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Le forum d'ABC de la langue française

Mise à jour du forum (janvier 2019)

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forum abclf » Messages de Torsadé et pointu

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(14 réponses, dans Pratiques linguistiques)

Si vous me permettez de faire quelques petites suggestions de mon côté: ne pourrait-on remplacer planning, qui n’est pas très joli, par calendrier ('calendrier de livraison') ou par cet autre mot, que j’aime bien, échéancier, ce qui donnerait ce couple élégant 'échéancier de livraison', dont on trouve un millier d’occurrences dans Google.

(…) une ligne en mesure d’assumer cette étape de montage.

Étant donné qu’on se réfère à un montage bien déterminé, à savoir le montage de la pièce en question sur une carte, il me paraît préférable d’écrire cette étape du montage.

Quant à cette ligne, c’est bien d’une ligne de production qu’il s’agit? Est-il utile de le préciser, ou est-ce au contraire superflu, chacun comprenant à quoi il fait allusion?

Le texte parle de cartes d’abonné, tandis que la photo montre un objet en quoi je crois reconnaître une carte-mère d’ordinateur (ou de quelque machine électronique). Quel est le rapport entre ces cartes d’abonné et la carte-mère représentée? Alors qu’on voit très bien qu’on puisse monter une pièce sur une carte-mère, on le voit moins bien pour une carte d’abonné (à moins qu’il ne s’agisse d’une carte à puce). Tout cela me semble un peu énigmatique.

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(22 réponses, dans Pratiques linguistiques)

En réalité, l'objet montré par Andreas n'est ni un gobelet, ni un verre, mais un broc. Il faudrait donc dire un broc gradué ou un broc doseur (quelques mentions dans Google pour ce dernier).

Bounigne :

Impossible de prononcer "aucuns intérêts" sans torturer les oreilles de vos interlocuteurs.

En effet, aucun mis au pluriel a beau être grammaticalement correct (dans certains cas déterminés), il paraîtra bizarre à l'immense majorité des locuteurs. En particulier, dans un contexte comme la finance, où on-est-pas-là-pour-rigoler, il peut sembler même un peu incongru de dire ou d'écrire aucuns intérêts, et il vaut sans doute mieux l'éviter, quand bien même on nous prouverait que le mot intérêt, dans l'acception précise visée, n'existe qu'au pluriel. D'ailleurs, je remarque, en consultant les moteurs de recherche, que aucun frais est beaucoup plus fréquent que aucuns frais, bien qu'il soit certain que frais est toujours au pluriel.

J'ai aussi consulté le Grevisse. Il nous explique d'abord la règle connue qui veut qu'ils (=les adjectifs aucun et nul) s'emploient au pluriel devant des noms qui n'ont pas de singulier ou qui prennent au pluriel un sens particulier. Mais un peu plus loin, Grevisse énonce la règle, un tantinet obscure, selon laquelle ils s'emploient aussi au pluriel, quoique moins souvent qu'à l'époque classique, devant des noms quelconques, en particulier lorsque la phrase implique une idée de répétition, de jonction, de ressemblance, de comparaison, d'opposition. Suit une flopée d'exemples, telles que L'on entendait plus aucunes rumeurs, On n'a pas le droit de penser sans aucunes preuves, etc. tirés d'auteurs au style soutenu comme Gide, Péguy, Valéry, etc. En français courant, aucun n'existe qu'au singulier.

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(22 réponses, dans Pratiques linguistiques)

Apparemment, l’allemand Becher a un sens plus large que le français gobelet; cendrier, par exemple, se dit Aschenbecher en allemand. Un gobelet, selon moi du moins, est un récipient à boire, qui doit pouvoir se tenir dans la main (dont la taille est donc limitée), qui n’a pas de pied ni d’anse, et qui n’est pas en verre. Quant à Becher, la principale restriction du champ d’utilisation de ce mot est le matériau dont est fait le récipient concerné: il ne peut pas être en verre ou en grès, comme l’a souligné Andreas (quoique le Messbecher soit souvent en  verre véritable); mais hormis cela, sa taille et sa forme peuvent varier plus largement, et il peut servir à autre chose qu’à boire. Rien qu’à cause de la taille, l’objet montré par Andreas (le Messbecher) ne serait jamais appelé gobelet en français.

À propos de cet objet justement, je remarque que Messbecher est beaucoup plus fréquent dans les moteurs de recherche que verre doseur (dans un rapport de 1 à 30). Compte tenu que la Toile allemande et la Toile française sont d’une extension à peu près égale, la conclusion est soit que les francophones utilisent l’objet en question beaucoup moins que les germanophones, soit qu’ils disposent d’autres termes pour le désigner. Mais lesquels?

C'est vrai que les oeuvres précurseurs de la BD sonne mal. Mais une tournure comme «...les oeuvres, qui sont les précurseurs de la BD, ...» paraît déjà plus acceptable, en raison sans doute de la distance qu'on met alors entre les deux termes oeuvres et précurseurs. On peut même augmenter encore cette distance: «...les oeuvres, qu'on peut considérer comme les précurseurs de la BD, ...». Une construction de ce type pourra peut-être vous tirer d'affaire, même si cela risque d'alourdir fortement la phrase.

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(4 réponses, dans Écriture et langue française)

Un petit coup d'oeil dans les moteurs de recherche permet de vérifier que precentor en anglais est beaucoup plus fréquent que précenteur: 117.000 occurrences de precentor dans Google, contre seulement 129 pour précenteur. De plus, précenteur n'est pas recensé dans les dictionnaires usuels. Mais le mot est utilisé depuis le 16e siècle, comme on peut le lire ici:
http://www.chass.utoronto.ca/~wulfric/a … /lex_3.htm

Le dictionnaire Webster donne l'étymologie suivante: du latin praecentus,  part. passé de prae-cinere, chanter devant, de prae + canere, chanter. (Le Webster, dans sa version 'collegiate', est consultable en ligne ici:
http://www.m-w.com/dictionary/precentor.)

Compte tenu de l'étymologie, on s'attendrait, comme dérivé français de praecanere, à quelque chose comme préchantre; or ce mot existe bel et bien, et fait l'objet d'une entrée dans le TLFi. Il y a env. 1000 mentions de ce mot dans Google. Le sens est le même que celui de précenteur.

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(4 réponses, dans Écriture et langue française)

Ne serait-ce pas plutôt le précenteur de l’Église de Lyon? Si oui, la définition est ici:

http://portail.atilf.fr/cgi-bin/getobje … ata/IMAGE/

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(23 réponses, dans Réflexions linguistiques)

Bounigne :
*La souris est mangée par le chat.
Cette phrase est correcte grammaticalement. Mais elle ne sera jamais réellement prononcée, en dehors d'une école bien sûr, où cet exemple est souvent pris pour montrer la transformation passive.

Le français n’aime pas beaucoup la voix passive, dont on a l’impression qu’elle est un peu artificielle, et qui, de plus, donne lieu à des phrases ambiguës (le parc est fermé). Le passif est d’un usage beaucoup plus fréquent en néerlandais et en allemand, et ne passe pas pour inélégant. Cela tient peut-être au fait que ces langues disposent, pour former le passif, d’un auxiliaire spécifique (werden en allemand), et que donc la même ambiguïté qu’en français est impossible. L’espagnol joue sur ses deux verbes être: ser+participe passé pour la voix passive, estar+participe passé pour la construction être+participe passé adjectivé.

Sans bien savoir si j’interprète correctement les paroles de mJacqueline, je constate avec elle que les habitants de Saint-Pierre-et-Miquelon, de façon générale, parlent avec un accent de France, c’est-à-dire avec un accent que, de l’endroit où je me trouve, j’identifie comme étant ce que nous appelons en Belgique francophone un accent français; autrement dit, un Français dirait d’eux qu’ils parlent sans accent. Je l’ai noté plusieurs fois en écoutant les émissions de RFI, plus particulièrement l’émission «Terres d’outre-mer», où il n’est pas rare d’entendre des Saint-Pierrais et des Miquelonnais. Dans un des fichiers d’émission actuellement disponibles pour écoute sur le site de RFI, on peut entendre parler des Miquelonnais, et tout au plus perçoit-on un très léger accent (accent qu’on qualifierait plutôt de «rural»), cf.:

http://www.rfi.fr/radiofr/editions/072/ … p#edition1

Il n’en est tout différent des locuteurs québécois, qui ont tous, dans une mesure variable, un accent spécifique bien marqué, qui les identifie immédiatement, même lorsqu’ils parlent un français standard et correct, comme p.ex. à Radio canada. Je précise que cet accent ne me dérange pas du tout, au contraire.

