Re : subjonctif : Qu'est-ce qui fait qu'on se sente heureux ...

Quant au subjonctif facultatif, j'en mettrais si je veux rajouter une touche de doute ou d'émotion à ma formulation. Mais justement dans la langue de tous les jours, on a tendance à parler sans trop penser, et du coup, on dit ce qui nous vient spontanément, je dois dire. Cette bascule subjonctif/indicatif est plus qu'embrouillante.

Voici mon point de vue, mais ce n'est que ça: mon point de vue (c'est aux lecteurs de décrypter mon choix, s'ils en ont envie vraiment)

Comment expliquer que la Terre est ronde? (une simple explication est demandée; neutralité du fait)

Comment expliquer que la Terre soit ronde? (il y a réponse définitive à cette question aujourd'hui, mais le subjonctif peut faire paraître les choses plus mystérieuses, nous plongeant davantage dans le suspens.)

Dernière modification par Icetrance (28-07-2012 20:22:40)

Re : subjonctif : Qu'est-ce qui fait qu'on se sente heureux ...

Dans le premier cas le locuteur trouve normal que la terre soit ronde, dans le deuxième cas, ça lui pose un problème d'une manière ou d'une autre. La bascule tiendrait donc bien au point de vue de celui qui parle. Mais est-ce démontrable ?

Répétons encore que ce n'est que mon avis smile

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Re : subjonctif : Qu'est-ce qui fait qu'on se sente heureux ...

éponymie a écrit:

Dans le premier cas le locuteur trouve normal que la terre soit ronde, dans le deuxième cas, ça lui pose un problème d'une manière ou d'une autre.

C'est aussi comme ça que je ressens les choses.

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Re : subjonctif : Qu'est-ce qui fait qu'on se sente heureux ...

Entre expliquer que la terre est ronde ou soit ronde, personnellement je suis cette logique :

Si je cherche à me l'expliquer, en principe j'accepte d'envisager que la rotondité de la terre n'allait pas d'elle-même, ce qui appelle, dans ma logique, un subjonctif. J'ai l'impression que beaucoup de gens partagent - dans ce cas précis - naturellement la même logique ; un grammairien ne va pas se contenter d'une impression, il doit tenter une mise en lumière et une analyse méthodique, mais quant à une démonstration je suis perplexe, et il risquerait même d'aller à l'encontre du but louable qu'il poursuit : à vouloir démontrer ce qui ne se prête pas à la démonstration, on risque d'embrouiller plutôt que de clarifier.

Pour moi, comment expliquer que la terre est ronde est dit dans un autre sens, puisqu'on n'envisage pas du tout qu'elle aurait pu ne pas être ronde : soit cette attitude relève d'une haute philosophie, mais elle me surprend au quotidien, soit je suis un professeur ou un parent qui cherche à expliquer à des élèves ou à un enfant le seul fait que la terre est ronde, sans me poser d'autre question et en dehors de toute attitude philosophique.

Dernière modification par yd (28-07-2012 13:03:30)

Bon courage et persévérance à ceux qui se mettent au grec.

Re : subjonctif : Qu'est-ce qui fait qu'on se sente heureux ...

je me suis replongé dans "Le subjonctif en français" (Olivier Sautet, Ophrys) au chapitre 1.1.c (page 61), ce problème est développé. L'explication passe presque toujours par ce que veut dire ou - plus subtil, le contexte dans ce cas peut ne pas aider - ce que pense  celui qui s'exprime de la situation.

Il y a aussi le cas où un élément objectif s'introduit dans une phrase qui appellerait normalement le subjonctif et vient semer la panique (la bascule).

1. ce que le locuteur veut dire, la polysémie du verbe introducteur  :

Pierre comprend que Paul est parti : il en prend conscience
Pierre comprend que Paul soit parti : il l'approuve

2. Ce que pense le locuteur :

2.1 implication sous-jacente :

Pierre nie que Paul est parti : il refuse ce qui a été posé comme vrai
Pierre nie que Paul soit parti : il n'approuve pas la situation et la rejette

2.2 "le fait que" :

C'est la tarte à la crême : c'est Robert Martin qui est cité (encore lui, Pour une logique du sens) : si le fait implique la vérité pour le locuteur, indicatif, s'il il "fonctionne comme une sorte d'opérateur qui, tout en posant la réalité de ce qui suit, évoque simultanément quelque monde contrefactuel, car ce qui est aurait pu ne pas être" (je n'aurais jamais réussi à le dire ainsi smile ), subjonctif.

3. l'élément perturbateur :

Le phénomème de bascule est d'autant plus encouragé que le verbe introducteur appelle normalement le subjonctif mais qu'est introduti un élément qui appellerait plutôt l'indicatif.

3.1 "le fait que" :

Pierre se réjouit du fait que Paul est/soit parti et cela vaut aussi pour :

3.2 "de ce que" :

Pierre se réjouit de ce que Paul est/soit parti

Ce qui est rigolo, c'est que ça ne fonctionne pas avec "à ce que" qui appelle toujours le subjonctif.

Il y a aussi tout un paragraphe sur le niveau de la proposition régissante que je n'ai pas encore relu.

Mais je suis convaincu sans l'être complètement (je l'avais été beaucoup plus par le travail sur bien) : il y a un beau travail de classification et analyse mais cela me semble parfois trop rationnel. D'où ma manière parfois légère de présenter.

Dernière modification par éponymie (28-07-2012 17:25:26)

Re : subjonctif : Qu'est-ce qui fait qu'on se sente heureux ...

éponymie a écrit:

Dans le premier cas le locuteur trouve normal que la terre soit ronde, dans le deuxième cas, ça lui pose un problème d'une manière ou d'une autre. La bascule tiendrait donc bien au point de vue de celui qui parle. Mais est-ce démontrable ?

Répétons encore que ce n'est que mon avis smile


Ce que vous dites-là se rapproche plus ou moins de mon idée (on ne va pas nier que c'est le cas, MAIS comment donc?)

Certes on ne peut jamais être sûr de ce qui motive le choix entre subjonctif/indicatif dans les cas dits “facultatifs“ car on n’est pas dans la tête de l’auteur/du locuteur (donc pas vraiment démontrable de ce point de vue). Mais la question encore plus grande , c’est: est-ce tout simplement le mode qui vient plus spontanément à l’esprit, ou bien est-ce un choix voulu de la part de la personne qui parle/écrit? Et si l’on découvre, tant bien que mal, qu’il s’agit de ce dernier (comme dans une œuvre littéraire), il est probable qu’il y ait quelque émotion ou doute qui incite au choix du mode subjonctif. Autrement cette bascule n’est qu’une question d’habitude et, pour certains, de ce qui sonne plus joliment à l’oreille à un moment donné (subjonctif = sonorité plus élégante?).

Dernière modification par Icetrance (28-07-2012 21:12:26)

Re : subjonctif : Qu'est-ce qui fait qu'on se sente heureux ...

Icetrance a écrit:

Autrement cette bascule n’est qu’une question d’habitude et, pour certains, de ce qui sonne plus joliment à l’oreille à un moment donné (subjonctif = sonorité plus élégante?).

Je crois en effet qu'il y a une composante irrationnelle (qui échappe au raisonnement logique qui voudrait justifier l'emploi d'un mode ou d'un autre), c'est pour cela que l'explication de Robert martin sur le "le fait que" ne réussit pas à me convaincre même si elle semble de bon sens, la mienne non plus par la même occasion smile

Il semble par contre que la bascule est parfois provoquée par un évènement bien précis, une espèce d'oxymore sémantique consistant en un élément objectif venant perturber une construction subjective :

"Je me réjouis qu'elle soit arrivée" : pas de problème

"Je me réjouis du fait qu'elle est/soit arrivée"
"Je me réjouis de ce qu'elle est/soit arrivée"

Mais il y a d'autres cas où le processus est différent - expliquer en fait partie justement - mais je n'ai pas eu le temps de me plonger là-dedans.

Icetrance a écrit:

Mais la question encore plus grande , c’est: est-ce tout simplement le mode qui vient plus spontanément à l’esprit, ou bien est-ce un choix voulu de la part de la personne qui parle/écrit?

Trop grande probablement : je me demande s'il faut se poser la question en opposant expression spontanée à expression réfléchie, et s'il faut se la poser uniquement pour le point de détail qui nous occupe dans ce fil, j'ai l'impression que cette question vaut pour toute la langue. Mais il y a certainement des réflexions sur le sujet.

Dernière modification par éponymie (28-07-2012 21:41:12)

Re : subjonctif : Qu'est-ce qui fait qu'on se sente heureux ...

éponymie a écrit:

Mais il y a d'autres cas où le processus est différent - expliquer en fait partie justement - mais je n'ai pas eu le temps de me plonger là-dedans.

Et justement en lisant en diagonale la suite que je n'ai pas le temps d'approfondir, je vois une réponse possible à la question initiale :

Icetrance a écrit:

Encore une fois, ça m'arrive d'avoir une autre toute petite curiosité grammaticale à satisfaire.

Considérons donc:

Qu'est-ce qui fait qu'on se sente heureux dans la vie?

Serait-ce que l'emphase légèrement apportée par ce "vent" subjonctif soit mise sur le fait que l'auteur de la phrase ne s'attende pas à une réponse définitive; c'est-à-dire que cette question est à se discuter, et ce sans fin probablement. Alors avec de l'indicatif,  il n'y a plus cette petite nuance.

Cela tiendrait à la modalité interrogative particulièrement marquée dans une interrogation totale (la réponse n'est pas oui ou non). Le livre de Soutet donne les trois exemples (pp. 78-79):

Pierre affirme que Paul est parti ?

Est-ce que Pierre affirme que Paul est parti ?

Pierre affirme-t-il que Paul est/soit parti ?

C'est un peu limite mais pas inenvisageable non plus.

Et dans le cas initial, nous avons une seule forme possible de la question (en conservant à l'identique les éléments : on ne peut la reconstruire sans est-ce que) et c'est une modalité interrogative marquée.

Le cas est archi-connu avec les verbes d'opinion :

"Croyez-vous que ce soit possible ?"
"Croyez-vous que c'est possible ?"

Mais probablement Icetrance n'aurait pas lancé ce fil avec cet exemple-ci qui ne perturbe pas grand monde.

Dernière modification par éponymie (30-07-2012 10:59:20)

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Re : subjonctif : Qu'est-ce qui fait qu'on se sente heureux ...

Je remarque que l’expression d’un doute justifie généralement  l’utilisation du subjonctif, pourtant, j’entre-aperçois autre chose.

Dans la phrase suivante:
—Comment expliquer que la Terre soit ronde ?
Même si la personne qui s’exprime présente la rotondité de la Terre comme un fait indéniable, il n’en pose pas moins une question.
Le contexte interrogatif n’incite-il pas à l’utilisation du mode subjonctif ?
Si le premier verbe exprime une question, le second, lorsqu'il est introduit par que, semble destiné au mode subjonctif. A moins que ce soit plus généralement la nature spéculative du premier verbe à l’égard du second qui incite à l'usage du subjonctif.

Exemples :

—Je constate que la terre est ronde. (aucun avis exprimé.)
—Je déplore que la terre soit ronde. (avis exprimé, qui n’est pas un doute.)

—Je constate que vos fuchsias sont tous fleuris. (aucun avis exprimé)
—Je me réjouis qu’ils soient tous fleuris. (avis exprimé, qui n’est pas un doute.)

Je vais essayer de réfléchir à une formulation globale de ce phénomène. neutral

Dernière modification par glop (31-07-2012 03:22:00)

Re : subjonctif : Qu'est-ce qui fait qu'on se sente heureux ...

glop a écrit:

- Je déplore que la terre soit ronde. (avis exprimé, qui n’est pas un doute.)

- Je me réjouis qu’ils soient tous fleuris. (avis exprimé, qui n’est pas un doute.)

les verbes introducteurs expriment des sentiments, donc tous relatifs : ce n'est pas parce que l'un en éprouve dans une situation donnée que les autres ressentiront la même chose. Vous avez aussi :

- Je trouve normal que la terre soit ronde.

la normalité aussi est relative.

Dans ces cas, il n'y a pas d'alternance entre indicatif et subjonctif.

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Re : subjonctif : Qu'est-ce qui fait qu'on se sente heureux ...

Merci, cette notion de verbe introducteur m’apporte des réponses.
Il faudrait faire une petite place à l’adjectif « introducteur »  dans les dicos.
Autre chose :
Il me semble que la conjonction de coordination « pour que » à une particularité sur laquelle les grammaires n’attirent pas l’attention.
Je veux parler du « pour que » qui prend parfois le sens de « puisque ».
Exemple :
—Félicitations, tout est prêt! Comment avez-vous fait pour que tout soit prêt ?
Ici, bien qu’il ait à peu prés le sens de « puisque », on fait suivre « pour que » du subjonctif.
—Débrouillez vous pour que tout soit prêt !
Ici, « pour que » a à peu prés le sens de « à fin que », ce qui justifie mieux le subjonctif.

Dernière modification par glop (31-07-2012 10:21:01)

Re : subjonctif : Qu'est-ce qui fait qu'on se sente heureux ...

glop a écrit:

Merci, cette notion de verbe introducteur m’apporte des réponses.
Il faudrait faire une petite place à l’adjectif « introducteur »  dans les dicos.

Un certain nombre d'adjectifs - connus - fabriqués à partir de formes verbales ne sont pas dans les dicos.

Un certain nombre de verbes introducteurs donc impliquent le subjonctif (la nécessité, la volonté, les sentiments, etc.) tout comme certaines conjonctions :

glop a écrit:

Il me semble que la conjonction de coordination « pour que » à une particularité sur laquelle les grammaires n’attirent pas l’attention.
Je veux parler du « pour que » qui prend parfois le sens de « puisque ».
Exemple :
—Félicitations, tout est prêt! Comment avez-vous fait pour que tout soit prêt ?

Puisque introduit une cause évidente ("Fais la vaisselle, puisque tu es là"), aucun rapport avec pour que qui introduit un objectif (donc à la réalisation incertaine). Impossible à ma connaissance de le faire suivre d'un indicatif.

Dans votre exemple on peut de toute façon justifier le subjonctif par le déphasage entre ce que pense celui qui parle et la réalité (encore une fois, cela me semble la caractéristique de base du subjonctif) : il ne comprend pas que la réalité ne soit pas en accord avec ce qu'il croyait. Mais il s'agit toujours d'un but à atteindre qui, dans ce cas, l'a été.

Mais non, ma justification ne tient pas la route  : "Pour que ce tunnel soit enfin terminé, ils ont mis 15 ans". C'est simplement l'expression de l'objectif qui entraine le subjonctif.

glop a écrit:

Ici, « pour que » a à peu prés le sens de « à fin que », ce qui justifie mieux le subjonctif.

Ici, c'est le cas classique. Mais j'aurais écrit « afin que »

Dernière modification par éponymie (31-07-2012 10:49:58)

Re : subjonctif : Qu'est-ce qui fait qu'on se sente heureux ...

Coucou, le revoilou !
C'est un troll...

... ne supra crepidam  sutor iudicaret. Pline l'Ancien

Re : subjonctif : Qu'est-ce qui fait qu'on se sente heureux ...

P'tit prof a écrit:

Coucou, le revoilou ! C'est un troll...

Qui est troll ? Moi ?

Re : subjonctif : Qu'est-ce qui fait qu'on se sente heureux ...

L'auteur du message qui précédait le mien.
Une main anonyme l'a supprimé, mais a négligé d'effacer également ma réplique pourtant devenue sans objet.

... ne supra crepidam  sutor iudicaret. Pline l'Ancien

Re : subjonctif : Qu'est-ce qui fait qu'on se sente heureux ...

Avouons gentiment donc qu'il n'y aura jamais de réponse définitive à cette question sans être dans la tête de la personne (possible de faire dans un texte littéraire?). Si l'on se sert du subjonctif dans un cas dit "facultatif" (bascule subjonctif/indicatif possible), c'est soit par habitude, soit par goût (sonne plus joliment), soit par considération linguistique (mettre du subjonctif dans la phrase = y insérer une petite touche de doute ou de quelque autre émotion).

Dernière modification par Icetrance (02-08-2012 05:34:58)

Re : subjonctif : Qu'est-ce qui fait qu'on se sente heureux ...

Icetrance a écrit:

Avouons gentiment donc qu'il n'y aura jamais de réponse définitive à cette question sans être dans la tête de la personne (possible de faire dans un texte littéraire?). Si l'on se sert du subjonctif dans un cas dit "facultatif" (bascule subjonctif/indicatif possible), c'est soit par habitude, soit par goût (sonne plus joliment), soit par considération linguistique (mettre du subjonctif dans la phrase = y insérer une petite touche de doute ou de quelque autre émotion).

Tout à fait d'accord avec vous. Que ce sujet repose en paix - sauf nouveauté - et qu'aucun troll ne le trouble plus.