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Et il n'est pas facile non plus de retrouver l'historique, car lorsque Delamothe en 1592 (en haute de mon précédent message, le 38e) « officialise » le système des liaisons, il en parle comme s'il existait depuis longtemps et comme s'il était naturel aux locuteurs et à la langue. La prononciation du français lui paraît visiblement facile et d'ailleurs il le dit.

Je reconnais que le parallèle historique avec l’amuïssement des consonnes finales est déséquilibré, car il faudrait pouvoir suivre sur les deux plans ce qu'en ont dit, graduellement, les grammairiens. L'essentiel de ce que l'on sait ou de ce que l'on croit relève davantage d'une reconstitution tardive et théorique que d'une vraie reconstitution historique.

On devine qu'à une époque, à la louche vers 1500, on a fait apparemment table rase, puisque par exemple on repartira de rien quand Ménage, je crois, tente le premier dictionnaire étymologique, avec une grande crainte de se tromper, puisqu'il s'en est expliqué. Si donc il nous manque des travaux de grammairiens contemporains en gros avant 1600, on ne sait pas si les évolutions leur ont semblé naturelles, comme allant d'elles-mêmes - concernant la liaison on peut vraiment se le demander -, n'attirant pas leur attention, ou s'ils travaillèrent ou débattirent sur ces questions.

Vous aurez remarqué que les deux principaux sites sur lesquels je me suis appuyé se trouvent avant tout consacrés à la musique et au chant. Hasard des recherches, peut-être, mais il n'empêche que je n'ai pas trouvé une documentation de ce niveau sur des sites directement consacrés à la langue. Il est vrai que par la poésie on retrouve beaucoup de choses et qu'elle est d'un apport extrêmement précieux, mais d'un autre côté on semble bien en être réduits là. Entre les évolutions de la langue et les évolutions en poésie il y a de nombreux ponts mais on n'a aucune idée de la largeur et de la profondeur entre les deux rives, le tout demeurant dans un épais brouillard.

Il y a ensuite un autre usage du futur antérieur qui permet de reconstituer des événements, et ceci en voyageant dans le temps, aussi bien au présent qu'au passé, donc.

Le locuteur se situe dans le présent :
Il aura raté le train de 10 heures et aura pris le suivant. Il arrivera donc probablement par le prochain train.

Le locuteur se situe dans le passé :
La future Blanche de Castille aura à peine atteint huit ans que sa grand-mère Aliénor, à quatre-vingt deux ans, qui ne l'avait encore jamais vue, ira la choisir à Madrid entre elle et sa sœur et la ramènera dans son carrosse en France pour la fiancer au futur Louis VIII. Ça, c'est de la destinée.

Ce que disait Delamothe en 1592, cité dans un livre anglais qui cite lui-même Charles Thurot :

Nous joignons tellement nos mots ensemble par une mutuelle liaison et proportion de voyelles et consonantes qu’il semble que chasque comma n’est qu’un mot : car encore qu’il y en ait quelquefois sept ou huict, ils sont si bien mariez et enchainez ensemble, qu’on ne les peut disjoindre, sans rompre les reigles de la vraye et naturelle prononciation.

Comma est ici au sens latin, ou plus exactement grec ; en français le sens est curieusement inversé :

Emprunté au latin comma, -atis (grec κ ο ́ μ μ α « membre de phrase ») « membre de phrase, période » en latin classique ; « signe de ponctuation » et terme de musique en bas latin.

Merci au Wikipédia allemand de nous renseigner sur Charles Thurot - son livre est dans Gallica -, puisque le Wikipédia français l'ignore, et quasiment tout Google en français. Le TLFi heureusement cite son nom. 

La page histoire de l'orthographe citée dans mon précédent message a un pendant, la page histoire de la prononciation, qui dit que la nasalisation, à mon avis très importante sur la question de la prononciation de la consonne finale ou de toutes les consonnes, remonterait au XIe siècle.

Puis en IV, 1, elle situe l'amuïssement des consonnes finales, en se démarquant des autres pages que j'avais citées, entre le VIIIe et le XIIIe siècle, le r, la plus résistante, cédant au XIIIe siècle. Mais on a vu que tout était loin d'être fini au XIIIe siècle. La première à être amuïe aurait été le m, dès le début de l'ère chrétienne - mais comment est-on remonté aussi haut ? -, en tant que terminaison de l'accusatif.