Il y a un pour le néerlandais un phénomène un peu similaire. Le néerlandais, même parlé de façon normée et soignée, est différent de part et d’autre de la frontière belgo-hollandaise: prononciation, intonation, etc., lors même que le substrat dialectal est rigoureusement identique (comme c’est le cas p.ex. pour les deux Limbourgs, hollandais et belge). Plus fort même, il y a en territoire hollandais une toute petite enclave belge, nommée Baarle-Hertog, ou Baerle-Duc en français, où le standard parlé par les habitants est différent (du point de vue de la prononciation, de la mélodie de phrase, un peu aussi du point de vue du vocabulaire) du standard parlé sur le territoire hollandais environnant, y compris dans le patelin nommé Baarle-Nassau, qui forme en fait une seule et même petite agglomération avec Baarle-Hertog. Cette différence, perceptible immédiatement, et apparemment très tenace, s’explique par les mêmes facteurs que ceux cités par gb: enseignement suivi en Belgique resp. aux Pays-Bas, télévision flamande regardée côté belge, télévision hollandaise regardée côté Pays-Bas, etc., et ce en dépit des souvenirs dialectaux communs et de la proximité, ou plutôt de l’imbriquement, géographique. On peut faire un parallélisme avec le Québec vis-à-vis de Saint-Pierre-et-Miquelon: habitants originaires des mêmes régions de France, proximité géographique, mais références différentes en matière d’enseignement, de médias.

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(37 réponses, dans Histoire de la langue française)

Il est au moins un cas où on pourra, même si son interlocuteur est français, se dispenser d'utiliser les numéraux soixante-dix etc., c'est le département 93 (Seine-Saint-Denis), qu'on peut désormais appeler le neuf trois, ou mieux encore: le neuf cube.

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(14 réponses, dans Histoire de la langue française)

La plupart des textes de Bossuet se trouvent facilement dans le commerce. Il y a p.ex. dans la collection Folio un livre de Bossuet intitulé Sermons du Carême du Louvre (env. 8 euros). J'ignore cependant si le sermon que vous cherchez s'y trouve.

Rien ne vous échappe. C’est vrai que je me suis hasardé une paire de fois à mettre un commentaire dans ce véritable panier de crabes qu’est le blogue de Passou. D’ailleurs, je voulais ensuite répondre à celui qui s’était un peu moqué de mon commentaire en disant que je devais sans doute, pour rencontrer sans cesse des vocables rares, lire les livres de Genevoix, mais ma réponse n’est pas passée, et quand je m’en suis aperçu, une centaine de commentaires avaient déjà été postés entre-temps! L’argument de ma réponse égarée était de souligner qu’on trouvait nombre de mots absents des dictionnaires usuels non seulement chez Genevoix, mais aussi chez Huysmans, Jarry, Breton etc. J’avais aussi cité l’exemple de mon concitoyen Georges Eekhoud, dont j’ai ici un exemplaire (très défraîchi) d’un ouvrage intitulé les Libertins d’Anvers, où de tels mots introuvables, mais néanmoins magnifiques, sont légion.

Beaucoup des commentaires sur ce blogue sont assez symptomatiques d’une certaine partie de la population française actuelle, qui croit se valoriser en ne laissant passer aucune occasion de débiner la France, sa littérature, sa culture, et, bien sûr, sa langue. En l’occurrence, les chefs d’accusation contre le français étaient non seulement sa prétendue indigence lexicale, mais aussi sa «rigidité». L’affirmation que le français est rigide, plus rigide que l’anglais, que l’allemand, que l’espagnol, que le portugais, que tout ce que vous voudrez, vous est assenée de façon péremptoire, comme si c’était chose tout à fait évidente, une idée claire et distincte, qu’il est superflu de démontrer ou de prouver, puisque c’est l’expérience commune. Voire! Je dois être le seul dont la rigidité du français, en comparaison des autres langues, n’a pas frappé l’esprit. Alors, si une âme charitable veut bien m’expliquer…

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(37 réponses, dans Histoire de la langue française)

Nati a écrit :
Ah c'est trop fort comme explication.

Pourtant, cette explication est, je crois, la bonne. Les Celtes avaient effectivement l’habitude de compter par 20.

Je me souvenais avoir lu quelque chose en ce sens dans le Cheval d’orgueil il y a pas mal d’années. J’ai donc tapé dans Google breton + hélias + quatre-vingts, et je tombe sur un site de l’université de Strasbourg qui me donne sur un plateau d’argent le passage concerné:

«Cependant, mes camarades et moi, nous avons quelque difficulté avec le dix-huit qui se dit en breton trois-six (tri c'hweh). Nous nous étonnons un peu de ce que le français appelle quarante ce qui est deux-vingts (daou ugent), soixante ce qui est trois-vingts (tri ugent) et pourtant il dit quatre-vingts comme nous.»

http://www-irma.u-strasbg.fr/irem/php/p … laeser.pdf

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(37 réponses, dans Histoire de la langue française)

Bounigne :

(...) le tiret de quatre-vingts représente une multiplication, ce qui est une exception (il représente bien plus souvent l'addition : trente-cinq, soixante-dix, ...).

Oui, il serait certainement plus cohérent de dire huitante ou octante que quatre-vingts (sans parler des règles compliquées qui régissent l’orthographe de quatre-vingts — avec ou sans s, suivant les cas). Mais ce n’est pas la principale difficulté des numéraux en français de France; la véritable difficulté, tant pour les non francophones que pour les Belges et les Suisses, c’est l’addition d’un nombre supérieur à 9 aux dizaines soixante et quatre-vingts, donnant des choses invraisemblables telles que soixante-dix, soixante-et-onze, etc., qui sont en contradiction avec le système décimal. Personnellement, je ne parviens pas à m’habituer à ces nombres, et ce n’est pas faute d’avoir écouté des Français ou les radios françaises. Rien à faire, quand j’entends soixante-et-onze p.ex., il me faut chaque fois refaire cet exercice arithmétique consistant à additionner soixante et onze (60 + 11= 71 — ah! il veut dire septante-et-un).

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(21 réponses, dans Pratiques linguistiques)

Puisque nous parlions de pop-up, par quel mot désigne-t-on en français les pop-up books, ces livres pour enfants, dont les pages ont été découpées de telle manière que quand on les ouvre (ou, plus souvent, quand on les ouvre à moitié), ils présentent des images en trois dimensions. C’est un peu compliqué à expliquer, mais on en trouve une représentation ici:
http://www.shopexit9.com/e9_store/defau … r+the+Boys
Le Grand Dictionnaire terminologique donne comme traduction de pop-up book «livre animé en relief». Est-ce le terme que vous utilisez?

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(21 réponses, dans Pratiques linguistiques)

Pour traduire pop-up window, j'ai vu quelque part la proposition, que je trouve excellente, de dire fenêtre saute-au-pif.

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(16 réponses, dans Pratiques linguistiques)

Le verbe pouvoir a un large éventail de sens, selon la raison précise pour laquelle on peut (ou ne peut pas). Il y a grosso modo deux grandes catégories de raisons, que l’allemand p.ex. distingue au moyen de deux verbes différents: können et dürfen. Können correspond à pouvoir dans le sens de 'avoir la capacité', dürfen à l’autre catégorie de raisons, celles liées à l’autorisation, la permission qu’on a de faire telle chose. En français, on sera donc souvent amené à préciser, c’est-à-dire à remplacer pouvoir par être capable de, être à même de, être en mesure de, être en état de, etc. (1re catégorie) ou par être autorisé à, avoir la permission ou l’autorisation de, etc. (2e catégorie). Le néerlandais a également deux mots pour exprimer l'idée générale (et vague) de pouvoir, et j’ai parfois l’impression qu’il manque un mot en français, même si les équivalents cités ci-dessus me tirent toujours et facilement d’embarras. Beaucoup de Belges francophones, en particulier quand ils sont, pour une raison ou pour une autre, influencés par le néerlandais, ont tendance à dire savoir dans le sens de 'avoir la capacité' et pouvoir dans le sens de 'avoir la permission' — tendance qui est bien sûr combattue dans les écoles.

En contrepartie, si le français n’a qu’un seul mot pour dürfen et können, l’allemand ne sait pas distinguer entre ne pas savoir lire (pour ne pas l’avoir appris) et ne pas pouvoir lire (pour avoir une mauvaise vue, ou parce que le texte à lire est trop éloigné) et ne pourra dire dans les deux cas que nicht lesen können (de même qu’en Belgique, certains ne diront que il ne sait pas lire pour les deux situations). Ne pas savoir se réfère à une incapacité intellectuelle, ne pas pouvoir à une incapacité physique ou matérielle.

La proposition de Greg de remplacer, dans la phrase en discussion, par savait la locution lourde et inélégante était en capacité, me semble donc très pertinente.

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(45 réponses, dans Promotion linguistique)

TdP a écrit :

soyez conséquents, et invitez les pays où le français est langue officielle à faire au plus tôt la transition vers l’anglais, et exigez en même temps que la France, coupable d’avoir infligé à tous ces pays une langue aussi inutile, paye entièrement de sa poche les frais de cette transition.

