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ABC de la langue française : forums » Parler pour ne rien dire » Cabaret «Au Chateau-Rouge», rue Galande, à Paris

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Messages [ 51 à 75 sur 277 ]

51 Dernière modification par Colline d'or (16-10-2009 14:38:40)

Re : Cabaret «Au Chateau-Rouge», rue Galande, à Paris

mercattore a écrit:

Ben...Régina, je suis confus mais j'ai effacé l'historique de ces derniers jours et je ne retouve pas le site où j'ai saisi ces fleurs. Encore une énigme à découvrir. smile
Ce dont je me souviens c'est qu'elles aiment le soleil, comme les bougainvilliers par exemple et peut être sont-elles de la même famille.

Classique d'offrir des fleurs sans connaitre leur nom smile. Nos messages se sont croisés. Et bougainvillée est l'orthographe plus communément admise il me semble.

Je complète avec wikipedia : un bougainvillier, une bougainvillée.

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Re : Cabaret «Au Chateau-Rouge», rue Galande, à Paris

Mercattore a écrit:

Ce dont je me souviens c'est qu'elles aiment le soleil, comme les bougainvilliers par exemple et peut être sont-elles de la même famille.

Feuilles vernissées xérophiles, spathes lancéolés et de couleur vive, inflorescence petite et terne : oui, il s'agit bien de bougainvillées.

     Rassure-toi , Regina, ces fleurs doivent s'adapter aisément vers Marseille : planter en terrain siliceux et protéger du gel hivernal, si mes souvenirs sont justes.

elle est pas belle, la vie ?

Re : Cabaret «Au Chateau-Rouge», rue Galande, à Paris

Piotr,  vous me semblez être le La quintinie d'ABC. smile

Re : Cabaret «Au Chateau-Rouge», rue Galande, à Paris

Des Bougainvillées en effet, et le Midi de Marseille n'est peut-être pas encore assez Midi pour qu'elles s'y plaisent.
Ce qu'il y a de plus joli dans ces plantes ce ne sont pas les fleurs, petites et blanchâtres, mais les feuilles qui entourent ces fleurs.
Elles sont en outre bien épineuses, et les Toubabs du Sénégal les utilisent pour en tapisser les murs d'enceinte de leurs propriétés, espérant ainsi décourager les voleurs.

55 Dernière modification par Bookish Prat (16-10-2009 17:50:05)

Re : Cabaret «Au Chateau-Rouge», rue Galande, à Paris

zycophante a écrit:

Des Bougainvillées en effet, et le Midi de Marseille n'est peut-être pas encore assez Midi pour qu'elles s'y plaisent.

Le midi de Marseille ne serait pas assez Midi pour qu'il y pousse des bougainvillées ? Serait-ce possible ? big_smile
Qu'en dit La Quintinie ?

http://www.3dcliparts.com/images/3dcliparts/mascotte_ouvrier_batiment_constructeur/~PERSONNAGE_~_MASCOTTE~Mascotte_~_Cartoon~Jardinier.jpg

« Jeunesse, folies. Vieillesse, douleurs ». Proverbe rom.

56 Dernière modification par mercattore (19-02-2016 07:47:38)

Re : Cabaret «Au Chateau-Rouge», rue Galande, à Paris

Nous en avons un dans la cour de notre immeuble, pas vraiment ensoleillée, et il est très beau.

__________________________________________

http://uprapide.com/images/pierredeparis06/fresque--chateau-rouge.jpg


http://uprapide.com/images/pierredeparis06/peintures-murales-cha--770-teau-rouge.jpg


En résumé : Ces deux cartes postales représentent donc une partie des peintures murales qui décoraient  le cabaret du Château-Rouge (disparu au début du XXème siècle)), situé au 57 rue Galande, Paris Vème. Elle font probablement partie d'une série éditée au début du XXème siècle, quoique non numérotées,  ce qui ne facilite pas une recherche plus appronfondie. D'autres cartes sont donc à découvrir.

On peut voir, par cet exemple, que l'édition cartophilique, dans son âge d'or, pouvait exploiter des sujets visuels que l'on pourrait parfois difficilement trouver sur d'autres supports. Cela est du à la multiplicité des éditeurs de cette époque qui n'hésitaient pas à éditer des sujets très étonnants mais dont l'exploitation commerciale serait quasiment impossible aujourd'hui (malgré tout, il existe encore quelques parutions très originales, mais presque toujours en série limitée).

Il existait encore, il y a peu d'années, un catalogue annuel de cartes postales édité par Gérard Neudin, le «NEUDIN» (en collaboration avec sa femme Joëlle). Remarquablement composé, il a probablement été le meilleur catalogue du monde à cette époque. Le décès de Gérard a malheureusement interrompu sa parution, et sa disparition a été une perte incommensurable pour la cartophilie. Il y a très peu de sujets que la cartophilie n'a pas traités, mais certains, très rares de par leur sujet hors du commun et par leur petit tirage d'origine, sont quasiment inconnus. 

Cartophile, notamment de métiers disparus, il y a une trentaine d'années, j'ai du abandonner cette petite passion à cause de l'envolée des prix due à l'engouement de plus en plus de gens pour les choses d'antan et à une spéculation que l'on peut qualifier d' éhontée de la part de certains marchands dont le nombre a augmenté régulièrement au fil des ans (mais on constate de nos jours une baisse).

A l'époque,  je me suis procuré ce genre de cartes pour des sommes relativement modiques :

http://uprapide.com/images/pierredeparis06/fabrication-de-l-pingle.jpg

Ancienne fabrication de l'aiguille à Laigle (Orne). Le dressage à la main.

http://uprapide.com/images/pierredeparis06/cloutier.jpg

Cloutier dans la vallée de la Semoy (Ardennes).
Un métier  de gagne-misère.
Légende : industrie à peu près complétement disparue.
Au fond un chien, aide de l'ouvrier, tourne une roue pour activer le soufflet de la forge.
(Collection-jfm.fr)


Merci donc à tous les amis d'ABC, et à gb, qui ont suivi le chemin de la rue Galande pour tenter et enfin réussir la résolution du mystère cartophilique du CHÂTEAU-ROUGE.

57 Dernière modification par mercattore (19-02-2016 07:53:34)

Re : Cabaret «Au Chateau-Rouge», rue Galande, à Paris

Le 19 février 2016

Le message ci-dessous n'a pu lieu d'être. Merci de le supprimer si vous le pouvez.



Bonjour,   

Comme je ne peux modifier le début du sujet (voir page 1) où se trouvait un document effacé, je suis obligé de le placer ici.

Fresque murale du Chateau-Rouge :

La fermeture de l'hébergeur d'images m'avait fait perdre des milliers de documents (sauvegarde défectueuse). J'ai retrouvé celui-ci. Pour une meilleure compréhension du sujet, je le replace.


http://img204.imageshack.us/img204/1162/cr1v.jpg

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Re : Cabaret «Au Chateau-Rouge», rue Galande, à Paris

Il n'est jamais trop tard pour participer. Dans ses Mémoires (1900), Rossignol parle du Château-Rouge, p. 136. À propos des scènes murales, il ne s'étend pas et signale juste :
« Depuis peu, le local s'est enrichi d'une nouvelle chambre plus petite, qui possède, elle aussi, son exposition de peinture. C'est l'affaire de madame Ballerich, assassinée par Gamahut et Midy (d'anciens habitués de la maison), qui fait les frais de l'exhibition. »

59 Dernière modification par mercattore (19-02-2016 08:03:45)

Re : Cabaret «Au Chateau-Rouge», rue Galande, à Paris

Bonsoir,

Gb, merci pour cette information.