La suite m'est assez énigmatique, en particulier la déclinaison à deux cas :

En général, la consonne finale disparaissait devant le s du pluriel, mais se conservait au singulier, avant le XIIIème siècle : un arc / des arcs [aRk / aRs], un chat / des chats (= "tchate" / "tchasse"). Après le XIIIème, elle disparaît dans tous les cas.

Certaines situations permettent à la consonne de se conserver, selon la place ou l'emploi, comme on constate encore aujourd'hui dans plus (= davantage / ou négation), six, dix (x = s / z / ou muet), vingt. Ex : six filles, six enfants, il y en a six ; il y en a plus / il n'y en a plus.

Le s et le t correspondant à des désinences disparaissent à la fin du siècle => fin de la déclinaison à 2 cas, accomplie pour le XIVème.

Je finis par me demander si la velléité de conserver trace des déclinaisons n'aurait pas été la véritable raison de la prétendue prononciation des consonnes finales et si elle n'aurait pas pesé particulièrement lourd en poésie.

Ce qui distingue le français, phonétiquement, de toutes les langues voisines, historiquement ou géographiquement, dans lesquelles on prononce toutes les consonnes, c'est son exclusivité - je me trompe peut-être - 1) du e muet, 2) des nasales. L'amuïssement des consonnes, finales ou non, pour moi c'est important mais au second plan. Le coup du e muet (voir la citation de Batteux dans mon message précédent), que je trouve, oui, génial, pourrait bien expliquer à lui seul l'engouement, pendant quelques siècles, de toute l'aristocratie européenne pour notre langue.

Et le personnage en question ne prétend pas parler la langue de la Sorbonne. Puisqu'on en cause, je viens donc d'apprendre, moi, en plus de l'enthymème, que tous les sorbonnards se seraient entendus entre confrères et compères pour ajouter un h aspiré, hier encore porté disparu, à tous les mots de la langue française commençant par une voyelle. De là à ce que que les mêmes s'entendent cette fois comme larrons en foire pour ne plus prononcer désormais que les zaricots, il n’y a pas loin.

Chers VH et P'tit prof, puis-je me permettre de vous demander comment vous chantez il_était_un petit navire ? En ce qui me concerne, tel que je l'ai toujours entendu, le t est bien sur la même note que le un et non sur celle du <tait> de était. Même chose juste avant pour le l de il, prononcé sur la note de du <é> de était.

Dans une liaison, la consonne qui en fait l’objet n’est pas prononcée avec le mot qu’elle termine, mais avec la première syllabe du mot qui suit : la liaison est aux antipodes de la prononciation prétendue, en grande partie disparue, de toutes les consonnes finales, ou de toutes les consonnes en général, car je ne suis pas sûr que ce point soit clair :

Prenons l’exemple du temps, écrit sous cette graphie une fois au Xe siècle, puis sous les graphies tiemps, tens, tans, tems, relancé sous la graphie temps par ce latiniste de Rabelais, en 1532, suivi par Ronsard. Comment prononçait-on temps au Xe siècle, bien évidemment personne ne le sait et ce serait déjà très bien de retrouver comment Rabelais le prononçait. Comme Ronsard, peut-être, et peut-être comme nous, si on peut le déduire des vers de Ronsard cités par le Godefroy  (le lien que j'ai mis sur tens) :

La rose à la parfin devient un gratecu
Et tout avecq le temps par le temps est vaincu.

Seules les première et dernière lettres, t et s, sont communes à toutes les graphies. Il pourrait sembler qu'on ait donc prononcé le s final, mais comme on ne sait pas quand il aurait été amuï, comment en être sûr ? Et comment savoir si on a prononcé ou pas les autres consonnes ?

Prenons l’exemple de être. D’après cette page d'histoire de l'orthographe (fin du B, III), qui est un document précieux et assez synthétique, il aura fallu attendre Voltaire pour orthographier estois en étais. Comme ce <oi> se prononçait depuis longtemps <ai>, on suppose que le s avant le t était lui aussi tombé dans la prononciation depuis longtemps. Mais nous restons apparemment dans l'ignorance absolue concernant la prononciation du s final. Alors ce consensus pour affirmer qu'antérieurement aux liaisons toutes les consonnes finales étaient prononcées, d'où vous vient-il ? De la Sorbonne ? Mais la Sorbonne, si fière d'arborer sa devise anglaise aux temps où il n'eût pas fallu - elle a appris depuis à en être moins fière, puisque l'information, comme bien d'autres, semble introuvable sur la toile -, décrète ce qu'elle veut, la conséquence en est que ça ne vaut rien. Un exemple (c'est moi qui souligne) ?