Eh bien, je ne croyais pas si bien dire, dans ma rhétorique exaltée, car je m’aperçois que d’autres ont eu la même idée que moi. Ainsi p.ex. Dominique Wolton, grand chantre, paraît-il, de la francophonie, et «expert» en «communication», a-t-il déclaré:

Rares sont les pays où le français est langue maternelle. Donc, se battre pour la francophonie, c’est se battre pour la persistance de la langue maternelle, pour l’apprentissage de la langue de communication internationale qu’est l’anglais et pour, au minimum, l’apprentissage d’une troisième langue : une grande langue régionale en Afrique et/ou le français.

On aura noté le et/ou le français: on pourra donc, tout en se battant pour la francophonie, faire l’impasse sur le français. La partie qui, dans cet entretien avec Dominique Wolton, précède le passage cité, indique clairement que la citation ci-dessus s’applique aux anciennes colonies françaises en Afrique.

Pour ceux qui voudraient vérifier, c’est écrit noir sur blanc ici:
http://www.fdlm.org/fle/article/343/wolton.php

Remarquez qu’il s’agit du site de la revue ‘Le français dans le monde’, qui s’adresse aux professeurs qui enseignent le français comme langue étrangère un peu partout sur la planète. Il est sûr que ça va les motiver.

Je ne sais quand exactement venir de (passé proche) est apparu, mais je constate que Littré en parle, à l'article venir (n°40):

http://francois.gannaz.free.fr/Littre/x … cher#var40

Les références de Littré sont presque sans exception les auteurs du 17e et du 18e siècle (d'ailleurs les exemples qu'il cite sont de Racine, de La Fontaine et de Voltaire). Venir de appartient donc certainement à la langue classique.

Idem pour aller + infinitif, exprimant un futur proche (art. aller, 19°):

http://francois.gannaz.free.fr/Littre/x … cher#var19

Les citations sont cette fois de Racine, Corneille, Boileau et Molière.

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(32 réponses, dans Pratiques linguistiques)

Ces vélos sont assez rares, mais on en voit de plus en plus. Le principal avantage, c'est de pouvoir aller plus vite et donc d'utiliser le vélo pour des distances plus longues. D'ailleurs, je constate que j'ai du mal à les suivre sur ma bicyclette classique.

Le vélo a finalement peu évolué depuis un siècle. Il y a une photo montrant Alfred Jarry (1873-1907) sur une bicyclette; celle-ci est très semblable aux modèles qu'on trouve encore dans le commerce aujourd'hui.

http://commons.wikimedia.org/wiki/Image:Jarry_velo.jpg

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(45 réponses, dans Promotion linguistique)

P. Enckell:

La question de l'anglais dans les organismes internationaux est une tout autre question.

Décidément, je ne sais pas si nous sommes sur la même longueur d’onde. On s'est employé à expliquer, à démontrer, que l’anglais envahit nos écoles, nos ondes, nos entreprises, notre vocabulaire, bref, notre vie quotidienne, et vous venez nous parler de l’usage des langues dans les institutions internationales! Cette discussion tourne au dialogue de sourds, et on peut se demander s’il est utile de la poursuivre.

À moins que vous ne considériez les universités comme des institutions internationales? L’idée n’est peut-être pas si saugrenue que ça, puisque les universités ont de plus en plus l’apparence d’institutions européennes supranationales, au service (je force un peu le trait!) d'une jeunesse dorée européenne, parfaitement formatée, qui exige de pouvoir faire des études en langue anglaise partout en Europe, que ce soit à l’UCL (dans les sections anglicisées de Van Parijs), à la Sorbonne ou à Athènes. Pour ma part, si on m’avait offert jadis l’occasion d’étudier au Portugal, en Italie ou ailleurs, j’aurais certainement, et sans rechigner, appris préalablement le portugais ou l’italien, j’aurais mis à profit mon séjour pour approfondir mes connaissances linguistiques, m’initier à la culture du pays, nouer des contacts avec la population; il n’aurait pas été question pour moi une seule seconde que je fasse des études en anglais, dont je n’aurais pas vu — et dont je ne vois toujours pas — l’utilité! Mais aujourd’hui, on a donc affaire à des étudiants étrangers qui voudraient venir en France pour y étudier pendant deux ans, mais qui, même dans ces conditions, ne sont pas motivés à apprendre le français! C’est un véritable camouflet!

À propos des institutions internationales, je me permets de vous rappeler que le français est (pour le moment encore) langue de travail dans à peu près toutes les organisations internationales, eu égard au fait notamment que le français est langue officielle dans une trentaine de pays de par le monde. Des dizaines de millions de gens sur cette planète apprennent le français comme langue seconde, en particulier en Afrique. S’ils le font, ce n’est pas pour nos beaux yeux, mais parce que le français, croient-ils, leur est utile: pour la communication internationale, pour s’informer, se documenter, etc. Aussi la France a-t-elle, vis-à-vis d’eux, des obligations. Alors, je dis à tous ceux des Français qui trouvent présomptueuse et ringarde l’ambition de la France de défendre le statut international de sa langue, qui estiment que la communication scientifique ne doit se faire qu’en anglais, etc.: soyez conséquents, et invitez les pays où le français est langue officielle à faire au plus tôt la transition vers l’anglais, et exigez en même temps que la France, coupable d’avoir infligé à tous ces pays une langue aussi inutile, paye entièrement de sa poche les frais de cette transition.

"illustration". Il avait alors le sens de "éloge, action de rendre illustre, de chanter la gloire".

On ne peut être que d'accord, bien sûr; ce que vous dites est un peu une variante sur le thème: «cessons cette attitude défensive et frileuse, cessons de nous lamenter, soyons offensifs, mettons-nous au travail!» Fort bien, mais le problème aujourd’hui, c’est qu’une partie importante de l’élite n'est plus intéressée à illustrer le français, et lui a de fait tourné le dos. Il suffit de voir les sites des institutions de recherche françaises pour mesurer l’ampleur de l’abandon. Nombre de ces scientifiques, la majorité peut-être, n’a quasiment rien écrit en français depuis leur soutenance de thèse, et dans beaucoup de cas, on s’aperçoit qu’il n’y a pas, dans leur bibliographie personnelle, un seul article en français, qu’ils n’écrivent plus un iota en français. Comment allez-vous vous y prendre pour amener ces gens-là à bien vouloir illustrer la langue française? Je crains que ce ne soit perdre son temps que d’adresser aux big wheels de la recherche française des exhortations à utiliser aussi, de temps en temps, le français, et gare au gouvernement qui s’aviserait de prendre des mesures coercitives en ce sens.

C'est une vaste question, difficile à appréhender: il y a une foule d'aspects différents à prendre ne considération en même temps. Il se fait tard et je m'arrête là pour le moment.

22

(32 réponses, dans Pratiques linguistiques)

Je viens de trouver la réponse moi-même: c'est le vélo couché ou vélocar. Il s'agit d'ailleurs d'une invention française des années 30.

http://fr.wikipedia.org/wiki/V%C3%A9lo_couch%C3%A9

Je reformule donc ma question: connaissiez-vous ce mot, l'utilisez-vous?

23

(32 réponses, dans Pratiques linguistiques)

Comment appelle-t-on en français ce nouveau type de bicyclette?

http://www.ligfiets.be/index.php?selectie=ligfietsen

Le mot néerlandais est composé de fiets (=vélo) et lig-, radical de liggen (=être couché). Le terme anglais est recumbent bike ou comfort bike. En allemand: Liegefahrrad. Mais en français?

Merci d'avance.

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(45 réponses, dans Promotion linguistique)

P. Enckell :

Mais comment se fait-il donc, cher Torsadé et pointu, que vous soyez persuadé que "c'est l'université entière qui est passée à l'anglais", alors que l'université elle-même vous contredit ?

Veuillez me pardonner, apparemment mes informations n’étaient pas à jour. Toujours est-il que le projet d’angliciser totalement l’université de Delft a existé, et a connu un début d’exécution en 2001-2002 ou 2002-2003, je ne me rappelle plus exactement. Je me souviens encore d’une évaluation qui avait été faite à l’issue de la première année de ce régime, évaluation pas très favorable, en raison de la pratique insuffisante de l’anglais par les enseignants. J’avais cru cependant, à tort, qu’on se formaliserait peu de ces insuffisances, et que l’expérience serait poursuivie de toute façon, bref que la chose était irréversible. Mais il a donc été mis un coup d’arrêt à ce projet, à quoi les changements politiques survenus aux Pays-Bas ne sont sans doute pas étrangers; on sait que Balkenende, l’actuel premier ministre, s’est opposé à un autre projet d’anglicisation, appelé Anglia-project (rien que le nom fait frémir), infiniment plus grave encore que celui de Delft, et qui visait à ce que 20% des cours de l’enseignement primaire soit donnés en anglais.

