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forum abclf » Parler pour ne rien dire » Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

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Messages [ 451 à 500 sur 512 ]

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

Bonjour,
Commençons une journée que j'espère fructueuse par un petit extrait de 1898 trouvé dans le journal "Le Journal"...

1898, 2 janvier : Le Journal

" Avant l'entrée en scène de la "pioche du démolisseur", j'ai tenu à revoir ce pays de détresse à peu près inconnu (Privât d'Anglemont lui-même n'en fait pas mention), sûrement insoupçonné du Parisien qui muse le long des bazars du boulevard de Sébastopol. J'y ai retrouvé une vieille connaissance, un type de lazzarone parisien qui m'avait autrefois piloté à travers le quartier Maubert. Et comme il se mettait une fois de plus à ma disposition :
—Vous avez donc abandonné la rue Galande, lui dis-je, rompu avec les zigs de la Maub' ?
—La Maub',monsieur, il n'y en a pus. Le Château-Rouge, le Père Lunette, trop connus ceux-là… La vraie Maub' aujourd'hui, c'est ici-même, dans ce quartier Quincampoix qui n'a pas son pareil dans tout Paris, que j' vous dis. C'est moi qui l'ai fondée, la nouvelle colonie, avec quèques vieux camaros du trimard.
—Et qu'avez-vous fait depuis notre dernière rencontre ?
—Un peu de tout, comme toujours. J'ai bricolé, mais ça va bien mal, les affaires, et je m'suis vu bien des jours sans brich'ton (pain). Un temps, j'ai été garçon d'hôtel rue Brise-Miche, mais pas moyen d'y tenir ; aurait fallu être pus fort, pus costo, quoi !... sans compter les poteaux (amis) qui vous forcent à les pieuter(coucher) à l'œil… Alors, on s'fait fiche à la porte. Un temps aussi j'été-z-employé chez un revendeur des Halles, un regrattier. Nous allions chiner (crier) la camelote dans la banlieue, lui très rupin, toujours bien fringué (vêtu), une belle sacoche en bandoulière. Jactant de ses belles relations… Un oncle gardien-chef à Mazas ; un beau jour, il a disparu avec la morlingue. On l'avait envoyé rejoindre son oncle, avec six marh* (mois) à la clef.
—Et, maintenant, que faites-vous ?
—Oh! A présent que c'est la belle saison, j'suis raseur de berge.
— Ah !
—Oui, vous savez, ces gens que vous voyez sur les quais de la Seine, à muser, à flâner en père Peinard, à attendre le client, la bonne poire à qui on coupe les cheveux, la barbe, pour deux ou trois laisses (sous) quand il n'y a pas de chiens à tondre. Quèque vous voulez ! faut bien biffonner (manger)… et me v'là Figaro de berge… le meilleur métier pour un vieux trimardeur comme moi."

* Mot illisible, et je n'ai rien trouvé qui ressemblât dans mes dictionnaires...

452 Dernière modification par Roland de L. (25-06-2021 13:18:50)

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

Dans son message 262 (page 6), éponymie évoquait l'ouvrage de Marie-François Goron : L'amour à Paris.
Peut-être ai-je loupé une marche, mais il me semble que les extraits de ce livre qui évoquent le Château-Rouge n'ont pas été publiés ici.
Les voici, parus en feuilleton dans le journal Le Journal...

1899, 12 et 13 mai : Le Journal : Extraits du chapitre XI (Les misérables) de L'amour à Paris, de M.F. Goron

[Fin de l’épisode paru le 12 mai 1899]

"Dans ce quartier de la place Maubert, deux établissements où se réunissait autrefois la pègre sont seuls restés : le cabaret du Père Lunette et le Château- Rouge ; ce dernier est même fermé aujourd'hui et sera bientôt démoli. Le musée Carnavalet en a fait prendre quelques photographies qui seront peut- être utiles aux futurs historiens de Paris.
Le Château-Rouge occupait, rue Galande, l'ancien hôtel de Gabrielle d'Estrées, la maîtresse du roi Henri. Je ne garantis pas ce détail, n'ayant pas le loisir de contrôler la légende, créée à ce sujet. Respectons la légende.
On y menait des ducs, des princes, et même des rois, voir la Grande Louise, une ignoble mégère défigurée par une tache de vin sur la joue. Cette femme avait été, dans des jours meilleurs, disait-elle, la maîtresse de Gamahut, un des assassins de la veuve Ballerich.
On rencontrait encore au Château- Rouge une pauvre vieille ayant toujours un brûle-gueule aux lèvres, complètement imbibée d'absinthe, qui avait essayé vingt fois de se suicider, et dont la mort n'avait point voulue. C'était une alcoolique invétérée, et je ne l'avais jamais vue autrement que dans un complet état d'ivresse.
Elle racontait — elle balbutiait plutôt — qu'elle avait occupé autrefois une belle situation et qu'un amour fatal l'avait ruinée. Elle ajoutait que son fils appartenait au barreau. Etait-ce vrai ? N'était-ce pas la fée verte qui lui procurait ces rêves d'une splendeur passée? Personne n'aurait pu le dire ; mais tout le monde écoutait complaisamment l'histoire de la vieille soularde.
Sur les bancs et sur les tables où des ivrognes cuvaient leur vin ou leur tord-boyaux, on montrait les places où venaient autrefois s'asseoir des bandits célèbres qui avaient fini sur l'échafaud.
Mais ce qui m'intéressait ce n'était pas le souvenir des assassins, des voleurs qui avaient passé par cette maison peinte en rouge et que les voyous, dans leur argot, appelaient aussi la Guillotine : quand j'accompagnais un ami de province ou un fonctionnaire étranger curieux de visiter les bas-fonds de Paris, j'étais plutôt profondément ému par toute cette foule de miséreux, hommes et femmes, harassés, dormant sur les tables, sur les bancs, sur les marches d'escalier et même sur les dalles du parquet.
Une des dernières fois que j'y passai, une pauvre vieille dormait, la tête appuyée sur un panier contenant quelques chiffons, tout ce qu'elle possédait! A côté d'elle, un angora chétif somnolait aussi. Expulsée de sa dernière mansarde, la malheureuse n'avait pas voulu se séparer du fidèle compagnon de sa détresse.
Après avoir erré toute la journée, mendiant par les rues, ramassant au matin les détritus dans les poubelles, elle entrait le soir au Château-Rouge pour dormir sur une table.
Plus loin, une femme, peut-être encore jeune, mais dont le visage amaigri, rongé par la souffrance, ne pouvait plus avoir d'âge, dormait, elle aussi, auprès d'un bébé étendu sur la table devant elle…
A deux heures du matin, quelque fût le temps, pluie, neige ou tempête, le Château-Rouge fermait, et les pauvres diables devaient s'arracher au lourd sommeil, au sommeil qui fait oublier ; il leur fallait quitter cet abri et, comme le Juif-Errant, se remettre à marcher.
Ils s'en allaient finir la nuit sous les ponts, sur les bancs de quelque avenue lointaine, où les rondes d'agents sont rares, aux Halles, n'importe où.
En les voyant sortir du bouge, hâves, le ventre vide, sans un centime en poche, obligés d'errer les pieds nus ou à peu près pendant les nuits glaciales d'hiver, je me suis demandé quelquefois —et mes compagnons de promenade se sont posé la même question—comment ces êtres ne se révoltaient pas sous l'aiguillon de la douleur pour sauter à la gorge de quelque bourgeois.
Pris ou pas pris, que peut leur importer à ceux-là ?Ils n'ont rien à perdre ; au contraire même, ils ont à gagner. En prison, au bagne, on est sûr d'avoir à manger, d'être abrité, de dormir.
Et cependant les criminels ne se recrutent pas dans cette armée de la misère."

[Début de l’épisode paru le 12 mai 1899]

"Les pauvres hères sont libres et peut- être préfèrent-ils cette liberté, avec toutes ses privations, à la prison, qui leur offre pourtant le nécessaire et même un confortable relatif.
Autrefois, le Château-Rouge était le rendez-vous des escarpes ; mais les voleurs, sachant que ces établissements, comme tous leurs similaires, sont soumis à une étroite surveillance de la police, l'avaient peu à peu déserté.
Je disais plus haut qu'il ne resterait bientôt plus rien du Château-Rouge, autre part qu'au musée Carnavalet ; j'omettais les descriptions plus ou moins étendues qu'en laisseront les écrivains ayant connu cet étrange cabaret.
En ce moment même, on peut en retrouver, à l'Ambigu, un souvenir exact dans un très pittoresque tableau du drame intéressant de MM. Jean La Rode et Alévy, la Légion étrangère. Mme Delphine Renot, une artiste de grand talent, rend avec une vérité saisissante le type de la "vieille soularde", dont j'ai tracé la physionomie à grands traits. Près d'elle, l'excellent comédien Ranté nous donne un fidèle portrait du bonisseur, de l'espèce de barnum, qui, lorsque les visiteurs de marque se présentaient, leur faisait les honneurs de la maison et leur chantait la Chanson du Château-Rouge. Le défaut de place m'empêche de la citer entièrement, mais voici le deuxième couplet et le refrain de cette originale élucubration :"(...)

[Voir le texte complet de cette chanson dans mon message 435 du 18 juin dernier, page 9]

453

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

Roland de L. a écrit:

Dans son message 262 (page 6), éponymie évoquait l'ouvrage de Marie-François Goron : L'amour à Paris.
Peut-être ai-je loupé une marche, mais il me semble que les extraits de ce livre qui évoquent le Château-Rouge n'ont pas été publiés ici.

Bonjour smile,

précisons, pour l'histoire et les lecteurs, que dans les anciens messages (et les nouveaux d'ailleurs) les parties de texte en bleu sont cliquables et que le texte intégral du livre est donc accessible (Gallica n'a pas - encore - le problème des liens caducs). Je ne lis en diagonale le fil que de temps à autre, j'espère que vous ne vous créez pas un travail inutile en cherchant les textes.

Merci quoi qu'il en soit de continuer à faire vivre ce fil.

WWW

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

éponymie a écrit:

Bonjour smile,

précisons, pour l'histoire et les lecteurs, que dans les anciens messages (et les nouveaux d'ailleurs) les parties de texte en bleu sont cliquables et que le texte intégral du livre est donc accessible (Gallica n'a pas - encore - le problème des liens caducs).

Merci beaucoup ! J'avais effectivement loupé cette marche là !
"Manque de pot", la reconstitution de ce long extrait m'a pris un peu de mon temps (absolument non précieux, qu'on se rassure !).

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

Toujours dans Le Monde Illustré, un papier signé Pierre Véron sur une visite au Château-Rouge, qui, avec M Macé pour accompagnateur, semble parfaitement copié sur les récits des visites avec le Brigadier Rossignol...

1899, 13 mai : Le Monde Illustré

" [Plus haut, l’auteur a évoqué le Château de la Muette]

A une autre extrémité de Paris est en train de tomber un autre château, le Château-Rouge. Ne pas confondre avec le Château-Rouge popularisé par les grisettes de Paul de Kock, verdoyant bastringue qui avait été, lui aussi, une résidence agrestement opulente, à l'époque où Clignancourt passait pour être la campagne.
Le Château-Rouge d'aujourd'hui, que la pioche abolit, était, comme vous le savez sans doute, un rendez-vous de déplorable compagnie.
Je me rappelle une visite que je fis à cet établissement célèbre en compagnie de M. Macé, alors chef de la sûreté.
Le tapis-franc nouveau jeu avait des développements exceptionnels. Tout un immeuble, s'il vous plaît, avec badigeonnages flamboyants dont les reflets, stimulés par le carmin, éborgnaient les passants.
Je revois encore la cour noirâtre et sinistre, puis, à gauche, le caboulot garni de tables autour desquelles consommaient en somnolant ou somnolaient en consommant des clients qui n'avaient jamais dû concourir pour aucun prix Monthyon*.
C'était déjà suffisamment pittoresque, mais mon compagnon d'exploration m'avait murmuré à l'oreille :
— Ce n'est que la préface.
Après quoi, il s'achemina vers un escalier aux marches à demi pourries. Je grimpai à sa suite. Il ouvrit une porte. Ah! quel tableau inoubliable !
Dans une manière de dortoir sans lumière ronflaient, couchés sur les planches mêmes du parquet, une soixantaine de vagabonds dépenaillés, misérables, effroyables. Au bruit de l'huis qui s'ouvrait, plusieurs s'étaient soulevés sur leur coude, scrutant l'horizon d'un œil fauve.
L'un d'eux reconnut M. Macé. Un petit coup de sifflet retentit. Toute la bande bondit du même coup. Ah! comme on sentait qu'il auraient voulu être à plusieurs kilomètres de là et qu'ils devaient avoir des raisons majeures pour souhaiter cet alibi !
Le chef de la sûreté alors étendit le bras et, avec son fin sourire, laissa tomber cette phrase :
— Du calme! je n'arrête pas ce soir.
Les nerfs de tous ces inconnus semblèrent se détendre à cette douce parole sur laquelle nous partîmes, car l'exploration avait suffisamment duré pour me mettre au courant.
J'ai revu tout à l'heure par la pensée la scène entière avec ses péripéties curieusement bizarres.
Elle suffira à m'empêcher d'oublier jamais le vieux Château-Rouge, auquel vont succéder des maisons de rapport. Dans ces maisons, la vie de famille sera paisiblement menée par de bons bourgeois qui seront les remplaçants inattendus des grinches et des chourineurs du passé.
Les locataires se suivent et ne se ressemblent pas."

* Prix Montyon : sans doute le prix de vertu :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Prix_Montyon#Histoire

456 Dernière modification par Roland de L. (25-06-2021 19:10:49)

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

Toujours dans Le Monde Illustré (et pardon pour le non-respect de l'ordre chronologique), cet extrait d'un article signé Guy Tomel, dans lequel on (je) fait connaissance avec un surnommé Bibi...

1893, 18 février : Le Monde Illustré

" (…) Les véritables anges sont des cicérones de bas étage qui établissent leur quartier général aux abords des cabarets suspects que certains étrangers, ou quelquefois des bandes de Parisiens en fête, croient de leur devoir de visiter. Je citerai dans cet ordre le Château-Rouge et l'assommoir du père Lunette que cette réclame n'offusqueront pas.
Lorsque l'ange voit arriver des "messieurs", il s'approche poliment d'eux et leur dit :
"Vous savez que votre présente ici ne serait point sans danger si vous étiez mal accueillis par les clients ordinaires. Je vous propose de vous accompagner et de vous montrer la maison en détail, moyennant un pourboire que je laisse à votre générosité. Avec moi vous êtes sûr de ne pas être inquiétés et de tout voir."
Généralement la bande des joyeux viveurs accepte après avoir consulté le patron de la bibine. L'ange installe la société à une table, fait défiler devant elle les célébrités de l'endroit, et au besoin chante lui-même son petit couplet. Ses compères sont d'autant plus enclins à ménager les messieurs que cette exhibition forme le plus clair de leurs revenus.
L'archange du Château-Rouge, — car le Château-Rouge possède un archange — interpelle son inonde en latin ou en grec, ce qui produit toujours son petit effet. C'est un étudiant en droit âgé de 36 ans. Il possède cinq inscriptions et improvise des plaidoyers pour des accusés imaginaires entre deux tournées d'absinthe. Bibi, tel est le nom de ce jurisconsulte dévoyé, réaliserait d'assez belles recettes, mais, comme le fait observer son concurrent du Château-Rouge, Francis, ce pauvre Bibi se saoule. C'est humiliant pour un ange.
Quand les délices du cabaret célèbre sont épuisées, les visiteurs de marque font entre eux une collecte afin de rétribuer leur cicérone. La somme peut être rondelette. L'ange remercie et, s'il voit parmi ses clients quelqu'un qui lui paraisse un "peu parti pour la gloire", il lui dit :
"Monsieur, il ne serait pas prudent de rentrer seul, vous avez montré ici de l'or, des billets de banque, vous pourriez être suivi et attaqué. Si vous le voulez, je vous accompagnerai et il ne vous arrivera rien."
Malgré la bravoure due aux libations, le buveur comprend la sagesse du conseil. Il accepte, ou refuse si mollement que son refus équivaut à une acceptation.
Cette fois, le voilà bon client, le client susceptible de donner une pièce de 40 sous pour le service rendu !
La route se fait, fort tranquillement. L'ange en charme la longueur en donnant à entendre qu'il connaît beaucoup d'autres endroits, encore plus curieux que ceux visités ce soir-là, et qu'il se ferait un plaisir d'y conduire son honorable interlocuteur et ses amis, les jours suivants. Ainsi, une nouvelle affaire se greffe sur l'ancienne : on s'abonne à l'ange gardien.
Le jour où j'écrivais ces lignes, Francis avait organisé une superbe expédition de touristes pour les fours à chaux et autres endroits où l'on couche sans payer.
Je suis sûr qu'il leur a montré des choses fort curieuses, et je conduirai peut-être le lecteur par là, un de ces jours.