La primauté de l'oral, c'est de ne plus faire que quelques liaisons. Comme le signale v.h. les liaisons datent du temps où l'on faisait sonner les consonnes finales dans la prononciation. Ces finales amuïes les liaisons ne se font plus, c'est tout.

Prenons le cas, magistral, de il : devant une consonne ou en fin de phrase, nous prononçons toujours le l final, quoique l'amuïssement fût tenté par des zélés, non d'une façon naturelle à la langue (le IV de la page mise en lien plus haut) :

Au XVIIème siècle, on réintroduit des consonnes finales, mais de manière assez anarchique ; il y aura un bon usage, différent de l'usage populaire, et avec des contradictions. [...] On recommandait aussi de dire i faut pour il faut (Milleran, grammairien, fin XVIIème).

En revanche devant une voyelle, comme nous l'avons vu sur l'air du petit navire, au titre de la liaison la prononciation de l passe comme première lettre de la première syllabe du mot suivant. Les deux phénomènes, la prononciation de la consonne finale et la liaison, cohabitent parfaitement.

J'en viens maintenant à cette page du site chantez-vous français, encore plus précieuse mais qui va dans le détail et qui demanderait plusieurs jours pour être dépouillée. Le site lui-même dans sa préface se voulait au départ une simple page et se voit être devenu au fil des ans un vrai traité. Si l'on est pressé on gagne à consulter directement le tableau 6 - Consonnes finales – Résumé synoptique et diachronique, tout en bas du document.

L’ère des scribes
[…]
Dès la seconde moitié du XIIe siècle, cependant, on trouve des graphies isolées qui peuvent attester la chute de certaines consonnes finales : estrei pour estreit, chaiti pour chaitif, troi, foi pour trois, fois, menestre pour menestrel. Indépendantes du contexte, et complètement noyées par les graphies conservatrices, elles témoignent simplement d’une tendance générale à l’amuïssement, sur fond d’un « bon usage » qui réclame le maintien, au moins dans la graphie, de toutes les consonnes finales.[…]

Les consonnes finales à la pause
[…]
Les consonnes finales ont, au XIIIe siècle, en bonne partie cessé de se prononcer à la pause dans la conversation ordinaire de personnes qui disposent d’une culture suffisante pour composer, déclamer, chanter de telles pièces. Autrement dit, leur absence, en particulier de la diction poétique, n’est pas en elle-même choquante, ce qui ne signifie pas pour autant que leur présence le soit : il est possible que se soit installée à leur égard une forme d’indifférence, ou d’hésitation. […]

Un tour maintenant sur la page liaison en français de Wikipédia (je mets en bleu une partie) (une partie d'une phrase a visiblement été mangée) :

Origine
Jusqu'à une date qu'on peut situer vers le XIIe siècle, de nombreuses consonnes finales étymologiques se prononçaient dans tous les contextes (devant consonne, à la pause et devant voyelle), mais sous forme dévoisée : b final sonnait [p], d final sonnait [t], g final sonnait [k] etc. […]
Le passage du proto-français (qui, pour autant qu'on puisse en juger, n'écrit que des consonnes finales qui se prononcent dans tous les contextes) au français moderne (qui connaît de nombreuses consonnes de liaison) implique une période intermédiaire, qui prend place en gros entre le XIIIe siècle, au cours de laquelle les consonnes finales tombent devant consonne initiale mais se maintiennent dans les autres contextes, à savoir aussi bien à la pause (et donc lorsque le mot concerné est prononcé isolément) que devant voyelle initiale. On parle alors, non pas de liaison, mais de troncation.

