les sommes qui peuvent leur être réclamées; qu'ils reconnaissent seulement être débiteurs de 470 francs, s'appliquant, d'après l'expert, aux réparations de la maison sise rue Galande, 57; — Attendu qu'ils ont fait offres réelles de ladite somme aux consorts Poupinel; que ces offres ayant été refusées ont été suivies de consignation régulière; qu'en conséquence ils demandent reconventionnellement au Tribunal d'en prononcer la validité; -— Attendu, en ce qui concerne la maison portant le numéro 57, de la rue Galande, qu'elle a été expropriée et acquise à l'amiable par la ville de Paris au mois de juillet 1898 ; — Que, pour se soustraire au payement des réparations afférentes à cet immeuble, les consorts Cadoux et Delvabant soutiennent que les réparations ayant pour but de permettre au bailleur de relouer les locaux sans qu'il ait à subir aucun dommage résultant des abus de jouissance des locataires, les demandeurs sont mal fondés à en réclamer le montant, en tant qu'il s'applique à un immeuble destiné à disparaître et qui, par suite, ne pouvait être l'objet d'une location nouvelle; — Que, suivant les consorts Cadoux et Delvabant, l'allocation d'une indemnité de ce chef serait pour le bailleur une cause d'enrichissement aux dépens d'autrui, puisqu'il n'aurait subi de leur fait aucun préjudice, les sous-locations, dans l'espèce, ayant été maintenues après le départ des locataires principaux; — Mais attendu que l'obligation pour Delvabant et les consorts Cadoux d'entretenir les lieux loués en bon état de réparations a pris naissance dès l'entrée en jouissance et s'est continuée pendant toute la durée du bail ; qu'elle leur imposait le devoir de faire ces réparations au fur et à mesure qu'elles devenaient nécessaires et, en tout cas, de les exécuter à la fin du bail pour rendre les locaux dans l'état prescrit par les conventions; — Que cette obligation, à défaut des offres faites par les locataires de l'accomplir à leur sortie, s'est transformée, de plein droit et sans mise en demeure, en une dette d'argent, représentant l'estimation des abus de jouissance; — Que la destination donnée à l'immeuble dix-huit mois après le bail expiré, en juillet 1898, n'a pu faire perdre aux copropriétaires le droit qu'ils avaient acquis d'exiger le prix des réparations non exécutées, bien qu'une nouvelle prorogation ait été refusée par eux, en vue même de l'expropriation; — Attendu, d'ailleurs, qu'il est admissible que le mauvais état de réparations dans lequel l'immeuble a été laissé par les locataires ait été pris en considération dans les éléments du calcul du prix auquel l'immeuble a été vendu à la ville de Paris par les consorts Poupinel; qu'il s'ensuit que la somme allouée par l'expert peut être considérée comme la représentation du préjudice causé par l'inaccomplissement des prescriptions du bail ; qu'au surplus Delvabant et les consorts Cadoux ne peuvent s'en prendre qu'à eux-mêmes de n'avoir pas exécuté en temps utile les obligations qui leur incombaient et ne sauraient bénéficier de leur non-exécution;
Par ces motifs :  —Recevant Delvabant et les consorts Cadoux reconventionnellement demandeurs, les déclare mal fondés en leurs demandes, fins et conclusions, les en déboute; entérine le rapport de l'expert comme faisant une appréciation des droits des parties; condamne, en conséquence, conjointement et solidairement, Delvabant et les consorts Cadoux à payer aux consorts Poupinel, la somme de 9,627 fr. 59 pour les causes sus-énoncées avec les intérêts de droit, les condamne sous la même solidarité aux dépens, qui comprendront les frais de référé et d'expertise.
MM. Blanc, prés.; Morise, subst.; Chenu et Louchet, av."

Conclusions tirées de la lecture de cet arrêt

- Au 5 mars 1900, les propriétaires du 57 rue Galande sont : la veuve Poupinel et les héritiers de Poupinel
- Au 5 mars 1900, les locataires du 57 rue Galande sont : Debrabant et les consorts Cadoux, selon le bail de location, signé en 1876 pour 12 ans, et prolongé en mai 1882 jusqu’au 1er janvier 1897
- Debrabant semble bien vivant en mars 1900
- Cadoux est décédé quelque part entre 1876 et 1882
- Rien n’est indiqué par le juge pour la période du 1er janvier 1897, fin du bail, à juillet 1898, date de l’acquisition par la ville
- Poupinel était propriétaire des 57 et 59 rue Galande le 19 février 1876, jour de signature du premier bail de location

Quelque chose me dit que vous allez entendre reparler de ce Poupinel.
A suivre...