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

Dans le journal La Dépêche (journal cher à mon cœur car je suis natif du Tarn et Garonne), un article signé Jean des Vignes, qui revient sur les "trucages" des dernières années du Château-Rouge...

1899, 6 mai : La Dépêche

" On démolit le Château-Rouge. Il manquera aux Parisiens lors de l'Exposition. Bien que la réputation de ce bouge fut très surfaite, il exerçait sur les étrangers en déplacement dans la capitale une sorte de fascination. On se souvient de la fameuse tournée dite des grands-ducs. C'était une promenade qu'organisait la préfecture de police pour tes personnes de marque désireuses de faire connaissance avec les bas-fonds parisiens. Le Château-Rouge était l'une des principales escales de cette croisière. On peut ainsi parler, car le public de cet établissement était, pour la majorité, composé d'individus aquatiques. L’autre partie de la clientèle était fournie par un nombre respectable d’ivrognes.
Il n'est pas douteux cependant que c'est au Château-Rouge que furent exécutés quelques-uns des crimes qui ont augmenté, en ces vingt dernières années, le trésor de nos annales judiciaires. A ce titre, le Château-Rouge était fréquenté par les limiers de la préfecture de police qui eurent plus d'une fois l'occasion de recueillir des confidences fort intéressantes.
Le Château-Rouge était situé rue Galande, vraie rue étroite du vieux Paris. On y voyait des pancartes murales d'un ordre plutôt macabre. L'"Arrestation", par exemple, et aussi l’ "Exécution". Cela ne dépassait pas en intérêt les pancartes de même genre que l'on voit sur la façade de certains musées forains. On y voyait encore la Fosse-aux-Ours, une espèce d'arrière salle en contre-bas dans laquelle on poussait les consommateurs ivres morts. Les rendez-vous de bonne compagnie ne se donnaient pas tous en ce galant séjour.
On consommait là du casse-poitrine à deux sous le petit verre et des saladiers de vin. Des filles en cheveux venaient s'y asseoir entre deux conquêtes faites au bord du trottoir. Les protecteurs de ces dames y faisaient la causette, les coudes appuyés sur les tables communes. Cela ne manquait peut-être pas d'un certain pittoresque. Mais on avait considérablement exagéré l'horreur spéciale à cette prise d'égout du grand ruisseau parisien. Il y a, sur les boulevards extérieurs, vingt bouges dont la physionomie est pareille.
Seulement, ils n'eurent pas l'honneur d'une visite des grands-ducs. La tournée des grands-ducs ne dépassait guère Montmartre et les Halles. Et les boutiques des marchands de vin des Halles, au long des nuits d'hiver, sont particulièrement anémiées. On y a des visions autrement éloquentes que celles du Château-Rouge.
Comment les habitués de cet établissement accueillaient-ils leurs visiteurs titrés ? Ni bien ni mal. Les êtres échoués là se faisaient remarquer généralement par une indifférence totale. D'ailleurs, on multipliait les agents de la Sûreté autour des tables, les soirs de gala, si l'on peut ainsi parler. Ce qui fit dire à un touriste en quête d'émotions fortes:
— On m'avait promis des malfaiteurs magnifiques ; je ne vois là que le personnel de M. Goron. C'est de la mise en scène, comme du  théâtre !
Il avait raison. Le Château-Rouge, les soirs de tournées, était truqué fort habilement. Les habitués se transportaient en face ou bien ailleurs. Peut-être bien profitaient-ils de l'occupation momentanée des agents pour opérer quelques cambriolages fructueux. Les chats absents, les souris dansent."

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

Nouvelle description du Château-Rouge, à l'approche de sa démolition, dans le journal La joie de la maison...

1899, 7 mai : La Joie de la Maison

" Mais, le vieux Paris s'en va, sous la poussée des embellissements, et bien peu des enseignes modernes méritent d'attirer l'attention. Quand je dis que les enseignes s'en vont, ce n'est pas bien étonnant, puisque les vieux immeubles tombent sous la pioche des démolisseurs. C'est ainsi que le Château-Rouge vient de fermer ses portes. Il est veuf de ses habitants. La commission officielle du Vieux-Paris l'a visité, non qu'elle pensât sauver aucun souvenir digne d'être recueilli, du bouge que fut cet hôtel princier au temps de sa gloire crapuleuse, dans sa déchéance de coupe-gorge ; mais l'immeuble que les démolisseurs vont attaquer, pouvait renfermer quelques vestiges de sa première manière, qui fussent dignes d'être conservés.
Notre confrère, L’Eclair nous donne de curieux détails sur ce lieu connu de tout Paris.
Le Château-Rouge s'ouvrait rue Galande au n° 59 [sic]. Vous pouvez n'y avoir jamais été ; encore qu'il s'y donnât quelques rendez-vous de noble compagnie. La tournée des grands ducs comportait le Château-Rouge. C'était notre Lapin-Blanc.
Ne vous y fiez pas. Encore qu'on arrêtât ici l'assassin Gamahut, ce bouge était truqué pour donner le trac. Les habitués étaient des manières de figurants. Le patron avait organisé une ingénieuse mise en scène. Frédéric Loliée l'a définie , d'un mot heureux : "C'est un attrape-pantes."
Un peintre à l'eau-forte, du Vieux-Paris, l'admirable styliste et le profond philosophe qu'est M. Huysmann, a laissé, sur le Château-Rouge, dans ce court chef-d'œuvre le Quartier Saint-Séverin, une page qui assure l'immortalité au cabaret borgne. Il en a décrit les hôtes et le patron, le père Trolliet, "un géant, habillé d'un tricot de laine, coiffé d'une calotte plantée de travers sur des cheveux qui frisent : il marche, un cigare dans son crache-sec, hérisse une dure moustache sur une bouche piquée de bleu par des points de poudre. Il y a en lui d'un municipal formidable et d'un titanique garde-chiourme. Derrière le comptoir s'alignent à portée de sa main, deux nerfs de -bœuf de calibre différent et dont il use suivant la gravité des cas — et depuis l'affaire de Gamahut qu'il dénonça, il a un revolver chargé dans un tiroir.
"... Trolliet, marié à une géante au teint couperosé et aux cheveux couleur d'acajou, un type d'ogresse alsacienne, est père de deux petites filles. On les aperçoit qui font leurs devoirs en bas, dans une minuscule pièce vitrée, éclairée par une honnête lampe près du comptoir ; et, le soir, ces demoiselles, qui ont des nattes blondes dans le dos, récitent leurs leçons à leur maman. Cette, scène paisible de famille, derrière le belluaire qui surveille sa ménagerie, étonne."
Ces enfants de la Maub' seront riches un jour, car le père a réalisé sa fortune dans ce commerce. Quels étranges souvenirs de jeunesse il y aura chez ces créatures lorsqu'elles seront devenues des bourgeoises, filles d'un ancien négociant, fières de leur dot !"
Le papa s'est retiré, le bouge est désert. Des représentants de la municipalité le visitaient samedi. Ils l'ont revu, sans son comptoir, ni son lourd poêle de fonte, où autour des tables étaient affalés des paquets de hardes. Derrière, c'était la salle des morts, un plancher sur lequel grouillait toute la vermine des bas-fonds. Une seconde salle où se tenait les joueurs, a conservé ses peintures idylliques et champêtres, une noce dans la prairie.
Dans la pièce du fond, en retrait, les peintures sont restées, qui pourraient tenter un amateur. Ce sont des portraits peints sur le mur et de grandes compositions en harmonie avec le milieu : l'arrestation d'un contrebandier, la confrontation à la Morgue d'un assassin avec sa victime — et de chaque côté d'une croisée, des panneaux : l'un représentant la guillotine sur un monceau de têtes coupées ; l'autre le billot et la hache et couché au bas un lys — symbole de l'erreur judiciaire.
Un escalier grimpe au premier, où la misère et le crime, jusqu'à deux heures, dormaient sur le plancher. Plus de traces d'un art quelconque, mais d'anciens papiers souillés, lacérés, et des taches brunes rappelant des chasses nocturnes où le pouce du dormeur incommode s'exerçait.
Et dire qu'une des plus charmantes créatures dont le sourire égaie nos sévères annales, aurait dormi là ! Dire que sous ces plafonds s'étirait, toute rose de ses rêves royaux : Gabrielle d'Estrées !
Maintenant, n'exagère-t-on pas ? Ou n'a-t-elle pas habité à Montmartre ? Mais des domiciles qu'on lui prête, le professeur érudit Henri Monin, qui faisait encore, hier soir, une conférence si applaudie, rue de la Vieuville, sur la population de Paris, impitoyablement la déloge. On voulait, que, pour elle, ait été construit l’autre Château-Rouge, le bal qui n'est plus où est maintenant Dufayel : il en rit. Que pense-t-il de son séjour au Château-Rouge des purotins !
De toutes façons, l'immeuble eut une origine aristocratique. Sous les outrages qu'il reçut, se lit, en quelques plaques de cheminée, en la rampe de fer forgé, de l'escalier du fond, et surtout dans le fronton et les détails sculptés de la porte — postérieurs au reste — une destination seigneuriale.
La Commission a retenu quelques-uns de ces. témoignages d'un glorieux passé ; ils iront à Carnavalet... Quant au bouge, c'est l'iconographie qui le rappellera dans les aquarelles signées Delafontaine et des photographies, précieuses aux historiens des bas-fonds.

459 Dernière modification par Roland de L. (26-06-2021 23:59:08)

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

Bonjour,

"Nulla dies sine linea", disait l'autre...

Ami(e)s du Château-Rouge, vous n'avez pas fini de me lire, car j'ai investi tout à l'heure quelques euros sur un abonnement à Retronews, annexe payante de Gallica.
Le temps de commencer à dresser ce pur-sang, je suis en mesure de vous livrer des articles de presse que je crois inédits ici.
Mes livraisons seront sans ordre chronologique, car je ne crois pas qu'il existe un filtre "par ordre croissant" chez Retronews. Si je me trompe, merci de m'indiquer la procédure à suivre.

460 Dernière modification par Roland de L. (28-06-2021 14:34:12)

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

Première découverte chez Retronews, une Causerie signée Blaise Thiberte, de 1889...

1889, 13 décembre : Le Petit Journal, supplément du dimanche

https://www.retronews.fr/journal/le-pet … p;index=16

" Le Château-Rouge est proche, nous nous y rendons à pied, nous y voici ; une profonde impression de tristesse nous saisit; je défie le plus insensible de ne pas la subir.
Imaginez une vaste construction d'une architecture curieuse ; c'est l'ancien hôtel de Gabrielle d'Estrées, l'asile de toutes les élégances, devenu le repaire de toutes les misères.
Dans la cour nous croisons un jeune homme aux cheveux bouclés sur le front :
—Te voilà, le Biffin, lui dit un de nos guides, pourquoi n'es-tu pas encore à ton régiment en Afrique ?
—M'en parlez pas, monsieur Rossignol, ils n'en finissent pas à la place.
—Combien de condamnations?
—Sept gerbements ! (condamnations pour vol).
Disant cela le jeune drôle a un sourire orgueilleux.
—Viens un peu ici qu'on te voie !
Et l'inspecteur tâte les poches du Biffin d'un geste rapide.
—Pas si bête, allez, dit le voleur, c'est déposé !
Ce qui est déposé ce sont les objets qu’il a dérobés dans la soirée.
—Et cette nuit tu vas faire un poivrier ? (Dévaliser un ivrogne.)
—Dame ! vous savez, on fera ce qu'on pourra, il me faut cinquante francs avant de partir.
J'éprouve le besoin de répéter que je n'in vente rien, je ne raconte même pas tout.
Entrons dans la grande salle du bas ; le Biffin nous suit mendiant des cigarettes. Le gaz est à moitié baissé, car le Château-Rouge est surtout une maison de sommeil.
Quelques tables dans le coin à gauche sont réservées aux dames! !.! On y voit dormir des pauvresses dont l'aspect eût déconcerté le pinceau de Goya. L'une d'elles n'a pu trouver le sommeil, d'un air stupide elle dépaille un cabas.
Dans une autre grande salle, on chante, on boit ; une vieille femme, la tête couverte d'un chapeau à fleurs, ses mèches grises débordant sur son visage, ivre à rouler, nous tend sa pipe pour qu'on la garnisse de tabac.
C'est la mère d'un architecte, elle vient boire au Château-Rouge la pension que lui fait son fils.
L'inspecteur Rossignol distribue des cigarettes, des cigares aux effroyables consommateurs ; il est là, entouré à étouffer, d'une cinquantaine de malfaiteurs à mines patibulaires et nous nous demandons si nous allons sortir de là.
Un geste de lui écarte tout le monde, ces gens-là sont doux et dociles, ils tiennent à se. réserver sa bienveillance pour le temps où ils en auront besoin.
Nous visitons ensuite la salle des morts, où ronflent les ivres-morts, puis nous montons dans une vaste pièce qui fut la salle à manger de la célèbre amie de Henri IV !
Sur le plancher, sur les marches de l'escalier en colimaçon, des hommes dorment pêle-mêle, entassés parfois les uns sur les autres; on marche sur eux sans qu'ils se dérangent, un grognement rauque et c'est tout; en vérité, depuis les fossés des barricades pendant la Commune, nous n'avions rien vu d'aussi épouvantable.
Le gérant du Château-Rouge accomplit une œuvre philanthropique, parait-il, en laissant dormir chez lui ces hommes qui n'ont pas d'autre asile.
A deux heures du matin, les .règlements lui enjoignent de les chasser : où vont-ils alors ? Ceux qui sont relativement honnêtes, ramassent des bouts de cigare ; quant aux autres... lisez dans les journaux la partie réservée aux attaques nocturnes…"

PS J'ai réussi à copier le texte qui m'intéressait, mais j'ai laissé le lien pour que le lecteur puisse voir le dessin qui illustre cette causerie . Il me semble inédit ici. Mais je n'ai aucun talent pour me souvenir des illustrations.

461 Dernière modification par Roland de L. (28-06-2021 15:25:23)

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

Autre trouvaille : une chronique de Maurice Barrès intitulée "Peut-on voir des assassins ?", de 1889...