Nos anglaiseurs ont donc un peu rectifié le tir. Désormais, seul le mastère sera en anglais, et uniquement en anglais, comme on peut le lire sur le site actuel de la TU Delft: http://www.tbm.tudelft.nl/live/pagina.j … p;lang=nl. J’y relève notamment le passage suivant: «Alle masteropleidingen van de TU Delft zijn Engelstalig. Hierdoor raak je gewend aan studeren in het Engels. Hierdoor word je voorbereid op een eventueel verblijf aan een buitenlandse universiteit.». (Ce qui veut dire: tous les masters à l’université de Delft sont en langue anglaise. Cela permet de s’habituer à étudier en anglais et de se préparer à un éventuel séjour dans une université étrangère.) Ce passage s’adresse manifestement aux étudiants hollandais, pas seulement aux étrangers. 

Il ne s'agit pas d'une université généraliste : c'est une ancienne Ecole polytechnique devenue université technique en 1986.

Qu’est-ce à dire? Que ce n’est qu’une école polytechnique, et que l’affaire est donc sans importance? Au même titre que les belles-lettres (et que les vieux dictionnaires d’argot), les sciences et l’ingénierie sont des domaines vitaux pour une langue, surtout compte tenu de l’aura qui s’attache aujourd’hui à la «technologie». Le français ne peut se limiter à être une langue littéraire, et il serait désastreux d’abandonner tout le terrain scientifique et technique à la seule langue anglaise — tout en se gargarisant de ce que le français est la plus grande langue littéraire de l’internet (affirmation que j’ai lue plusieurs fois, grotesque et fausse!).

Mais je vois bien que tout ce qui tend à une «défense de la langue française» vous donne des boutons (pour parler familièrement), tellement que vous niez les faits, qui sont pourtant flagrants. Du reste, je comprends vos réticences, cette histoire ne me plaît pas non plus, j’ai peu de goût pour la complainte, les lamentations et les litanies, et j’aimerais mieux consacrer mon temps à autre chose. De plus, dans ce type de combat, on a toujours le mauvais rôle, on donne l’impression d’être «contre l’anglais» (reproche que vous avez adressé à Moeffe, et qui peut paraître, je me permets de le faire remarquer, un tantinet injurieux), de vouloir limiter la liberté individuelle, de mener un combat égoïste. Il arrive aussi, dans ce combat, qu’on se retrouve en mauvaise compagnie: extrême droite, xénophobie, anti-américanisme, etc. Seulement, le château brûle; le doute n’est plus permis, le français, hélas! a besoin qu’on le défende. Il serait souhaitable que nos linguistes vainquent leur pudeur, leur prudence, leur réserve traditionnelles, fassent une analyse de la situation, et, s’il y a lieu, s’engagent dans le combat avec doigté, dignité, sans esprit belliqueux. Le voudront-ils?

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(45 réponses, dans Promotion linguistique)

P. Enckell :

L'une comme l'autre donnent effectivement un nombre réduit de cours en anglais. Mais c'est à l'intention des étudiants d'autres pays qui ont un statut particulier, étant inscrits sous un régime d'échange avec des universités étrangères (Uppsala a ainsi conclu des accords avec 400 universités de 40 pays).

Il ne s'agit absolument pas d'abandonner la langue nationale dans l'enseignement supérieur, comme vous le prétendez.

Je rappelle que l’université de Delft par exemple ne donne plus que des cours en anglais, et ce n’est évidemment pas seulement à l’intention d’étudiants étrangers: c’est l’université entière qui est passée à l’anglais, et les Hollandais qui voudraient y faire leurs études, devront le faire en anglais. Si, en Norvège, on se propose d’angliciser les dernières années des études de médecine (si ce n'est déjà fait), c’est aussi à l’intention des Norvégiens eux-mêmes. Dans le chef de certains, il s’agit bel et bien d’abandonner la langue nationale dans l’enseignement supérieur, et du reste pas seulement dans l’enseignement supérieur.

On pourrait imaginer que le néerlandais (pour continuer sur cet exemple), après avoir dû abandonner du terrain, serait du moins capable ensuite de garder solidement ses autres positions, et qu’on aboutirait alors à un nouveau statu-quo. Mais rien n’est moins sûr: cela risque d’être une sorte de jeu de dominos, où les positions du néerlandais tomberont une à une, jusqu’à la disparition totale de cette langue et son remplacement par l’anglais. Rien ne permet de croire à une stabilisation de la ligne de front entre néerlandais et anglais, au contraire, l’on assiste à un glissement progressif et accéléré vers de plus en plus d’anglais. En effet, certains déjà raisonnent ainsi: il est impératif que les lycéens qui se destinent à l’université, que ce soit aux Pays-Bas ou à l’étranger, attendu que l’enseignement y est désormais dispensé en anglais, aient préalablement acquis une très bonne connaissance de cette langue, d’où la nécessité d’organiser des cours en anglais dans le secondaire. De fait, ces cours existent déjà depuis quelques années, dans nombre de lycées hollandais, soutenus, comme il se doit, par la Commission européenne, prétendument pour encourager le «multilinguisme». Ce phénomène prend de l’ampleur et concerne à l'heure actuelle plusieurs dizaines de lycées aux Pays-Bas. Tant s’en faut donc que l’anglais soit confiné à quelques sections de certaines universités. En réalité, je ne vois que des raisons d’être pessimiste.

Évidemment, ce sont des projections dans le futur que je fais là, par définition hasardeuses. Je serais heureux que quelqu’un me prouve que je suis paranoïaque.

La réponse se trouve dans le Grevisse, §1008. Dans les constructions avec faire+infinitif, on emploiera les pronoms lui et leur (les pronoms au datif) lorsque l’infinitif qui suit est transitif direct et que le complément d’objet direct de cet infinitif est exprimé; sinon, c’est le pronom à l’accusatif (le, la, les) qui est utilisé. Dans la phrase extraite des Trois Mousquetaires, la première subordonnée relative contient un verbe transitif dont le COD (‘tous les obstacles’) est exprimé, d’où l’emploi de leur; dans la deuxième relative, le verbe à l’infinitif est intransitif, et donc le pronom est mis à l’accusatif.

Cependant, c’est là la règle générale, et il y a des cas particuliers. De plus, l’usage est souvent flottant, comme l’attestent les nombreuses citations d’auteur reproduites par Grevisse. Mon impression est que les francophones de naissance ne sont pas conscients de tout cet ensemble de règles, et fonctionnent en la matière à l’instinct.

À toutes fins utiles, je recopie ici le passage concerné du Grevisse.


CONSTRUCTION DE LA PROPOSITION INFINITIVE

N. B. - Dans l'exposé qui va suivre, on emploiera, pour plus de commodité, les mots de datif et d'accusatif. Le sujet de la proposition infinitive est au datif quand il prend la forme d'un complément d'objet indirect: Je fais bâtir ma maison À CET ARCHITECTE, je LUI fais bâtir ma maison. - il est à l'accusatif quand il prend la forme d'un complément d'objet direct: Je vois venir MON PÈRE, je LE vois venir.

a) Après les verbes apercevoir, écouter, entendre, faire, laisser, ouïr, regarder, sentir, voir, lorsque l'infinitif se présente sans objet direct, son sujet se met à l'accusatif:

Je vois CET ENFANT obéir à ses parents, je LE VOIS obéir. Je vois venir VOTRE PÈRE, je l'enlends parler. Laissons faire NOS PARENTS. Je sens battre MON COEUR. - Il fait trembler LES MÉCHANTS, il LES fait trembler. - Je ferai renoncer CET HOMME à ses prétentions (LITTRÉ). - Cette aventure ( ... ) contribua beaucoup à LE faire croire aux visions miraculeuses de Swedenborg (BALZAC, Louis Lambert, p. 6I). - Personne au monde ne LE fera changer d'avis (J. COCTEAU, Bacchus, lIl, 7).

Parfois cependant, notamment après faire et laisser, l'infinitif sans objet direct a son sujet au datif:

J'aurais fait changer d'avis À LUCILE (MARIVAUX, Les Serments indiscrets, III, 5). - Si vous croyez que c'est commode de LUI faire changer d'idée (P. BENOIT, Axelle, p. 171). - Cela, peu à peu, LUI laissait espérer dans la clémence du sort (Fr. CARCO, L'Homme traqué, p. 184). - Laissons faire AUX POÈTES (A. GIDE, Attendu que ... , p. 167). Dans ces divers cas, l'infinitif intransitif est, pour la syntaxe, fort proche d'un infinitif transitif : changer d'avis, changer d'idée, espérer dans la clémence sont très voisins de : changer son avis, changer son idée, espérer la clémence.

b) Lorsque l'infinitif a un objet direct:
Après faire, en général le sujet de l'infinitif se met au datif (voir cependant Rem. I et 2 ci-après), ou bien il se construit avec par:

Vous faites dire À CICÉRON une chose qu'il n'a jamais dite (LITTRÉ). - Je ferai bâtir ma maison À ou PAR CET ARCHITECTE (ID.). - L'architecte À QUI, PAR QUI j'ai fait bâtir ma maison. Je ferai examiner l'affaire À CELUI-CI, PAR CELUI-CI, À CHACUN D'EUX, PAR CHACUN D'EUX. - Et l'on fit traverser tout Paris À CES FEMMES (HUGO, Chât.,V, II). - Je ferais réciter ses rôles À MON MARI (Ch. VILDRAC, Le Pèlerin, I).
La romance que je LUI ai fait chanter. - Il LUI fit boire un liquide ... (BRIEUX, La Foi, II, 3). - Blanche LUI faisait penser à une grosse poupée à cheveux rouges bourrée de son (R. SABATIER, Trois sucettes à la menthe, p. 41).