Le Château Rouge faisait souvent l’objet de contrôles de police. L’inspecteur Rossignol a du s'y rendre plusieurs fois. Il est possible que l’exécution de la fresque murale sur l’affaire Gamahut a été faite à l’initiative du tenancier de l’époque, Pierre Trolliet,  puisqu’il a été mêlé d’assez près à cette affaire.

- Tiburce Gamahut, 23 ans, a été jugé comme le principal responsable de la mort de Mme Ballerich, assassinée le 27-11-1884, dans son appartement du 145 bd de Grenelle (Paris XVème). Il a été condamné à la peine capitale, par les assises de la Seine, le 11-03-1885. Dans cette affaire, l’on s’attendait à trois condamnations à la peine capitale. Deux des protagonistes furent condamnés aux travaux forcés à perpétuité, les deux autres à six et dix ans de réclusion criminelle.

Le tenancier du Chateau-Rouge, Pierre Trolliet, témoigna au procès de Gamahut et consorts.
En effet, il connaissait la plupart des condamnés, clients de son établissement. Trois d’entre eux, Bayon, Soulier, Midi, furent arrêtés chez lui. Contrairement à ce qu’on lit parfois, dans certains blogs, journaux d’époque, livres, Gamahut ne fut pas appréhendé au Chateau-Rouge mais à proximité de la Charité-sur-loire (Nièvre) le 7-11-1884. Il avait quitté Paris peu après l’assassinat de Mme Ballerich.
Il a été guillotiné, publiquement, au petit matin du 24-04-1885, devant le Dépôt des condamnés, communément appelé « la Grande Roquette » (Paris XIème).

- L’étonnant Rodolphe Darzens  ICI a consacré un chapitre au Chateau-Rouge dans son ouvrage Nuits de Paris. Il mentionne les arrestations, citées plus haut, mais n’évoque pas les fresques murales.

- En parallèle à l’affaire Gamahut-Ballerich se déroula un autre fait dramatique concernant la famille Ballerich :
Mme Ballerich avait deux fils, Norbert, officier de paix à Paris, et Charles, commissaire de police à Sain-Ouen (aujourd’hui Seine-Saint-Denis). La mort de leur mère les bouleversa très profondément. Ils obtinrent un congé et recherchèrent dans de multiples endroits de Paris de possibles coupables, procédant à des arrestations abusives **, omnubilés par l’arrestation des assassins de leur mère. L’administration leur ordonna de cesser leurs recherches.

Le 6 janvier 1885 parut dans Le Cri du Peuple (dont le dirigeant était Jules Vallès] un article (relatif aux frères Ballerich) qu’ils jugèrent outrageant et infamant.
Dans la soirée 7 janvier 1885, très exaltés, armés de révolvers et d’armes blanches, ils se rendirent au 106 rue de Richelieu, bureaux du Cri du Peuple et en forcèrent l’entrée, investissant violemment les locaux. Ils se trouvèrent alors en présence d’un des rédacteurs du journal, M. Albert Duc, dit Duc-Quercy, ou Quercy. M. Duc subit les assauts des deux frères, reçut un coup d’épée et essuya des coups de révolver. Il parvint à se munir de son révolver et, au cours d’une lutte, tira sur Norbert Ballerich. Ce dernier fut très grièvement blessé *. L’arrivée d’ouvriers typos et de diverses personnes mit fin à la violence.
La légitime défense fut retenue pour M. Duc. Incarcéré un temps à Mazas, Charles Ballerich sortit de prison, en attente de son procès.

* Il devait décédé le 16 janvier, à l’hôpital Saint-Louis.

Le procès de Charles Ballerich, 37ans, s’ouvrit le 12 mars 1885 aux assises de la Seine.
Il comparut sous l’accusation de violation de domicile, avec violences et menaces, et tentative d’homicide volontaire. D’emblée, il bénéficia de toute la sympathie de l’assemblée. Le verdict fut rendu après dix minutes de délibération : acquitté.
L’arrêt le condamna néanmoins a versé un franc de dommages et intérêts et aux frais comme supplément de dommages et intérêts, au profit de M. Duc.
Il se pourvut en cassation contre cet arrêt et obtint gain de cause. Le 19 juin, la chambre criminelle de la cour de Cassation cassait l’arrêt de la cour d’assises de la Seine.
(Charles Ballerich est décédé d’une congestion pulmonaire le 6 janvier 1894).

- Rodolphe Darzens - Nuits à Paris - Notes sur une ville. Illustrées de cent croquis par A. Willette. Editeur E. Dentu. Paris.1889.
- Réédition : Editions Vivianne Hamy. Paris.1994.
- En ligne sur gallica.bnf.fr

- Documents Gamahut : voir criminocorpus.org / Tapez Gamahut dans la case « rechercher » de ce site, puis cliquez sur « Quartier des condamnés à mort ». Les documents Gamahut sont en position 5-6-7-8-9.

** Un grave précédent s’était déjà déroulé à Saint-Ouen, en septembre 1883, dans ce qu’on appela « le crime de Saint-Ouen » (non résolu). Le commissaire Charles Ballerich arrêta un nommé Vincent Ruhélan, pour assassinat sur la personne de Mme Lecreurer, retrouvée étranglée le 6 septembre. Après trois semaines d’incarcération Ruhélan fut libéré suite à une ordonnance de non-lieu. Divers quotidiens, notamment Le Gaulois, soulignèrent à cette occasion la légèreté du commissaire Ballerich dans la conduite de l’enquête. Au point que l’administration envisagea de le déplacer à Meudon. Mais il n’en n’en fut rien.

60 Dernière modification par mercattore (16-01-2016 09:53:35)

Re : Cabaret «Au Chateau-Rouge», rue Galande, à Paris

L’article du Cri du Peuple qui déclencha la fureur des frères Ballerich, était signé Ferdinand Chastan (pseudonyme). Qui était derrière ce nom de plume ?  Au sein des animateurs du Cri du Peuple se trouvait un nommé Chastenet. La ressemblance des deux noms sautait aux yeux. Officiellement, la police ne fit pas le rapprochement ! En fait, Chastan, très fiévreux agitateur, lui rendait plutôt service.

Le nom de Chastenet fut connu plusieurs années après par le grand public, mentionné par Séverine dans l’un de ses ouvrages (ancienne grande amie et collaboratrice de Jules Vallès).

Extrait principal de l’article de Chastan :

« Dernièrement, les difficultés budgétaires exigèrent une mesure radicale. Il fallait absolument occuper l'opinion. Camescasse *, nouveau Brutus, n'hésita pas à sacrifier la mère d'un de ses meilleurs acolytes, et, appelant Gamahut dans son cabinet, il lui dit : Va, étrangle cette femme et fais-lui son porte-monnaie. La sécurité de Ferry l'exige.
Le fils, prévenu avec tous les ménagements d’usage, a aussitôt compris toute l'étendue du devoir professionnel. Il a courbé la tête en réclamant seulement un avancement rapide, à titre de compensation. Du reste, Gamahut a fidèlement exécuté la commande.
Bien entendu, cela n'est qu'une hypothèse; mais quelle vraisemblance ! »

* Préfet de police.


Antérieurement à cet article, était paru dans le Cri du peuple un autre article de Chastan intitulé « Les Conscrits » (05-12-1884).