1889, 17 mai : La Presse : chronique de Maurice Barrès

" Peut-on voir des assassins?
Actuellement beaucoup d'étrangers visitent Paris, avec sous le bras des guides, des histoires, un tas de monographies. Mais rien n'est plus rare qu'une bonne géographie
parisienne. Nous sommes très mal renseignés, même sur les coins les plus fameux, de notre ville.
C'est ainsi qu'il y a, rive gauche, entre le boulevard Saint-Germain et la rue Galande, un café de nuit pour gens de bas-étage, nommé le Château-Rouge, à propos duquel on répand un tas d'imaginations erronées.
Tous les trois mois, un chroniqueur parisien visite cet établissement, et en rapporte un morceau à sensation. « Quels dangers j'ai courus ! s'écrie-t-il. J'ai pris une cerise à l'eau-de-vie parmi des assassins !»
Déjà Wollf, pour pénétrer au Château-Rouge, s'était déguisé en maçon, et Macé l'accompagnait. Hier, Hugues Le Roux y est entré, protégé par le brigadier Rossignol. Laissez-moi rire de la naïveté de nos timorés confrères. Ce café où ils pénètrent en tremblant, est un des endroits où j'ai fréquenté avec le plus d'agrément ; je l'affectionne et j'y suis aimé.
Je suis entré au Château-Rouge un soir de flâne rie, séduit par son vaste porche rouge et par ce caractère de grandeur qu'il garde dans son humiliation présente, ayant été jadis l’hôtel de la belle et sensuelle Gabrielle d'Estrées. Pendant trois mois j'y retournai assez régulièrement ; je n'y risquai jamais ma vie, mais quelques sous aux dominos avec des habitués.
Plus tard, nos chroniqueurs m'ont affirmé que c'était là un endroit horrible, l'asile des crimes, un guet-apens quotidien. Les fâcheuses erreurs ! Quelques cigarettes vous y concilient la sympathie et même la considération de tous. Seules les femmes y sont un peu crampons; mais ça n'a rien que de flatteur. A mon avis, le seul danger du Château Rouge c'est qu'on y attrape la gale.
J'ai cessé d'y fréquenter uniquement parce qu'un de mes amis qui y était entré, très curieux comme Wolff et Le Roux, en sortit absolument galeux.
J'attire là-dessus l'attention d'Hugues Le Roux et de ses familiers ; parfois l'infection ne se déclare qu'au bout de trois semaines. Elle est produite par un acarus et caractérisée par une éruption de boutons purulents. Si Hugues Le Roux se gratte, qu'on fasse venir le moindre des médecins ; c'est l'affaire de deux jours de traitement. Risques réels, j'en conviens, mais très légers, et surtout contre lesquels la police ne sert de rien. L'intrépide Rossignol lui-même empoignerait au collet un galeux au Château-Rouge qu'il attraperait bonnement la gale.
A côté de cet. inconvénient, que de détails charmants au Château-Rouge. C’est une des salles les plus belles, les plus vastes de toute la limonaderie parisienne. Quelque puanteur, mais on s'y habitue. Le patron, plus pittoresque qu'aucun, car il est casqué d'astrakan, fait voir presque toujours une figure en compote, pour avoir eu des règlements comptes difficiles avec des clients. Il porte une trique a là ceinture, tient un revolver de la main gauche et de la droite sert les consommations.
Sa femme et sa fille l'assistent; sa fille, une petite blonde avec des yeux très amusants, est fort dédaigneuse à l'égard de l'ordinaire des habitués. « Ces gens-là, me disait-elle, sont impertinents avec les dames. » Elle fut toujours charmante pour les amis que je lui présentais ; je lui en ai présenté beaucoup. Au Château-Rouge, je me suis créé quelques camaraderies passagères avec des hommes qui depuis ont fait parler d'eux dans les prétoires par le ministère public. Ces escrocs et ces assassins avaient des physionomies peu significatives. J'ai des amis qui ont des têtes bien plus dégoûtantes.
Ainsi Gamahut ! le père Gamahut, comme nous disions. Je le vois encore sirotant sa prune sur le comptoir de zinc, dans le coin gauche de la première pièce. C'était plutôt un homme banal. Nous fûmes bien étonnés quand nous vîmes qu'il s'était mis dans le cas d'être guillotiné.
Comme je parle pour les étrangers qui désirent visiter Paris, je tiens à être clair : je ne nie pas qu'on trouve au, Château-Rouge, des homicides ; mais je dis que c'est là leur lieu de distraction, leur cercle. Ils y, font le soir un petit bésigue ; on ne court, aucun risque à les fréquenter. C'est qu'on peut être ivrogne tous les soirs, mais qu'on n'est guère assassin plus -de trois à sept. fois, dans une même vie.
Encore l'assassinat, comme l'amour, ne se fait-il guère en plein restaurant.
Ainsi quand nos chroniqueurs parlent aux étrangers de bouges d'assassins, ils leur donnent une conception aussi fausse que le jour où ils les entretiennent de certains restaurants fréquentés par des notoriétés. « Allons" déjeuner à tel café, disent leurs lecteurs venus par hasard à Paris, nous verrons des hommes, de génie. » Hélas ! le génie d'un homme, ça ne s'aperçoit pas quand il prend son potage. Et pourtant il ne demanderait qu'à le faire voir ! Tandis que les misérables qui ont l'intention de devenir des assassins célèbres, s'abstiennent soigneusement de se laisser deviner quand ils prennent leur prune le soir et jouent aux dominos sur les tables du Château-Rouge.
Ainsi, sans vouloir déplaire à mon honorable confrère Albert Wolff, je suis amené à affirmer que le soir où il se fit escorter par la police au Château-Rouge, afin d'y contempler des, crânes extraordinaires, le crâne le plus étonnant de l'établissement, c'était encore le sien.
Maurice Barrès

462 Dernière modification par Roland de L. (28-06-2021 16:16:04)

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

Autre trouvaille : un article titré "Dernière visite au Château-Rouge", de 1899, dans lequel on trouve beaucoup de détails sur les peintures (Je rappelle que ces peintures étaient la préoccupation principale de mercattore lorsqu'il ouvrit ce fil).

1899, 11 septembre : Le petit bleu de Paris, Dernière visite au Château-Rouge, Paul Erio

" Dernière visite au Château-Rouge
Aujourd’hui, le Château-Rouge, l’ancien hôtel où Henri IV abritait ses amours avec Gabrielle d’Estrées et devenu, depuis une trentaine d’années, le refuge de toute Ia basse pègre qui pullule aux environs de la place Maubert, aura disparu.
Une dernière visite s’imposait à cette maison célèbre, qui donna naissance aux légendes les plus I fantastiques et qui, de tout temps, sembla comme
enveloppée d’un nuage de mystère.
Des appartements primitifs de la belle Gabrielle, il ne reste plus qu’une cheminée Henri III en marbre blanc, dans la pièce qui servait de boudoir. Rien ne subsiste du bal public où se firent remarquer les célébrités chorégraphiques d’antan, Rigolette, Frisette, Chicard et Brididi.
Le Château-Rouge, que le pic des démolisseurs va attaquer n'était plus, depuis longtemps, que le bouge couru des Anglais avides de curiosités malsaines.
M. Bellion, l’aimable conducteur des travaux, nous a fait visiter l’immeuble en ses moindres détails.
Au rez-de-chaussée, la grande salle tapissée de papier couleur sang. Au-dessus de toutes les portes une inscription criarde en grandes lettres jaunes : «  On est prié de payer aussitôt servi. »
C’est là que se réunissait le public sélect de l’endroit. Deux autres salles plus petites étaient également affectées aux consommateurs, l’une, la plus petite, puant le moisi et la misère, était la seule où étaient admis les indivividus d'un degré inférieur dans le monde des escarpes et des criminels. Enfin, sur l’aile droite, un petit salon dont l’huis ne s’ouvrait que devant des personnages amateurs d’études sensationnelles et réalistes.
Cette petite pièce méritait mieux que le tombereau aux démolitions et, en la conservant, la ville de Paris se serait enrichie d'une curiosité peut-être unique en son genre.
Sur ses murs se trouvent encore, fort bien conservées, des peintures qui, si elles ne sont point d’une touche irréprochable, n’en sont pas moins fort curieuses.
L'unique sujet auquel se sont complus les peintres oest le crime. Tout se rattache au crime, et on est étonné de trouver, au milieu des portraits des plus célèbres habitués du lieu, le portrait d'Henri Rochefort.
Rochefort fait partie d’un groupe de deux souteneurs coupe-gorge d’il y a trente ans. L’assassin, à figure bestiale et le gigolo efféminé, cet intéressant groupe, est complété par une ignoble mémère aux yeux torves et au nez fleuri qui fume une énorme bouffarde ; puis, au-dessous, s’allongent, bien alignées, les têtes glabres et sanguinolentes dos clients du Château-Rouge, dont le col fut tranché par le couperet de la guillotine.
Sur la cimaise de ce «salon », deux autres sujets sont de proportions gigantesques ; l'arrestation de Gamahut, au moment où deux gendarmes viennent lui mettre la main au collet et la confrontation de Gamahut avec le cadavre de sa victime. Plus loin, la silhouette du la «veuve» apparaît dans un ciel tout rouge que tache le vol des nuées de corbeaux. Au pied de la sinistre machine sont amoncelées, en tas, des centaines de têtes sur lesquelles un corbeau sautille en jouant avec une prunelle fraîchement sortie de son orbite. Cette composition, signée Peuvrier, est datée de 1892.
Un autre artiste symbolise, qui a signé J. P., a peint un vautour dont les griffes sont entrées dans un billot qui supporte une énorme hache au pied de laquelle frisent des lys immaculés. Puis d'autres têtes de prostituées de l'endroit, certaines jolies, d'autres écœurantes ; enfin, des fleurs s’épanouissent et courent jusqu'à la porte de ce bouge glorifiant le crime.
Poussant plus loin nos investigations, nous visitons la grande salle où les miséreux couchaient «à la corde», serrés les uns contre les autres, moyennant dix centimes, et I’ «escalier souricière». escalier sans issue où l’on poussait les malandrins sous prétexte de les faire fuir lorsque la police venait les arrêter.
Il ne nous restait plus, pour que notre visite fut complète, qu'à visiter tes caves.
Certes, peu de personnes ont osé, avant la réaffectation du Château-Rouge, s'aventurer sur les marches poisseuses qui conduisent aux caves.
Il est impossible de se faire une idée de ces souterrains dignes des catacombes qui ne comportent pas moins de trente-cinq ou quarante caves ou caveaux auxquels on accède par plus de vingt escaliers dissimulés et disposés sur trois étages. A certains endroits, il nous fallait presque ramper, et les hommes qui nous précédaient s'ouvraient difficilement le passage, tant les toiles d'araignées étaient nombreuses.
Notre visite dans les caves demanda plus de deux heures. Lorsque le Château-Rouge sera complètement rasé et que les pics des démolisseurs auront abattu ces murailles mystérieuses, peut-être trouvera-t-on derrière elles nombre de choses intéressantes.
—D’ailleurs, nous disait M. Bellion en remontant les escaliers, je suis sûr qu’il y a encore un étage de caves secrètes, mais par quel côté y parvenir ?
En attendant, les habitants du quartier sont dans la joie ; la disparition du Château-Rouge n'est pas une chose à regretter, et le percement de la rue Dante va amener l’expropriation d’une série d’immeubles délabrés et mal famés. A leur place, s’édifieront bientôt des bâtiments construits sur des voies larges, et le soleil éloignera, bien mieux que la police, les oiseaux de nuit qui, depuis si longtemps, infestent le quartier."
Paul Erio.

463 Dernière modification par Roland de L. (28-06-2021 17:02:28)

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

Autre trouvaille : un article de plus en forme de bilan sur l'imminente démolition du Château-Rouge...

1899, 19 mai : Le Parisien


" Le Château rouge ! Tous ceux qui ont rêvé de connaître les dessous de Paris, le trefonds de boue et de sang sur lequel repose l’édifice de splendeur de la grande ville tous les Parisiens curieux de leur cité, tous les provinciaux, tous les étrangers ont visité, ne fût-ce qu’une heure, cette étrange maison où tous les rôdeurs, les bandits, les marlous, toutes les filles, mêlés aux ramasseurs de mégots, aux marchands de chiens trouvés, à tous les fileurs de comète, ont passé leurs nuits. C'était à la vérité un cadre bien étrange, fait à souhait pour la tragi-comédie de la misère et du vice.
En plein cœur de Paris, à deux pas de celle Seine que domine sur l’autre bord la masse éblouissante de Notre-Dame. dans un dédale de vieilles rues qui s’en vont, hélas ! l'une après l'autre sous la pioche, cette demeure, pareille à ses voisines pour son architecture étalait sur sa façade un badigeon rouge sang terni, vieilli, usé. A l'intérieur, au-delà de la cour lépreuse, un corps de logis sans caractère contenait les trois ou quatre salles où se réunissait la clientèle de ce lieu maudit. Des tables et des bancs formaient le mobilier. Les murs étaient couverts de fresques grossières et terribles, guillotinasses, matins de Roquette, scènes d’assassinat dans les coins perdus du faubourg ; et ceci n'était que le prestige nécessaire à l’étonnement des badauds des curieux, des visiteurs. A l'ordinaire, quelques vieilles femmes ivres dormaient sur les tables et quand un curieux se pré sentait, un voyou de théâtre se levait pour lui chanter une de ces complaintes devenues populaires que les chansonniers de Montmartre avaient mises à la mode. On y buvait dans des verres mal rincés d’affreuses mixtures qualifiées vins ou liqueurs.
A force d'être fréquenté, ce taudis était devenu moins infâme. Il n'était plus qu’un décor où des figurants jouaient un rôle oublié. Depuis Gamahut, qui fut arrêté là un soir, les grinches et les chevaliers du surin avaient déserte ce coin par trop fréquenté de la police. Dans la réalité, le Paris dangereux n'était plus là depuis longtemps. Il est aux faubourgs lointains, près de l’avenue d’Italie ou à l’autre bout, vers la Chapelle ou la Villette. Le quartier, peuplé de belles maisons modernes ou bourgeoises, ne pouvait se prêter plus longtemps à cette destination de repaire qui valut à la place Maubert, il y a trente ans, une si fâcheuse réputation.
Le Château rouge et le cabaret du père Lunette étaient en somme les derniers débris de ce Paris visqueux, antique, sanglant, où Eugène Sue a placé les scènes de ses prestigieux Mystères de Paris. Ceux-ci avaient pour théâtre tout un vaste quartier dont les origines se perdaient dans la nuit des temps et qui s’étendait du Palais jusqu’à Notre-Dame. Dans cet espace qui représente un bout de terrain aussi vaste que le vieux Grenoble, de la place Grenette a la préfecture et de la rue Saint Jacques au quai, tout ce qui était ancien a disparu et depuis si longtemps que les hommes de cinquante ans ne peuvent guère s’en souvenir. Parvis Notre Dame, Hôtel-Dieu. marché aux fleurs, préfecture de police et tribunal de commerce occupent tout ce berceau de Paris exhaussé de deux mètres pour le moins où jadis les maisons sales et les ruelles immondes formaient un enchevêtrement inextricable.  Tout cela démoli sous l'Empire vers  1857, si je ne me trompe. Tout cela disparu, ce qui restait a suivi.
Le vaste quartier des Halles, ses boyaux si pittoresques ont été supprimés à la même époque ; il ne restait, du vieux Paris troublant el bizarre, que la trame de ruelles situées entre le Panthéon et la Seine. Voici qu'elles s’en vont à leur tour. Faut-il le regretter et s’en plaindre? Je ne sais. On ouvre une rue sur l'emplacement de ce Château-Rouge ou vécut Gabrielle d'Estrées, il y a trois cents ans. Ou va démolir le vieil Hôtel-Dieu. Les villes vivantes sont celles qui changent. La mort seule est immobile. Et quand vous verrez ouvrir des boulevards entre la citadelle et la place Victor Hugo, consolez-vous en songeant que cela prouve la vie de la ville que vous aimez.
Ce Château rouge que visitèrent le prince de Galles et les grands ducs de Russie a fait la fortune de son propriétaire. Il pourra s'en aller planter des choux gras, et il ne les fera pas cuire sans beurre dans sa marmite."

464 Dernière modification par Roland de L. (28-06-2021 18:00:17)

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

Autre trouvaille : une chronique dont le titre est "Le Château-Rouge", signée Edouard de Perrodil, en 1886...

1886, 24 décembre : Le Petit Moniteur Universel, chronique de Edouard de Perrodil

https://www.retronews.fr/journal/le-pet … /4413547/1, page 1, colonne de droite, au dessus du feuilleton.
La suite est en page 2 : passer d'une page à l'autre en actionnant le curseur rouge (comme le Château...) sous le bas de page.*

* Document de Retronews en très mauvais état, donc "incopiable"... je laisse le lien !

NB : E. de Perrodil a écrit un livre, Les rumeurs de Paris, qui contient un poème Le Château-Rouge, comme l'indique le message 183 de mercattore* (page 4 de notre fil).
Mais ce livre date de 1893, soit 7 ans après cette chronique.