Or voilà qu’il aura fallu attendre, si l’on en croit la page liaison du TLFi, 1592 pour qu’un grammairien, Delamothe, traite des liaisons. C’est seulement au XVIIe siècle que beaucoup d’autres grammairiens se saisiront du sujet. Les deux phénomènes, l’amuïssement des consonnes finales et la liaison se suivent à plus de quatre siècles, si encore il y a vraiment eu amuïssement, c’est-à dire si avant le XIIe siècle on prononçait et écrivait bien - ben oui, autrement comment savoir ? - toutes les consonnes finales. Ils ont inévitablement influé l’un sur l’autre, et donc dans les deux sens alors qu’on ne veut en voir qu’un, mais les quatre siècles d’écart achèvent d’interdire de voir le deuxième comme une simple conséquence mécanique du premier. CQFD. Batteux en 1763 vient confirmer (retour sur le site chantez-vous français) :

Le triomphe de la liaison (XVIIe et XVIIIe siècles) [tout à la fin de cette partie] :
[…]
Ces loix faites pour l’union des lettres dans les syllabes & des syllabes dans un mot, se sont portées sur les mots combinés & assortis entr’eux dans une même phrase. La consonne finale se marie volontiers avec la voyelle initiale du mot suivant, & de même la voyelle finale aime à se reposer & à s’appuyer sur la consonne initiale : d’où résulte une chaîne agréable de sons que rien n’arrête, ni ne trouble, ni ne rompt.
La langue françoise a en ce point quelque avantage sur la latine. Celle-ci ayant la plûpart de ses finales en consonnes, comme il est aisé de s’en assurer en parcourant les déclinaisons des noms, & les conjugaisons des verbes, trouve presque à chaque instant des consonnes qui se choquent entre les mots.
La nôtre au contraire faisant, comme la grecque, presque toutes ses terminaisons sur des voyelles, trouve, quand elle le veut, les moyens d’éviter cet inconvénient.
Elle a ses e muets qui se trouvent à la fin d’un grand nombre de ses mots, & qui sortent, ou qui rentrent selon le besoin du mot qui suit : c’est-à-dire, qu’il s’unit à la consonne initiale pour être le lien des deux mots, ou qu’il se perd & se plonge dans la voyelle initiale pour éviter l’hiatus. Il y en a plusieurs exemples dans chacune de nos lignes. Et sa prononciation étant très-légère, il fait une liaison fine & subtile, dont l’agrément fait un des mérites de notre langue. Nous n’avons presque point de consonnes finales. La lettre n devient nazale ou demi voyelle devant une consonne ; & devant une voyelle elle reprend quelquefois son articulation palatiale. Les lettres l, x, z, c ne se prononcent point du tout quand l’initiale suivante est consonne : le b, le d, l’f, le k, l’m, le p, le q, ne se trouvent pas communément à la fin de nos mots : & quand ils s’y trouvent, le caractere & le génie aisé de la langue empêchent presque toujours qu’on ne les prononce, à moins qu’il n’y ait après une voyelle ; de sorte qui nous voyons assez rarement consonne contre consonne, & que la voyelle se trouve presque toujours où l’oreille la demande.

Quant à l’écart entre discours public et discours privé cher à certains il faisait déjà fulminer Vaugelas :

Quelle marge pour le discours soutenu ?
Aux XVIIe et XIIIe siècles, les grammairiens sont très attentifs au discours soutenu, le plus souvent pour légitimer ses écarts au discours ordinaire, souvent aussi pour en restreindre le champ. On se souvient du coup de sang de Vaugelas : « comme si les paroles prononcées en public demandoient une autre prononciation, que celle qu’elles ont en particulier, & dans le commerce du monde » s’insurge-t-il à propos de ceux qui font entendre, dans la lecture publique, l’r final des infinitifs précédé d’un e ouvert.

Quelque animal que ce soit. Quelques animaux que ce soient.
(Je n'avais pas eu la réponse de Ronan.)

En pâtisserie on doit encore pouvoir mouiller avec du thé ou du café.

Et j'oubliais : mouiller à la crème, avec du vin, du lait, du lait de coco, du jus de citron.

Sur i, j, u et v : voir cette page à partir du II, 2. Plusieurs passages sont concernés.

