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Le forum d'ABC de la langue française

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2 697

Encore bien des affirmations catégoriques, là où il faudrait des démonstrations capables de convaincre les honnêtes gens (au sens classique du terme).

On tourne en rond, certes, et comment peut-il en être autrement ? Malgré tout, je pense quel que soit votre système, vous ne pouvez pas ne pas tenir compte du mécanisme des évolutions phonétiques que je vous ai fait entrevoir. Souvenez-vous-en.


A part cela, j'ai trouvé ce matin dans Démosthène une phrase que chacun peut dire à l'autre :

Πολύ τι σκότος, ὡς ἔοικεν, ἐστίν παρ᾿ ὑμῖν πρὸ τῆς ἀληθείας (Démosthène, Discours sur la couronne, 159).

Vous pourrez en chercher le sens grâce aux moteurs de recherche.

2 696

Lévine a écrit:

La réaction étymologique qui a fait introduire un "p" dans corps et temps, un "g" dans doigt, etc... n'a aucun rapport avec la graphie du pluriel chevaux...

Bonjour Lévine et pardon pour mon silence malgré vos réponses circonstanciées.  Il est vrai que nous tournons en rond.

Je reprendrai toutes vos réponses dans une quinzaine de jours, mais je termine un bouquin sur Anna O, la célèbre pseudo-hystérique de Breuer et Freud. Nous y parlons (nous sommes deux) de l'erreur fondamentale de Saussure, de celles moins graves de Freud et Lacan. Tout cela se passait il y a plus d'un siècle et ce linguiste et ces  deux psychanalystes méconnaissaient la physiologie cérébrale et sensorielle dont les connaissances ont fait des bonds  énormes en avant depuis.

Votre incompréhension depuis le début de vos interventions provient d'une confusion entre la création des mots et leur transmission/acquisition d'une génération à l'autre, de la mère à l'enfant puisqu'on qualifie la langue de ''maternelle''. L'inconscient a eu son mot à dire dans cette qualification, car c'est bien le cerveau droit qui est le "cerveau mère" de la création des mots, alors que le cerveau gauche est le père d'un arbitraire conscient illusoire, issu d'un conditionnement de la globalité de la chaîne signifiante du mot au signifié.

Ces deux processus (création/transmission) relèvent de circuits cérébraux différents. Toute la linguistique saussurienne concerne ce qui se passe dans l'aire de Broca, une zone très limitée du cortex cérébral (moins de 5%), tandis que la création des mots relève des aires sensorielles associatives qui occupent 75% du cerveau humain ! Elles sont réactivées lors de l'acquisition de la langue maternelle et leur contrôle demeure inconscient en raison d'un triple refoulement: syllabique, sémantique et expressif.

Vous cantonnez la linguistique à des théories intellectuelles virtuelles, nous la confrontons à la réalité sensorielle et neurocorticale. La métonymie et la métaphore ne sont pas les lois du langage de l'inconscient comme l'imaginait Lacan, ce ne sont que des lois d'extension consciente de la polysémie des mots.

La création des mots s'est réalisée à partir de la vocalisation des interjections pour exprimer l'émotion (cerveau limbique) et à partir des briques des onomatopées pour exprimer essentiellement la géométrie dans l'espace des référents (contrôlée par l'hémisphère droit). La désignation des référents s'est formée par l'évocation d'une ou deux de leurs caractéristiques saillantes, conditionnées par certains sons des onomatopées. L'extension des mots du lexique s'est produite grâce à la loi pars pro toto (toujours sous contrôle de l'hémisphère droit) qui permet de reconnaître un référent uniquement  par la perception de l'un de ses éléments.

Ces critères émotifs et géométriques sont codés avant l'indo-européen reconstitué et participent à l'évolution sémantique des signifiants qui accompagne l'évolution phonétique qu'elle sous-tend.

2 695

La réaction étymologique qui a fait introduire un "p" dans corps et temps, un "g" dans doigt, etc... n'a aucun rapport avec la graphie du pluriel chevaux...

2 694

Fernand a écrit:

touché : Bravo maître Roussillat
http://bdl.oqlf.gouv.qc.ca/bdl/gabarit_bdl.asp?id=1554
Cheval devient chevaux au pluriel en raison de l'évolution historique du mot. Au cours du passage du latin au français, la consonne l suivie d'une autre consonne, en l'occurrence le s du pluriel, s'est transformée en u (prononcé ou). On avait donc chevaus comme pluriel de cheval. C'est le même phénomène qui a fait que alba est devenu aube, prononcé à l'époque aoube.

De plus, pour transcrire la finale us de chevaus, on utilisait un signe abréviatif qui ressemblait à notre x et que les scribes par la suite ont confondu carrément avec le x lui-même. On a donc eu la graphie chevax. Les copistes ont ensuite rétabli le u qu'on croyait avoir oublié, ce qui a donné la graphie que nous connaissons encore maintenant : chevaux.

Idem sur Wikisource :
https://fr.wikisource.org/wiki/Grammair … Chapitre_3

La présence de s dans les substantifs dont le radical était terminé par l a amené, au xiie siècle, la vocalisation de l : chevals est devenu chevaus, chevels < (capillus) est devenu cheveus, mals > maus, etc. Dans les manuscrits cette finale us était représentée par un sigle qui ressemblait à x : on écrivait chevax, qui correspondait à chevaus ; dans la transcription on a ajouté x (qui déjà représentait us) à l’u représentant l vocalisée et on a eu au pluriel la forme moderne hybride chevaux, cheveux, travaux, etc.