* Le lien de mercattore est brisé... Lien vers ce livre de 1893 :

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k … rk=21459;2

465 Dernière modification par Roland de L. (28-06-2021 18:15:09)

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

Autre trouvaille : un article de Maurice Pottecher (oncle de Frédéric Pottecher) sur le Château-Rouge, en 1895...

1895, 18 mai : La Cravache Parisienne

" Le Château-Rouge par Maurice Pottecher

Pour le prix d’un verre d’eau-de-vie qu’ils jettent sur leurs gosiers toujours secs, les vagabonds que midi rassemble sur les places, au pied des statues, ceux qui s’en vont le nez vers la terre en fouillant les ruisseaux du bout de leurs bâtons, ceux qu’on voit marcher à grands pas, sans manteau, le long du trottoir, et qui se penchent silencieusement sur les glaces de boutiques chaudes, les rôdeurs de la fortune, les ouvriers de l’oisiveté, les malheureux que la misère jeta, la veille, à la porte d’un logement délabré, et les anciens gueux qui dédaignèrent toujours d’assurer leur abri sont tous échoués dans la torpeur du sommeil, comme ces sales débris amassés par la vague dans un creux de la plage et qui dorment sous l’écume de l’eau.
Quelques-uns sont pliés sur la terre, sur les marches de l’escalier où l'on enjambe leurs corps. En voici d’autres, en haut, dans de nouvelles salles. Là des jeunes gens, des enfants de seize ans dont la face équivoque semble toujours rire sous la menace des coups nous accueillent en silence et servent de bouffons à nos guides ignobles. L’un de ceux-ci, pour se divertir, réveille les dormeurs d’un coup brutal de sa large patte.
Un homme ronflait, étendu sur une table, au milieu d’un cercle de têtes emmêlées, comme une statue sur le couvercle d’un tombeau : sa blouse roulée sous la tête, les genoux aigus relevés en pont, les mains croisées sur son ventre. Il sursaute; ses guenilles s’écartent et découvrent sa peau, il regarde en grognant la lumière avec des yeux stupides. Où donc était-il ? Parti vers quel monde ?
Au-dessus de cet homme, le haut plafond gardait encore, parmi des peintures flétries, le cercle d’une couronne. L’un de ceux qui nous mènent élève la bougie et bonimente, avec sa voix rouillée, que cette chambre fut celle où couchait, dans cet hôtel habité par elle, une comtesse illustre, presque une reine, la favorite d’un roi de France. L’homme referme les yeux et se rendort.
Qui sait ? il rêve peut-être qu’il est roi de France et que la comtesse illustre, presque une reine, est encore là..."

466 Dernière modification par Roland de L. (28-06-2021 18:19:22)

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

glop a écrit:

(message 266 du 11/01/2018, page 6)

À la Place Maubert

Je m’ demande à quoi qu’on songe
En prolongeant la ru’ Monge,
À quoi qu’ ça nous sert
Des esquar’s, des estatues,
Quand on démolit nos rues,
À la Plac’ Maubert ?

(...)

Aristide Bruant

Les messages 266 à 269 donnent des informations sur la chanson de Bruant, mais il me semble que la partition n'a pas encore été publiée ici.
La voici* publiée en 1895 dans le journal Le [sic] fin de siècle...

1895, 3 septembre : Le Fin de Siècle

https://www.retronews.fr/journal/le-fin … ;index=460

* ¨Portée musicale naturellement "incopiable"... J'ai laissé le lien.

467 Dernière modification par Roland de L. (28-06-2021 19:00:29)

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

Dernière trouvaille du jour (il faut garder quelques munitions pour demain!) : un article sur la visite des marins russes à Paris, en 1893. Le Château-Rouge pavoisait...

1893, 19 octobre : Le Progrès de la Somme*

https://www.retronews.fr/journal/le-pro … ;index=780

" Paris pittoresque
A LA COUR DES MIRACLES. — BOHÈMES ET
VAGABONDS. — BOUGES BT RUELLES.
PATRIOTES QUAND MÊME !
Le monde de la bohème et des déclassés allait-il bouder au milieu de la joie de cette société qui ne lui témoigne pas ure amitié extrême ? L’écho des fêtes francorusses devait il mourir à la limite de ce résidu du vieux Paris qui se cramponne, comme une lèpre tenace, aux abords de Notre-Dame, d’une part, et du quartier Latin de l’autre ?
De temps en temps se tromper d’poche,
Ça n'empêch’ pas les sentiments.

C’est, du moins, ce que nous a prouvé une promenade aventureuse à la tombée de la nuit sur le pavé gras de cette nouvelle Cour des Miracles.
Les habitants du n° 1 bis de la rue de la Hachette, seule maison de la capitale où la bienfaisance insouciance du propriétaire évite le fastidieux paiement d’un loyer, témoignent leur reconnaissance su pays qui les loge à l'œil en arborant trois drapeaux.
Rien à dire de la rue du Chat-qui-Pêche — qui pèche par l’absence complète da maisons, les façades regardant ailleurs — mais, rues Zacharie et de la Parcheminerie, on chemine sous un dôme de lanternes vénitiennes et de guirlandes de papier ; rues Galande, Saint Séverin, des Anglais, les drapeaux surtout dominent, et c’est un chatoyant spectacle, grâce à l’étroitesse des ruelles, que ces étoffes se joignant, se frôlant, dissimulant sous leurs plis radieux les lézardes des murailles ou les moisissures des toits.
Rue Galande, s’ouvre une voûte peinturlurée d'écarlate et surmontée d’un trophée de cinq drapeaux français et russes. A gauche d’une cour traversée de fils de fer, auxquels sont appendus d’innombrables ballons lumineux, trois marches à grimper, nous sommes dans la grande salle du Château Rouge, paradis rêvé des noctambules du vagabondage et de la maraude.
Un silence... de mort... que trouble, par intervalles, le ronflement d’un ivrogne affalé sur une table de bois. Ces gens-là ont de sérieuses raisons de ne pas crier leurs exploits par les rues.
AU CHATEAU ROUGE
— Eh ! bien, madame, ça va-t-il ? demandons-nous à la patronne, Mme Trolliet, une plantureuse commère qui débite, contre espèce sonnantes, les quarts d'eau-de-vie et les chopines de vin bleu et se charge, à l’occasion d’expédier en un tour de main tout client faisant de la « rouspétante ».
Sa fille aînée, une bonne et un garçon l’assistent.
— Si ça marche ? répliqua-t-elle. Pensez donc I ils ont tant crié, ce matin : « Vive la Russie !» à la gare de Lyon, qu’au retour, les trente litres à la fois coulaient comme s’il en pleuvait.
— Ces messieurs devaient avoir de graves motifs pour se déranger de si loin?
— Je vous crois ; il n’y a pas un Russe, de passage à Paris, qui ne pousse une pointe jusqu’ici. Il y a deux ans, neuf landaus et deux coupés s’arrêtaient devant la porte ; et il en descendait, qui ?... le grand-duc Alexis, le grand-duc et la grande-duchesse Wladimir, accompagnés de nombreux amis. Une politesse en vaut une autre ; les visites, ça se rend, n’est-ce pas ? On n’a pas été en reste de politesse, je vous promets. Pas un de mes clients n’est revenu sans un insigne à la boutonnière.
— Mais, où sont donc tous ces manifestants ? cherchons-nous.
— Ah ! voilà, ils sont éreintés, ils dorment là-haut, au premier. à même le plancher, comme ils font, du reste, tout lo temps, entre cinq heures du soir et deux heures du matin, moment où, près de fermer, nous les invitons poliment à filer.
— Et demain ?
— Demain, ils retourneront regarder passer les marins, et, que les bourgeois se rassurent, tant que les Russes resteront à Paris, ils m’ont bien promis d’être sages !"


*Je n'ai recopié que ce qui concerne le Château-Rouge et laissé le lien vers  l'article sur la visite des marins, qui commence en page 1.

468 Dernière modification par Roland de L. (28-06-2021 20:50:06)

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

Bonjour,

Première trouvaille du jour : une chronique de Fabrice Carré, titrée Dans les ténèbres de Paris, où il est question, entre autres, des rapports entre la clientèle du Château-Rouge et ces Messieurs de la Sûreté...

1891, 13 février : La France de Bordeaux et du Sud-Ouest

" DANS LES TÉNÈBRES DE PARIS
Sous cette rubrique et comme suite à une enquête concernant les meurt-la-faim de la capitale, le Figaro a publié récemment plusieurs articles dans lesquels il donnait quelques détails sur les derniers lieux de refuge des pauvres diables, loqueteux et malandrins.
Avons-nous encore une Cour des miracles? Le promeneur, dégoûté de voir perpétuellement défiler les mêmes types, a-t-il la ressource de trouver, à une demi-heure de distance des endroits chers à la bonne société, comme l’Opéra, les Folies-Bergère et la Chambre des députés, par exemple, un de ces bouges intéressants qu’Eugène Sue a décrits? Oui et non.
Qui se ressemblent s’assemblent. De même que les richards, les clubmen et les demoiselles haut cotées font choix de certains quartiers, de même aussi les misérables continuent à s’entasser dans des coins où les loyers sont moins chers qu’aux Champs-Elysées, et où les haillons se frôlent sans gêne le soir (pendant le jour, le pavé de Paris est à tout le monde).
De ce côté-là, rien de changé. Ce qui est nouveau, c’est l’absence complète de danger pour le curieux s’offrant une ballade au pays de misère.
Jadis, il parait que ce pays-là était fermé : malheur à qui s’y risquait indiscrètement ! Il fallait être présenté comme dans un cercle. Les promenades de la police étaient rares ; de temps en temps, une rafle épurait un peu les quartiers suspects, puis les rôdeurs et les escarpes sans ouvrage serraient les rangs et reprenaient possession du sol.
Aujourd’hui, quel est l’étudiant, le Parisien en quête d’émotions nouvelles qui ne s’est pas offert un tour chez le père Lunette, au Château-Rouge, rue Galande ?
Les entrepreneurs de démolitions, en jetant à terre les vieilles masures, ont porté partout la lumière. Mouffetard est en train de devenir superbe, bientôt les romances diront :
Les rendez-vous de noble compagnie
Se donnent tous en ce charmant séjour !

C’est clair, c'est propre, ce n’est plus terrifiant, et le petit frisson de peur que nos papas ressentaient en s’engageant dans des ruelles sinistres derrière le prince Rodolphe et le Chourineur, nous l’attendons en vain : plus d’émotion. Un enragé vient pourtant d’offrir chez le père Lunette une assez jolie tournée de coups de couteau aux camarades ; le cas est rare, et la chose s’est passée entre habitués : pas un homme du monde n’a été atteint, pas une horizontale de grande marque.
Presque toujours, les mauvais coups s’échangent entre compères ayant un compte à régler, et toujours les patrons (qui servent d’indicateurs à la police) sont les premiers à couvrir de leur rude patte le boulevardier égaré chez eux : une rixe entre méchants drôles ne tire pas à conséquence, tandis qu’un seigneur assommé ferait fermer la boutique.
Lecteurs, vous pouvez essayer l’excursion. Je ne vous engage pas à emmener votre femme ou votre demoiselle, mais allez là-bas en célibataire, la canne à la main. Vous trouverez une assistance pittoresque et bienveillante ; avec trois ou quatre consommations offertes aux voisins, vous serez en ami et vous entamerez des relations peu banales, qui vous reposeras! de la fréquentation des ambassadeurs.
Quand les consommateurs ordinaires jugeront votre présence gênante, ils vous le feront sentir de la plus ingénieuse façon. «Sentir» est bien le mot :dans les bouges où ces messieurs s’attablent, l’habitude est de jeter devant les gêneurs de ces pois de senteur qui dégagent, en s’écrasant, des odeurs infectes. Les habitués y ont les narines faites ; les indiscrets ne peuvent pas y tenir et se sauvent.
Ce procédé semblerait déplacé dans un salon du noble faubourg : que voulez-vous ? chaque société a ses usages ; celui-là est à la portée de tous les nez et de toutes les bourses.
Dans la crainte d’une surveillance plus sévère, sous l’influence de nombreuses visites d’écrivains et de bourgeois, les clients du père Lunette et des cafés environnants ont perdu beaucoup de leur excentricité. Ils ne redoutent plus la venue des intrus : ils l’espèrent ;  comme une dame attendant des connaissances à ses petites réceptions du mercredi, ils sont flattés de voir qu’on vient les saluer ; les moins fiers en profitent et mendient quelques sous vite dépensés au comptoir.
Dans chacune de ces turnes, selon l’expression populaire, vous rencontrerez un chanteur ambulant, un poète non couronné par l’Académie. Il se détache et, poliment, offre aux visiteurs de leur chanter d’effroyables obscénités ; puis ce collègue dégénéré de Paulus, de Kam-Hill et d'Yvette Guilbert fait les honneurs de la maison et vous présente à d’horribles rôdeuses de fortifications : la poésie et l’amour ont partout droit de cité.
S’il n’y a plus place pour la crainte dans ces expéditions-là, il y a de quoi en revenir lugubrement affecté. Au Château-rouge, en particulier, les pitreries sales des auteurs, les gracieusetés des filles édentées, le dégoût et l’étonnement, tout disparaît devant la tristesse de ce spectacle chaque nuit entrevu : les bébés jetés pêle-mêle sur les tables. Tous les mioches que nous voyons, dans le jour, grelotter aux portes cochères sont là sous cette atmosphère atroce, empaquetés dans un coin, rêvant doucement, les pauvres petits ; les bras étendus, les jambes repliées, brisées par la fatigue des longues stations, des courses à travers les rues, les mères dorment à côté.
Dans ces lieux bizarres, la chose la plus curieuse à observer, c’est l’accueil réservé aux agents de la sûreté en tournée. Le public se figure à tort que la lutte engagée entre ces derniers et les ennemis de la société les transforme perpétuellement en ennemis irréconciliables. On se cherche, on se cache, on se défend, souvent on échange de mauvais coups ; mais, au fond du cœur, les uns et les autres se considèrent comme accomplissant leur destinée. Une sorte de fatalité les a jetés dans des camps opposés ; c’est le métier qui exige ça : on ne s’en veut pas.
Le gendarme, le gardien de la paix est détesté ; l’agent de la sûreté ne l’est pas, la besogne terminée, le devoir accompli.
Une nuit, j’ai vu Rossignol, un des plus braves, des plus sympathiques, des plus connus parmi les lieutenants de M. Goron, entrer au Château-Rouge: il avait besoin de savoir si un récidiviste était là, à sa place habituelle, ou... en expédition.
Reconnu, signalé, il fut bientôt accosté par un drôle à la tête sinistre :
— Vous ne me reconnaissez pas !
— Si, tu es un tel ; ce n’est pas à toi que j’ai affaire aujourd’hui.
— Parbleu ! ils sont tirés, mes deux ans. Bonjour et merci !
— Merci de quoi ? De t’avoir pincé ?
— Non; on s'est cogné sur le moment, c'est fini... Mais vous avez été gentil pour moi, là-bas... Vous m’avez passé du tabac et vous avez donné de mes nouvelles à ma petite. Merci... et au revoir !
— Adieu, plutôt.
— Sait-on jamais? reprit l’autre en s’écartant.
Et, dans ce coup d’œil échangé entre les deux hommes, je vis que, malgré tout, il y avait de la pitié chez le policier et de l’estime chez le coquin, petite lueur venant éclairer faiblement un coin des ténèbres de Paris."
Fabrice CARRÉ.

469 Dernière modification par Roland de L. (28-06-2021 21:50:23)

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

Autre trouvaille, un article dont une partie démarre par la phrase suivante :
"Il y a quelques soirs, un peu las du boulevard, des théâtres et des cafés, j'ai été rendre visite aux vagabonds"... Tout un programme !