C'est parce qu'elles sont ressenties, à tort comme j'avais essayé de l'expliquer, comme scolaires. On a perdu, en partie, la primauté de l'oral, dont un Vaugelas se recommandait encore - on n'écrit pas cela dit pour la simple raison que cela ne se dit pas (cité de mémoire, non texto) -, il y a forcément des conséquences. Les liaisons n'ont pas été inventées par la langue écrite, mais bien par la langue orale, nécessairement. Elles ont aidé à la bonne orthographe, avant que le sens ne s'inverse. Il faut revenir à la primauté de l'oral si l'on veut que la langue française ne devienne pas à son tour une langue morte. Je refuse complétement cette destinée. Jusqu'à la 2e GM le latin n'était pas une langue morte, puisque des hommes entre eux le parlaient encore. Le latin est mort quand on a cessé de le parler. Quand un premier ministre refuse des liaisons qui ne lui coûteraient rien, personne n'en doute, il est déjà en train d'enterrer la langue française : le voilà, le french bashing qu'il disait combattre.

Les premières classes du secondaire sans le latin furent appelées « modernes ». Dès cette époque ceux qui nous gouvernent avaient déjà décrété l'anglicisation du français : jusqu'alors on avait privilégié les apports extérieurs du latin.

Ce n'est pas Couve de Murville. Pour faire peuple ou pour ne pas faire langue de bois, comme s'il parlait avec des familiers plutôt qu'aux caméras. Pourquoi pas, mais qu'il se foule un peu : Belkacem est bien plus naturelle.

Alors mettons en gris : grey [color=*grey]grey[/color] [sans l'astérisque] gris.
Resterait à trouver le bon ton du gris, celui-ci ne se distingue pas assez du noir.

Ce qui, je crois, est devenu difficile dans la liaison, et qui n'aurait jamais dû devenir difficile - car ce n'est ne pas du tout le but du jeu -, c'est qu'on doit la faire entendre sans qu'elle se remarque. Au passage et à tout prendre, il est déjà bon signe qu'on remarque l'absence de liaison, ce qui suggère qu'on ne remarquerait pas une bonne liaison. Tout espoir n'est donc pas perdu. Qui sait, monsieur Valls, et tant de monde avec lui, préfère peut-être encore le risque qu'on remarque ses absences de liaison plutôt que celui, en effet plus grand, qu'on remarque trop leur présence.

Sur la nature du phénomène constaté et son origine, il y probablement, en plus des difficultés orthographiques - je ne parle plus de monsieur Valls - et, plus gravement, avec la langue elle-même, ce fait que l'écrit, voire l'oral médiatique, qui n'est pas un oral spontané, a pris le pas sur l'oral véritable : dans l'idéal on ne devrait pas avoir à réfléchir sur l'orthographe pour décider ou non d'une liaison, l'habitude de la bonne langue orale devrait suffire. Mais je rêve.

Alors encore une fois les regards se tournent vers l'école. La lecture orale et le théâtre manquent cruellement. Il n'était pas une bonne idée que les politiques s'en mêlent, depuis Jules Ferry et certainement bien avant lui. Ils pouvaient et devaient s'en préoccuper mais sans s'en mêler, et si ce n'était vrai que pour l'école... Voilà ce que serait l'art politique : savoir se préoccuper sans se mêler.

Je comprends qu'un professeur ne soit pas un partisan des ratures, voire en ait acquis la phobie, et je crois bien en avoir été convaincu, moi et bien d'autres, sans attendre de n'être plus un élève. Une rature, même dans un texte tapé au clavier, n'est certes pas faite pour faire propre. Du moins, sur un texte au clavier, elle ne fait tout de même pas tache, à ce que moi j'en ai vu sur les forums. Mais vous me direz que je n'ai jamais affronté de ma vie une seule pile de copies manuscrites.

Grand merci Diconoma pour vos réponses. Le monde de l'édition est intéressant à découvrir ; j'étais longtemps resté sans rien en connaître.

Un intérêt sur les forums de la rature, c'est quand on corrige une faute relevée dans un message suivant : on rature la faute, on écrit l'orthographe ou le mot correct, avec un renvoi au message qui relève la faute. C'est le plus simple et le plus lisible ensuite pour les nouveaux lecteurs. Quand on met la faute en rouge, je ne suis pas sûr que les robots l'identifient comme faute repérée et rectifiée.

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(13 réponses, dans Réflexions linguistiques)

J'imagine que les grammaires ne disent rien des suites de trois propositions dans la mesure où les règles qui conditionnent la seconde élision sont les mêmes que celles qui conditionnent la première. Avec deux propositions il faut que les deux soient sur le même plan, avec trois il faut que les trois soient sur le même plan.

