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Citation n°141170

L'esprit humain est une mécanique délicate qui se détraque facilement ; aussi n'est-il pas étonnant que cette grande catastrophe qui est la guerre prive les hommes de leur intelligence au moment même où la gravité des événements augmente les difficultés de juger sainement. D'où la nécessité d'y suppléer par des jugements tout faits que l'on fournit aux hommes de la même façon que les uniformes, le pain et le tabac : c'est ce qu'on appelle bourrer le crâne. […] Cela, c'est ce que j'appellerai le bourrage de crâne officiel ; mais on emploie aussi l'expression dans mille circonstances de la vie quotidienne. Le poilu qui raconte ses campagnes à sa cousine ou à sa marraine lui bourre le crâne, lui en fiche plein la vue, lui en fait un plat, une tartine ; entre poilus, c'est à qui gonflera le mou à l'autre par ses vantardises. Dans tous les temps, le soldat s'est plu à embellir par l'imagination le récit de ses exploits. Qu'importe la vérité historique, si cela plaît aux femmes !

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