1891, 20 avril : Le Public

"Il y a quelques soirs, un peu las du boulevard, des théâtres et des cafés, j'ai été rendre visite aux vagabonds.
Nous n assistons pas assez souvent, de près, au spectacle de la pauvreté crapuleuse.
La misère de Paris a comme une odeur à elle. On l’emporte avec soi. les vêtements en sont imprégnés. Chaque fois qu’il m'arrive de descendre en un de ces bouges où se réunissent les naufragés du trottoir, j'en ai comme une nausée. Je sens le pauvre, positivement !
L'endroit n’a rien de particulièrement curieux et il a été décrit cent fois. Ce n'est plus une rareté que de s’aventurer dans les ruelles du quartier Galande, et il me souvient même qu'un groupe de mondaines eut l’idée délicate, voici quelques années, d’y tenir un five o’clock. C’est au Château-Rouge, chez Tessier [sic], un solide gaillard qui en a vu de dures et qui en a entendu de cruelles. On ne l’a point ménagé au cours du procès de Gamahut et il en a gardé un peu d’amertume. Mais le dépit ne l’empêche point de jouer au philanthrope désabusé et de servir des "prunes" ou des "vulnéraires" à ses singuliers clients. Encore que je l'aie vu souvent, cet affreux cabaret m’a paru plus hideux que de coutume. La porte a gardé sa couleur sang-de-bœuf. Tout au fond de la cour de l’hôtel de Gabrielle d’Estrée, l’assommoir est plein, dès minuit, de pauvres diables loqueteux, ramasseurs de bouts de cigares, chiffonniers, ouvreurs de portières ou marchands de programmes. Ils boivent silencieusement et c’est ce silence qui est affreux. Aucune de ces physionomies n exprime une pensée. On boit ou l’on dort. Sur toutes les tables, des gens accoudés et qui ronflent. La salle des Morts est pleine d’ivrognes, ivres-morts.
La chambre du haut, celle qui fut le boudoir de la belle Gabrielle, est réservée à certains clients désireux d’éviter le bruit et la curiosité des visiteurs. On y pénètre, toutefois, moyennant dix sous. Ils sont là, pêle-mêle, hommes et femmes. entassés, couchés par terre ou sur les tables.
La coutume pour les visiteurs de ce vilain lieu est de payer sa bienvenue aux habitués du Château-Rouge. En revanche, quelques chanteurs leur font entendre les chansons du cru. J’ai entendu la Peau de mes jambes. C’est tout ce que vous pouvez imaginer d’ignoble.
Chez la mère Alexandre, en face, le spectacle est pareil, et pareil aussi dans les quelques crémeries du quartier.
C’est tout ce monde-là, quand il en a assez de vagabonder sous les ponts ou dans les fours à plâtre, qui vient demander un asile à la neuvième !
Les vagabonds se plaignent. Dans le quartier Galande, par exemple, et l’histoire de ce coin du vieux Paris est la même partout, on est fort mécontent du percement de la rue Monge.
Les grandes trouées d’air et de soleil chassent les pauvres gens des trous où ils se terrent.
On a construit là-bas, dans l’enfer de Paris, de superbes maisons à cinq étages, toutes blanches, très luxueuses et il va arriver que toutes les misérables bicoques, les hôtels borgnes, les vieilles masures du quinzième siècle de la rue Saint-Julien-le Pauvre, vont s'écrouler sous la pioche du démolisseur. Où iront tous ces malheureux qui trouvent encore au Château-Rouge et dans les taudis voisins un refuge contre la vie nouvelle, dure aux vagabonds ? Je l’ai demandé à plusieurs d'entre eux : - Où irez-vous puisqu’on vous chasse ? Ils répondaient d'un geste qui voulait dire : « Que savons nous ? Partout. Nous irons bien quelque part, sans doute, puisqu’il faut vivre. Mais c’est le hasard qui nous guidera. » Quelques-uns ont émigré à Charonne ou bien à Montmartre, au delà de la Butte. D'autres vont dans les terrains vagues, à la Glacière, aux talus des fortifications, jusqu'à ce que les rafles les en chassent encore. Alors ils recommenceront à s'implanter ailleurs. Un jour viendra, sans doute, où l’extermination sera complète. Car c’est là le mot vrai, encore qu’il nous choque un peu. Nous procédons par élimination, si vous préférez, et à mesure que la vie moderne se fait plus luxueuse, plus pressée, plus besogneuse, les pauvres sont obligés de disparaître.
En attendant l'accomplissement fatal de la loi de sélection, n’y aurait-il pas mieux à offrir aux vagabonds de Paris que l’hospitalité du tribunal correctionnel ?
Ces croquis de malandrins, dessinés par M. Talmeyr, m ont fait songer que nous n’avions encore rien trouvé de bien parfait dans toutes les œuvres philanthropiques auxquelles se dévouent de bons esprits. C’est assez décourageant."

Victor de Cottens

470 Dernière modification par Roland de L. (29-06-2021 00:41:46)

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

Autre trouvaille, et tout à fait dans le même esprit, un article de l'Observateur Français, dans la rubrique La Vie à Paris, titré 'Le Personnel du Vice"...

1889, 4 février : L'Observateur Français

" (...)
La façade est peinte en rouge. Et un de ces sonnets en botte dont je vous parlais plus haut, se promène tranquillement devant la porte cochère. On trouve toujours ainsi la loi aux côtés du crime. Est-ce pour châtier ses défaillances ou les couvrir ? Une grande cour pavée. Un perron sous marquise. Et la salle d’entrée. Une simple salle ornée d’un comptoir de zinc. Au fond une seconde salle. Vous entrez et, aussitôt un grand murmure, puis le silence, et tous ces gens aux têtes ravagées de variole, aux barbes incultes, aux mains noires, vous regardent longuement avec défiance, assis sur des bancs devant de longues tables de bois sale, les épaules renfoncées, l’œil fixe. Vous êtes dans le repaire des brigands de Paris. Tous ces gens, assis, affalés sur ce banc, étendus sur ce paillasson où traine un os, frileux près de ce poêle rond où meurt un petit feu, tous ces gens qui vous regardent, qui vous saluent, ou détournent de vous la tête, ou l’enfouissent vivement dans les bras sur cette table, ce sont les héros des Faits-Divers, les pourvoyeurs de procès à sensation, les locataires de Mazas. Leur vie lient entre ces phrases : « Il a été trouvé un nouveau-né au coin de la rue Saint-Jacques, Isidore Baluche chassé de l’atelier, 47, » et celle-ci : « Il a été volé hier » ou « Un crime, commis dans des circonstances particulières, vient de mettre en émoi ».
Hier, on en saisissait un, de ces rêveurs si peu spéculatifs ; il s’appelait Gamahut. Demain, on en saisira un ; il aura tué M. Barrême.
Ils sont en blouse comme l’ouvrier qui travaille, ils ont ses mains calleuses et noires. Ils vous regardent doucement, pieusement, la tendresse aux yeux, le mot d’esprit aux lèvres.
Ils vous saluent poliment. Ils vous prient de leur offrir une cigarette, de leur abandonner le verre obligatoire qu’un garçon vient de vous remplir contre quatre sous payés d’avance. L’un d’eux chante une chansonnette drôle, et tous comprennent. Un autre, s’avançant vivement près du poêle sous le quinquet à l’abat-jour de zinc peint, rejettent de son front large une chevelure de fauve, chante longuement, avec la joie d’« enfoncer » le camarade précédent, une romance sentimentale, citons écoulent de leurs grands yeux émus.
Un troisième petit, tout gringalet, blême, en redingote râpée, monte sur un banc et chante la Marseillaise.
Ces gens-là n'ont certainement pas conscience de leur vice.
Ils le considèrent comme une profession.
La profession a ses dangers comme toute autre. La police la menace, comme la faillite menace le commerçant, et l’affichage le banquier.
Ils semblent avoir des soucis, parbleu, mais comme un notaire en a sur ses affaires en opération. Le notaire met son point d’honneur à être honnête,
Le paria de la rue Galande le met à être adroit. Et, dans un pays où l’esprit est considéré comme l’excuse, sinon la glorification de tout acte, il définit l’adresse « esprit des doigts » et se trouve plus français, plus normal et plus dans la loi d’équilibre que le notaire honnête.
La violence est leur seul moyen, car ils sont trop paresseux, toujours par art, pour en trouver d’autres plus normaux.
Une telle âme avec sa facilité d’envie, sa naïveté de moyens, jetée devant la vie, n’y trouve que des désirs.
La rue et ces cent mille fascinations, ses cafés, ses voitures, ses boutiques, ses promeneurs en fourrure, les tentent.
Et quand ils sont tentés se dresse-t-il un obstacle dans leur tête, dans leur souvenir ? Ils y trouvent la glorification du crime sous tonies ses faces dans ces feuilletons de journaux lus le matin. Ils y trouvent même plus, ils y trouvent le code du crime, avec toutes ses roueries, toutes ses perversions, tous ses dépistages.
L'imagination des concierges, clientèle de cette littérature judiciaire, trop pourrie pour s’émouvoir au récit de douces poésies, exige celui d'un meurtre, d'un vol, d’un vice. Pour eux, cette lecture est un passe-temps ; pour les parias naïfs, au cœur plein de désirs, à l’âme sans morale, elle est un excitant.
Aussi, ils y vont au crime ! Ils y vont avec ardeur, sans se douter de leur bassesse, anxieux de jouir.
Le Français est trop artiste. Il aime les jolies choses, le plaisir, la jouissance. Il est égoïste et veut tout acquérir, à peu de travail.
En haut, on signale souvent ses erreurs ; en bas, ses crimes. En haut comme en bas, erreurs et crimes ont le même mobile: satisfaction facile de l’égoïsme.
Et quand ces gens sans éducation morale ou religieuse veulent résister, ils ne trouvent autour d'eux que dénonciations de crimes : Partout disparaît le sens moral. Depuis Wilson jusqu’à Prado, la société se désagrège, chacun résistant aux sacrifices, échappant aux responsabilités.
Et tout ça, croyez-moi, c'est toujours la faute à Voltaire. On va encore lui élever une statue !
Comment voulez-vous qu'on croie en la beauté et en l’honneur, quand on assiste à la glorification incessante de ce sinistre rabatteur d’espérance ?"

471 Dernière modification par Roland de L. (29-06-2021 01:58:30)

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

Autre trouvaille, qui nous (me) permet de faire connaissance avec un "seigneur de la place Maub'", en 1893...

1893, 11 août :  Le Petit Parisien, portrait de Sidi le Tatoué

" LE TATOUÉ
C'est le nom donné à un prince de la pègre parisienne, seigneur de la place Maub', chanteur et jongleur attitré du Château-Rouge. Sidi le Tatoué, on ne connaît que lui, rue Galande, depuis le jour où, vers la fin de 1889, il entra, en qualité d'Hercule au service d'un crémier-logeur de cette cour des Miracles du Paris moderne.
L'hôpital nous l'avait pris, le 6 juillet dernier, après une journée d'émeute au Quartier-Latin. On sait qu'en ce temps-là, déjà oublié quoique fort près de nous, les pistolets partaient tout seuls sur la rive gauche. Une balle atteignit à la nuque le pauvre Tatoué qui menait quelque joyeuse équipée dans la rue de l'Hôtel-Colbert, vers deux heures du matin. L'hôpital vient de nous le rendre, maigri de douze livres, mais content tout de même de l'avoir échappé, cette fois encore, et n'ayant rien perdu de sa belle vaillance.
Pourtant, il a un plomb de plus dans le corps. Cette balle git quelque part entre la clavicule et l'omoplate. Peut-être faudra-t-il, pour la retrouver, se remettre entre les mains des carabins ? Mais le Tatoué ne s'en effraie pas. Il en a vu déjà, des lits blancs d'hôpitaux où se reposent des têtes palies. Les hôpitaux d’Algérie et ceux de Paris, la Pitié, la Charité, l'Hôtel-Dieu, ont reçu tour à tour ses visites. Il y est allé en un douloureux pèlerinage offrant aux yeux des médecins surpris l'interminable série de vignettes bleues dont son corps est adorné sur toutes ses faces.
On en compterait bien soixante, sinon plus. Elles correspondent à autant de chapitres de sa vie et disent ses joies comme ses souffrances. Sa peau, c'est le journal où il a consigné toutes ses émotions en des pages inusables, qu'il porte toujours sur lui et que chacun peut comprendre, car elles ont été burinées éloquemment dans les loisirs des casernes, des campements ou des prisons.
Car Sidi le Tatoué, autrement. dit François Fernet, a été longtemps soldat. Soldat terrible, batailleur acharné, plus glorieux de ses biceps de lutteur (de dix-huit à vingt ans, il mena la vie de forain) que soucieux de la discipline militaire. En 1878, clairon au 8e de ligne, à peine était-il arrivé en détachement à Boulogne sur Mer qu'il dut partir pour Orléansville, où il fut incorporé dans les compagnies de discipline. Il y avait alors chez les Arabes des velléités de révolte. Bou-Amema soulevait les tribus. Il fallut mener contre elles une dure campagne. Entre Ouargla et El Goléah, frappé d'une balle au genou, Fernet quitta la colonne. Il fut ramené d'étape en étape jusqu'au dépôt de son régiment et proposé pour la réforme.
Soigné à l'hôpital, il veut se sauver, lutte contre des gendarmes, est ramené, cherche de nouveau querelle à tout le monde, se bat sans cesse et est enfin conduit devant un Conseil de guerre qui le condamne à dix ans de travaux publics. Il en subit six, puis, gracié à la suite de trois sauvetages, il est renvoyé à Aumale à la 4e compagnie de discipline. Sa conduite étant maintenant régulière, on le versa au 1er régiment de zouaves.
En avril il est réformé, après un séjour de dix ans en Afrique. Que faire ? La nostalgie le prend. Il revient en Lorraine, son pays natal. Mais aucun des siens ne s'y trouve plus. Les parents qu'il y avait laissés sont morts. Il retourne en Algérie et suit les fêtes dans les baraques des lutteurs. Les fièvres le saisissent alors.
Il est obligé de gagner Marseille. Le voilà débardeur au port de la Joliette, puis tailleur de pierre à Mîmes, Arles, Aigues-mortes. Paris enfin l'appelle. Chez le crémier-logeur de la rue Galande, dans la salle, inoccupée le jour, où trois cents loqueteux trouvent un asile chaque soir, il taille la barbe et les cheveux. Il devient le surveillant de la maison ; son office est d'expulser les truands qui troublent le bon ordre.
— D'un coup, je les sortais, nous raconte le Tatoué ; ça ne faisait qu'un pli et pas de gosse !
Mais, une nuit, l'un des expulsés se vengea. Avec d'autres, il attendit le lutteur et lui servit un coup de couteau dont sa cuisse a conservé les marques. Oh ! les douloureux et longs mois d'hôpital qui suivirent !
Avec la convalescence, un meilleur sort ne tarda pas à s'affirmer. La rue Galande devient une des horreurs de Paris que des cicerones obligeants montrent aux étrangers. Des députés, des sénateurs vont sonder les profondeurs des plaies sociales.
Le Tatoué a vite compris l'avantage qu'il peut retirer de cette affluence. Il exhibe son épiderme pointillé de rébus, constellé de dessins bleuâtres. En même temps, dans un boniment très imagé, il confesse ses souvenirs d'Afrique, explique tes portraits de généraux, parle de guerre et de campagnes. D'une voix plus douce, il chante les heures alanguies durant lesquelles de belles filles de là-bas se coiffèrent de sa chéchia de zouave. Il assure aussi qu'il a deviné l'alliance russe, ayant, il y a six ans déjà, fait graver sur son épaule les traits de l'empereur Alexandre.
De ces dessins, beaucoup sont inénarrables. Au biribi, on ne se soucie guère de la morale. Cependant, l'artiste naïf a multiplié les feuilles de vigne, voulant indiquer que des yeux purs n’ont pas à s'égarer sur certains détails.
Contentons-nous de relever les noms des héros qu'il a entendu célébrer. Ce sont d'abord les trois mousquetaires du roman, Athos. Portos et Aramis, puis Jean Bart, Christophe Colomb. Parmi les généraux, la figure de Faidherbe. Celle-ci, Fernet la fit dessiner sur son biceps, dur comme un caillou, en commémoration de Bapaume, où un de ses oncles fut blessé.
Bidel et son lion Brutus, Bonbonnel tuant une panthère, des escrimeurs, des lutteurs se faisant des « colliers de force », Tom Canon, un Anglais, mort il y a trois ans, à la foire du Trône, sont des souvenirs personnels que le Tatoué rappelle avec emphase.
Sur sa jambe gauche, charcutée par les balles et les coups de couteau, il a représenté un écriteau portant ces mots enroulés autour de la cicatrice « c'est la jambe du malheur 1889 ».
Malgré ses longs séjours dans les Hôtels-Dieu, le Tatoué ne semble pas avoir perdu ses forces. Il jongle avec les poids les plus lourds et reçoit sans broncher sur le bras tendu une masse de vingt kilos lancée avec violence.
— Des tours dignes des Romains, nous crie-t-il en se renversant dans une pose d'athlète.
Sa voix de ténor est encore d'un assez beau timbre lorsqu'elle chante le « Sois bénie, ô Rachel, » de la Juive, ou le « J'ai délaissé l'amour, l'amitié, l'espérance » de l'invocation de Faust, des airs qui détonnent dans ce milieu délabré.
Mais, où le Tatoué est sans pareil, c'est lorsqu'il imite le rugissement du lion, ou que, de ses lèvres appliquées sur la toile cirée d'une table. il multiplie les ra et les fla, simulant l'entrain d'une escouade de tambours.
Il se dit très fier de la visite dont l’ont honoré les grands-ducs de Russie, au Château-Rouge. Ils lui ont laissé une gratification de 65 francs.
— Faudrait que ça se renouvelle plus souvent, ces parties-là. On en gagnerait, du pognon, à la Maub'. Si vous le voyez, faites mes compliments à M. de Mohrenheim. Maintenant, je me suis marié. Je suis dans mes bois, dans mes propriétés, comme on dit. C'est bien mieux qu'à l'hôtel. On se range. Plus de bagarre. Tout de même, j'ai écopé, sans le vouloir, en juillet. Mais à l'hôpital, ça été gentil. Nous avons reçu la visite de Séverine…
Et secouant sa fine tête presque efféminée, à petite moustache et barbiche pointue, aux traits émaciés sous la longue chevelure, il nous demande
— Est-ce que vous ne me trouvez pas une ressemblance avec Charles 1er, roi d'Angleterre, qui eut la tête tranchée ?"