Après faire quand le sujet de l'infinitif est un pronom personnel, il se met parfois à l'accusatif:

On ne LA fera point dire ce qu'elle ne dit pas (SÉv., 17 janv. 1680). Et c'étaient des joies, des douceurs qui LA faisaient bénir Dieu de son sort (SAINTE BEUVE, Vol., XIII). - Les femmes les plus naïves ont un sens merveilleux qui ( ... ) LES fait ressaisir bientôt tout l'empire qu'elles ont laissé perdre (R. MARTIN DU GARD, Jean Barois, p. 114). - L'inquiétude naturelle aux malades qui LES fait essayer sans cesse de nouveaux régimes (P. BOURGET, Les Détours du coeur, p. 329). - Des nouvelles un peu moins bonnes LES firent précipiter leur départ (A. GIDE, La Porte étroite, p. 129). _ Je l'avais fait jurer qu'il viendrait (A. BILLY, Madame, p. 166). - Il m'est impossible de LE faire aborder ce sujet (G. DUHAMEL, Problèmes de civilisation, p. 13).

Après apercevoir, écouter, entendre, laisser, ouir, regarder, sentir, voir, le sujet de l'infinitif se met indifféremment à l'accusatif ou au datif, ou bien il se construit avec par:

a) On LE vit briser ses meubles (G. SAND, Lélia, VIII). - S'ils ont laissé toute la mèche que je LES ai vus acheter (MAUPASS., Mont-Oriol, p. 38). - En LA voyant faire l'aumône (É. AUGIER, Les Effrontés, II, 6). - Il avisa Emilia de LE laisser conduire l'intrigue (É. BOURGES, Le Crépusc. des dieux, III). - Si encore on LE laissait emmener sa femme (M. PRÉVOST, La Nuit finira, t. I, p. 158). - Comme une souris QUE le chat laisse faire quelques pas en liberté (A. de CHÂTEAUBRIANT, M. des Lourdines, p. 132). - Je l'entends remuer la casserole (J. ROMAINS, Lucienne, p. 65). - Comme certains mendiants QUE j'ai vu [sic] humer l'odeur des plats (E. ESTAUNIÉ, L' Infirme ... , p. 95). - Je LA sentis serrer mon bras (M. ARLAND, La Vigie, p. lI9). - J'ai vu, j'ai laissé CES JARDINIERS planter des choux.
b) Je LUI laissai sans fruit consumer sa tendresse (RAC., Brit., IV, 2). _ Nous LUI vîmes enfiler des aiguilles fort menues (DIDEROT, Lett. sur les aveugles). _ Je LUI ai même entendu dire qu'il avait appris la flûte (J. ROMAINS, Lucienne, p. 64). _ Il n'était plus possible de LUI laisser tout ignorer (ID., ib., p. 145). _ Il resta toujours fidèle aux exercices de piété qu'il LUI avait vu pratiquer (H. BREMOND, Ames religieuses, p. 10).
c) Un garde ( ... ) a laissé admirer PAR MA FEMME son poignard (M. GENEVOIX, Afrique blanche, Afrique noire, p. 62). - J'ai vu, j'ai laissé Planter des choux À CES JARDINIERS, PAR CES JARDINIERS. Les jardiniers À QUI, PAR QUI j’ai laissé planter des choux.

Remarques. - I. Quand le sujet et l'objet direct de l'infinitif sont tous deux des pronoms personnels, si les deux pronoms sont joints devant le verbe principal, le pronom sujet de l'infinitif se met au datif:

Vers un vieux bâtiment je le LUI vis porter (LA F., F., IX, I). - On le LUI fit bien voir (ID., ib., VII, I). _ Ce devoir, je le LUI ferai recommencer, ne le LUI faites pas recommencer. Ce livre, ne le LEUR laissez pas lire.

Mais si les deux pronoms ne sont pas joints devant le verbe principal, le pronom sujet de l'infinitif se met à l'accusatif:

Ce mot d'«estime», ( ... ) LA faisait me remercier (SAINTE-BEUVE, Vol., XIX). - Je l'ai vu la battre (M. PRÉVOST, La Nuit finira, t. II., p. 50). - Elle ne veut pas, peut-être, qu'on LA voie me regarder (J. SARMENT, Jean Jacques de Nantes, p. 247). - Il LES regarde le regarder (ID., ib., p. 234).

En particulier, lorsque le verbe principal est à l'impératif et qu'il n'est pas précédé des deux pronoms conjoints, le pronom sujet de l'infinitif peut être: 1° au datif, dans des phrases comme les suivantes:

Ce livre, laissez-le-LUI lire. Ce devoir, faites-le LEUR recommencer.

à l'accusatif, dans des phrases comme les suivantes:

Ce livre, laissons-les le lire en paix. Laisse-LE te guider. Ne LES laisse pas nous injurier. Ne LE laisse pas te perdre. Voyez-LES nous accuser.

2. Quand l'infinitif est un verbe pronominal, son sujet se met à l'accusatif:

Qui LE fait se charger des soins de ma famille ? (CORN., Hor., V, 3.) _ Je LA vis se rapprocher de sa soeur (E. FROMENTIN, Dominique, XIII). _ Elle LES entendait se disputer (M. PRÉVOST, La Nuit finira, t. I, p. 162). - Une mollesse parfois LA faisait s'étendre sur l'herbe drue d'une pente (MAUPASSANT, Une Vie, II).

Il est exceptionnel que le sujet soit au datif:

Une résolution qui LUI fait se diriger vers la place de la Concorde (P. BOURGET, L'Émigré, p. 323).

3• Lorsque les verbes apercevoir, écouter, entendre, etc. (surtout faire et laisser) sont à la forme pronominale, le sujet de l'infinitif s'introduit par une des prépositions par ou de:

Il se laisse entraîner PAR LE COURANT. Il se fait estimer DE TOUS. Il se sentait envahir PAR UNE TRISTESSE MORTELLE.

SCIENTIA VINCERE TENEBRAS: c'est la devise de l'Université libre de Bruxelles, section flamande (VUB).

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(134 réponses, dans Jeux de mots...)

Kobo :
Céline qui a, lui aussi, publié quelques "lettres" dans Je suis partout, mais au contenu plus engagé dirons-nous.

Oui, et il a écrit pire : à la même époque paraissaient des ouvrages tels que les Beaux Draps et Bagatelles pour un massacre, où s’étale un antisémitisme d’une virulence inouïe. Tout y est tellement outrancier, boursoufflé, caricatural, irrationnel, qu’on ne peut croire qu’un homme doué de raison, comme l’était Céline, ait pu lui-même ajouter foi une seule seconde à toutes ces élucubrations. Si son propos avait été de dénoncer l’antisémitisme en le caricaturant, ou à l’exorciser en lui-même par une sorte de catharsis littéraire, il ne s’y serait pas pris autrement. Peut-être s'agissait-il de céder, par une surenchère d’ignominie, à je ne sais quelle tendance autodestructrice (tendance présente aussi chez Brasillach). C'est au point que de dire que Céline est «d’extrême droite» a peu de sens, car avoir une opinion politique, quelle qu’elle soit, suppose un cadre de pensée un tant soit peu cohérent et rationnel. Même ses admirateurs (j'en suis) ont toujours des rapports difficiles avec la personnalité de Céline.

Les Beaux Draps et Bagatelles pour un massacre sont disponibles dans leur édition d’époque à la bibliothèque universitaire de ma ville — du moins l’étaient au moment où je les empruntés voici une vingtaine d’années. S’ils étaient, et sont encore du reste, interdits en France, ils ne l’étaient manifestement pas en Belgique. Je me demande si entre-temps quelqu’un n’a pas eu l’idée de les mettre en ligne. À l’heure d’internet, interdire un livre peut apparaître vain dès lors qu’il a été imprimé et diffusé librement une première fois, comme les ouvrages cités de Céline, ou qu’il a connu un début de diffusion, comme ce livre plus récent qui mettait de quelque manière en cause François Mitterand (je ne sais plus à quel sujet), et que les autorités françaises, alors que le livre avait déjà été imprimé et que des exemplaires en avaient déjà été vendus, ont essayé d’interdire après coup, mais qui avait été mis sur internet, rendant inutile cette mesure d'interdiction.