En voici l’extrait principal (quatre mois après, il valut un procès au gérant du Cri du Peuple :

« Ronge ton frein, conscrit ! Mais, quand la mesure sera comble, quand tu te sentiras bien exaspéré, évoque en toi le souvenir de cette radieuse matinée de mars, où, sur l'immortelle butte, les lignards du 88ème fraternisèrent avec le peuple, levèrent la crosse en l'air, puis la remirent à l'épaule pour ajuster Lecomte et Clément Thomas.
Dans tout supérieur Insolent ; brutal ou voleur, il y a l'étoffe d'un Lecomte collé au mur, et en toi, petit conscrit, qui chante pour l'étourdir ; jeune bleu, dont tout le monde se moque et que chacun exploite, il y a l'étoffe d'un soldat du 88ème.
Prends ta feuille d'appel, fais ton baluchon et embrasse les vieux. Vite, en route ! Si tu comprends ton métier de soldat, nous nous retrouverons un jour à la barricade, et du même coté. »

61 Dernière modification par mercattore (16-01-2016 09:56:42)

Re : Cabaret «Au Chateau-Rouge», rue Galande, à Paris

Les suites judiciaires relatives à l’article « Les Conscrits ».

Au début du mois d’avril 1885, après délibération, la Chambre des mises en accusation de la Cour d’appel de Paris ordonna la mise en prévention de Mivielle*, gérant du Cri du Peuple, pour avoir, par la vente, distribution, mise en vente, et exposition dans les lieux publics du Cri du Peuple, directement provoqué le crime de meurtre, provocation n’ayant pas été suivie d’effet, et le renvoya devant la cour d’assises de la Seine pour y être jugé.

Le 30 avril, la cour d’assises condamna Mivielle, par défaut, à trois mois de prison et deux mille francs d’amende.
A la date du procès, l’identité de Chastan n’était toujours pas été officiellement connue !

* Armand Damien Mivielle. Ancien participant à la Commune de Paris.
Condamné à la déportation politique en 1871. Embarqué sur la frégate Le Guerrière en juin 1872, pour la Nouvelle-Calédonie (matricule 113).

Re : Cabaret «Au Chateau-Rouge», rue Galande, à Paris

http://uprapide.com/images/pierredeparis06/chateau-rouge---sur-rue--2.jpg

Le Château Rouge, rue Galande.. Entre la crémerie et le tabac, l’entrée donnant accès à
l’allée menant au cabaret.
(photographie d’Eugène Atget (1857-1927). Source : gallica.bnf.fr).


http://uprapide.com/images/pierredeparis06/chateau-rouge-int.jpg

A gauche, le perron d’entrée du cabaret (destruction en été 1899).
(photographie d’Eugène Atget. Source : gallica.bnf.fr).

63 Dernière modification par mercattore (19-02-2016 08:07:02)

Re : Cabaret «Au Chateau-Rouge», rue Galande, à Paris

Edmond Goncourt, karl-Joris Huysmans, à propos du Chateau Rouge

Le Journal des Goncourt.

Année 1891

« Dimanche 4 janvier. — Huysmans donne aujourd’hui des détails sur les voleurs, les receleurs du Château-Rouge, et sur la fameuse maîtresse de Gamahut.
C’est curieux tout de même, cette maison de Gabrielle d’Estrées, devenu cet immonde garni, et où la chambre même de la maîtresse de Henri IV serait devenue la chambre des morts : la chambre où l’on superpose plusieurs couches d’ivrognes ivre-morts, les uns sur les autres, jusqu’à l’heure où on les balaie au ruisseau de la rue. Garni qui a pour patron un hercule (1) dans un tricot couleur de sang de bœuf, ayant toujours à portée de sa main deux nerfs de bœuf, et une semaine de révolvers.
Et dans ce garni, d’étranges déclassées de tous les sexes : une vieille femme de la société, une absintheuse, se mettant sous la peau, dans un jour, vingt-deux absinthes, de cette terrible absinthe, colorée avec du sulfate de zinc, une sexagénaire que son fils, avocat à la cour d’appel, n’a jamais pu faire sorti de là ; et qui, selon la légende du quartier, se serait tué de désespoir et de honte.
Huysmans parle dans ce quartier Saint-Séverin d’un garni encore plus effroyable, du garni de Mme Alexandre (2).
Jean Lorrain qui vient après Huysmans, et qui connait le Château-Rouge et ses habitués, rabaisse les scélérats de l’endroit, et affirme que ce sont des cabotins, des criminels de parade, que font voir la police aux étrangers. »

(1) Pierre Trolliet, relié à l’affaire Gamahut.
(2) La Crémerie  Alexandre se tenait en face du Chateau-Rouge. Ce bouge avait gardé l’ancienne appellation de l’établissement.

Journal des Goncourt - Mémoires de la vie littéraire - Tome huitième. 1888-1891. Bibliothèque Charpentier. Paris, 1895.
En ligne sur Gallica.


Karl-Joris Huysmans, La Bièvre et Saint-Severin (1898).

« A ce point de vue, le Château Rouge, connu aussi sous le nom de la Guillotine et situé au 57 de la rue Galande, est le lieu le plus clément aux escarpes et aux purotins.
Son rez-de-chaussée se compose de trois pièces. La première, celle qui donne sur la cour, est immense ; elle est à peine éclairée, le soir ; la seconde est grande et le gaz y brûle furieusement ; la troisième est minuscule et toute noire ; des vagabonds somnolent dans la première ; des marlous et des scélérats jouent et boivent dans la seconde ; des gens ivre-morts dorment dans la troisième.

Il faut voir ce domaine de la dèche par un soir de neige ; on entre dans un four ; un énorme poêle de fonte, chargé  jusqu’à la gueule, souffle dans l’immense pièce des trombes ; partout, dans cette salle, des tables et des bancs sur lesquels sont jetés des paquets de hardes ; cela n’a plus de forme humaine ; on cherche des têtes disparues dans des estomacs ou cachées sous des bras appuyés sur les tables ; cela bouge et est muet ; de temps à autre, quand la pièce voisine vacarme, un buste se dresse, l’on aperçoit dans l’ombre une face congestionné par un mauvais somme qui regarde devant elle et retombe.

Une odeur fade à vomir, une odeur qui est une sorte de mélange de panade, d’eau de javel et d’épicéa s’évade de ces corps serrés sous leurs guenilles dans des collants de crasse. Au bout de ce hall, devant la fenêtre, s’étend un long comptoir où trône le tenancier Pierre Trolliet, un géant habillé d’un tricot de laine, coiffé d’une calotte plantée de travers sur des cheveux qui frisent ; il mâche un cigare d’un sou, crache sec, hérisse une dure moustache sur une bouche piquée de bleu par des points de poudre. Il y a en lui d’un municipal formidable et d’un titanique  chiourme.

Derrière le comptoir s’alignent à portée de sa main, deux nerfs de bœuf de calibre différent et dont il use suivant la gravité des cas,— et, depuis l’affaire de Gamahut qu’il dénonça, il a un révolver chargé dans le tiroir. Cet homme mène la vie d’un dompteur qui risque, chaque jour, d’être mangé, car les haines qu’il a accumulées sur lui sont terribles ; mais, aidé par des garçons qu’il trie parmi des lutteurs de profession, il mène sa ménagerie sans trop d’à-coups. Cette ménagerie est à la fois sérieuse et ne l’est pas ; autrement dit, il y a, comme chez le père Lunette, toute une part de décor apte à allécher le public ; la salle où le montreur l’exhibe est au premier ; elle est, ainsi que celle du bas à laquelle la relie un large escalier, immense, elle passe, à tort ou à raison, pour avoir été la chambre à coucher de Gabrielle d’Estrées et elle est désignée par ce nom : le Sénat * ; c’est là que dorment les purotins ; moyennant un cinquième de vin de quinze centimes, ils peuvent ronfler jusqu’à deux heures, dérangés seulement par les allées et venues des visiteurs qui montent, conduits par le garçon, — lequel fait en descendant, la quête, non pour eux, mais pour le patron et pour lui. »

* Huysmans fait une confusion. Le Sénat était, parfois, le nom donné à une pièce située au rez-de-chaussée d’un cabaret, bistrot etc. Dans le Dictionnaire de Bob plusieurs définitions de sénat, dont celle-ci : salle du fond d’un bistrot (Château-Rouge).