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

Roland de L. a écrit:

(message 469)

* J'enrage de ne pas avoir trouvé le moyen de copier-coller les articles des journaux de Retronews. J'ai envoyé un mail à la BNF... on verra bien !

Ils sont bien, chez Retronews-BNF ! Un peu chers, mais bien... !
J'ai envoyé mon mail hier dimanche à 10h46.
J'ai reçu une réponse à 17h25 (oui, un dimanche !), m'annonçant le traitement de ma requête "dans la semaine".
J'ai reçu un mail ce lundi à 12h19, avec toutes les réponses à mes deux questions, avec une invitation très polie à consulter les tutoriels du site Retronews, ce que je n'avais évidemment pas fait (question de génération sans doute).

Je vais donc passer un moment, si je suis autorisé à les modifier  à transformer mes messages  issus de cette recherche chez Retronews.

473 Dernière modification par Roland de L. (29-06-2021 02:02:56)

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

Roland de L. a écrit:

(message 469)
(...)

Je vais donc passer un moment, si je suis autorisé à les modifier  à transformer mes messages  issus de cette recherche chez Retronews.

L'exercice se révèle assez périlleux : je peux certes copier-coller, mais les documents sont imparfaits, et il y a beaucoup de retouches à faire.
Mais, en quelques heures, j'ai modifié les messages 460 à 471. Pas si mal finalement !

Demain est un autre jour : je vais pouvoir faire une recherche par dates de publication croissantes...

474 Dernière modification par Roland de L. (29-06-2021 13:20:04)

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

Bonjour,

Le 27/08/2016, dans son message 169, éponymie nous invitait à la lecture de l'ouvrage de G. Macé, Un joli monde.
Ci-dessous une "critique", très peu critique au demeurant de cet ouvrage...

1887, 9 mars : Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire

" Les vols dans les grands magasins de Paris.

Sous ce titre : Un joli monde, M. G. Macé, ancien chef de la sûreté, publie un nouveau volume continuant la série de ses intéressants travaux sur la police parisienne.
On a prétendu que la publication de pareils ouvrages ne pouvait avoir pour résultat que d’instruire les malfaiteurs et de leur indiquer les moyens d’opérer plus sûrement. M. G. Macé, dans une très courte préface, riposte à cette objection. Ce n’est pas son livre qui pourra les aider dans l’exercice de leur honteux métier. Les voleurs n’ont-ils point, pour se perfectionner, les cours d’assises, où la nécessité d’éclairer le jury oblige souvent présidents, avocats, experts à développer avec art les moyens employés par les criminels ?
L’ancien chef de la sûreté estime, au contraire, que son expérience professionnelle devra servir « aux honnêtes gens, aux pères de famille qui veilleront davantage sur leurs enfants et sur les milieux fréquentés par la jeunesse ».
Pour donner plus d'intérêt â son étude, M. Macé imagine que le secrétaire particulier et neveu du préfet de police se rend chez lui — il était alors chef de la sûreté — et lui témoigne le désir qu’a son oncle de visiter et d’étudier par lui-même le Paris vicieux. M. Macé se met à la disposition de son chef hiérarchique, en prenant rendez-vous pour le soir même, neuf heures.
A l’heure dite, chacun est exact au rendez-vous, et M. Macé commence par faire visiter aux deux personnages dont il va être le guide, les cabarets restaurants de la Moc-aux-Beaux et de Bibine, qui fournissaient à borgnes et les caboulots : le Château-Rouge, le Père-Lunette, les l’auteur d’Un joli monde des sujets de descriptions excessivement pittoresques. Il les conduira ensuite dans les lieux les plus mal famés, dans des cloaques infects, dans les « hôtels à la nuit » et dans les bouges les plus immondes, où ils pourront se rendre compte du vice qui y règne, de la débauche qui s’y pratique.
En revanche, M. Macé, après avoir promené, la nuit durant, le préfet et son neveu dans les quartiers les plus mal fréquentés de Paris, les conduit, dès l’aube, aux Halles, où là, au lieu de malfaiteurs, c’est un peuple de travailleurs honnêtes qui fourmillent et se livrent à leurs occupations journalières.
Mais il serait trop long — et ce n'est d’ailleurs pas notre rôle — d’analyser ici tout le volume de l’ancien chef de la sûreté. Disons seulement qu’il nous révèle les mœurs de la lie de la société, qu’il passe en revue les différents genres de vols qui se commettent journellement à Paris et qu’il nous dévoile les trucs usités dans la gent des malfaiteurs. C’est ainsi qu’il nous initie à la manière d’opérer des voleurs à l'américaine, à la tire, au rendez-moi, des chloroformistes, des pickpockets et des affiliés de la bande noire. Les vols dans les magasins de nouveautés font l’objet d’un chapitre spécial, dont nous extrayons les passages suivants.
(…)
M. Macé termine son ouvrage sur une impression consolante après la lecture d’un Joli monde. Paris, « que l’on a appelée dédaigneusement la Babylone moderne, possède, malgré ses défauts, de grandes qualités ; c’est encore, écrit-il, la ville européenne la moins pervertie, et si un vent de corruption souffle sur elle, il ne peut être que passager. »"

475 Dernière modification par Roland de L. (30-06-2021 09:24:30)

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

Il me faudrait tout relire pour en être sûr, mais il me semble bien que j'ai trouvé le premier article dans lequel est décrit l'encanaillement du Tout-Paris dans les bouges, dont le Château-Rouge, qui faisait venir des "figurants"...

1887, 13 mars : la République Française

" Paris ne manquait pas de « dîners ». Nous avions la Macédoine, l’Hippopotame, les Têtes de pipe et vingt autres. Voici le Dîner des escarpes !
Ce dîner est, à proprement parler, un déjeuner auquel des journalistes invitent de charmantes actrices à prendre part en compagnie d’assassins et de malandrins avérés. La première de ces petites fêtes s'est donnée hier, à une heure de l'après-midi, au Château-Rouge, ce pittoresque établissement de la rue Galande où tous les gredins  se donnent rendez-vous le soir. Ç’a été fort gai. Etaient présents nos confrères Et. Galii, Emile André, Campana, Brésil, Livet, A. Leven, A. Germain, G. Blavet...; Mmes Ellen Andrée, Alice Fischer, André, Riva, Xorah... Du côté des « assassins », la « fine fleur » de la correctionnelle et des d'assises, vauriens et drôlesses à qui le patron du Château-Rouge avait fait tenir une invitation.
Chaque « camp » a déjeuné à part, dans des salles que séparait une simple cloison : les escarpes ont englouti 120 litres et une quantité respectable de fromage de gruyère, tandis que les journalistes faisaient un bon déjeuner bourgeois. Au dessert, on a « fraternisé » tout à fait, et tour à tour actrices et malandrins ont « dit la leur ». Vers les quatre heures, l’affaire s’est quelque peu gâtée : on a dû faire sortir violemment deux ou trois escarpes qui avaient une tenue trop... naturelle. Mlle Fischer s’est trouvée mal... On parlera longtemps, au Château-Rouge, de cette bonne pièce où les figurants ont été si largement « arrosés »; — c’est le mot du quartier."

PS Parmi les titres que Retronews me permet de consulter, l'information sur ce dîner a été reprise, entre les 13 et 17 mars, par Le Constitutionnel, La Gazette de France, Le XIXème Siècle, L'Indépendant rémois et Le Courrier du soir, avec des récits très comparables.
Voir aussi mon message 441 du 19 juin, qui raconte, et en quels termes, ce dîner, paru dans Gil Blas.
Est-ce ainsi qu'on lançait une mode ?

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

Autre trouvaille, un extrait sur la première phase des démolitions du quartier Maubert, et qui vient, selon l'humeur du lecteur, confirmer ou contredire mes conclusions du message précédent...

1887, 28 septembre : La République Française

"(...)

La rue du Fouarre, toute voisine, contenait les collèges de Picardie et de Normandie, dont les locaux sont, en partie, utilisés par des lavoirs. — La vue des Trois Portes ne possède que des maisons d’habitation sans grand caractère ; ces deux rues sont donc peu intéressantes et leur disparition importe peu. Il en est tout autrement de la rue Galande, dont les numéros pairs seront sacrifiés. Un trouve là, entre vingt bouges, le fameux Château-Rouge que tant de romans de Montépin ont illustré. Le débit de vin, une grande salle claire, au fond d’une cour, n’a pas autant d’originalité que le Père Lunette. La police y a établi une de ses souricières bien connues. Elle sait, d’heure en heure, ce qui s’y passe, car les voleurs et assassins trahissent volontiers leurs secrets. L’accès du Château-Rouge est, d’ailleurs, facile avant onze heures du soir, et il n’est pas rare de rencontrer là deux ou trois couples de Parisiens curieux ou de gens de lettres protégés par un agent de la préfecture ou déterminés à repousser par eux-mêmes toute attaque. Des journalistes y déjeunèrent, l’an passé, en compagnie d’actrices *, — et, dans l’autre salle, d’escarpes et de filles que le patron du Château-Rouge avait invités « au nom de la presse » ! Tout se passa fort bien, sauf vers la fin du festin où les têtes s’étaient échauffées et où les Alphonses réglaient leurs comptes de ménage à coups de litre. Que fût-il arrivé si le déjeuner avait réuni de vrais bandits — et non (ce qu’on supposa toujours) des escarpes par complaisance, venus en représentation ?
Il faut signaler encore, dans la rue Galande, le cabaret des Pieds humides, où la moitié des clients reste dans la rue, pataugeant dans l’eau du ruisseau. C’est aussi une des meilleures « souricières » de la police et c’est de là que partirent, par une nuit d’octobre, ces quatre drôles qui firent le pari de jeter une fille à l’eau pour une tasse de café, de petit-noir. Le pari fut exécuté et gagné. La cour d’assises en jugera prochainement.
Certes, dans la disparition du quartier Maubert, toutes ces horreurs et ces immondices sociales ne sont pas sujets de regrets : l’émigration des voleurs se fera là-haut, vers Belleville et la Villette où on les retrouvera aussi facilement. Mais on peut déplorer l’écroulement imminent de quelques maisons d’un type très pur, datant du règne de Charles IX et qui bordent une partie de la rue Galande. On ne les reverra, maintenant, que dans les précieuses collections de vues des quartiers démolis, que M. Cousin amasse au musée Carnavalet. Il ne reste plus désormais beaucoup à détruire dans le vieux Paris." P. B.

* Dans l'article précédent, il était question, dans plusieurs journaux, d'un tel déjeuner en mars 1887... je ne comprends pas bien ce "l'an passé" !
À part ce point d'interrogation, je remarque dans cet extrait qu'il y avait "vingt bouges" rue Galande !

477 Dernière modification par Roland de L. (30-06-2021 09:47:50)

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

Bonjour,

Je commence la journée par un petit plaisir.
Certes, le texte reproduit ci-dessous ne fait qu'évoquer le Château-Rouge au détour d'une phrase, mais il est tellement beau !
Lire, pour comprendre ma joie, l'encadré de mon message 441 (page 9).

1888, 27 février : La République Française

" NOTES PARISIENNES
23 février.
LES TRISTESSES D’ADOPHE

Il parait que le père Lunette est mort : nous sommes tous mortels, — ou presque tous, comme le disait un Courtisan à Louis XIV. Je reçois à ce sujet d’un des nombreux clients de son établissement (Je parle du père Lunette et non de Louis XIV) une lettre qui, pour être familière, n’en est pas moins, à ce qu’il m'a semblé, intéressante.