L'autre raison, je pense, est qu'autant il est aisé d'analyser les doubles propositions, et probablement de répertorier tous les cas où l'élision est possible, voire même les cas où elle n'est pas possible, autant avec trois propositions, hormis quand la deuxième élision est semblable à la première, auquel cas on est renvoyé à l'étude de deux propositions, on va se trouver devant une trop grande variété de cas où les deux élisions ne sont pas possibles et devant une trop grande variété de solutions de contournement.

On traduit toujours en français veni, vidi, vici par je suis venu, j'ai vu, j'ai vaincu. Essayez la double élision du sujet je, vous verrez par vous-même que le résultat n'a rien d'enthousiasmant, et pour tout dire que la phrase y perd : je suis venu, ai vu, ai vaincu va surprendre bien du monde, et si l'on ajoute l'élision de l'auxiliaire avoir, je suis venu, ai vu, vaincu, les uns ne reconnaîtront plus du tout la langue et les autres éclateront de rire. J'ai pensé que l'auxiliaire être, seul devant deux usages de l'auxiliaire avoir, était le grain de sable rendant toute élision impossible. Or en prenant une suite de trois propositions conjuguées avec l'auxiliaire être on n'a guère plus de chance : je suis venu au concert, je suis resté une minute et je suis aussitôt parti. On peut élider le second et le troisième je, je suis venu au concert, suis resté une minute et suis aussitôt parti, le résultat est correct mais sans amélioration du style, d'où l'on peut douter du bonheur de cette élision. En revanche l'élision supplémentaire du second et du troisième auxiliaire aboutit à une langue méconnaissable : je suis venu au concert, resté une minute et aussitôt parti, ce qui ne prouve pas que toute suite semblable devrait être systématiquement rejetée mais peut déjà faire fuir le grammairien. Alors comment lui demander d'étudier les autres solutions en renonçant à l'une ou à l'autre élision, ou aux deux, dans la troisième proposition ?

J'apprends ce mot de corrigeage :

Ce n'est pas là une incorrection, puisqu'il s'agit de... la correction faite par le typographe !
Le typographe fait du corrigeage, c'est-à-dire qu'il intègre les corrections effectuées, elles, par le correcteur.

En complément, l'auteur qui se réserve de valider les modifications suggérées par le correcteur avant d'envoyer l'ouvrage au typographe intervient donc, si j'ai bien compris, dans la phase du corrigeage.

Question liée : est-ce le correcteur qui signale à l'éditeur les passages susceptibles d'engager sa responsabilité ? L'éditeur a son mot à dire, puisqu'on trouve quelquefois des annotations de l'éditeur.

Cas (3i) qui ne me pose aucun problème, l'idée de certitude allant de soi puisqu'il s'agit ici d'une action sans cesse répétée.
Car en plus ils n'ont toujours pas compris ce que Molière avait dit. Pas plus de chance qu'avec les poètes disparus de Charles Trenet.

P'tit prof a écrit:

Pour dire qu'une forme est inacceptable on utilise l'astérisque :
pris et non *prendu ; après qu'il a parlé, après qu'il *ait parlé...

Ou plutôt après qu'il **a parlé et après qu'il *ait parlé, puisque par exemple dans la presse 99 % des usages de après que + passé composé ne sont que des hypercorrections de après que + passé du subjonctif : ils disent tous et entendent dans leur tête après qu'il ait parlé, mais comme ils l'ont décrété une faute, ils croient pouvoir corriger en après qu'il **a parlé. S'ils voulaient se limiter à utiliser l'indicatif, la plupart du temps ils auraient dû opter non pour un passé composé mais pour un passé antérieur.

Si la principale est au passé simple, la seule forme correcte est (1i) après qu'il eut parlé si l'on accepte comme certaine la réalisation de l'action et (1s) après qu'il eût parlé si l'on veut marquer que l'action a pu ou aurait pu tout aussi bien ne pas se produire.

Quand la principale est au passé composé c'est plus difficile, car tantôt (2a) ce passé composé est quasiment l'équivalent d'un passé simple, marquant que l'action a cessé, et l’on est donc renvoyé au cas (1), tantôt il indique que (2b) l'action passée se prolonge jusqu'au présent, sachant que le passé composé suivant après que pourrait lui aussi révéler une action passée qui perdure ou ne perdure pas au présent : aujourd’hui, dix ans après que la révolution a eu lieu, rien n’a changé.