363 Dernière modification par Roland de L. (04-07-2020 10:01:16)

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

Roland de L. a écrit:

Quelque chose me dit que vous allez entendre reparler de ce Poupinel.
A suivre...

J’avais promis de reparler de Poupinel.

Je viens de passer plusieurs jours en compagnie des Poupinel, père et fils, au 57 rue Galande, et j’en tire simplement quelques lignes, sans liens, pour ne pas trop sortir de notre sujet, qui est le Château-Rouge.

a) L’industrie parisienne du coton au début du XIXème siècle (1)

Fondamental, si on veut comprendre l'aventure industrielle des Poupinel, l’article de David Pinkney paru en 1950 dans Les Annales :

Paris, capitale du coton sous le premier empire
Article merveilleusement synthétique, comme c’est souvent le cas dans les Annales.
Chaque mot, chaque phrase compte,  à commencer par la première :
« Le rapide essor et le non moins rapide déclin de l’industrie cotonnière parisienne au début du XIXème siècle constituent une question assez curieuse… »

b) Le cas de la maison Poupinel (2)

Entre 1818 et 1820, les Poupinel, fabricants de couvertures, s’installent au 57 rue Galande, à l’enseigne « Aux deux navettes ».
Ils exerçaient déjà, depuis 1806, la même industrie au n°63, comme successeurs de la maison Perrier, installée dans la rue, elle, depuis 1800.
En 1848, Ernest Guyon devient, au 57 rue Galande, associé de Poupinel. Il lui succède en 1850.
Guyon exerce jusqu’en 1858. Après cette date, on ne trouve plus trace de son activité à cette adresse.

Rapport avec le sujet de notre fil

Sont éclaircis 40 ans de la vie du 57 rue Galande.
Rien n’indique précisément que le Château-Rouge a ouvert ses portes en 1859.
Mais tout indique qu’en 1859 de la place s’est libérée au 57 rue Galande !
Il semble bien, si on en croit le jugement de 1900 (voir message précédent), que Poupinel, puis sa veuve, soient restés propriétaires de l’immeuble, au moins en partie, de 1820 à sa démolition.
Les autres protagonistes, souvent évoqués dans le récapitulatif d’éponymie (message 276), furent soit des locataires soit des détenteurs de fonds de commerce.


Observations
(1) Au hasard de mes lectures, j’ai rassemblé une bibliographie disponible en ligne sur ce sujet, et de façon générale sur ces débuts de l’industrie textile française (par conséquent de l’industrie tout court).
Je la tiens bien sûr à la disposition de tous ceux qui me contacteront à ce sujet par mail.
(2) Par le même moyen, je peux envoyer les détails et les liens vers les temps forts de la saga des Poupinel.
Dans tous les cas, envoi assez rapide et totalement discret assuré !

(3) La fréquentation des Poupinel m'a donné l'idée d'un nouveau fil, pour lequel je vais avoir besoin d'aide.
Rendez-vous sur "Les mots pour décrire les acteurs des débuts de l'industrie française", dans "Histoire de la langue française", et merci d'avance.

364 Dernière modification par Roland de L. (05-07-2020 16:08:51)

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

Roland de L. a écrit:

...
Guyon exerce jusqu’en 1858. Après cette date, on ne trouve plus trace de son activité à cette adresse.

Rapport avec le sujet de notre fil

Sont éclaircis 40 ans de la vie du 57 rue Galande.
Rien n’indique précisément que le Château-Rouge a ouvert ses portes en 1859.
Mais tout indique qu’en 1859 de la place s’est libérée au 57 rue Galande !
Il semble bien, si on en croit le jugement de 1900 (voir message précédent), que Poupinel, puis sa veuve, soient restés propriétaires de l’immeuble, au moins en partie, de 1820 à sa démolition.
Les autres protagonistes, souvent évoqués dans le récapitulatif d’éponymie (message 276), furent soit des locataires soit des détenteurs de fonds de commerce...