« Mon vieux Mirliton, »
Ça y est : le dab a dévissé son billard ; il s’est tiré ad patres, comme tu dis : c’est sa papesse qui va tenir le zinc à sa place. Tu jaspineras à tes petits besoins, n’ empêche que c’est rasoir tout de même.
Le père Lunette, pour mézigo, c’était plus qu'un aminche, c’était un frangin et un sucré ; les copains le savent bien et demain quand on va le porter au trou, les ripatons en avant, pour y manger le pissenlit par les racines, on y sera tous en bloc ; les zigs peuvent crever, il n’y en aura pas un qui aura un si beau cortège.
Tu y as amené tes croquenauds, chez le père Lunette, à la rue des Anglais ? Tu le recordes en ta sorbonne, pas vrai ? Tu connobres le caboulot avec son comptoir et sa turne allongée, qu’on aurait dit qu’on fichait ses arpions dans des boyaux de vaches maigres ? Et, sur les murs les cadres en couleur qu'on aurait dit des lichées d’épinards à purger les mulets ?
T’as dû noter tout ça dans ta caboche quand tu es venu.
Mézig, je t'en ai poussé une que tu en piaulais dans ta peau de ante argoté ; tu avais beau faire ton faraud, tu étais épaté, il n’y a pas.
Après moi, tu as vu une ancienne, qui avait une trompette à caler les roues de corbillard, elle t'a demandé le restant de ton verre ; tu lui as boulé ; elle l’a mis avec d’autres restants et elle a bu ; je parie un canon que tu en rêves encore.
Et tu sais, dans le fond, où il y avait les vrais, les purs, les pègres, où l’on sifflait le parfait amour avec des andalouses, et d’où qu'on s’en allait allumés sans casquer, le père Lunette s’amenait avec des airs gironds et il nous lâchait l’œil, mais il fallait lui promettre qu'il aurait sa part de la prochaine affaire.
Il était chouette aussi avec la rousse ; il lui jaspinait seulement ce qu’il voulait, et jamais il ne nous faisait accrocher ; un zig, quoi !
D’abord, des fois, quand je m’amenais avec Sophie, que depuis le matin nous regardions défiler les dragons, vu qu’on avait pas un rotin pour se payer du bricheton, qu’est-ce qu’il faisait le vieux ? Il disait : « Le couteau ne coupe plus, les gars ? Eh bien, tenez, calez-vous les joues ! Faut briffer pour turbiner... »
Et il nous adressait par son larbin, le gros, tu sais, celui qui a un entablement qu’on dirait Marseille, du pive, du bricheton, de la bidoche et des fayots à s’en licher la margoulette. Oh ! mince, ce qu’il était rupin, le vieux !  Après ça, on payait quand on pouvait.
Ca, c'est vrai aussi qu’il y avait un tas de daims des étudiants, des artistes, des gournaillous, qui apportaient leurs squelettes icigo et leurs jaunets ; c’étaient ceux-là qui casquaient pour tous et, quand la galette avait donné, le dab nous appelait :
— Hola ! hé ! les zigs ! C’est ma tournée ! A qui du fil en quatre ? Je régale et, pour le reste, vous ne me devez rien ; c’est le pante qu’a f .. sa braise! .
Mince qu’on rigolait ce jour-là ! Et on pitanchait ferme à s’en dilater le tournant.
Les sales pantes ergotes, ils ne reluquaient pas avec leurs coquillarts marécageux qu’on se payait leur tronche ! Ah ! oui ! des plumes ! . .
C’est les mômesses qui rigolaient ! Il y en avait parmi vous autres, les farauds, qui voulaient leurs y conter des galipettes ; elles le faisaient aux oignons et vous en étiez pour vos speechs ! Après çà, il fallait vous pousser de l’air, et, pour qu’elles vous accompagnent, des navets ! Ramasse ton blair, ce n’était pas pour vos fioles !
Des fois, on commençait des affaires, des vraies, histoire d’amasser une dot à sa sœur, mais rarement, il y avait trop de mouches dans le sanctuaire.
Et le voilà tiré des flutes dans le royaume de saint Pierre ; il a cassé son câble, le pauvre vieux ; alors qu’est-ce qu’on va faire, nous autres, mézigo et les aminches ? On ne sait pas ce que vaudra la dabesse !
Adieu l’œil bien sûr, adieu la petite tournée des sorgues du trêpe ! Bien sûr qu’on va nous adresser au voisin et que nous allons être forcés d’aller pinter au Château-Rouge.
En attendant la cambuse est bouclée et la lourde ne se relèvera que dans quelques jours ; il n’y a pas à dire qu’on va écorner la boucard, c’est comme des pommes.
Alors, mon vieux Mirliton, si tu veux venir aux obsèques du père Lunette, c’est pour demain ; après ça un coup de picton et du lartille à plafond pour se requiller, et une visite à la Guillotine, avec ménesse, ma Sophie, histoire de siffler un gobelet de Pivois savonné offert par nos Louis XV.
Ça te va-t-il ? vieille branche ? Oui ; viens vite, et n’essaie pas de renarder ; si tu rates le rendève, j’irai te piger avec ma voiture à talons, et ce ne sera pas un verjus que tu auras à risquer, mais il faudra sortir ta turne pour nous pousser le battant, sans ça gare au gras.
Je te la pince. »
Adophe. dit Blaireau dit Bachotteur.
P. c. c.
« Mirliton. »

P.-S. — Petit lexique à l’usage de ceux qui ignorent l’argot, dans l’ordre où les mots d’argot sont présentés ci-dessus :
— Dab : patron. — Jaspiner : parler. — Ripatons : pieds. — Croquenauds : souliers. — Sorbonne : tête — Connobre : connaître — Arpions : pieds. — Mésigo : moi. — Piauler : pleurer. — Pante     argoté : imbécile. — Pègre : voleur. — Andalouses : filles. — Casquer : payer. — Girond : aimable. — L’œil : le crédit. — Regarder défiler les dragons : ne pas manger. — Bricheton : pain. — Le couteau ne coupe plus : il n’y a pas de meule, pas de pain. — Entablement : largeur d'épaules. — Pive : vin. — Bidoche : viande. — Icigo : ici. — Pitancher : boire. — Le tournant : la bouche, le gosier. — Coquillards marécageux : yeux langoureux, surpris. — Blair : nez. — Fioles : figures. — Mouche : mouchard. — Sorgue : soir. — Trèpe : les gens du monde. — Lourde : porte. — Ecorner la boucard : forcer la boutique. — Lartille à plafond : pâté. — Pivois savonné : vin blanc.— Nos Louis XV : nos femmes. — Renauder : refuser. — Rendève : rendez-vous> — Voiture à talons : les jambes. — Pousser le battant : remplir, donner à boire. — Gare au gras : gare les coups.
M.

[Mon propre PS Je refais mes offres de service pour la traduction des termes d'argot qui ne figureraient pas dans ce "petit lexique"... Avec plaisir !]

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

Autre trouvaille, l'extrait d'un article sur les "argotiers", qui trouvaient leur inspiration dans les "bas-fonds"...

1889, 8 juillet : La Cocarde

"LES  "ARGOTIERS"

Les écrivains qui sont descendus dans les bas-fonds de notre société ont rapporté de ces excursions des documents sur lesquels le public, toujours avide de nouveau, s’est jeté curieusement. C’est qu’en effet, le monde où "l’argot" est en vigueur est des plus intéressants. Mélange bizarre du mal et du bien, il frappe l’imagination, et laisse dans l’esprit un souvenir indélébile.
De ces voyages à travers ce monde où l’on découvre sans cesse de nouvelles pistes, où l’on patauge dans les mauvais marais du vice, où l’on butte à chaque pas sur la misère, on revient brisé, navré des spectacles lamentables qu’on a eus sous les yeux et sans colère contre les affiliés du crime.
Qui de nous ne s'est pris d’amitié pour "le Chourineur" — dont le nom explique assez la profession — des Mystères de Paris ? Ce bandit devenant l’ange gardien de la vertu menacée a fait couler bien des larmes d’attendrissement dans les mansardes.
Les voyous que le maître Jean Richepin a mis en scène dans la Chanson des gueux, ont ils jamais excité votre bile? Non, n’est-ce pas? Ce "fils de fille, dont le père est inconnu, même de la mère, et qui vient vous dire :

En attendant, il faut vivre
Et payer quand on est ivre ;
Donc, je vole ; c'est charmant !
Et c’est bien mon droit, vraiment,
Car si je vole à la ronde,
C’est ce monsieur Tout le monde,
L’ancien mari de maman !

Vous le trouvez logique sans doute et vous lui donnez probablement raison.
Au Château-Rouge, rue Galande, que la pioche des démolisseurs va prochainement attaquer, dans cet ancien hôtel de Gabrielle d’Estrées, où le "bon roi Henri" se faisait conduire en carrosse, on montre aux visiteurs une pièce où les malheureux sans asile viennent se reposer quelques heures tous les jours.
Dans leur langage expressif, les habitués du bouge désignent ce lieu sous le nom significatif de "salle des Morts". Bien nommée, en effet, cette pièce ; dans un espace de vingt-cinq mètres carrés environ dorment, entassés, pêle-mêle, sur les tables et sur le parquet,  cinquante ou soixante loqueteux, tant qu’il en peut tenir, et l’on se demande si vraiment ceux qui sont là respirent ou si l’on passe après un massacre.
A la lueur de l’unique bec de gaz, éclairant ce salon de réception de la Misère, cet entassement prend des formes fantastiques, et vous donne la sensation pénible d’une composition de G. Doré, retouchée par Callot.
Allez jusque-là un soir et dites-moi si le plus sceptique d’entre vous n’a pas été remué jusqu’au fond de son être et s’il n’a pas frémi tout à la fois d’horreur et de pitié.
A deux heures du matin, quand la boutique fermera, vous les verrez s’étirer longuement et s’en aller par les rues, allant nulle part et conséquemment partout à la recherche d’un coin hospitalier, d’où les agents les chasseront, pour le moins, s’ils ne les arrêtent pas.
Tous ces misérables, le Vice et le Crime les guettent, on le sent, on devine de sombres drames et c’est pourquoi l’on revient toujours avec plus d’indulgence que de reproche, on comprend que ce sont là d’excellentes pépinières de "souteneurs et d’escarpes",et l’on est presque tenté d’excuser ceux qui succombent.
Les "argotiers" de notre temps ont délaissé les princes de la "pègre" et les chevaliers du "surin" pour s’occuper plus spécialement du "souteneur". Il est vrai que celui-ci "travaille" généralement dans tous les genres et qu’il cumule comme un simple parlementaire.
Aujourd’hui, c’est une puissance, il a ses peintres et ses poètes, il a l’honneur du livre et même du théâtre ; on nous entretient de ses faits et gestes, et la psychologie fait chez lui d’étranges découvertes. Au milieu de ce cynisme qui lui fait supprimer sans pitié "les pantres", on s’aperçoit qu’il est d’un sentimentalisme exagéré… "(…)

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

Autre trouvaille : lorsque le Château-Rouge, comme son confrère le Père-Lunette, servaient de "lieu de travail" à certains de leurs habitués...

1890, 17 janvier : Le Soir

" Je vous conseillais il y a quelques jours de visiter la manufacture de tabacs ; vous savez aujourd’hui comment se triture, s’arrose et se sèche, officiellement, la feuille dont l’humanité ne peut plus se passer. Demain vous verrez comment se prépare et se vend à Paris un tabac que vous fumez sans vous en douter, et dont se contente la population des chiffonniers et des sous-camelots, qui, eux, en connaissent très bien la provenance.
Place Maubert, autour de la statue d’Etienne Dolet, se tiennent debout des individus d’aspect assez misérable, une besace sur le dos. Ce sont les vendeurs de tabac confectionné par eux, à l’aide de bouts de cigares ou de cigarettes ramassés par eux sur les boulevards. Quand il fait beau, c’est entre le pont Notre-Dame et le pont Marie, sur la berge de la Seine, que les ramasseurs étendent leur provision pour la faire sécher ; s’il pleut, c’est chez le père Lunette, rue des Anglais, ou au Château-Rouge, rue Galande. Ils mélangent, coupent et roulent le vieux tabac déjà fumé. Réprimez ce haut-le-cœur. Plus d’un garçon de café vendant à sa clientèle des cigarettes toutes faites, qu’on trouve bien supérieures à celles de la régie, s’approvisionne auprès des ramasseurs de "mégots".
Trilby.

480

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

Un document auquel je n'ai pas accès serait peut-être intéressant.
La gazette de la place Maubert chez Michel Mettayer imprimeur du Roi demeurant en l'île Notre Damme.

Nomina si nescis, perit cognitio rerum. Edward Coke

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

glop a écrit:

Un document auquel je n'ai pas accès serait peut-être intéressant.
La gazette de la place Maubert chez Michel Mettayer imprimeur du Roi demeurant en l'île Notre Damme.

Grand merci pour vous être intéressé à la Maub' ! J'ai au moins un lecteur !

Cette gazette est tout à fait disponible chez Google Livres :
https://www.google.fr/books/edition/La_ … frontcover

Depuis les premiers messages de ce fil, il plane un doute sur la date d'ouverture du cabaret "Château-Rouge". Mais de là à l'envisager en 1649...

482 Dernière modification par Roland de L. (01-07-2021 14:16:41)

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

éponymie a écrit:

(message 203 page 5, à propos de l'ouvrage de Du Camp : Paris, ses organes...)

La Guillotine apparait deux fois dans ce volume III, aux pages 45 et 46 (chapitre sur les malfaiteurs) et à la page 303 sur la prostitution...

Je commence à explorer, pour changer un peu de ma "revue de presse" (en fait j'ai l'intention d'alterner), certains messages d'éponymie qui comportent des liens hostingpics brisés.

Voici les pp 45-46 de ce volume III :
https://www.google.fr/books/edition/Par … frontcover

Et voici les deux lignes dans le chapitre sur la prostitution :
https://www.google.fr/books/edition/Par … frontcover

483 Dernière modification par Roland de L. (01-07-2021 12:53:33)

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

éponymie a écrit:

(message 109 du 5/03/2016)

Et un autre nom encore, après la Guillotine et le Château de la Guillotine, voici le Théâtre Rouge. C'est en septembre 1883 dans deux articles, un de la Lanterne du 12 septembre, l'autre du Radical du lendemain. Nouvelles recherches en perspective.
[Liens hostingpics brisés...]

Toutefois dans le Figaro du 11 :
[Lien hostingpics brisé...]

Décidément, il semble que c'est bien l'affaire Ballerich de 1884 qui contribuera à faire connaitre de tous le nom du Château Rouge.

J'ai trouvé les articles de presse sur cette découverte d'un cadavre dans la cour de notre cabaret :

- Le Figaro du 11/09/1883
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k … k=42918;4#, bas de la colonne 1

- La Lanterne du 12/09
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k … k=107296;4, colonne 3

- Le Radical du 13/09
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k … k=107296;4, colonne 4

Effectivement, la Lanterne et Le Radical évoquaient le "Théâtre Rouge"...

484 Dernière modification par Roland de L. (01-07-2021 14:14:49)

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

éponymie a écrit:

(message 107 du 05/03/2016)

Un triste épisode en aout 1872 :
[Deux liens brisés...]

Le propriétaire de l'époque s'appelait Antoine Trichard, il fera faillite moins d'un an plus tard, en mai 1873 (ici le Rappel publie la cessation de paiement, la faillite l'est par le Journal des  débats politiques et littéraires) :
[Lien brisé...]

Quand au fameux monsieur Cadoux, il n'aura pas été propriétaire longtemps et vendra sa moitié de l'établissement entre le 7 et le 10 décembre 1878 à un monsieur Debrabant :

[Lien brisé...]

Le père  Trollier entrera donc en scène quelque part entre 1873 et 1883.

J'ai retrouvé traces de ces différents épisodes.

1. Décès sans indication du nom de l'établissement
Ici, cher éponymie, ce fut un véritable jeu de piste, car ce décès n'a pas eu lieu en 1872, mais en 1873...

Lien vers la brève du XIXème siècle du 15/08/1873 :
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k … k=171674;4, Faits Divers, tout en bas de la colonne 2

2. Faillite de Trichard
Lien vers le Journal des débats politiques et littéraires du 21/05/1873 (et non du 17/08 comme indiqué dans le message-bibliographie 276...) :
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k458641t/f4.item, colonne 4, Déclarations de faillites

3. Vente Cadoux - Debrabant
Lien vers les Archives commerciales de la France du 12/12/1878
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k … k=107296;4

485 Dernière modification par Roland de L. (01-07-2021 18:25:08)

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

éponymie a écrit:

(message 112 du 07/03/2016, page 3)

Hé bien non. Monsieur Debrabant (j'ai failli croire que père Trollier était un surnom) n'aura été propriétaire que 5 ans au maximum, il aura connu son lot de déboires comme ici en 1880 :
[Lien hostingpics brisé...]

Espérons pour lui qu'ìl est mort dans son lit : le 1er décembre 1883, c'est sa veuve qui vend le troquet et c'est le père Trolliet qui devient - enfin - propriétaire. C'est donc lui qui connaitra les grands-ducs :
(Lien hostingpics brisé...]

Les propriétaires successifs depuis au moins le début des années 70 sont donc Trichard, Cadoux, Debrabant et Trolliet.

Deux sujets donc dans ce message 112 d'éponymie.

1. Les déboires de Debrabant
Texte de l'article du Petit Parisien en date du 14 juin 1880 :

" Dans la soirée d'avant-hier, M. D... qui tient un fonds de marchand de vin, rue Galande, vit entrer dans son établissement trois individus mal vêtus qui lui demandèrent un litre de vin.
Pendant que M. D... servait, les trois hommes, sortant des couteaux qu'ils avaient tenus cachés, se jetèrent sur lui, cherchant à le frapper et à le renverser.
Heureusement le marchand de vin est un fort et solide gaillard : il parvint à tenir tête aux assaillants et appela à son aide le garçon, qui était dans la cave.
Celui-ci accourut au secours de son patron et, à eux deux, ils parvinrent à se débarrasser des trois malfaiteurs.
Mais au moment où ces hommes prenaient la fuite, M. D..., ayant essayé de s'emparer de l'un d'eux, reçut un violent coup à la tête et tomba à la renverse.
Pendant qu'on lui donnait des soins, les voleurs se sont esquivés sans laisser le moindre indice qui puisse mettre sur leurs traces. La blessure de M. D..., moins grave qu'on ne l'avait craint, permet d'espérer que la victime de cette audacieuse tentative d'assassinat sera bientôt rétablie."