Si la principale est au présent, la seule forme correcte - habituellement, car il y a beaucoup plus de cas à étudier - est (3i) après qu'il a parlé si l'on veut marquer comme certaine la réalisation de l'action et (3s) après qu'il ait parlé si l'on veut marquer que l'action a pu ou aurait pu tout aussi bien ne pas se produire. C'est ce cas (3s) qui est très fréquent à l'oral, ce qui n'est évidemment pas le cas de *prendu, et devrait être le plus fréquent à l'écrit puisque, lorsqu'on parle au présent, dans la plupart des cas on garde en mémoire qu'auparavant la réalisation de l'action a été incertaine et qu'on a davantage tendance à marquer la fraîcheur de cette incertitude plutôt qu'une certitude à l'égard de la réalisation de l'action. La formule habituelle pour marquer sa certitude qu'une action a été réalisée n'est d'ailleurs pas après que mais une fois que ou maintenant que, que tous les locuteurs n'hésitent jamais à faire suivre de l'indicatif alors que de plus en plus de locuteurs, sauf hypercorrection, font suivre après que du subjonctif, ce que le TLFi a relevé et essaie pour sa part d'expliquer par l'influence d'avant que.

Bonjour et bienvenue Jean-Luc.

Le participe passé d'un verbe conjugué avec avoir s'accorde avec le COD antéposé. Vous est COD antéposé, mais vous seul savez s'il représente un homme (éclairé) ou une femme (éclairée) ou des hommes (éclairés) ou des femmes (éclairées) ou des hommes et des femmes (éclairés).

Autant souhaiter que appelle un subjonctif, autant espérer que appelle habituellement l'indicatif, l'espoir consistant à n'envisager que sa réalisation. Je ressentirais un subjonctif comme signifiant davantage un souhait qu'un espoir véritable, ou comme n'osant pas envisager sa réalisation, qu'on considérerait donc paradoxalement comme inespérée - mais ce paradoxe se produit bel et bien en de nombreuses occasions dans l'existence. Dans le cadre d'informations proposées à une ou plusieurs personnes, il n'y a pas lieu de nuancer l'espoir ; je ne toucherais donc pas à l'indicatif.

Bonjour et bienvenue Aleksandra.

Ou duquel. Si c'est un exercice, pas de chance, cela se jouera à pile ou face.

Il y aurait donc deux explications possibles, l'une grammaticale et phonétique, proposée sur la page donnée par VH, et l'autre étymologique, proposée par Glop. Entre les deux comment savoir ?

Dans l'explication grammaticale et phonétique, comment s'assurer que les formules en hiver ou en France sont venues de en l'hiver et en la France ? Les nations suivraient donc la mêmes règle que les saisons ?

Mais ici intervient une règle qui vaut pour certains types de compléments adverbiaux. En français moderne, selon le genre et l’initiale du nom N, la combinaison de la préposition en et du déterminant défini (l’, le, la, les) est remplacée ainsi :

    en l’N -> en N
    en la N -> en N
    en le N -> au N
    en les N -> aux N

Par exemple, cette règle vaut généralement avec les noms de pays :

    en l’Arménie, en l’Uruguay -> en Arménie, en Uruguay
    en la Roumanie -> en Roumanie
    en le Paraguay -> au Paraguay
    en les Pays-Bas, en les Maldives -> aux Pays-Bas, aux Maldives

Si on applique cette règle à nos noms de saisons, on obtient :

    en l’été, en l’automne, en l’hiver -> en été, en automne, en hiver
    en le printemps -> au printemps

Je penserais bien à une troisième piste, celle d'une survivance d'un neutre matriciel, qui conviendrait aux saisons comme aux nations, inconnu dans le français mais connu dans d'autres langues - en allemand je crois, mais je suis incapable d'en discuter -, un « héritage matrilinéaire » auquel le printemps n'aurait pas eu droit car trop jeune. Mais il faudrait récolter bien d'autres traces d'un tel neutre matriciel.

Question annexe mais qui peut avoir en effet son importance pour l'exception du printemps : l'origine latine ne voudrait-elle pas que les Romains aient eux-mêmes fait commencer l'année le 1er avril ?