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(21 réponses, dans Pratiques linguistiques)

Papy :

Y a-t-il des mots, inexistants en français ou trouvés seulement en anglais, que vous voudriez créer vous-même?

Oui ! Je cherche un équivalent de streaming. Personnellement, je proposerais coulée continue, qui est un terme emprunté au vocabulaire de la sidérurgie (ce n'est donc pas vraiment une création), et que je voudrais pourvoir d’une acception supplémentaire.

On peut observer que les verbes susceptibles d’avoir un participe passé suivi d’un verbe à l’infinitif sont en définitive assez peu nombreux (quelques dizaines?), et qu’il ne serait pas trop malaisé d’en dresser la liste complète ; de façon plus générale, au demeurant, les verbes dont le participe passé peut prendre des formes audibles différentes sont très largement minoritaires. Si on examinait la chose de plus près, on s’apercevrait peut-être que, hormis faire et dire, ces verbes ont tous ou quasiment tous un participe passé invariable dans la prononciation. Il n’y a pas en effet de différence, à l’ouïe, entre les chansons ou les chanteurs que j’ai entendu(s) chanter. Et c’est heureux, car sinon il nous faudrait, dans le feu d’une conversation, faire d'abord tout un raisonnement compliqué avant de décider, en un éclair, d’accorder ou non le participe. Cette règle d’accord, proprement inapplicable à l’oral, ne concerne donc que le seul écrit, où en principe on a le temps de faire travailler ses méninges. Le verbe faire est, avec le verbe dire, le seul verbe (du moins, à ma connaissance) pouvant être suivi d’un infinitif et dont le participe prend des formes qui se différencient à l’audition; je me demande si ce n’est pas une des raisons pour lesquelles le participe est laissé invariable dans ces deux cas — à côté de la raison donnée par Grevisse: le participe fait suivi immédiatement d’un infinitif est toujours invariable, parce qu’il fait corps avec l’infinitif est constitue avec lui une périphrase factitive (§794, b, rem.1) ou le participe dans des phrases du type ‘Les personnes qu’on dit venir de loin’ sont invariables , l’infinitif étant l’élément essentiel de leur objet direct (§794, b, rem.3). Aux raisons logiques des grammairiens s’ajouterait ainsi un motif pragmatique.

Mais il y a autre chose que je voulais faire remarquer à propos de faire suivi d’un infinitif, une de ces petites aberrations de la langue française qui font mentir sa réputation de langue «cartésienne». Si on dit laisser quelqu’un faire telle chose, on dit, en dépit de l’analogie, faire faire telle chose à quelqu’un, là où on devrait dire logiquement, mais incorrectement, faire quelqu’un faire telle chose. C’est un usage spécifique au français (à moins qu’on ne me contredise) que de dire je leur ai fait visiter le château (à côté de je les ai laissés visiter le château). Pourtant, je lis, dans un roman célèbre, la phrase suivante:

Les grands criminels portent avec eux une espèce de prédestination qui leur fait surmonter tous les obstacles, qui les fait échapper à tous les dangers, jusqu’au moment que la Providence, lassée, a marqué pour l’écueil de leur fortune impie.
(Les Trois Mousquetaires, 1re phrase du chap. 61; les soulignements sont de moi.)

Pourquoi leur dans la première des deux subordonnées relatives, et les dans la seconde? Je suis incapable d’en rendre raison, même si instinctivement je sens que le choix des pronoms est ici correct. Faut-il admettre que ce choix est déterminé par le verbe qui suit? Serait-il aussi correct de dire qui les fait surmonter tous les obstacles et qui leur fait échapper à tous les dangers? J’ai l’impression, sans pouvoir autrement rationnaliser, que il les fait échapper, il les fait s’échapper, il les fait s’évader est préférable à il leur fait échapper, etc. Le fait que échapper peut être suivi d’un complément introduit par la préposition à ne semble pas être l’explication puisque s’échapper et s’évader ne peuvent pas avoir un tel complément. Je pédale dans la choucroute.

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(57 réponses, dans Promotion linguistique)

Pierre Enckell (à propos de Moeffe) :
Je vois bien que vous êtes fondamentalement anti-anglais (= anti-langue anglaise).

C'est un peu schématique! Moeffe est inquiet, et il a des raisons objectives de l'être. Dans ce type de lutte, il faut voir à bien cibler ses attaques, et veiller à ne pas tomber dans certains pièges, comme p.ex. l'anti-américanisme; mais des maladresses sont inévitables.

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(57 réponses, dans Promotion linguistique)

Moeffe :
C. Ockrent —puisque je l'ai citée— a aussi dit que l'europe parlera anglais mais que ce n'est pas grave.

A-t-elle réellement dit cela? Voulait-elle dire que l’Europe parlera anglais comme langue maternelle?

C’est une manifestation d’européisme extrême. L’Europe, dans la conception de ces gens, est une utopie totalitaire, et gare à ceux qui n’entreraient pas dans le moule, ou qui refuseraient d’y entrer. Il s’agit, comme pour les Khmers rouges, de bâtir un homme nouveau, en gommant tout l’héritage du passé. Ces gens sont dangereux, entêtés, deviennent très méchants quand on leur résiste. De plus, ces exaltés européistes sont instrumentalisés et manipulés par de puissants groupes financiers, pour qui la construction européenne n’est qu’un moyen de mette en oeuvre, sans l’avis des peuples, une politique sociale et économique conforme à leurs intérêts. Tôt ou tard, tout cela fera boum, et la seule question est de savoir s’il y aura effusion de sang ou non.

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(57 réponses, dans Promotion linguistique)

P. Enckell :
Le fait que V.P. soit Flamand (ou néerlandophone) ne devrait pas le qualifier automatiquement d'anti-français.

Non certes, tout Flamand intelligent et honnête sait qu’il y a peu de cultures aussi imbriquées l’une dans l’autre que les cultures flamandes et françaises; mais quelques-uns, dont notre Van Parijs justement, ont une rancune profondément enracinée vis-à-vis de la France, de la langue française, des francophones. Ces sentiments sont loin d’être rares, et j’y suis confronté de temps à autre, notamment sur mon lieu de travail (je suis très bien placé pour observer, parlant le néerlandais absolument sans accent, et n’ayant donc aucun mal à me faire passer pour un Flamand). Parmi mes collègues, il y en a un en particulier qui ne fait pas mystère de sa haine, et ce n’est vraiment pas beau à voir. Sa tactique, d’ailleurs, c’est d’angliciser tout ce qui bouge, dans le but avoué d’enquiquiner ses collègues francophones. C’est surtout chez les générations plus âgées qu’on rencontre ce type d’attitude, chez ceux qui ont connu les bagarres des années 60 et 70. À l’opposé, j’ai entendu de jeunes collègues flamands, qui devaient avoir la vingtaine, protester contre le sort qui est fait à la langue française à l’instance européenne avec laquelle nous avons affaire; le français y a systématiquement été mis à l’écart au profit de l’anglais, ce qui a pour conséquence que tous les documents qui nous parviennent de là-bas sont en anglais exclusivement (y compris les nomenclatures, qu’il nous faut alors tant bien que mal déchiffrer et traduire dans nos deux langues nationales) et que toutes les formations au niveau européen sont désormais, à quelques exceptions près, en anglais. Assurément, il serait souhaitable que les linguistes professionnels sortent de temps en temps de leur tour d’ivoire et aillent jeter un coup d’oeil dans le monde réel: dans les entreprises, dans les chancelleries européennes, dans les laboratoires de recherche, etc.; peut-être trouveraient-ils alors un début de motif de s’inquiéter un peu.

L'exposé provocateur de Van Parijs a le mérite d'être raisonné et intelligent.

Pour revenir à Van Parijs: celui-ci fait partie de la catégorie de Flamands qui ont un compte à régler avec la francophonie. L’instrument dont ils croient pouvoir se servir à cet effet est la langue anglaise et son statut actuel. Dans l’entretien avec Le Vif/L’Express, il se laisse aller, abandonnant pour un moment son ronron universitaire, et s’oubliant, pris d’une incontinence soudaine, à tenir des propos dont le but évident est de blesser, d’humilier, d’abaisser, en usant d’arguments vulgaires, comme celui de mesurer l’importance d’une langue à la seule aune des effectifs de locuteurs. Témoin aussi cette anecdote qu’il raconte d’un philosophe français de 75 ans (notez l’âge avancé) qui se serait exprimé en français en Inde lors d’un congrès, et aurait ce faisant suscité l’indignation des Indiens. Outre qu’on peut supposer qu’il s’agit là probablement d’une interprétation tendancieuse, le message qu’il cherche à véhiculer est en substance celui-ci: le français est une affaire de vieux chnocs. D’ailleurs, ce brillant et habile universitaire a su (preuve que tout ce qu’il dit est intelligent et raisonné!) glisser au bon moment le mot qui tue: ringard. On n'imagine pas un Tchèque ou un Estonien tenir de tels propos.