Et bravo à éponymie pour son enthousiasme ! Il en fallait pour reconnaitre dans ce M. D... "notre" Debrabant, alors même que dans un récent message j'ai aperçu qu'il y avait une vingtaine de bouges rue Galande...

2. La vente Debrabant - Trolliet
J'ai trouvé la mention de cette cession dans les Archives Commerciales de la France, non pas à la date du 01/12/1883, mais à celle du 24/02/1884 :
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k … k=236052;4, rubrique Affiches parisiennes.

Ceci me fait me souvenir (plus d'un an déjà !), d'un courtois débat avec éponymie : dans son message 356 du 24/06/2020, il corrigeait, à juste titre, mon message 325 du 21/06/2020.
Ma source était pourtant réelle... d'où une question : n'y avait-il pas, au 57 de la rue Galande, deux fonds de commerce, un de marchand de vin, un autre de crèmerie ?

Je ne doute pas un instant que cette importante interrogation passionnera les foules.

486 Dernière modification par Roland de L. (01-07-2021 18:55:19)

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

éponymie a écrit:

(message 113 du 07/03/2016, page 3

J'ai la réponse, il s'agit apparemment d'un état ultérieur du cabaret avec des peintures dans une autre salle que celle de la guillotine, la grande salle, qui n'ont probablement pas été jugée dignes d'un souvenir photographique avant destruction (raisons politiques ?). Voici ce qu'en dit le Monde Illustré du 6 mai 1899 :
[Lien hostingpics brisé...

J'ai retrouvé cet article du Monde Illustré :

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k … rk=64378;0, bas de la dernière colonne.

487 Dernière modification par Roland de L. (01-07-2021 19:40:13)

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

mercattore a écrit:

(message 142 du 24/08/2016, page 3)

On brade les cartes postales des peintures du Château-Rouge.
Mais je crois qu'il est trop tard. Dommage.

Journal Le Matin. 02/09/1901.

[Lien hostingpics brisé...]

J'adresse un clin d'œil à mercattore, initiateur inspiré de ce fil, car il a eu du mérite de trouver cette petite annonce :

- Dans son contexte :
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k … rk=21459;2, page 6, colonne 6, lettre C dans l'ordre alphabétique

- Son texte pour ceux qui, comme moi ce soir, auraient les yeux fatigués :
" CARTES postales, reproductions authentiques des peintures murales du Château-Rouge (déposé). 40,000 à solder, 8 fr. le mille. Envoi spécimens. Charbonnier, 157, boulevard du Montparnasse."

488 Dernière modification par Roland de L. (02-07-2021 00:27:39)

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

éponymie a écrit:

(message 143 du 24/08/2016, page 3, réponse au message 142 de mercattore sur la petite annonce citée ci-dessus)

Jolie trouvaille et pièce unique, on ne la trouve qu'une seule et unique fois cette annonce. Pas moyen de savoir qui était ce Charbonnier.

Et que dites-vous de ceci dans la Presse du 24 avril 1899 :

[lien hostingpics brisé...]

J'ai trouvé cet article de La Presse :

" Paris qui s'en va
UN BOUGE CÉLÈBRE

L'on va démolir prochainement le "Château-Rouge", le célèbre bouge de la rue Galande, repaire de bandits et de filles –et parfois aussi, hélas ! refuge de malheureux. La percée de la rue du Dante bouleversera tout ce coin d'autrefois, et certains, hantés d'un souci archéologique ou travaillés par une esthétique particulière, vont peut-être gémir sur l'évanouissement de ces vagues architectures et la fuite des types étranges et crapuleux qui les complétaient. Je voudrais les rassurer sur la perte que peut faire l'Art par la disparition de ces masures infectes, sans intérêt véritable au fond. Leur aspect peu séduisant et la physionomie minable des habitants, canaille plate et sans envergure, ont été, d'ailleurs, retracés de manière suffisante pour leur gloire par la main de Joris-Karl Huysmans, maître insurpassable, il me semble, en la matière. Et cette reconstitution graphique est de nature à satisfaire au-delà même de tout ce qu'on peut espérer de la réalité, car la propriété de. décevoir notre imagination est bien ce que renferment de plus curieux ces endroits, simplement dégoûtants, que le snobisme transforme parfois en lieux de pèlerinage !
Dès que j'ai appris que le tenancier du Château-Rouge était exproprié, j'ai voulu visiter le local, expurgé de sa vermine humaine. Il me séduisait, parce qu'une légende prétend que cette moderne caverne du crime fut jadis un nid d'amour, le plus merveilleux des nids d'amour : celui de GabrieIIe d'Estrées et de Henri IV. Je croyais qu'un détail d’alors, échappé à l'ambiance, respecté par le temps, évoquerait, brusquement à mon esprit le charme du passé et ferait disparaitre, pour un instant, l'horreur présente de cet amas innommable, naguère un palais !
C'est au milieu d'une cour bordée de constructions en ruines, occupées cependant, puisque la misère agite aux fenêtres les haillons humides qui lui servent de drapeaux, que s'élève le Château-Rouge, dont les hautes persiennes sont closes.
L'on y accède par un perron de quelques degrés. Mais, à peine la concierge de l'immeuble, en a-t-elle ouvertes portés, qu'il sort du trou noir que nous avons devant les yeux et le nez une telle pestilence d'enfer que l'ami qui m'accompagne est pris d'un haut-le-cœur violent qui l'empêche de pénétrer tout d'abord. Moins sensible, je suis déjà dans la pièce d'entrée, une salle immense au plafond élevé et décoré de corniches sculptées que j'aperçois confusément. L'air du dehors arrivant par les fenêtres qu'on ouvre ranime brusquement les exhalaisons d'une puanteur susceptible de donner le vertige. Il se dégage des murs, du parquet, des placards, une odeur inqualifiable qui provoque l'épouvante et auprès de laquelle, comparativement, une charogne doit sentir bon. Je suis persuadé que voilà le foyer infectieux d'où viennent les bouffées qui, malgré sa renommée, font déserter Paris l'été.
Je me précipite prudemment près d'une fenêtre et j'examine avec courage et attention la vaste salle où est encore marquée la place du comptoir récemment déménagé. Malgré mon désir d'y découvrir le souvenir endormi, prestige d'antan, mon œil ne remarque que d'infâmes peintures murales représentant des scènes bachiques qui n'ont même pas l'intérêt de la naïveté.
Redoublant d'énergie, dans une fièvre de recherche je consens, au bout de quelques minutes pendant lesquelles j'ai vainement essayé de m'accoutumer à l'atmosphère, à me laisser guider de nouveau à travers les appartements de cette ancienne demeure seigneuriale. Une salle plus petite, à droite de la première, a ses murs tapissés de fresques décoratives reproduisant les scènes de l'arrestation et des remords de Gamahut, pris dans cet assommoir, dont le patron était probablement un indicateur :  comme choses du passé, c'est maigre.
Le premier étage, qui servait de dortoir, —moyennant vingt  centimes par nuit l'on avait droit à une place sur le parquet en compagnie d'insectes variés et de camarades stylés—, à la honte de la capitale, ne m'a guère paru contenir plus d'attraits rétrospectifs que le rez-de-chaussée. Sauf le parquet de l'époque, une cheminée en bois surmontée d'un encadrement sculpté contenant un miroir, et les lambris ornés qui recouvrent les murs, il n'existe là rien que d'ordinaire avec de la crasse nauséabonde en supplément.
La distribution de cet étage et l'exiguïté relative des pièces m'ont seulement fait penser qu'en cet endroit se trouvaient les. appartements privés de Gabrielle d'Estrées. En partant de ce point, il m'a été facile de supposer que le Vert-Galant y venait retrouver la favorite, très souvent, sans nul doute, puisqu'il parait que c'était la femme la plus séduisante et la plus spirituelle du monde de ces temps. Or, chacun sait que l'amour rend l'âme meilleure, la prédispose à l'indulgence. et la fait accueillante à l'infortune d'autrui. J'ai donc songé que c'est peut-être dans un de ces boudoirs, à la suite d'un doux entretien, que ce roi, populaire entre tous, prit la détermination d'éteindre le paupérisme au moyen de la poule au pot hebdomadaire. Il désirait supprimer la misère, c'est-à-dire la souffrance et les crimes qui en résultent. Et l'ironie de la vie a voulu qu'il fût assassiné et que le nid d'amour où s'éveillaient ses rêves humanitaires devint, après des siècles.. le plus abject bouge de la Capitale, le centre de réunion des bandits les plus ignobles et les plus vils !
De cette visite à ce Temple du Crime, qui fut le Temple de l'Amour, je suis sorti navré, écœuré, empoisonné à demi ; ma bonne volonté n'a même pas rencontré une chose qui valût la peine qu'on tournât la tête. C'est infâme tout simplement. Le pittoresque de Paris ne perdra absolument rien à la disparition de la plupart de ces vieux et stupides quartiers aux ruelles tortueuses et puantes. Et je ne trouve rien de mieux pour l'assainissement moral de la grande ville que ces trouées qui' culbutent ces foyers infectieux, pour amener à leur place l'air et la santé !
Emile Lapaix

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

Bonjour (!),

Un exemple de plus des agressions qui avaient lieu au sortir du Château-Rouge...

1890, 20 février : L'Estafette

" Les dessous de Paris
Tout le monde n’est pas préfet de police et ne peut visiter les dessous de Paris, avec une escorte d’agents de la Sûreté, et le propre chef du service.
A défaut de M. Goron, d’un brigadier, ou d’un simple agent, M. F…, négociant à Lyon, s’était confié aux premiers venus, deux bons compagnons, Chassaing et Chaquet, qui certes connaissaient les conduits louches aussi bien que la police, puisque ce sont gens de cette espèce qu'elle est précisément chargée de surveiller.
Vers onze heures, on arriva rue Galande, au Château-Rouge. M. F..., ravi, paya copieusement à boire à ses deux guides si affables. Quelle chance, hein ! d'être tombé sur des Parisiens si aimables et si connaisseurs !
M. F... se confondait en remerciements, au sortir du cabaret, quand, soudain, ses deux guides lui sautèrent à la gorge.
Entre tant de choses qu'ils connaissent, les deux compères n’ignoraient pas le traditionnel coup du père François*. Laissé pour mort, M. F... en a été quitte pour la perte de son porte-monnaie.
De ses deux guides, un seul a comparu, hier, devant le jury. Chassaing est mort en prison; sans cela, il eût sans doute, comme Chaquet, été condamné à huit ans de travaux forcés."

*Description du coup du Père François par Virmaître  (Dictionnaire d'argot fin-de-siècle, 1894) :
https://archive.org/details/dictionnair … ew=theater

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

Roland de L. a écrit:

*Description du coup du Père François par Virmaître  (Dictionnaire d'argot fin-de-siècle, 1894) :
https://archive.org/details/dictionnair … ew=theater

Dans ce fil, il convient de choisir plutôt la description de Rossignol, de la Sûreté, qui a laissé son propre dictionnaire argot-français et français-argot :

https://archive.org/details/Dictionnair … ew=theater, bas de la page 83.

491 Dernière modification par Lévine (04-07-2021 14:32:42)

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

Et voici l'illustration :

https://zupimages.net/up/21/26/njf2.jpg

                                         André Péron, Sur les ponts de Nantes, éd. Ressac.

Ses yeux couleur du Rhin ses cheveux de soleil

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

Lévine a écrit:

Et voici l'illustration

Saisissant ! Merci beaucoup !

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

éponymie a écrit:

(message 149 du 25/08/2016)

Encore Rossignol ! Il avait été blessé assez grièvement par deux fois à ses débuts dans le cadre de son travail, c'est ce qui je suppose avait permis de le lancer. Je me demande ce que devait penser cet homme que ses diverses promotions portaient en fin de carrière à jouer les cicérones pour des journalistes en mal d'articles et de frissons et de riches oisifs. Flatté, agacé, comblé par sa position sociale, ennuyé ?
(...)
Comparez avec ce portrait du Voleur illustré du 18 novembre 1886 :

[Lien hostingpics brisé..]

J'ai retrouvé ce portrait de Rossignol dans le Voleur Illustré :

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k … rk=42918;4

494 Dernière modification par Roland de L. (19-07-2021 18:59:25)

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

éponymie a écrit:

(message 78 du 24/02/2016, page 2 de ce fil, à propos de l'article de Frédéric Loliée dans la Revue des revues)
(...)

P.S.: j'ai enfin trouvé le recueil sur archives.org, pp. 129 à 143 (https://archive.org/stream/larevuedesre … 4/mode/2up). Les 3 illustrations du cabaret ne sont malheureusement pas numérisées. Il y a des expressions communes et des similitudes entre l'article de Loliée et le livre de Berry de 1898 (cité à l'époque par regina dans son message 39), ils devaient se lire les uns les autres et se plagier allègrement.

Grâce à mon investissement chez Retronews, j'ai eu accès au texte original, illustrations comprises, publié dans la Revue des revues le 15 avril 1899.
Je me propose de vous en faire profiter :
https://www.retronews.fr/journal/la-rev … 5289178/17

1. Pour passer d'une page à une autre de cet article de 14 pages, deux moyens :
a) Faire DOUCEMENT bouger le curseur rouge en bas de page vers la droite
b) Modifier l'URL de la page : par exemple de finale 17 à 18 et ainsi de suite jusqu'à la page 30, fin de l'article

2. Dans tous les cas : double clic dans la page pour zoomer, puis faire bouger le texte en manœuvrant la souris ou le curseur

PS Il me semble bien qu'il y a plus de 3 illustrations sur le Château-Rouge... mais c'est un domaine où je suis raide-nul !

495 Dernière modification par Roland de L. (19-07-2021 23:17:41)

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

Roland de L. a écrit:

(message 475 du 29/06/2021)

Il me faudrait tout relire pour en être sûr, mais il me semble bien que j'ai trouvé le premier article dans lequel est décrit l'encanaillement du Tout-Paris dans les bouges, dont le Château-Rouge, qui faisait venir des "figurants"...

1887, 13 mars : la République Française

Caramba ! Encore raté !
J'ai trouvé un exemple d'encanaillement en la personne du Prince Oscar de Suède, en 1880, onze ans avant les grands-ducs russes :

Gazette nationale, 17 avril 1880

"LE MONDE ET LA VILLE
Le prince Oscar de Suède a quitté Paris hier soir. Avant de s’éloigner de notre capitale, Son Altesse a tenu à en visiter les coins et recoins. Mercredi, en effet, MM. Andrieux, préfet de police, et Macé, chef de police de sûreté, sont venus prendre le jeune prince à l'hôtel Vouillemont et lui ont fait exécuter une petite pérégrination dans trois établissements différents. La première visite a été le cabaret  du Père La Lunette, qui servait de théâtre, il y a  quelques semaines, à un terrible drame.
De là. on s'est rendu dans un hôtel borgne de la rue Maître-Albert, et on a terminé par une visite à un marchand de vins près du Château-Rouge. Le prince Oscar, pour exécuter son dessein, avait quitté sa toilette de soirée et endossé un vieux pardessus gris. Un chapeau melon lui servait de coiffure.
On dit la jeune Altesse enchantée de voyage dans les dessous de Paris."

Référence :
https://www.retronews.fr/journal/gazett … mp;index=0, 5ème et 6ème colonnes.

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

C'est rigolo toute cette excitation des bourgeois et des aristos à visiter les endroits mal-famés, sous escorte quand même et avec souvent des figurants. Aujourd'hui le cinéma et Internet ont résolu la question.

497 Dernière modification par Roland de L. (20-07-2021 11:04:46)

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

Il y a encore, au temps du cinéma et d'internet, des touristes riches qui adorent visiter les quartiers populeux des pays en voie de développement...

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

Il suffit d'aller se promener à Barbès ou Stalingrad le soir à Paris pour avoir des émotions fortes, surtout si l'on est sans escorte.

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

Abel Boyer a écrit:

Il suffit d'aller se promener à Barbès...

Ou, en marchant un tout petit peu, à la station de métro Château Rouge !!!
https://fr.wikipedia.org/wiki/Ch%C3%A2t … _de_Paris)

Re : Cabaret «Au Château-Rouge», rue Galande, à Paris

Bien vu !

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