Bonjour.

En hiver, en été, en automne mais au printemps ?
Je ne conteste pas du tout, mais c'est un peu fort, non ?

Le mode impératif n'est lui-même pas toujours à prendre à la lettre et peut exprimer autre chose qu'un ordre : prends soin de toi. Ne m'obligez pas à sévir. Faisons comme si de rien n'était. Connais-toi toi-même.

Que la lumière soit et la lumière fut est, grammaticalement s'entend, un cas d'école. On a pu s'en inspirer dans un autre cadre, à l'exemple de que la fête commence, mais dans la parole biblique il s'agit je pense d'autre chose qu'un ordre : il aura suffi que Dieu décide dans sa pensée l’avènement de la lumière pour qu'elle advienne ; c'est bien ainsi que les choses sont dites : elle-même n'a obéi à aucun ordre, puisqu'elle n'existait pas, et personne, ni aucun mécanisme, n'intervient dans la réalisation. Pas de receveur de l'ordre, pas d'ordre. Des théologiens poseront que la parole, le Logos johannique, intervient, mais je ne crois pas pour autant qu'ils envisageraient une médiation de la parole.

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(5 réponses, dans Réflexions linguistiques)

Alco a écrit:

[...] on attribue dans un cas (les solutions à l'équation) et [...] on caractérise dans l'autre (les solutions de l'équation).

Je suis évidemment d'accord, c'est ce qui explique grammaticalement les formules usuelles, mais rien n'oblige à l'attribution dans un cas, avec il y a, et à y renoncer dans l'autre cas, avec le substantif. Il y a = il existe une solution de l'équation, dite arithmétique, sans recourir à l'algèbre.

Ylou a écrit:

L'explication qui a été donnée à son comportement est fausse, cherchons la véritable explication de son comportement.

On peut donner une explication à un comportement, mais on peut aussi bien proposer ou donner l'explication d'un comportement. Que des usages soient plus habituels que d'autres ne condamne pas les autres.

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(5 réponses, dans Réflexions linguistiques)

Bonjour Bulledesavon.

Pour ma part je ne vois là a priori qu'une question d'habitude, puisqu'on pourrait dire, moins usuellement mais correctement, il y a trois solutions de l'équation unetelle aussi bien que les solutions à l’équation unetelle sont au nombre de trois. On pourrait encore utiliser pour, et même avec, dans les deux constructions. Cela paraîtrait un peu original, mais on ne choquerait pas, je ne crois pas. La solution à un problème est en tout cas une formule très courante ; pourquoi pas à une équation, en effet ? Une raison de la préférence pour la solution d'une équation serait la conscience d'un lien étroit, ou pour ainsi dire identitaire, entre toute équation et sa solution, alors qu'un problème peut n'avoir pas de solution ou en avoir plusieurs, plus ou moins satisfaisantes. Une équation est faite pour être soluble, la solution unique pouvant éventuellement comprendre plusieurs valeurs, si j'ai bonne mémoire. Un problème, sauf au sens scolaire, n'est pas fait pour une solution ; il nous tombe dessus aléatoirement ; généralement on s'en passerait. On dit que tout problème est fait pour trouver une solution, mais c'est une boutade ou au mieux, une maxime, et en vérité, souvent, un vœu pieux.

Oui ; il faudrait lire tout le III, A de la 1re section du TLFi à être, en ajoutant cette remarque à la conjonction soit (fin du I, B, 2 - lien donné par Glop au message qui précède - je mets une partie en bleu) :

Remarque. Le distinguo entre le verbe être et la conjonction s'est fait progressivement et aujourd'hui encore, n'est pas tout à fait précis (voir être 1, 1re section, III B 1 et 2).

Je perçois ces usages particuliers du subjonctif d'être comme très proches de ce que serait un impératif à la 3e personne du singulier, en soulignant la proximité entre la 2e personne du singulier de l'impératif, sois, et la 3e personne du singulier du subjonctif, soit. Il est vrai que cela ne marche plus au pluriel, alors qu'on dirait - je crois - soient deux triangles semblables. Je ne me sens pas capable d'en discuter, mais toujours est-il que ce soit connaît en effet des usages exceptionnels, me semble-t-il, pour un subjonctif.

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