(…) je ne vois pas en quoi l'anglais, comme seconde langue ou lingua franca, mettrait en péril l'usage et le développement des autres langues de civilisation.

Lingua franca ou langue seconde, ce n’est pas la même chose. Une lingua franca est une langue improvisée, faite de bric et de broc, sans prestige, servant de moyen de communication entre marchands de nationalité différente. Dans les pays européens non anglophones, l’anglais déborde largement de ce rôle. Proposer, comme le fait Van Parijs, d’angliciser l’enseignement supérieur, de faire de l’anglais la langue administrative unique de l’Union européenne, d’en faire la seule langue de la communication scientifique, de l’imposer comme véhicule unique dans les congrès de philosophie, etc., ce n’est pas vouloir cantonner l’anglais à un rôle d’outil de communication pour vendre des frigidaires à l’étranger. Si donc, en corollaire, les autres langues sont exclues de toutes ces fonctions, leur usage se réduit, leur logosphère se rétrécit dangereusement. En France, une foule de domaines de l’esprit ont été abandonnés à l’anglais: les sciences dites exactes d’abord, il y a quelques décennies déjà, puis les sciences humaines de plus en plus aujourd’hui. En plus, il faudrait, selon Van Parijs, que les cours se donnent en anglais dans nos facs! Au demeurant, les Hollandais ont déjà joint le geste à la parole, si je puis dire, en anglicisant une de leurs universités: depuis 2 ou 3 ans en effet l’université de Delft dispense tout son enseignement en anglais, et en anglais seulement (pas concurremment avec le néerlandais). Le recteur de l’université de Leyde a plaidé pour que son université soit elle aussi anglicisée. Une langue qui cesse d’être langue d’enseignement dans les universités est une langue décapitée.

S’y ajoute l’emprise de l’anglais dans la culture de masse (je ne parle pas de culture populaire, qui n’existe plus guère): dans ma ville, les films proposés dans programmes de cinéma sont anglais à quasiment 100%; chanter en néerlandais est devenu tout à fait marginal, à tel point que si un chanteur utilisé encore cette langue, les journalistes s’en étonnent et lui en demandent la raison; les gens ne lisent plus guère que des polars anglo-saxons, souvent du reste dans la langue originale (j’en parle en connaissance de cause, étant assis dans le train Bruxelles-Amsterdam chaque jour). Si tout cela ne justifie pas selon vous qu’on ressente un début d’inquiétude, dites-nous ce qu’il faut de plus pour que l’on soit fondé à se préoccuper du sort de sa langue?

On ne cesse de nous dire que dans les pays, si admirables, d’Europe du nord tout le monde connaît l’anglais et que pourtant les langues locales ne s’en portent pas plus mal. Mais qu’en savent tous ceux qui affirment cela? Ont-ils examiné la situation sur place? En Suède, les études de médecine se feraient désormais en anglais. D’après une information que j’ai glané sur une autre liste, mais que je suis incapable de vérifier, un groupe de prof. d’université suédois militerait pour le remplacement du suédois par l’anglais comme langue nationale (on a bien lu: comme langue nationale, pas seulement comme langue d’enseignement dans les universités). On peut d’ailleurs se demander pourquoi diable l’anglais n’a pas déjà été proclamé langue officielle aux Pays-Bas (plutôt que de la Suède, je préfère parler des Pays-Bas, que je connais beaucoup mieux), puisque aussi bien tout le monde là-bas connaît, paraît-il, parfaitement l’anglais, et que c’est donc techniquement possible. Est-ce parce que les gens seraient attachés à leur langue? Bien sûr que non; la raison en est que, pour l’heure du moins, la population entière ne connaît pas encore assez d’anglais, et que beaucoup de Hollandais s’expriment avec beaucoup plus d’aisance en néerlandais qu’en anglais. Mais la situation change très vite, et le jour où une parfaite diglossie aura été mise en place, je ne donnerais pas cher de la peau du néerlandais, car il aurait alors perdu toute valeur en tant qu’outil de communication indispensable, et les Hollandais l’abandonneraient peu à peu, sans trop d’état d’âme. L’hypothétique attachement à la langue maternelle, sentiment dont on exagère l’importance, ne joue qu’un rôle tout à fait mineur en ces matières. Sur une autre liste, j’ai fait un jour l’analogie suivante: supposez qu’on vous propose de remplacer votre vieil ordinateur 486, 16 Mo de mémoire vive et 1,2 Go d’espace disque, par le bastringue dernier cri, 3,5 Mhz, 200 Go de disque dur, 1Go de mémoire, allez-vous décliner l’offre au motif que votre vieil ordinateur vous a été offert par votre mère? Non, vous le liquiderez sans barguigner; au mieux, vous l’exposerez dans une armoire vitrée. La situation de diglossie, contrairement à ce que d’aucuns affirment («en Norvège, tout le monde connaît l’anglais, et pourtant la langue locale ne s’est jamais aussi bien portée», phrase lue sur un forum), est une situation instable, des glissements s’opérant immanquablement dans le sens de la plus forte (au regard des capacités de communication) des deux langues en présence. Dans mes moments optimistes, je me dis qu’il est moins cinq pour le néerlandais, dans mes moments pessimistes, je me dis que le point de non retour est d’ores et déjà dépassé. Le néerlandais n’a jamais été confronté à une telle situation, du moins pas aux Pays-Bas, c’est absolument sans précédent. Dans l’histoire des langues européennes, le rôle que joue l’anglais et le déferlement de produits culturels véhiculés par cette langue, est le phénomène majeur de ces dernières décennies, et je m’attendrais à ce que les linguistes de profession s’y penchent un plus sérieusement.

Que pourraient faire les linguistes? P.ex. dresser la liste des conditions pouvant déterminer qu’un langue, passez-moi l’expression, se fasse bouffer par une autre, et vérifier ensuite si ces conditions sont réunies dans le cas du suédois, néerlandais, français, etc. En s’appuyant sur des exemples du passé (ce ne sont pas les exemples qui manquent) on pourrait tenter de faire des projections à plus ou moins long terme, même si des prédictions en la matière sont hasardeuses. Et peut-être s’appliquer à modéliser un peu tout ça.

Zut, j’ai été fort long, et je crains que mon exposé soit un peu décousu, situation aggravée d’autant que je dois sans cesse battre des deux mains pour me garantir des régiments de moustiques qui m’assaillent.

Attendons les réactions.

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(57 réponses, dans Promotion linguistique)

P. Enckell :

Qu'est-ce que ces deux personnes (Todorov et Van Parijs) ont fait pour mériter de pareilles injures ? Je ne trouve pas leurs noms dans les interventions qui précèdent.

Le nom de Philippe Van Parijs (qui n’est pas Hollandais, mais Belge, prof. émérite de l’Université de Louvain) a déjà été mentionné ici, je crois même dans le présent fil. Le bonhomme, loin d’être un âne, est au contraire l’homme le plus perfide qui fut oncques. Sa position concernant la question des langues est exposée (en anglais) ici:
http://www.etes.ucl.ac.be/DOCH/DOCH%20122%20(PVP).pdf
Pour ceux que cette lecture, peu ragoûtante en effet, rebuterait, il y a cet entretien (en français), qui permet de prendre mieux toute la mesure de sa malveillance et de sa rancune vis-à-vis des francophones:
http://www.haviko.org/franstaligen/Van_ … 6-2004.pdf
Le point essentiel qui n’apparaît pas directement derrière toute cette propagande tendancieuse, car Van Parijs n’a garde de le dire ouvertement, et qu’il est nécessaire de savoir pour situer correctement sa démarche, c’est qu’il est Flamand, partiellement francisé certes, mais Flamand de sentiment, nationaliste et vindicatif. D’autres se sont déjà chargés de lui faire la réplique, à commencer par Marc Wilmet:
http://rwf.be/detailarticle1.asp?ref=48
Puis François Grin:
http://www.economie-publique.fr/document31.html
Et quelques autres:
http://www.fltr.ucl.ac.be/FLTR/ROM/CEDI … phonie.htm

En complément, pour que Papy soit tout à fait en position de force face à sa prof de français, et parce que ça ne mange pas de pain, je recopie ici l'article du Grand Robert (article d'ailleurs totalement en accord avec ce qu'ont écrit gb et P. Enckell):

- 1. LA PLUPART DE...  (suivi d'un singulier ou d'un pluriel). - REM. Les verbes, participes, adjectifs, pronoms régis par cette locution s'accordent régulièrement avec le complément (singulier ou plus souvent pluriel), et non pas avec plupart.