Edmond Goncourt nomme bien la pièce du premier étage, la salle des morts, que corroborent diverses sources, dont celle du dictionnaire précité :
1900. Au premier, encore une pièce […]. On appelle cette pièce la « Salle des morts », à cause de trente à cinquante individus qui gisent sur le sol dès la tombée de la nuit. »
(Mémoires de Rossignol)

http://uprapide.com/images/pierredeparis06/la-salle-des-morts.jpg

La salle des morts du Château-Rouge - Gravure de l'Illustration (1889).

Re : Cabaret «Au Chateau-Rouge», rue Galande, à Paris

Dans Paris étrange, Louis Barron note à propos du Château-Rouge :

« La « salle du Sénat » n’est pas, comme on pourrai le supposer, vu son titre, une annexe brillante et luxueuse du cabaret. Nulle décoration ne l’embellit c’est tout simplement une arrière boutique où, dans l’atmosphère opaque, deux becs de gaz projettent quelque clarté. On la réserve aux « rupins », selon le style du lieu.
A coté de nous, dans la salle du Sénat, cinq jolis messieurs se sont installés. Ils ont demandé du vin cacheté. Des « rupins » véritables, enfin ! Ce ne sont pas des coquins honteux, mais d’agréables souteneurs, dont la toilette a du genre. Portant veston de velours, gilet de laine violet, où s’étalent de grosses chaînes de montre chargées de breloque, ayant aux doigts des bagues, au front de séduisants accroche-cœur, sur la tête de hautes casquettes à pont, à la dernière mode, au cou des cravates à nuances provocantes ou tendres, rouges ou azur; ne sont-ils pas parfaits ainsi ? »

* E. Lalouette et H. Douce, libraires-éditeurs, Paris, 1883.
En ligne sur Gallica.


En ce qui concerne les sénateurs, plusieurs sens également, dont l’un non trouvé dans le Dictionnaire de Bob (ai-je mal regardé ?) :
« On appelle ainsi les malheureux qui, dans les garnis du dernier degré, ont des planches particulières au lieu de coucher à la corde. Ce sont les richards de l’hôtel. La planche coûte un sou par jour. »
Fustier, 1889. Cité dans Argogi (compilation de seize dictionnaires, par Charles Boutler).

65 Dernière modification par mercattore (09-02-2016 23:26:31)

Re : Cabaret «Au Chateau-Rouge», rue Galande, à Paris

J.K Huysmans [Le Château-Rouge] :


« C’est à visiter, l’hiver, à deux heures du matin, alors que s’évacue la salle, on grimpe et l’odeur fade du bas s’aggrave des senteurs échappées, Dieu sait par où des sulfures. Trolliet lève brusquement le gaz et hurle : « debout ! » — L’on est sur un champ de bataille ; l’on dirait de ces gens pressés par terre, les uns contre les autres, des cadavres, des râles d’agonie ; réveillés en sursaut, ils ressemblent à des blessé évanouis qui reprennent connaissance ; ils regardent, hagards, on ne sait quoi, puis éblouis par la grande lumière, ils baissent les yeux et leur premier geste, quand ils se mettent sur leur séant, est de glisser les doigt sous leurs guenilles pour se gratter.
— « Allons dépêchons ! » Et Trolliet salive de coté et rien ne peut rendre l’effroyable mépris de ces crachats ; alors tous se lèvent et des détails se précisent ; quelques-uns de ces mesure-la faim, plus propres ou plus dégoûtés que les autres, se sont couchés, en guise de drap sur un journal qu’ils remportent, — un autre sort d’un sac dans lequel il s’était plongé jusqu’au col ; sans souffler mot, tous descendent en trébuchant, à la queue-leu-leu, la tête basse, le dos courbé, portant sur leurs épaules des années de vices et de malchances, et ils partent dans la neige, sous l’œil des sergents de ville réunis devant la porte, pour surveiller la sortie du bouge;
La triste procession s’essaime en grelottant dans la rue. Où vont-ils ? Les uns gagner les halles afin de ramener les épluchures ou de s’employer, moyennant quelques sous ; les autres errent jusqu’à cinq heures du matin ; ils vont alors manger aune soupe à l’aile Sainte-Anne, puis ils se réfugient dans les églises.
Quant au patron, il boucle solidement sa cambuse, vide la lessiveuse qui bout dans la pièce d’en haut, lave à grande eau le plancher, détruit autant que possible la vermine.


Ces salles que nous avons vues sont peuplées de birbes ; celle où dorment, au rez-de chaussée, les ivrognes et qui est connue sous le nom de salle des Morts, une sorte de cave abjecte et noire, et surtout remplie, elle aussi, par de vieilles gens ; quant aux jeunes, ils s’entassent dans la seconde salle du bas, peinte de paysages dont le dessin balbutie et dont les couleurs divaguent, ils représentent des prairies , un clocher d’église, une rivière, un pont sur lequel s’avance une noce.
Il y a là, jouant aux cartes et buvant du tord-boyaux, des gamins affreux, des joueurs de bonneteau, des carroubleurs, des marlous, pis ; l’horreur de ces gueules qui ricanent sous des cheveux plaqués, de ces bustes crapuleux qui se dandinent, de ces yeux qui dévalisent ! — et, parmi ces faces méchantes et basses, une admirable, celle d’un ange de Botticelli, avec ses longs cheveux et ses prunelles atrocement claires, celle de la « belle Clara », un limousin venu à Paris pour gâcher du plâtre et qui, à vingt ans, en est déjà à sa sixième condamnation pour attentat aux mœurs ; puis deux ou trois, moins inquiétants, à la physionomie de sous-offs chapardeurs, Francis, le chantre de ce bouge ; la Marine, un ancien matelot, deux carottiers bons enfants, à la solde de la police.

66 Dernière modification par mercattore (12-02-2016 09:15:55)

Re : Cabaret «Au Chateau-Rouge», rue Galande, à Paris

Mais ce qui est le plus effrayant que la troupe des jeunes gredins, ce sont les femmes : Antoinette, dite Mémêche, une môme de dix-sept ans, une boule de graisse posée sur de courtes pattes, avec, dans un visage de pleine lune crevé par un nez en pied de marmite, la plus jolie bouche qui soit et des yeux ingénus de vierge. Maitresse d’un chef de bande déjà poursuivi pour tentative de meurtre, elle faisait en sortant du Chateau-Rouge, à deux heures, le vol au poivrier, aux Halles ; rosse et caline, elle disait avec un accent d’ineffable gloire : « Tu verras, je te le ferai connaitre, mon gas, et il te plaira, car c’est un homme qu’a du sang ! »
Louise Hellouin, dite la Tache-de-vin, l’ancienne amante de Midi, le complice de Gamahut dans l’assassinat de la veuve Ballerich, une matrone massive, à la bouche féroce, aux yeux sournois, à la hure éclaboussée d’une tache de sang lui couvrant toute une joue, des lèvres jusqu’au front ; celle-ci tenait du veau et de la hyène.

— Mais la plus horrible, c’était encore une vieille de plus de soixante ans. Pauline, dite Pau-Pau ; celle-là ne dessoûlait pas, elle avalait le vin, l’absinthe, le casse-poitrine, pêle-mêle, rôdait avec un cabas dans lequel on apercevait des tronçons de pipes et vous interpellait : « Mssieu, toi qu’on dit être si bon, paie-moi une bombe ! » — et le verre de vin était bu d’un trait. Jamais je n’ai vu figure plus lamentable ; c’était une bouillie blême ; tout coulait, le nez, la bouche, les yeux ; le visage se fondait en des ruisseaux de larmes. Chose étrange, dans ce pauvre être où tout sentiment paraissait aboli, il subsistait une certaine élégance de taille, des doigts fins, parfois même des mots recherchés qui détonaient dans ce milieu ; la légende était donc vraie lorsqu’elle racontait que cette femme sombrée dans l’ivrognerie avait été la mère d’un avocat de la cour d’appel qui s’était suicidé de désespoir après avoir tout essayé pour guérir la malheureuse de son vice ?