Par curiosité, et pour me fixer les idées, j'ai consulté, sur la période 1857-1900, l'Annuaire-almanach du commerce, de l'industrie, de la magistrature et de l'administration : ou almanach des 500.000 adresses, devenu en cours de route Almanach des 1.500.000 adresses, pour savoir qui exerçait au 57 rue Galande.
La période disponible chez Gallica commence en 1857.

Ma conclusion est : rien n'est simple !
,
Vérification d'abord : en 1857 et 1858, je trouve Guyon, manufact. de couvertures

De 1859 à 1872 : divers occupants, mais pas de marchand de vins

1873 : Trichard, vins
1874 : ouvrage manquant chez Gallica

1875 : Cadoux, vins, et ceci jusqu'en 1880
À noter : de 1876 à 1880, l'intitulé exact est "Cadoux, vins (domicile)", ce qui colle bien avec le bail de location signé par Poupinel (voir message 362)

De 1881 à 1885 : divers occupants, mais pas de marchand de vins

1886 : Trollier, vins, et ceci jusqu'en 1896

1897 : Plus de Trollier, mais un Beuzelin, vins en 1/2 gros, et ceci jusqu'en 1899

1900 : Plus de 57 rue Galande !

A noter :
Pendant toute la période, au 57 rue Galande, sans discontinuer, il y a un Mirand, opticien...
Je n'ai trouvé nulle part trace de Debrabant au 57 rue Galande dans cet annuaire.
Je ne trouve pas d'explication à l'absence de "X, vins", entre 1881 et 1885.

La question de la date de l'ouverture du Château-Rouge reste entière : avant Trichard ? Avant 1873 ???

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

Roland de L. a écrit:

...
Par curiosité, et pour me fixer les idées, j'ai consulté, sur la période 1857-1900, l'Annuaire-almanach du commerce, de l'industrie, de la magistrature et de l'administration : ou almanach des 500.000 adresses, devenu en cours de route Almanach des 1.500.000 adresses, pour savoir qui exerçait au 57 rue Galande.

Et pour le plaisir, en tant qu'ancien publicitaire, j'y suis retourné, pour admirer, sur la fin de la période étudiée, la partie "Marques de fabriques".

Voir par exemple celle de l'année 1896 :
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k … .r=Galande

366 Dernière modification par Roland de L. (06-09-2020 04:54:39)

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

Trouvé un peu par hasard, à l'occasion d'une recherche sur "l'origine du mot CLOCHARD" (voir ce fil, message 6), ce texte d'Aristide Bruant du début 1899 (date incertaine) sur la prochaine démolition du Château-Rouge, entre autres :

Extrait de la Quarante-deuxième lettre de Bibi Chopin.
La lettre dans son intégralité : https://archive.org/details/lalanterned … 3/mode/2up

"...Comme progrès, on parle cor’, pour 1899, ed’ démolir ce qui resse d’là Maucobo.
Tu t’souviens quand qu’ t’écrivais dans l’temps :

Je m' demande à quoi qu'on songe
En prolongeant la rue Monge.

A quoi qu’ça nous sert
Des esquar’s, des estatues
Quand on démolit nos rues ,

A la plac' Maubert?

Ben, ça y est, mon colon !
Non seurment, i’s ont prolongé la rue Monge, mais v’ià qu’i’s vont aligner la rue Galande.
Et ça toujours pour faire el’jeu des rupins, des entrepreneurs et des proprios.
L’populo, on s’en fout!
— La Maubert, qu’i’s font comme ça, la Maubert, c’est un quartier de crapule. C’est tout des broches, des cambris, des fourches, des macsées et des putains Faut balayer tout ça!
Comme si fallait pas qu’tout le monde vive ?
Et i’s pens’nt pas, les gonces qui font d’ces trucs là et qui poussent des boniments pareils, i’s pensent pas qu’à la Maubert y a pas qu'des malfreins et des gonzesses qu’en font, i’s pensent pas qu’y a aussi des boulots sérieux — des lipettes surtout — qui vont ête forcés d’démurger et d’aller pieuter on sait pas où : au diabe.
Mais ça leur-z-y fait qu’nib aux gros. Et si i’s foutent en l’air la Crém’rie, l’père Lafrite et l’Château, i’s disent que y aura core l’père Lunette. Et ça leur-z y suffit.
Entre nous, j’vas t’dire eun’ raison :
Tous ces gas-là, faut pas qu’i’s crânent, pa’c’ que y en a p’tête, dans l’tas, qui r’grett’ront pus tard que la Maubert soye disparue.
Quiens, moi qui t’parle, moi Bibi, chez l’père Lunette, j’en ai conoblé des mecs qu’avaient été rupins dans l’temps et qu’étaient bien heureuxd’dégoter l’soir un p’tit coinstot pour faire un bout d’roupillon jusqu’à deux heures d’la neuille avant d’aller avec les autes clochards filer la comète aux Halles.
J'y ai vu un ancien notaire, un marquis, un prince russe et un ancien minisse et des autes.
Ben, j’suis pas vache ! Mais y en a dans ceusse qui expulsent les aminches, y en a que j voudrais qu’i’ y passent, à la Maucobo...

