Le deuxiéme point ,selon moi, c'èst que la phrase proposée par Éponymie n'est plus celle de Messanié: elle ne lui appartient plus. Elle est apparue coupée de son contexte historique, coupée du contexte du roman.
Nous avions alors autre chose: une phrase dans un nouveau contexte, à savoir un forum langagier, ABC, une phrase qui arrive lá pour illustrer le sens dépréciatif du verbe toiser lorsqu'il signifie regarder avec mépris.
Si cette discussion sur l 'ántisémitisme éventuel n'avait pas éclaté, le lecteur potentiel nàvait aucune raison d'aller réfléchir sur le contexte historique choisi par Messadié, aucune raison de se renseigner sur le contenu de ce roman et encore moins sur son auteur et sur ses autres écrits.
Le lecteur était supposé s'íntéresser au sens de toiser et voir qu'il correspondait ici à cette idée de morgue, de mépris. Et comme Éponymie et quelques autres internautes qui se sont exprimés ici, il se retrouvait á considérer comme normal que l'objet du mépris soit un juif/Juif, méprisé juste pour son identité. Et ce, dáutant plus, je le redis, qu'il n'y a pas la majuscule au terme juif. Le glissement vers l'acception actuelle du terme se fait sans meme qu'on le remarque.
Antisémitisme de la part d'Éponymie et des autres? Sincérement, je ne le pense pas. je suis convaincue qu'aucun d'entre vous ne reprend à son compte cette haine des juifs/Juifs.
Il s'agit pour moi d'autre chose, d'une sorte d'indifférence peut-etre ( désolée, je n'ai pas d'accent circonflexe à disposition ), de perte de repères qui fait qu'on ne voit pas.
Si vous ne voyez pas que dans son nouveau contexte, telle qu'apparait cette phrase ( parce qu'elle n'est plus , n'est pas reliée áu roman historique, parce qu'on y parle du juif écrit comme cela, ) si vous ne voyez pas qu'elle peut rejoindre les préjugés qui ont cours aujourd'hui, á notre époque, c'est inquiétant.
Beaucoup de gens pensent aujourd'hui encore qu'un juif/JUif se reconnait au physique, aux consonnances d'un nom, à la manière d'etre. Dans le Vieil homme et l'enfant, Claude Simon , ce grand-pére, malgré tout attachant, les sentait, les reconnaissait de loin ...
Beaucoup d'autres gens auraient pu, comme vous dans un premier temps, lire cette phrase, l'apprécier pour l'illustration du mépris, sans tiquer sur le fait que le mépris ici concerne une identité ethnique.
Grace à la remarque de P'tit Prof qui oblige à réfléchir sur le contexte historique, à la discussion qui aura permis de voir le lapsus de l'auteur et la portée possible de cette phrase dans le contexte B , nous aurons donné l'occasion à plus de lecteurs de chausser les lunettes de la lucidité.
Certains ont cité des anecdotes: Tout ceci évoque pour moi une vieille blague -test , qui n'a pas de valeur scientifique, juste un role de révélateur:
Un nouveau dictateur reprend le pouvoir dans le pays d'Europe de votre choix et promulgue trés vite un décret: On y annonce que tous les juifs/Juifs et tous les coiffeurs seront exterminés.
Trois fois sur quatre, la personne à qui l'on a raconté ce qu'on présente comme une blague répond : " Pourquoi les coiffeurs? "
Ce qui vient de se passer ici reléve juste de l'identique. Il est des choses auxquelles l'Histoire a tellement habitué qu'on ne les remarque simplement plus. Pas du racisme revendiqué mais un manque de vigilance.
" Wer fremde Sprachen nicht kennt, weiß auch nichts von seiner eigenen." J.W.v.Goethe