Vx. ou en loc. La plupart de... (suivi d'un singulier) : la plus grande part*, la plus grande partie* de... - Vx. La plupart du monde pense que... «La plupart de l'armée se débanda» (Académie, 1694). «Tout se passe comme si la plupart de ce qui est n'existait pas» (Valéry). - (En parlant du temps). Vx. «La plupart de la nuit» (Saint-Simon). - Loc. Mod. LA PLUPART DU TEMPS : le plus souvent*, presque toujours. - Ordinairement.
 
Cour. LA PLUPART DE... (suivi d'un pluriel): le plus grand nombre de... - Généralité, majorité. La plupart des hommes, des enfants sont... . La plupart de ceux qui... . La plupart d'eux (vx), d'entre eux, d'entre nous. - Dans la plupart des cas. Chez la plupart des peuples. - REM. L'accord, dans l'usage ancien, se faisait aussi avec la plupart et non avec son complément au pluriel; cet emploi est un archaïsme littér.: «La plupart des vivants n'attend rien...» (- Immolation, Suarès). Cf. Tristan Derème, Alain, André Billy, cités par Grevisse, le Bon Usage, § 806, Rem. 2.
    Loc. adv. Pour la plupart, et, ellipt, la plupart: quant à la majorité, au plus grand nombre (de ce dont on parle). Les convives étaient, pour la plupart, des marchands. Les hommes la plupart sont étrangement faits! Des hommes qui, la plupart, luttent... . Les plus rebelles sont, la plupart... . Des hommes nouveaux, la plupart très jeunes. - Chez la plupart, dans la plupart...
 
- 2. Pron. indéf. LA PLUPART : beaucoup, le plus grand nombre... (généralt suivi du pluriel). - La plupart s'en vont (littér.), s'en va. La plupart pensent que... La jalousie de la plupart et le mépris de quelques-uns. Le nécessaire manquait à la plupart.

Dans le cas de la plupart, c'est donc l'accord 'logique' qui l'emporte sur l'accord 'grammatical'. C'est ce qu'on appelle, si je ne m'abuse, une syllepse de nombre (il existe aussi la syllepse de genre). Dans l'adverbe beaucoup, ce même processus s'est parachevé, la syllepse de nombre ayant été complétée par une soudure des deux mots qui à l'origine composaient cet adverbe, à tel point que, n'était l'orthographe pour garder le souvenir de la genèse de ce mot, peu de gens sauraient encore qu'il était à l'origine un mot composé. En tout état de cause, et même la prof de Papy l'admettra, il n'est pas question, avec beaucoup, de faire l'accord 'grammatical'.

Il y a d'autres exemples encore de syllepse de nombre et d'accords hésitants. Je songe en part. aux pourcentages: faut-il écrire
50% des personnes interrogées déclarent que...
ou
50% des personnes interrogées déclare que...
Je crois que les deux possibilités sont admises en français. L'usage peut différer d'une langue à l'autre: en néerlandais, les pourcentages sont toujours suivis d'un verbe au singulier, en allemand, d'un verbe au pluriel.

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(134 réponses, dans Jeux de mots...)

Merci pour ce lien !

Je n'ai donc pas lieu de rien ôter à mon admiration pour cet auteur.

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(8 réponses, dans Pratiques linguistiques)

En ce qui concerne Vanuatu, la prononciation est va-nou-a-tou (ou /vanuatu/, dans l'alphabet phonétique international), comme on peut s'en rendre compte ici:
http://www.tv-francophonie.com/
Cliquer sur Toutes les émissions en ligne, puis, sur la page d'imagettes qui s'affiche alors, aller voir tout en bas «Vanuatu, une francophonie menacée?». Aussi bien la voix de la commentatrice qui introduit le reportage que les locaux qui s'expriment (en français) disent clairement va-nou-a-tou.
Sur la même page, dans les mêmes parages, il y a aussi un reportage sur Wallis et Futuna, mais celui-ci ne semble pas vouloir se mettre en marche.

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(134 réponses, dans Jeux de mots...)

Pierre Enckell :

Ah!... Marcel Aymé.

Je me permets de saisir au passage ce fil sur Marcel Aymé et évoquer un point qui me trotte dans la tête depuis un certain temps, même si c’est un peu hors sujet. J’ai appris avec consternation et incompréhension que pendant la guerre, Marcel Aymé a publié certaines de ses nouvelles dans Je suis partout, l’infâme torchon de Brasillach, lequel torchon incitait ses lecteurs, alors que des rafles avaient lieu à Paris, à la délation de Juifs. Comment cela a-t-il seulement été possible, de la part d’un écrivain qui en aucune manière ne pouvait invoquer une improbable naïveté politique, lui qui était l’auteur de contes qui étaient pour la plupart des contes moraux et qui ne pouvait pas ignorer que publier ses textes dans Je suis partout c’était d’une manière ou d’une autre donner des gages aux autorités collaborationnistes.

Cependant, à la fin de l’édition Quarto Gallimard, que j’ai ici sous la main, je lis (p. 1328):

Aymé, à l’instigation de Brasillach, publie le premier de 5 articles dans Je suis partout. Il continua jusqu’en 1943 d’y publier ses nouvelles, telle «La Patte de chat» et des articles sur des illustrateurs, malgré la demande que lui fit Louis Daquin d’abandonner ce journal. Selon le témoignage de Daquin, qui affirma avoir eu entière confiance en lui, Aymé prête son appartement pour abriter des réunions de résistants.

Un peu plus loin:

Les autorités d’occupation imposent le port de l’étoile jaune aux juifs de la zone occupée (mai 1942). Selon le témoignage d’Henri Janson, Marcel Aymé rédige et propose un violent article contre les responsables de cette mesure inique; il fut composé mais interdit par la censure allemande. Les typos s’empressent d’en tirer des épreuves pour le faire circuler.

Tout à fait logiquement, il fut un peu inquiété après la libération, mais semble prendre la chose de haut, dédaigneux de s’expliquer, mieux: se fendant d’une nouvelle, intitulée «Le Faux Policier», dans laquelle il insinue que l’épuration se ramène en fait à l’action d’individus véreux dont le seul but est de faire main basse sur les biens de collabos présumés.

Reste quand même que cette collaboration à Je suis partout fait horriblement tache dans la biographie de cet écrivain que j’admire par ailleurs beaucoup. Quelqu’un aurait-il d’autres précisions sur cette fâcheuse affaire? Y a-t-il des éléments capables d'expliquer (ou d'excuser) cette collaboration?

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(112 réponses, dans Jeux de mots...)

Papy a écrit :

Vous êtes "franc comme..." ?

On dit franc comme l'or ou franc comme un miroir. Ce n'est au demeurant pas difficile de trouver toutes ces expressions, il suffit de taper  franc comme ou maigre comme etc. dans les moteurs de recherche.

À propos de maigre comme, si vous tapez "maigre comme" dans Quaero:
http://www.exalead.com/search/C=0MlEAY2 … htarget=Ok
la page de résultats vous donne, dans une colonne située à gauche, une série de 'termes associés' qui n'ont qu'un rapport très éloigné avec la requête. Ce moteur est-il au point?

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(112 réponses, dans Jeux de mots...)

Quatre pelés et un tondu se dit en néerlandais littéralement un homme et demi et une tête de cheval (anderhalve man en een paardenkop). Mais on dit aussi en français deux pelés et trois tondus.

(Je crois que nous voilà partis pour un très très long fil.)

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(7 réponses, dans Pratiques linguistiques)

Pourtant, quand je tape «Union européenne de football association» dans Google, le premier lien sur la page de résultats est le site de l'UEFA! Mais apparemment, c'est du texte caché, car après avoir cliqué sur le lien, je ne le retrouve plus sur la page qui s'affiche. «Union européenne de football association» ne serait-il pas l'ancienne signification de UEFA, changée depuis?

Moi aussi, je la vois, mais après avoir cliqué pour poster (en visant bien au milieu), je reçois le message «échec».

Dans un moment de panique, je me suis inscrit comme membre, et depuis, tout va bien.

Cela ne marche pas non plus avec Firefox. Pourtant je n'avais pas bu!

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(7 réponses, dans Pratiques linguistiques)

Andreas de Munich-sous-Bois :

UEFA est l'abbrévation de "Union of European Football Associations" (anglais).

En êtes-vous bien sûr? Je crois savoir que UEFA est un sigle français signifiant en clair «Union européenne de football association». Cependant, il y a longtemps que je me demande ce que peut bien vouloir dire ce football association, qui sonne bizarre et a l’air dénué de signification en français. Mais je commence à soupçonner quelque chose: ce syntagme à l’apparence barbare ne serait-il pas la traduction de l’anglais association football, appelé familièrement en Angleterre soccer football (soccer étant une altération de association), soit une des formes qu’a prise le football là-bas. Cette forme particulière est devenue ensuite officielle et s’est répandue sur toute la planète. La séquence football association dans la dénomination française UEFA est donc correcte et respectueuse de la syntaxe française, le déterminant venant après le déterminé.

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