*

Mais dans l’fond, ça sert à rien d’souhater du mal aux
autes : ça porte malheur, comme dit Cécile..."

367 Dernière modification par Roland de L. (07-09-2020 10:03:06)

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

Trouvaille du petit matin ? Il me semble que cette référence ce figure pas dans le récapitulatif d'éponymie (# 276) :
Quelques lignes sur le Château-Rouge et sa clientèle dans : Le crime de Coubevoie, de Tony Bardin (1891)
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k … alande%22)

Extrait :

« Elle fait sa première station rue Galande, où dans deux bouges immondes, dont le plus fameux est le Château-Rouge, où jadis on arrêta Gamahut, les vagabonds et les voleurs trouvent un refuge.
« Moyennant deux sous, le patron de l'endroit laisse ses pensionnaires s'affaler depuis la nuit tombante jusqu'à deux heures du matin; sur des tables poisseuses qui garnissent le rez-de-chaussée.
« Un monde bizarre, la tête dans les coudes, dormant malgré le bruit que font ceux qui ne dorment pas, attend là, dans un sommeil inquiet, que le patron, l'heure de la fermeture arrivée, le chasse dans Paris à la recherche d'un mauvais coup à commettre.
« Au premier étage, une salle dite Salle des Morts reçoit les plus fortunés; ceux qui peuvent payer vingt centimes ont le droit de s'étendre sur le plancher, tandis que tout du long de l'escalier, assis sur les marches, d'autres dormeurs, des clients à trois sous, dorment dans des poses rendues extraordinaires par la forme même de la singulière couche qui les reçoit.
« Tout cela dégage une odeur repoussante ; il y a dans ce monde des mendiants, des souteneurs, beaucoup de repris de justice, de rares ouvriers sans travail, vagabonds par hasard, et aussi quelques femmes.
« Nous voyons plusieurs individus qui s'occupent avec soin à bander, au moyen de chiffons vingt fois employés et jamais lavés, d'horribles plaies qui leur couvrent les jambes et que la vermine ronge.
« C'est hideux!
« L'arrivée de la police émeut fort peu les clients de la maison.
« Ceux qui sont éveillés soutiennent sans broncher le court examen qu'on fait de leur personne. Aucun n'est interrogé, et celui-là seul qui ressemblera à l'un des assassins que l'on recherche sera inquiété plus longtemps.
« Les agents passent rapidement, saluant au passage d'un bonjour familier une vieille connaissance ; leur présence dans ce monde d'escarpes passés, d'escarpes présents et d'escarpes à venir, y jette un grand silence.
« Les loustics cessent leurs plaisanteries, les chanteurs interrompent leur refrain ; quant aux dormeurs, sitôt que la main de l'inspecteur de la Sûreté se pose sur leur épaule, leur mouvement est le même : ils relèvent légèrement la tête, grognant furieusement, croyant qu'un voisin se permet de les déranger, puis quand ils voient, quand ils sentent plutôt à qui ils ont affaire, ils se redressent brusquement d'une pièce, très réveillés alors et attendent.
« —Quoi? disent-ils.
« Mais en voyant l'agent rire de leur effroi ou passer sans répondre,ils se rassurent : ce n'est pas à eux qu'on en voulait.
«Mais, tout de même, l'émotion qu'ils ont ressentie est si forte, que leur sommeil est coupé net et qu'on voit qu'ils ne pourront plus dormir.
« En un quart d'heure, la visite est terminée.
« Le patron, interrogé, n'a rien vu qui ressemble aux malfaiteurs que l'on recherche, et l'escouade d'agents s'en va, tandis que sur ses pas les chants et les conversations reprennent plus fort, tout le monde maintenant y prenant part…"