Au xiiie siècle, chevals, chevaus, représentait aussi bien le cas sujet singulier que le cas pluriel régime.

https://books.google.co.jp/books?id=45l … mp;f=false

On prononçait autrefois et l’on écrivait cors, doit, vint, etc.; des savants sont venus qui, sans que la prononciation eût changé, ont écrit corps, doigt, vingt, etc., sous prétexte que ces mots français viennent des mots latins corpus, digitus, viginti, etc. l. Notre x final valant s ne dérive pas de l’a? du latin, comme on pourrait le croire, mais se rattache à un signe abréviatif qui ressem¬ blait à a? et qui valait u + s. On écrivait chevaus ou, avec ce signe abréviatif, chevax; puis, par une confusion grossière, on en est arrivé à écrire chevaux.

Carré Irénée. Grammaire raisonnée de la langue française, par Léon Clédat, professeur à la Faculté des lettres de Lyon ;Paris, Le Soudier, 1894. In: La revue pédagogique, tome 26, Janvier-Juin 1895. pp. 75-78;https://www.persee.fr/doc/revpe_2021-4111_1895_num_26_1_9506_t1_0075_0000_2

idem in  Grammaire élémentaire de l'ancien français (5e édition) / Joseph Anglade,...
Auteur : Anglade, Joseph (1868-1930).

2 693

touché : Bravo maître Roussillat
http://bdl.oqlf.gouv.qc.ca/bdl/gabarit_bdl.asp?id=1554
Cheval devient chevaux au pluriel en raison de l'évolution historique du mot. Au cours du passage du latin au français, la consonne l suivie d'une autre consonne, en l'occurrence le s du pluriel, s'est transformée en u (prononcé ou). On avait donc chevaus comme pluriel de cheval. C'est le même phénomène qui a fait que alba est devenu aube, prononcé à l'époque aoube.

De plus, pour transcrire la finale us de chevaus, on utilisait un signe abréviatif qui ressemblait à notre x et que les scribes par la suite ont confondu carrément avec le x lui-même. On a donc eu la graphie chevax. Les copistes ont ensuite rétabli le u qu'on croyait avoir oublié, ce qui a donné la graphie que nous connaissons encore maintenant : chevaux.

2 692

Vous plaisantez sans doute, mais pour nos lecteurs non prévenus, il faut une explication :

Quand la vocalisation du l devant -s s'est achevée, au début du XIème siècle, on a écrit -x le groupe -us ; ce -"x" représente la ligature du u et du s (mon prof m'avait montré comment on faisait cette ligature : c'est magique !).

Dans les manuscrits des XIIème et XIIIème siècles, on trouve donc couramment li chevax (CSsing.) et les chevax (CR plur.), qu'il faut bien sûr prononcer [chevaos].

En moyen français, on a perdu le sens originel de la graphie -x et on en a fait une marque de pluriel ajoutée au u rétabli : chevau+x.

Cette ligature s'étendait même à tout groupe -us, quelle que fût l'origine du -u, comme ici le nom du sénéchal Keu au CS sing. < Caius par le gallois Cair.

https://zupimages.net/up/21/10/s2nn.png

et Kex qui ot servi as tables
manjoit avoec les conestables.

CdT, Le chevalier de la charrete, v. 41-42, copie Guiot.

Par contre, à l'époque du manuscrit (terminus a quo : 1230), ce n'est plus une ligature, mais un x qui est graphié, comme on le voit nettement.

2 691

Annule

2 690

Lévine a écrit:

Je ne résiste pas au plaisir de recopier cette phrase du professeur Jean-Élie Boltanski (Nouvelles directions en phonologie, PUF) :

On a donné du changement phonétique beaucoup d'explications : elles se divisent en deux classes, celles qui sont ridicules et les autres.

Excellent! On dirait du Lacan...

2 689

Lévine a écrit:

Au fait, pourquoi votre inconscient a-t-il créé des bases différentes au nominatif (os) et autres cas (oris, ori, ore, etc...) ?

En français, pourquoi un cheval et des chevaux ?

Que signifie le fait qu'on dise mouse au singulier et mice au pluriel ?

Et je ne vous parle pas du russe.

Bonjour,

Je découvre ce pavé, dont la lecture mérite un confinement à lui seul !

Je crois me souvenir encore de l'explication donnée par mon professeur de français vers 1967, tellement elle m'a intrigué et ravi. Essayons de ne pas chercher trop vite sur internet ou dans la bibliothèque, en hommage à ce brave M. Roussillat.
---
Au Moyen Âge, le pluriel de cheval était des chevals.
Jusqu'à ce que certains moines copistes appliquèrent la transformation voulue par le latin du l en u devant une consonne.
ce qui a donné chevaus.
Mais, ils crurent avoir une bonne idée en signalant la transformation, en ajoutant une petite croix (la lettre x n'étant pas encore introduite dans l'alphabet) ce qui donna chevausx

Lors de la reprise en main des livres par les "Grammairiens", on crut à une erreur, et on supprima le "s" imprononçable.
--- est-ce cela, en gros ?

2 688

Je ne résiste pas au plaisir de recopier cette phrase du professeur Jean-Élie Boltanski (Nouvelles directions en phonologie, PUF) :

On a donné du changement phonétique beaucoup d'explications : elles se divisent en deux classes, celles qui sont ridicules et les autres.