Que sont devenus ces trois monstres depuis les quelques années que je les ai perdus de vue ? Les forces mauvaises qu’elles détenaient ne leur furent guère propices ; Mémèche, dans un accès de delirium tremens, s’est laissée choir d’un quatrième dans une cour et s’est tuée ; la Tache-de-Vin, compromise dans un nouvel assassinat, a été condamnée à cinq ans de réclusion, et Pau-Pau est morte. D’autres les ont remplacées, mais moins intéressantes, encore qu’elles ne vaillent pas mieux ; quant à l’aspect du tapis-franc, avec son côté d’authentique coupe-gorge et aussi de décor d’attrape-pante, il est, malgré le changement des comparses, le même.

Certains soirs, des crises de joie,  soulèvent, toujours sans qu’on sache pourquoi ces miséreux ;  alors le repaire se mue en un cabanon de fous ; on se range en cortège ; l’un s’empare d’un seau vide et joue du tambour dessus ; un autre arbore au bout d’un balai un torchon en guise de drapeau, et, tandis que l’on débite une « proclamation de Monsieur le maire » plus ou moins bête, tout l’établissement défile en poussant des cris d’animaux, et cela finit par un chahut. Alors, dans la poussière qu’agite le piétinement des galoches et des bottes, dans la puanteur qu’exhale le remous des jupes, passent de consternantes visions d’êtres tordus par des spasmes nerveux, de femmes suivant un homme, l’air égaré, et refaisant, sans parler, un à un, ses gestes. Il y a évidemment des symptômes de démence chez ces gens subitement tirés de leur hébétude.

Mais ces petites fêtes se terminent généralement par des disputes ; les femmes surexcitées par le bruit s’écharpent, et les souteneurs s’en mêlent. Et Trolliet intervient ; pour mettre tout le monde d’accord, il assomme, sans parti pris, les lutteurs des deux camps, puis il empoigne les éclopés et, par la porte d’entrée que le bistro lui ouvre, il les précipite, la tête la première, dans le cour ; ce après quoi, il promène, en revenant à son comptoir, un regard circulaire sur le bétail de sa ménagerie et, voyant qu’aucun n’ose broncher, il crache.

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1894. Dessin de Jules-Adolphe Chauvet. (source : gallica.bnf.fr).

Re : Cabaret «Au Chateau-Rouge», rue Galande, à Paris

Georges Grison Paris horrible et Paris original :


« Le Château-Rouge, célèbre dans le quartier, comme Tortoni sur le boulevard des Italiens, est situé rue Galande au n° 57. C'est l'image la plus exacte qu'on puisse voir aujourd'hui des anciens tapis-francs de feu la Cité, de truandesque mémoire.
Il est situé au fond d'une cour, mais sa façade peinte en rouge, de cet affreux rouge brun de la guillotine, attire l'attention, et de la rue du reste on aperçoit le comptoir d'étain qui brille...
Dès qu'on met le pied sur la porte, l'odorat est affecté par une étrange odeur, un mélange sans nom dans lequel dominent tour à tour la graisse rance, le moisi, et cette émanation indéfinissable et écoeurante que connaissent tous ceux qui sont entrés dans une chambrée de caserne. En même temps une buée grasse et humide, trouée seulement à certains points, parla flamme crue des becs de gaz, s'épaissit devant les yeux. Peu à peu, tout cela se dissipe ou plutôt on s'y habitue et on voit alors la première salle du cabaret.
Des grosses poutres à peine équarries et noircies par la fumée soutiennent les plafonds crevassés et brûlés par les jets de lumière. Les murs lézardés sont couverts jusqu'à hauteur d'homme d'une couche terreuse... une véritable plinthe de crasse. Près de l'entrée, deux maritornes lavent la vaisselle et c'est leur baquet qui cause la buée, laquelle, mêlée, à la fumée des brûle-gueules, produit le voile qui tout d'abord vous empêche de voir... véritable auréole graisseuse qui convient bien à un tel endroit.


Dans cette première salle, une centaine de clients sont réunis. Il y a là des hommes, des femmes, des enfants de tout âge, mangeant, dormant au milieu de la fumée. Des ouvriers aux cottes rapiécées, coupant, avec un eustache, le fromage d'Italie, le saucisson à l'ail, le morceau de salé contenu dans un papier placé sur le coin de la grosse table, à côté d'un litre à douze ; des élégants du lieu mangent avec leur « largue » le gras double ou la côtelette aux cornichons dans une assiette prêtée par le maître de l'établissement, — car, si on mange au Château-Rouge il faut apporter son pain et ses victuailles, la maison ne fournit que les assiettes, les fourchettes et la boisson ; enfin des ivrognes abrutis, bavant dans leurs verres à demi pleins encore, roupillent sur leur banc ; des rôdeurs venant chercher là près du poêle aux longs tuyaux, un peu de repos et de chaleur, après une nuit passée en plein vent ou sous la pluie ; des gavroches aux tignasses emmêlées, vêtus de guenilles trop grandes ; de grandes fillettes aux yeux déjà cyniques, apprenant le vice à côté de leur père pochard ou de leur mère ivre, toute une population débraillée, avinée, aux loques multicolores, ignoble, repoussante.


Au milieu de tout cela trois ou quatre garçons, les manches retroussées, montrant des bras musclés, circulent tenant à la main des brocs violacés par la teinture du vin et qui, au besoin, broieraient un crâne comme la plus solide massue. Derrière le comptoir, comme le Jupiter sur son trône, le patron, un Hercule, à la face carrée et joviale, plane sur toute la salle, surveillant ses clients, prêt à donner un ordre ou à intervenir au besoin...
C’est déjà joli. Mais ce n'est que le commencement. Il y a deux autres salles au Château-Rouge. Deux autres salles, où vont les « gens rup, » c'est-à-dire la fine fleur des prostituées et des chenapans du quartier. Là on a de la toilette, plus choquante cent fois que les haillons. La redingote achetée au décrochez-moi-ça y coudoie le spencer de velours râpé aux couleurs voyantes; les hommes ont les doigts couverts de bagues de cuivre à énorme camée en verre. Les femmes ont au cou des chaînes de chrysocale, aux oreilles des pendants pareils, aux bras des bracelets de doublé ou de cette nouvelle composition américaine qui imite le corail. Mais quelles femmes !... De vieilles prostituées usées par la débauche et des gamines déjà complètes et plus insolentes que les autres. Des femmes de cinquante ans, au visage fané, aux cheveux gris ornés de roses défraîchies, au corsage ouvert laissant voir des choses qui repoussent le regard, des filles de quatorze ans aux yeux cernés, aux joues livides, où les pommettes seules montrent la rougeur des poitrinaires, portant des robes trop grandes et des haillons prétentieux, loques de soie, rubans déteints, velours graisseux... Elles vont de table en table, échangeant un propos graveleux avec l'un, buvant dans le verre de l'autre, quêtant partout un butin rebelle... ne récoltant parfois que des rebuffades et des coups...


On rit, on chante!... des chansons obscènes quelquefois, des chansons langoureuses surtout. Loi des contrastes : le rôdeur de nuit qui vient d'assommer un passant, pleure en entendant la voix éraillée qui roucoule la Mort d'une hirondelle ou toute autre élucubration sentimentale des cahiers à deux sous.
Vous trouverez souvent dans la salle du fond, la Salle du Sénat, comme on l'appelle, une grande femme aux cheveux bouclés, à la taille encore élégante, qui fume une cigarette d'un air plein de dignité. C'est un ancien modèle du quartier Latin, qui prétend avoir connu tout le cénacle de la Bohème, et vous racontera avec des larmes dans la voix la mort de Mimi, — qu'elle n'a jamais vue. Vous y pourrez voir aussi, le samedi principalement, un monsieur à redingote jaunâtre, en chapeau de soie et que sa figure glabre et soigneusement rasée, dénote comme un cabotin. C'est en effet un chanteur d'un beuglant voisin qui vient là, dit-il, pour étudier des types populaires et qui étudie si bien qu'il n'en sort jamais qu'ivre-mort...
Les deux salles du fond du Château-Rouge auraient bien des révélations à faire, si elles pouvaient répéter tout ce qui s'y est comploté... Ivrognes pour ivrognes, ceux du fond sont peut-être moins repoussants que ceux de l'entrée, mais ils sont plus effrayants. Ce n'est plus l'ivresse lourde et avachie, c'est l'ivrognerie inquiète qui aboutit au delirium tremens ; ce n'est plus la lie de la rue, c'est l'écume du Dépôt, de la maison centrale, le résidu de Saint-Lazare, le préau de la Roquette... »


- Georges Grison Paris horrible et Paris original,  E. Dentu, éditeur, Paris, 1882.
- Fac similé : Maison d’édition Maxtor France, Rungis, 2012.
- Fac similé : Hachette - BnF, collection coutumes, savoir-vivre et folklore, 2013.
(en partenariat avec avec la Bibliothèque nationale de France).
- En ligne sur Gallica.

Note : Plusieurs chapitres ne figurent pas dans Paris horrible & Paris original, édité par la Maison Ramsay, en 2011. C’est la raison de la légère modification du titre dont le et a disparu, remplacé par l’esperluette &.

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Edition Maxtor (broché, 336 pages).

Re : Cabaret «Au Chateau-Rouge», rue Galande, à Paris

La Bièvre et Saint Séverin (la violence).

Quand on se chourine dans ce bouge [cabaret du Père Lunette, rue des Anglais], c’est entre soi, on se saigne entre amis, mais ces scènes se font rares ; il faut généralement,  pour qu’on s’assomme, qu’il y ait du sang versé dans le quartier ; alors les fauves se réveillent chez ces brutes et chacun tire son os de mouton ou son surin ; l’assassinat commis dans un tapis franc se répercute dans les autres ; le sang qui fume engendre les larves ; elles trépident dans la boue remuée de ces âmes et sans cause apparente, dans toutes les étables de la paroisse, l’on se massacre.
Il y a de cela deux ou trois ans, ces carambolages de crimes se succédèrent pendant plus de huit jours. Une nuit, un forcené entra chez le père Lunette, éventra avec un tranchet la petite Flore, l’une des malheureuses les moins répugnantes de ce lieu, se jeta sur la patronne qu’il défonça, tapa dans le tas de gens qui se précipitaient pour la secourir, blessa le chanteur, culbuta le garçon qui finit cependant par l’abattre en lui écrasant une carafe sur le front.
Ce sang répandu leva ; ce fut dans tous les bouges du quartier une moisson de meurtres. Une bande de cambrioleurs égorgea le servant, au bistro du Château Rouge, tandis que Trolliet, le tenancier, tuait à coups de nerfs de bœuf deux des assaillants. En face, chez Alexandre, tous les habitués se ruèrent les uns sur les autres, sans que l’on ait jamais su, au juste, pourquoi,— puis le sang sécha et ces folies cessèrent. »

Curiosité: sur le bâtiment abritant le bouge Alexandre, et daté du XIVème siècle, se trouvait un bas-relief représentant saint Julien l’Hospitalier. Selon la Commission du Vieux Paris (procès verbal  du 5 avril 1900), il était désigné en 1380, sur les titres du moyen-âge : « Maison où au dessus est l’ansaigne de Sainct-Jullian » et en 1441 : « Maison auquel est à présent élevée en pierre de taille  l’ymaige de Sainct-Jullian, sur l’huisserie dudict hôstel ». Elle s’appelait aussi : « Maison de la Heuse » (1373 et 1535).
Ce bas-relief est considéré comme la plus ancienne enseigne de Paris. Aujourd’hui, une copie en a remplacé l’original, conservé au musée du Louvre. Elle est visible au 42 rue Galande, au dessus de l’entrée du Studio Galande, salle de cinéma art et essai (bâtiment classé au titre des Monuments historiques en 1925).


http://uprapide.com/images/pierredeparis06/bas-relief-saint-julien_1.jpg

Le bas-relief au dessus du Studio Galande (copie).


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L’original, au début du XXème siècle.


La légende de saint-Julien (selon Jacques de Voragine) :

Ayant tuer son père et sa mère, par méprise, un noble, Julien, consacre désormais sa vie à aider son prochain. Il s’établi passeur près d’une rivière, dont la navigation est très dangereuse. En barque, avec sa femme, il fait traverser quiconque se présente, reçoit les pauvres, les soigne. Un jour, il recueille un homme exténué, transi de froid, près de mourir. Il l’accueille dans sa maison, essaie de le sauver. L’homme est soudain transfiguré, c’est le Christ. Il annonce alors à Julien que Dieu lui a pardonné.

Gustave Flaubert a longuement traité de la légende de saint Julien l’Hospitalier dans son ouvrage Trois contes.
http://clicnet.swarthmore.edu/litteratu … ien.1.html
(on remarquera la fin du conte, mettant en scène Julien et l’homme recueilli, où transparaît l’inclinaison de Flaubert pour les rencontres masculines).

Re : Cabaret «Au Chateau-Rouge», rue Galande, à Paris

LA PRESSE

La préfecture de police multiplie les rafles de souteneurs et de filles à Paris et dans la banlieue. Hier, elle a fait expurger une partie du quartier Maubert. Les garnis borgnes et les bals-musettes qui y foisonnent, ont reçu la visite des agents. On sait qu'un des établissements les plus mal fréquentés de ce quartier est le Château-Rouge. C'est là que se réunit habituellement tout le joli monde des escarpes, des tire-laine et des filles. Gamahut s'y rendit, le soir, après l'assassinat de Mme veuve Ballerich.

Une rafle en un tel endroit offre, pour ceux qui l'opèrent, un certain péril, car les habitués du Château-Rouge sont généralement armés et se défendent avec vigueur à chaque invasion de la police. Celle-ci a opéré la nuit dernière par surprise; cernant les issues à l'aide de solides cordons d'agents, elle a fait irruption dans l'établissement. Bien que les agents fussent très nombreux, le coup de filet n'a pas été pratiqué sans difficulté ; un certain nombre de souteneurs ont essayé de pratiquer des trouées à travers les escouades de gardiens de la paix et d'inspecteurs de sûreté postés à la sortie, mais leurs efforts ont été vivement réprimés. Plus de cent individus ont été envoyés au Dépôt. Parmi ceux-ci se trouvaient un certain nombre de récidivistes.

Quotidien LE MATIN, 4 juin 1885 (source : gallica.bnf.fr)

Re : Cabaret «Au Chateau-Rouge», rue Galande, à Paris

Curieux texte :

LA BANDE A PAPA

Un titre de vaudeville, et c'est un drame, mais un drame mêlé de farces, comme on les aimait autrefois et comme la mode en reviendra quelque jour.
M. de Chily, qui fut un si extraordinaire directeur de théâtre, disait à Auguste Maquet :
— Un crime où il y aurait de la gaieté, voilà ce que je voudrais.
Mais ça y est nous le tenons. C'est le crime de la bande à Papa, dont vous trouverez le récit dans le Matin et qui se juge en cour d'assises de Chaumont.
C'est le drame que demandait M. de Chily, et c'est aussi le progrès, qui doit être accepté tout entier, comme la Révolution, comme le bloc.
Je sais de bons esprits un peu réactionnaires qui regrettent doucement le temps des diligences que pillaient si crânement les brigands d'opéra comique. Mais tout se modifie, tout change et tout passe. Il n'y avait plus de pataches sur les routes ; il à bien fallu monter dans le train : on s'est fait cambrioleur. Et le cambriolage est comme tout le reste, comme la science, comme la politique ; ce n'est plus le vol de l'ancien temps. Vautrin ? Mais Vautrin serait tout à fait démodé aujourd'hui, avec ses tirades grandiloquentes sur la société, sur Paris, sur la bourgeoisie possédante et sur l'argent d'autrui. On parle d'une reprise de la pièce à l'Odéon : c’est vous dire si c'est vieux jeu ! Non — le voleur bien moderne, c'est M. de Rastignac, et celui-là, vous le trouverez partout.

Il était assis, l'autre jour, à la place de M. Caze de Berzieux (1) sur le banc de la cour d'assises, Rastignac un peu vieilli peut-être, mais toujours élégant et devenu « rosse », comme tout le monde. Il s'est essayé dans les lettres et dans les affaires, dans les petits théâtres et avec les petites femmes. Il est bachelier ? La bonne blague ! Ah ! que M. Jules Lemaître a raison : les bacheliers n'ont plus rien à faire qu'à pousser les wagons dans les gares ou, si le métier leur paraît trop dur, à cambrioler de compagnie avec la bande à Papa (2), avec Voillard (2), qui a été rédacteur dans un bon journal de province ; avec Meunier(2), qui allait tout justement débuter dans le roman documentaire par un manuel de cambriolage, et avec Delion (2), ce charmant esprit, un peu peintre, un peu poète et artiste en tout, qui est l'auteur d'un livre exquis et assez amer, dans la manière de M. Maurice Barrès, La Vie d'un déclassé.
Voilà le voleur bien moderne et dernier-cri — le cri de la vieille qu'ils étranglaient à Chaumont.
Sans doute, les bourgeois paisibles et imbus de préjugés, fort respectables, d'ailleurs, auront d'abord quelque peine à accepter ce type à la Forain. Il bouleverse toutes les notions acquises : il dépasse Jean Hiroux ; il efface Thomas Vireloque.

Et c'est dommage aussi pour les grands-ducs et pour les petites duchesses dont c'était le plaisir délicieux et dangereux d'aller frôler les criminels dans les bas-fonds de Paris. Dommage, comme tout ce qui n'est plus. Mais on s'y fera. Le voleur perdra quelques sympathies dans le clan romantique et dans les galeries de l'Ambigu ; en revanche, il s'affirmera parmi les modernes décidés à vivre, et le cambriolage deviendra ce qu'il doit être : une profession, que l'amateurisme a trop envahie déjà !
Et puis ces dessous de Paris, ces bas-fonds, ce « là-bas » qui faisait pâlir de terreur les bonnes gens et frissonner d'aise les gens du inonde, tout ce bric-à-brac du crime et ce musée Tussaud de la basse pègre qu'on menait voir aux étrangers de marque, qu'est-ce que c'était vraiment ? Un enfer en toc. Personne n'y croit plus, excepté M. Huysmans (3) qui est un visionnaire et qui aperçoit dans les clairs de lune des décors pour de pièces diaboliques.

Le quartier Saint-Séverin ? Quelques vieilles maisons, un vieil Hôtel-Dieu, la vieille église de Saint-Julien-le-Pauvre, où un prêtre coiffé de la chéchia dit la messe aux marchands de papier d'Arménie. Il y a bien le père Lunette, avec ses pierreuses farouches, ses vagabonds et son poète mais c'est comme un tréteau de Montmartre où la censure a passé. On le fera venir à Londres quelque jour, et le prince de Galles assistera à la représentation. Les voleurs qu'on y rencontre sont des cabots. Tout cela n'est pas bien effrayant, vous en conviendrez, pas plus que le cabaret de la mère Mexico, en face, une vilaine boutique de la rue Galande où, chaque matin, les voleurs à la tire viennent fraternellement partager leur butin. Doux pays !

Le temps est loin où Gamahut chantait la chanson des Blés d'or dans la salle des cadavres au Château-Rouge. On la montre, cette salle, aux visiteurs ébahis, comme on y montre l'ancien notaire qui a fait des faux et qui raconte sa petite histoire aux badauds, telle un monologue de Cadet. Des boniments, vous dis-je ! Les voleurs ne sont plus dans l'enfer de M. Huysmans : ils sont sur le boulevard, au cercle, dans les théâtres, dans les bureaux de rédaction. Ce sont des gens bien mis ; ils sont bacheliers ils ont tâté du roman, de la politique ou du baccarat. Et, pour tout dire, ce sont maintenant des gens comme vous et moi.
Voilà le portrait très exact de messieurs de la bande à Papa.
Seul, le titre de leur compagnie a quelque chose du vieil air, des voleurs d'Eugène Suë et des coquins de l'époque romantique. Au vrai, le cambriolage qu’ils exerçaient avec une certaine cruauté, est en train, tout doucement, de pénétrer dans les mœurs. Entendons-nous. Est-ce que les cambrioleurs ne sont pas partout ? Est-ce que les âmes, les coffres-forts, les secrets d'Etat, les ambassades et les consciences sont bien à l'abri de cambriolages discrets, audacieux et subtils ? On a appelé ça le struggle for life. C'est le mot chic qui désigne une chose tout à fait commune et vulgaire. Nous sommes tous de la bande à Papa. C'est à qui forcera le plus habilement les serrures et les cœurs, en affaires, en politique, en amour.
Nous avons tous sur nous une pince monseigneur.

Victor de Cottens

Quotidien LE MATIN, 30 septembre 1898.


(1) Roger Caze, dit le marquis. Se faisait nommer Caze de Berzieux. Fils du journaliste, poète, écrivain, Robert Caze, mort à 33 ans des suites d’un duel. Chef d’une bande de malfaiteurs accusée de 27 cambriolages. Condamné par la cour d’assises de la Seine, le 9 septembre 1898, à quinze de travaux forcés, à la relégation, et transporté au bagne de Guyane.
Selon Guy Marchal, il se serait évadé deux fois et sa trace perdue après sa deuxième évasion ICI

(2) La bande à Papa (Voillard, dit Papa, Delion, dit Charlot, Meunier, dit Chocolat, Marsille, dit Souris, Désiré, Alice Delhay). Jugée devant la cour d’assises  de Chaumont (Haute-Marne) pour l’assassinat de Mme Buré, étranglée le 31 octobre 1897. Eugène Delion, 24ans, est condamné à la peine de mort. Les autres peines : Désiré, vingt ans de travaux forcés, Voillard, quinze ans de travaux forcés (bagne de Guyane), Marsille, trois ans de prison, Delhay et Meunier, deux ans de prison.
Delion est gracié par le président Félix Faure le 28 novembre 1898. Transporté au bagne de Guyane.

(3) La Bièvre et Saint-Séverin est paru en 1898, peu avant cet article. Mais Huysmans avait connu les bouges et bas-fonds du quartier Maubert des années auparavant.

Re : Cabaret «Au Chateau-Rouge», rue Galande, à Paris

Le Château-Rouge ne mourra pas tout entier ! On sait que le n° 57 de la rue Galande, connu surtout à notre époque par le Château Rouge, vivant souvenir des cabarets borgnes de l'ancienne cité, a été livré à la pioche des démolisseurs.
De ces masures, qu'une tradition de quartier place dans les dépendances de l'ancien logis de la belle Gabrielle, quelques souvenirs seront conservés.
Ainsi l'a décidé la commission du vieux Paris, qui a proposé de mettre en réserve la grande fenêtre rampante, d'un très beau travail, qui se trouvait dans l'escalier de l'ancien hôtel et pourra servir à l'enseignement dans une école professionnelle une rampe en fer forgé d'un joli et la porte d'entrée avec son imposte.
La commission, sans accorder trop d'importance aux peintures qui faisaient partie de la mise en scène du Château Rouge, les signale dans son rapport. Cela a suffi pour les sauver du désastre, un particulier bien avisé va se rendre acquéreur de ces peintures suggestives et les installera sans doute dans quelque autre cabaret borgne destiné à faire revivre l’ancien Chateau-Rouge.

Quotidien LE GAULOIS,19 juin 1899.
(source : gallica.bnf.fr)

Re : Cabaret «Au Chateau-Rouge», rue Galande, à Paris

Bonjour et merci pour la promenade !

Une demande : les très anciens messages sont de nouveau modifiables, pourriez-vous les réillustrer ? En sauvant les images sur hostingpics.net dont Abel Boyer nous a fait très utilemenrt la publicité il y a un certain temps déjà.

Re : Cabaret «Au Chateau-Rouge», rue Galande, à Paris

Bonsoir éponymie,

je n'avais pas vu que l'on pouvait modifier les anciens messages et je vous en remercie.
Certains documents étaient sur mon ancien ordinateur, qui a été détruit, et ne pourront donc être replacés. J'ai commencé à modifier quelques messages.

Re : Cabaret «Au Chateau-Rouge», rue Galande, à Paris

Informé de la destruction future du Château-Rouge, M. Pierron, agent-voyer en chef de la ville de Paris, fit prendre une série de photographies du cabaret. Elle fut remise à la Commission du Vieux Paris. Parmi ces photographies : la salle du rez de chaussée, la 2ème salle du rez-de-chaussée, la salle des visiteurs, le dortoir au premier.
En voici un aperçu, de piètre qualité, malheureusement.


http://uprapide.com/images/pierredeparis06/grande-salle-du-chateau-rouge_1.jpg

Légendé salle du rez-de-chaussée.


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Légendé 2ème salle du rez-de-chaussée


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Légendé 2ème salle du rez-de-chaussée.


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Légendé salle des visiteurs (ensemble). C’est probablement la salle que l’on appelait le sénat (3ème salle du rez-de chaussée). Dans Paris étrange, Louis Baron la signale sans décoration, mais c’était quinze ans auparavant.


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Légendé salle des visiteurs.


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Légendé dortoir du 1er .
Dit salle des morts, salle des cadavres (rare).


On lit parfois sur certains blogs que l’on dormait à la corde au Château-Rouge.
Le cabaret comprenant une salle au 1er étage pour dormir en s’allongeant, librement si l’on peut dire, l’indication parait très sujette à caution. Les relations de visites dans cette salle, les documents visuels, n’indiquent pas cette pratique au Château-Rouge !

L’expression dormir à la corde parait avoir deux versions :

- Une corde était tendue à travers une salle, sur toute sa longueur, permettant aux dormeurs de reposer leur tête, ou leurs bras. Charles Virmaitre en donne un exemple : voir ARGOGI

- Des cordes séparaient les dormeurs. Dans leur ouvrage Une chambre en ville*, Alain Faure et Claire Lévy-Vroeland donnent une version supplémentaire à la première (qu’ils citent aussi) :
« A la corde parce que c’étaient des cordes qui séparaient les dormeurs affalés dans la chambrée sur de vagues grabats. »


* Alain Faure & Claire Lévy-Vroeland Une chambre en ville, Hôtels meublés et garnis à Paris 1860-1990, CREAPHIS éditions, 2007. Collection Lieux habités.


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Le Château-Rouge est tombé. A l’extrême gauche, étayage du bâtiment qui le jouxtait (n°55). Le tenancier du cabaret à touché 55000f d’indemnité d’expropriation pour cause d’utilité publique.
(photographie d’Eugène Atget. Musée Carnavalet).


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Rue Galande. Tout au fond, à droite, l’entrée du Château-Rouge.
Photographie d’Eugène Atget.

75 Dernière modification par éponymie (08-03-2016 22:15:45)

Re : Cabaret «Au Chateau-Rouge», rue Galande, à Paris

J'adore ce genre de sujet et joue donc moi aussi.

Revue des deux Mondes, 1881, pp. 831-832

Depuis quinze ans, l'aspect de ce quartier a été singulièrement transformé ; le boulevard Saint-Germain l'a en quelque sorte éventré. Passant en plein milieu de la place Maubert, qu'il a presque détruite, il a coupé la misère en deux. Une partie a été rejetée le long de la Seine dans l'étroite bande qui subsiste entre le boulevard et le quai ; l'autre s'est trouvée refoulée vers les pentes de la montagne Sainte-Geneviève, où les larges percements de la rue Monge et des voies nouvelles qui sont amorcées de tous les côtés l'ont encore pourchassée. Une haute barrière de maisons en pierre de taille, dont le rez-de-chaussée est occupé par des boutiques et les étages supérieurs habités par des familles de professeurs ou de petits rentiers, sépare aujourd'hui ces deux agglomérations de misère dont l'existence pourrait parfaitement être ignorée de celui qui se bornerait à suivre le boulevard ou la rue Monge. Mais, arrivé à la hauteur des Thermes de Julien ou du Collège de France, engagez-vous dans une de ces petites ruelles qui conduisent du boulevard au quai, et au bout de quelques pas vous pourrez vous croire à cent lieues de toute cette civilisation et de ce progrès apparent.

Vous vous trouverez, en effet, au cœur de ce quartier où Eugène Sue avait placé autrefois quelques scènes des Mystères de Paris, dans un dédale de petites rues bordées de hautes maisons où la misère s'entasse, où le vice se réfugie. Le vice, qui malheureusement suit toujours de près la misère, y a ses rendez-vous de prédilection qui jouissent dans le monde interlope d'une certaine réputation. Ce sont, sans parler des maisons mal famées de la rue Maître-Albert (encore un souvenir du grand dominicain) et de la rue Zacharie, le Château-Rouge et le Père-Lunettes. Le Château-Rouge, qu'il ne faut pas confondre avec le brillant Château-Rouge de la chaussée de Clignancourt, est un vaste cabaret situé rue Galande, au fond d'une cour dont la muraille extérieure est peinte couleur sang de bœuf. A la porte stationnent toujours des hommes de mauvaise mine qui regardent d'un air malveillant les intrus. Au dedans, une première salle à boire garnie de tables et de bancs en bois reçoit les buveurs toujours en grand nombre. Une seconde plus obscure sert souvent de dortoir à des femmes avinées qu'il ne fait pas bon troubler dans le sommeil de leur ivresse.  Le cabaret du Père-Lunettes est, au contraire, une échoppe située dans une infecte ruelle, la rue aux Anglais et qui doit son nom trivial à une gigantesque paire de lunettes peinte sur l'enseigne. Un comptoir d'étain où l'on boit debout et devant lequel se pressent les buveurs, une petite arrière-salle réservée aux habitués, où il faut quelques précautions pour pénétrer, voilà tout l'établissement, et l'attrait que les endroits borgnes inspirent toujours à ceux dont la conscience n'est pas bien nette explique seul que la nuit il soit difficile d'y trouer un bout de banc pour s'asseoir.

Pour la période antérieure, les documents traitent toujours du Chateau Rouge de Clignancourt. Mais Delvau (déjà croisé maintes fois sur ABC) dans ses Dessous de Paris (1860) dresse un portrait similaire du quartier. C'est à la page 76.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2045247.pdf

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