Ouvrage réédité en 2017 par ... Hachette Livre-BNF !

https://static.fnac-static.com/multimedia/Images/FR/NR/18/f2/96/9892376/1507-1/tsp20180430080705/Le-crime-de-Courbevoie-triple-condamnation-a-mort.jpg

368 Dernière modification par Roland de L. (07-09-2020 07:45:03)

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

Autre trouvaille : un extrait des carnets de Ludovic Halévy (à la date du 21 juillet 1879), publiés par la Revue des deux mondes en 1937 :

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k … k=128756;0

Intérêt de ce texte : la "tournée" des bouges par des "gens de la haute", y compris accompagnés par un inspecteur de police, ne date pas des Grands-Ducs, et est antérieure à la célébrité des lieux due à l'affaire Ballerich.

PS Notice de Wikipedia sur L. Halévy :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Ludovic_Hal%C3%A9vy

369 Dernière modification par Roland de L. (15-09-2020 22:14:42)

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

Petite trouvaille du jour : un article de 1910 sur les "cabarets excentriques"  (L'Evénement, 27/11/1910 :
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k … rk=21459;2

Extrait :
« …L’un des plus connus et des plus achalandés de ces cabarets était situé au n° 57 de la Rue Galande. Surnommé le « Château-Rouge » ou « la Guillotine » à cause de sa devanture peinte en couleur sang de bœuf, cet établissement avait grande allure avec son entrée seigneuriale, sa cour spacieuse, son escalier monumental et ses fenêtres cintrées d’une hauteur prodigieuse.
Dans la première pièce, un ancien salon, où se trouvait le comptoir, il n’y avait point de siège : le service en eût été gêné. D’ailleurs les clients n’aimaient pas consommer dans cette pièce : ils préféraient se tenir dans les deux salles de gauche, spacieuses, ornées de jolie peintures murales.
On ne servait pas à manger, mais les garçons prêtaient volontiers aux gens qui apportaient leurs repas du dehors des assiettes ébréchées, des fourchettes édentées et des couteaux au bout arrondi – pour garantir les tables et empêcher, lorsqu’une querelle venait à s’élever, l’ouverture de boutonnières humaines dans ces corps qui n’avaient presque plus rien d’humain.
Tous les consommateurs payaient d’avance : on ne livrait rien avant d’avoir reçu le montant de la commande. Donnant, donnant : c’était le seul moyen d’éviter les discussions.
Le Château-rouge était le rendez-vous de la basse bohème : c’était le refuge spécial d’une centaine d’individus exerçant des professions louches, qui avaient reçu de l’instruction et avaient même possédé une certaine fortune dissipée par le jeu et par une existence désordonnée.»

Rien de bien nouveau donc, sinon ce prêt de couverts "inoffensifs" à ceux qui apportaient leurs repas, que, je crois, nous n'avions pas encore rencontré.
Mais je n'ai sans doute pas encore tout lu ou enregistré dans ma petite mémoire !

370 Dernière modification par Roland de L. (19-09-2020 02:33:14)

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

Roland de L. a écrit:

...
P.S. Si je peux ajouter un modeste grain de sel...
Cette photo de Marville, peut-être une de celles évoquées dans votre # 177, est reproduite dans l'ouvrage de Philippe Mellot : Paris sens dessus-dessous (Editions V&O, 1991), page 60, avec en accompagnement un court extrait du texte de Grison (voir le # 67 de mercattore).

Dans mon premier message sur le sujet du Château-Rouge, le 15/06/2020 (message # 287), j'avais oublié de joindre une photo de la couverture de cet ouvrage que j'ai la chance de posséder.
La voici, 3 mois après :
https://images-na.ssl-images-amazon.com/images/I/41G8iC-OmnL._SX323_BO1,204,203,200_.jpg

Messages [ 351 à 370 sur 370 ]

Pages ◄ Précédent 1 6 7 8

Vous devez vous connecter ou vous inscrire pour pouvoir répondre

forum abclf » Parler pour ne rien dire » Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris