26

Re : Or, taux, gras, feux... (réforme d'orthographe)

Transcription du phonème /j/ dit "le yod" — 6

Un phonème n'est pas un son mais une entité abstraite assimilable à un ensemble de sons.

Le phone [j] est un son consonantique appelé yod.

Le phonème /j/ est un ensemble de phones — en l'occurrence le phone complet [j] et aussi la partie de phone [??] qui est la queue d'une diphtongue (amalgame vocalique).
Soit, pour faire joli :  /j/ ? { [j] ; [??] }.

Le phonème /j/ ne porte pas de nom.

P'tit prof a écrit:

Le premier exemple est le cas du yod, apparemment très simple : son unique, lettre unique, [...].

Le son [j] (le yod) est en effet un phone unique. Le phonème dont il dépend est /j/. L'identité du symbole littéral (le petit "j") entre les crochets et les barres obliques montre assez bien que les variations du type Brigitte Fontaine (voir le n° 5) sont perçues comme étant marginales. Elles sont de toutes façon non phonémiques.

P'tit prof a écrit:

Pour noter le yod, l'API utilise la lettre j, mais il a inventé un symbole en forme de z arrondi pour noter le son jé.

Ce qui nous laisse les possibilités suivantes :
utiliser le j pour noter le yod, et le ž/Ž pour noter le son jé ;
utiliser l'upsilon pour noter le yod, et garder le j pour le son jé.

Cette seconde solution a ma préférence, mais ce n'est pas moi qui décide...

Je pense qu'il est préférable de noter le phone [j] par <y> car la graphie <j> c'est le son /?/ en francophonie.

Exemples (hors toute modif ne portant par sur le phonème /j/) :
<accueillir> ? /a·kø·ji?/ ? <accueyir>
<bouillir> ? /bu·ji?/ ? <bouyir>
<criée> ? /k?i·je/ ? <criyée>
<déployées> ? /de·plwa·je/ ? <déploiyées>
<égayons> ? /e·ge·j??/ ? <égaiyons>
<égayions> ? /e·gej·j??/ ? <égaiyyons>
<fille> ? /fij/ ou /fi·j?/ ? <fiye>
<gargouille> ? /ga?·guj/ ou /ga?·gu·j?/ ? <gargouye>
<habillé> ? /a·bi·je/ ? <habiyé>
<payer> ? /pe·je/ ? <paiyer>
<payiez> ? /pej·je/ ? <paiyyez>
<pays> ? /pe·i/ ? ?<paihis> (car <pays> deviendrait /pajs/)
<soudoyez> ? /su·dwa·je/ ? <soudoiyez>
<taille> ? /taj/ ou /ta·j?/ ? <taye>
<travaillé> ? /t?a·va·je/ ? <travayé>
<voyage> ? /vwa·ja?/ ? <voiyage>.

Pas très jojo ce genre de modif, mais bon, si c'est pour la bonne cause...





Transcription de la syllabe /wa/ — 2

P'tit prof a écrit:

Le graphisme  <oi> a été allégrement jeté par dessus bord par les chercheurs du GEREC. Ils écrivent zwazo (oui, oiseau, passé tel quel en créole), ovwa (dans le quel on reconnait au revoir), bonswa (on reconnait bonsoir), [...]

La graphie <wa> ne me pose aucun problème pour représenter la syllabe /wa/. Le seul truc c'est que la syllabe /wa/ n'est que l'ultime représentant d'une très longue série unifiée par le graphisme <oi>. Il est permis de penser que ce /wa/ se réduira un beau jour en /a/, ou grossira en /wa??/, à moins qu'il ne revienne à son état antérieur : /we/. Ce jour-là on aura l'air bien malin avec notre <wa>...

Je suis pour l'innovation : par exemple <lhirondelle> plutôt que <l'hirondelle>, <lami> et non <l'ami>, <lézeuro> à la place de <les euros>, <dézalligator> contre <des alligators>, <jaurais> pour <j'aurais>, <ilzon> pour <ils ont>, <ilson> pour <ils sont>, mais tout ceci est discutable. Au moins autant que l'équivalence /wa/ ? <wa>.


P'tit prof a écrit:

Le créole est au français ce que le français est  au latin.

On va pas refaire le monde mais il n'est pas sûr que le français dérive du latin. Je verrais plutôt un ancêtre roman à notre langue (et aux langues romanes en général). Un aïeul cousin du latin.

Re : Or, taux, gras, feux... (réforme d'orthographe)

Et une polémique, une !
J'aurais tendance à penser que les gens qui posent que le français ne vient pas du latin ne savent pas le latin... Une intuition, comme ça...

D'ailleurs, il se trouve des gens pour nier que le créole dérive du français.

Cela n'empêche pas le monde de tourner, les latinistes de lire le latin, les francophones de parler français, et les créolophones de parler créole...

... ne supra crepidam  sutor iudicaret. Pline l'Ancien

Re : Or, taux, gras, feux... (réforme d'orthographe)

Sylvain B a écrit:

Le s final du premier centièmes et son absence au second ne permettaient donc pas cette distinction ?

Certes, mais pour l'œil du lecteur pressé, c'est sur l'absence ou la présence d'un s final que repose toute la différence entre 61/100 et 60 +1/100. Une simple faute d'accord ou une coquille peut induire en erreur. Par contre, cette différence de sens devient facilement repérable lorsque l'on utilise, ou non, des traits d'union dans le nombre qui précède. N'en est-il pas ainsi ? big_smile

Dernière modification par Bookish Prat (04-07-2009 01:52:13)

« Jeunesse, folies. Vieillesse, douleurs ». Proverbe rom.

Re : Or, taux, gras, feux... (réforme d'orthographe)

Exemples (hors toute modif ne portant par sur le phonème /j/) :
<accueillir> ? /a·kø·ji?/ ? <accueyir> pourquoi deux c quand un k fait l'affaire ? akœyir
<bouillir> ? /bu·ji?/ ? <bouyir>
<criée> ? /k?i·je/ ? <criyée>
<déployées> ? /de·plwa·je/ ? <déploiyées>
déplwayées, à la créole.
<égayons> ? /e·ge·j??/ ? <égaiyons> égêyons : pourquoi s'encombrer d'un a ?
[i]<égayions> ? /e·gej·j??/ ? <égaiyyons>
<fille> ? /fij/ ou /fi·j?/ ? <fiye> [/i]fiy suffit amplement
<gargouille> ? /ga?·guj/ ou /ga?·gu·j?/ ? <gargouye> gargouy suffit amplement
<habillé> ? /a·bi·je/ ? <habiyé> abiyé : pourquoi s'encombrer d'un h sans valeur phonologique ?
<payer> ? /pe·je/ ? <paiyer> pourquoi un a ? pêyer
<payiez> ? /pej·je/ ? <paiyyez>
<pays> ? /pe·i/ ? ?<paihis> (car <pays> deviendrait /pajs/)
pêis, puisque l'on évite les digrammes là où l'accent suffit
<soudoyez> ? /su·dwa·je/ ? <soudoiyez> soudwayez
<taille> ? /taj/ ou /ta·j?/ ? <taye> tay est suffisant
<travaillé> ? /t?a·va·je/ ? <travayé>
<voyage> ? /vwa·ja?/ ? <voiyage>.
vwayaj

Et pourquoi pas ? purkwa pa ?
Ce n'est peut-être pas jojo, mais l'esthétique doit-elle entrer en ligne de compte ?
Si l'on  veut faire joli, à nous les lettres à hampes et jambages, et revenons à rhythme. C'est jojo, rhythme, pas vrai ? On se demande bien pourquoi aujourd'hui on l'écrit rime (ou, dans un second sens, rythme)...

Cela dit, puisqu'il faut une orthographe, je prends l'actuelle. La modifier pose encore plus de problèmes que cela n'en résoudrait : corrigenda at corrigi non potest...

... ne supra crepidam  sutor iudicaret. Pline l'Ancien

30

Re : Or, taux, gras, feux... (réforme d'orthographe)

greg a écrit:

Exemples (hors toute modif ne portant par sur le phonème /j/) :
<criée> ? /k?i·je/ ? <criyée>
<payer> ? /pe·je/ ? <paiyer>
<payiez> ? /pej·je/ ? <paiyyez>
(...)
Pas très jojo ce genre de modif, mais bon, si c'est pour la bonne cause...

Est-ce une bonne cause? Insistons sur l'objectif poursuivi, sciemment ou non: exit  la valeur grammaticale d'une graphie.

On voit que l'unicité se gagne au prix d'une indistinction fonctionnelle. En effet:

a)   <y> représente la finale du radical dans <paiyons> (cf. je <paiye>, qui coexiste avec je je <paie>), <égaiyons>
b)  <y> représente l'attaque syllabique devant voyelle dans <criyons>  (cf. je <crie>, mais pas je *<criye>)
c)  <y> représente le /j/ de l'imparfait qui alterne avec /?/ (je-tu-il(s) chant/?/ - nous chant/j/ons, vous chant/j/ez)

NB. (b) et (c) sont conjoints dans <paiyyons>; une analyse précise pour  <criyyons> (imparf.) est plus aventureuse.

Or écrire "i" partout  singularise, dans l'orthographe reçue, la marque de l'imparfait /j/  (et du subjonctif, en alternance avec "e" muet et exception faite des subjonctifs soyons / ayons, qui deviennent d'ailleurs <soiyons>, <aiyons>)

Sans ce "i", plus possible dans ce cas de parler de terminaison  " -ions" dans les manuels de primaire. Parce que remplacée par le polymorphe <-yons>/<y-ons>/<-y-ons>. Donc analyse morphologique fine en /y/ + /o~/ exigée dès l'étude de l'imparfait dans le primaire.

Il faut alors être cohérent pour les enfants, et supprimer toutes les graphies grammaticales. De loin en loin, cela mène effectivement à un système d'orthographe phonétique. Je n'ai pas suivi les débat sur le fil créé par Zimon, mais il me semblait que Colline d'or ne souhaitait pas cela.

Re : Or, taux, gras, feux... (réforme d'orthographe)

Question de fonds :
Ne le dis-je point ad nauseam : corrigenda, at corrigi non potest ?

Naïf soulève un lièvre de taille :
la graphie doit-elle être simplement phonétique, comme pour le grec et le latin (langues qui au demeurant se parlaient bien plus qu'elles ne s'écrivaient) ?
la graphie doit-elle avoir une valeur grammaticale ?

Il est urgent d'en décider, car c'est vraiment fromage OU dessert : si la graphie doit avoir une valeur grammaticale, l'actuelle remplit pleinement son rôle et  il n'y a pas lieu d'en modifier un iota.

... ne supra crepidam  sutor iudicaret. Pline l'Ancien

32

Re : Or, taux, gras, feux... (réforme d'orthographe)

Ceci n'est pas à proprement parler une réponse, c'est seulement mon opinion (et je la partage…) :

P'tit prof a écrit :
[…] puisqu'il faut une orthographe, je prends l'actuelle. La modifier pose encore plus de problèmes que cela n'en résoudrait […]
[…] si la graphie doit avoir une valeur grammaticale, l'actuelle remplit pleinement son rôle et  il n'y a pas lieu d'en modifier un iota.

Ben voilà ! Tout ça pour ça ! Je suis entièrement, totalement, absolument, voire farouchement d'accord.
Si l'actuelle orthographe a parfois des allures de forêt un peu touffue, et même quelquefois de jungle quasi inextricable, elle a l'irremplaçable mérite de vivre ainsi ; les réformateurs de tout poil voudraient en faire une sorte de jardin à la française qui, convenons-en, n'aurait plus qu'un très lointain rapport avec la nature.
Cordialement
S

Re : Or, taux, gras, feux... (réforme d'orthographe)

Il était nécessaire de mener la réflexion pour arriver à cette conclusion.
N'oublions pas que c'est Colline d'or qui a ouvert le dossier, et que son point de vue d'enseignant du FLE est différent de celui des locuteurs natifs. N'oublions pas non plus qu'il existe une réforme, bien au chaud (ou dans un congélateur) : donc, la question se pose tout de même, ne serait-ce que sur la pertinence des mesures de cette réforme.

... ne supra crepidam  sutor iudicaret. Pline l'Ancien

34

Re : Or, taux, gras, feux... (réforme d'orthographe)

Naïf a écrit:

Est-ce une bonne cause? Insistons sur l'objectif poursuivi, sciemment ou non: exit  la valeur grammaticale d'une graphie.

La réponse est dans la question. De toute façon l'orthographe actuelle est un mélange de plusieurs logiques :

transcrire les sons de la langue parlée
/ty·ty/ ? <tutu>
/ma·???/ ? <marin>

hétérographier des homophones
/de·vi/ ? <des vies>, <dévie>, <dévies>, <dévient>
/le·t??/ ? <les temps>, <les taons>, <l'étang>, <l'étant>, <l'est tant>, <l'étend>, <l'étends>, <les tend>, <les tends>

anticiper la valeur phonique de graphies postérieures
<dévient> ? /de·vi/ opp. <devient> ? /d?·vj??/

modifier la valeur phonique de graphies antérieures
modifier la valeur graphique de sons antérieurs
<aigue> ? /?·g?/ ou /?g/ opp. <aiguë> ? /e·gy/


On peut y renoncer. Mais dans ce cas la graphie ne sera effectivement que le reflet (toujours imparfait) de l'oral. La conjugaison écrite de l'indicatif présent des verbes du premier groupe sera alors calquée sur celle qu'on prononce : /pa?l/ à toutes les personnes sauf /pa?·l??/ à la première du pluriel, sauf encore un homophone de l'infinitif et du participe passé à la deuxième du pluriel ? /pa?·le/.





P'tit prof a écrit:

Naïf soulève un lièvre de taille :
la graphie doit-elle être simplement phonétique, comme pour le grec et le latin (langues qui au demeurant se parlaient bien plus qu'elles ne s'écrivaient) ?
la graphie doit-elle avoir une valeur grammaticale ?

Il est urgent d'en décider, car c'est vraiment fromage OU dessert : si la graphie doit avoir une valeur grammaticale, l'actuelle remplit pleinement son rôle et  il n'y a pas lieu d'en modifier un iota.

On peut écrire le français en cyrillique. Ça ne changerait d'ailleurs absolument rien à notre débat : comment transcrire les syllabes /wa/ et /w??/ ? Pour rendre <loi> et <loin> en cyrillique, écrira-t-on <??a> et <?y?> ou bien <?o?> et <?o??> ? Pareil si on mettait tout ça en alphabet grec.

Le français transcrit doit-il être écrit en alphabet latin ? Le graphisme français, quel que soit l'alphabet retenu, doit-il être exclusivement phonographique ? Non : unique réponse aux deux questions. Écrire la parole c'est rendre visible ce qui s'entend mais aussi visualiser l'inaudible : par exemple les espaces entre les mots. Écrire c'est figer un son fugace à l'aide d'une image durable, mais c'est aussi conférer une valeur au néant sonore : le <s> final du pluriel des noms.

On voit ci-dessous que le morphème graphique <s> est conditionné par le nombre de l'article. L'obligation de choisir ou refuser le morphème <s> (valeur du nombre) subsiste en l'absence d'article (néant sonore) alors que l'oral exclut l'obligation symétrique : 

/la·vwa·ty?/ ? <voiture>
/yn·vwa·ty?/ ? <voiture>
/vwa·ty?/ ? <voiture>

/le·vwa·ty?/ ? <voitures>
/de·vwa·ty?/ ? <voitures>
/vwa·ty?/ ? <voitures>

35

Re : Or, taux, gras, feux... (réforme d'orthographe)

greg a écrit:

Mais dans ce cas la graphie ne sera effectivement que le reflet (toujours imparfait) de l'oral.

Mythologie que cela. La relation de "reflet" (parfait ou imparfait) ne tient pas plus pour écrit/oral que pour l'autre grand couple du genre: "langue/monde". Cela tient à une triple erreur; je détaille illico en quoi elle consiste, puis j'illustre.

1) rapporter bille en tête les stratégies d'écriture à divers types de relation à l'oral, cf. l'omniprésence de "phone" dans les exemples donnés. Genre "hétérographier les homophones", formulation (cocasse, au demeurant, farceur!), qui remplace la description par une interprétation, laquelle interprétation est d'ailleurs discutable.

2) ramener à tort la substance phonique prise en compte dans l'écriture à la réalisation d'éléments discrets (disons, les phonèmes). Car la métaphore du reflet - même infidèle - ne capte pas l'idée qu'on a affaire à des foyers multiples (comme disent les lunettiers): l'organisation de l'écrit sollicite divers niveaux de la matière phonique. Et ce ne sont pas non plus des miroirs de foire.

3) oublier qu'il existe une organisation propre à la matière graphique, indépendante de l'oral ; parce que c'est un système sémiotique comme un autre, et qu'un système, serait-il ouvert comme c'est le cas de l'écriture, engendre des contraintes internes.

Or (*hors, *ores):

-  il existe en français des graphies quasi-logographiques (cf. proches donc des caractères chinois, plus exactement ces caractères chinois dont la clef ou l'autre élément indique très vaguement une classe de monosyllabes). Peu nombreuses mais très fréquentes. Exemple: est, hauts .
Si les gens râlaient de ne plus voir la cime du cocotier dans le mot "ile" (réformé) débarrassé de son "î", c'est bien qu'ils avaient le sentiment que cela fonctionne aussi de cette manière.

- Dans les cas, majoritaires, où quelque rapport systématique avec l'oral se laisse apercevoir, il existe des procédés d'écriture syllabique: gants ([g-] lié au choix de "a"] /gens ([?] lié au choix de [e]), camps [k]/cents [s]), et même des trucs tout à fait étranges, quoique liés à l'oral: h- initial de "hérisson", notation des consonnes finales muettes, "e" muet (je suis pour imposer la lecture de Dell en première année, ça décoiffe :-)  )

- Les doubles consonnes, les accents (sans parler des traits d'union et autres les apostrophes) se distribuent suivant des règles largement indépendantes de l'oral.

Les lettres - voire les graphèmes - étant exploitées de diverses manières, toute règle qui s'applique  systématiquement à une lettre (un graphème) revient à remettre en question cette hétérogénéïté, et a un contre-coup sur l'ensemble de l'orthographe.

Ouaille not? Mais dans ce cas, c'est créoliser (au sens de P'tit Prof) la graphie du français que l'on veut. Et il faut alors chercher une notation proche des notations phonologiques de jadis (disons, la façon dont Martinet décrivait le parler de sa maman).  Pas du tout ce que vise Colline Dort.

Dore?

D'ores?

D'or!

----
après-coup: j'ai essayé de rétablir les "s" qui manquaient, changé une virgule, et rendu son dû à un César. C'était écrit trop vite....

Dernière modification par Naïf (05-07-2009 00:02:21)

Re : Or, taux, gras, feux... (réforme d'orthographe)

Pouvez-vous nous déplier ce mystère ?

(je suis pour imposer la lecture de Dell en première année, ça décoiffe :-)  )

Je suppose bien que vous n'avez pas écrit Dell pour Delly (qui ne décoiffaient rien du tout, les pauvres !), mais de quoi parlez-vous ? Et de quelle première année ? La première année de Maternelle ? la première année d'école, celle où l'on apprend à lire ? la première année de Collège ? (non vous eussiez dit 6e) la première année de Lycée ? (non, vous eussiez dit seconde) la première année de licence ? mais de quelle licence ?

(Et NON, je ne vanne pas, je n'ironise pas, je veux vraiment comprendre.)

... ne supra crepidam  sutor iudicaret. Pline l'Ancien

37

Re : Or, taux, gras, feux... (réforme d'orthographe)

Oui, pardon, j'écrivais très vite, c'est le genre de parenthèses qui ne vaut pas tripette, ça.
Ergo... yahoo.fr.... requête +dell +phonétique .... copier-coller:
Dell, François 1973 Les règles et les sons, introduction à la phonologie générative, Paris, Hermann, 282 p. (rééd. 1985, 297 p.).
Livre qui s'est vite imposé comme référence dans ces études-là, notamment pour le "e muet". S'adresse aux chercheurs et aux étudiants. Mais je tiens que quiconque le veut peut devenir étudiant (en France et autres contrées privilégiées, s'entend), ou chercheur s'il a beaucoup de temps à soi.

Dernière modification par Naïf (05-07-2009 00:09:14)

Re : Or, taux, gras, feux... (réforme d'orthographe)

Mille mercis !

Je prends bonne note, et je tâcherais de mettre la main dessus pendant mes proches vacances. Cela m'évitera de dire des bêtises à la rentrée !
(De toutes façons, vu ma profession, je n'ai jamais cessé de faire mes études... J'en suis actuellement à bac + 45 et ce n'est pas fini : il y a toujours du nouveau à savoir.)

... ne supra crepidam  sutor iudicaret. Pline l'Ancien

39

Re : Or, taux, gras, feux... (réforme d'orthographe)

Naïf a écrit:

1) rapporter bille en tête les stratégies d'écriture à divers types de relation à l'oral, cf. l'omniprésence de "phone" dans les exemples donnés. Genre "hétérographier les homophones", formulation (cocasse, au demeurant, farceur!), qui remplace la description par une interprétation, laquelle interprétation est d'ailleurs discutable.

L'hétérographie des homophones est, par définition, un phénomène proprement graphique sans équivalent à l'oral : l'écrit distingue ce que la parole confond. Le phénomène inverse s'observe aussi : hétérophonie des homographes ? <couvent> /ku·v??/ et <couvent> /kuv/ ou /ku·v?/. On est loin d'une idéologie phonocratique smile ! Mon propos n'était pas de réduire l'écriture à un vulgaire sous-produit de l'oral : si l'écrit procède de l'oral, il n'en reste pas moins vrai que la graphie obéit à une logique propre.

Ce qui t'a probablement choqué, c'est l'affirmation que l'écriture sert à hétérographier des homophones. C'est pourtant ce qui se passe avec <doigt> et <doit>, <boue> et <bout>, <nid> et <ni>, <corps> et <cor> etc. Pareil quand on passe du lexique à la morphologie : <dois> et <doit>, <parles> et <parlent>, <était> et <étaient>, <maison> et <maisons> etc.



Naïf a écrit:

2) ramener à tort la substance phonique prise en compte dans l'écriture à la réalisation d'éléments discrets (disons, les phonèmes). Car la métaphore du reflet - même infidèle - ne capte pas l'idée qu'on a affaire à des foyers multiples (comme disent les lunettiers): l'organisation de l'écrit sollicite divers niveaux de la matière phonique. Et ce ne sont pas non plus des miroirs de foire.

On ne peut qu'être d'accord avec toi car ce que tu dis est très vague. Est-ce que tu peux préciser avec des exemples ?



Naïf a écrit:

3) oublier qu'il existe une organisation propre à la matière graphique, indépendante de l'oral ; parce que c'est un système sémiotique comme un autre, et qu'un système, serait-il ouvert comme c'est le cas de l'écriture, engendre des contraintes internes.

Nous sommes d'accord sur ça aussi !... smile  Je ne vois décidément pas où tu veux en venir : en quoi la logique propre au graphisme (et en particulier ses contraintes internes) lui interdit-elle de procéder de l'oral ? Je parle ici surtout du graphisme propre au français plus que des systèmes idéographiques. Il me semble que l'écriture traditionnelle du français à l'aide de l'alphabet latin est bien phonographique (basée sur du discret sonore) même si elle n'est pas que cela, non ?

Exemple : le graphème <c>.
Sa valeur première est /k/ (principe phonographique) : <car> ? /ka?/, <Caen> ? /k??/, <cor> ? /k??/, <cœur> ? /kœ?/, <cure> ? /ky?/, <cour> ? /ku?/, <clou> ? /klu/, <cri> ? /k?i/, <hamac> ? /a·mak/, <avec> ? /a·v?k/, <pic> ? /pik/, <toc> ? /t?k/, <duc> ? /dyk/, <bouc> ? /buk/.
Sa valeur seconde est /s/ (toujours le principe phonographique) pour peu que l'environnement graphique s'y prête (contrainte purement graphique) : <ceux> ? /sø/, <cil> ? /sil/, <ciel> ? /sj?l/,  <cygne> ? /si?/, <cyan> ? /sj??/, <factice> ? /fak·tis/, <ici> ? /i·si/.
On peut détailler davantage ou passer à d'autres graphèmes (par exemple <ch> ? /?/ et /k/) et on vérifiera que le graphisme français est d'abord phonographique (même s'il n'est pas que cela).



Naïf a écrit:

-  il existe en français des graphies quasi-logographiques (cf. proches donc des caractères chinois, plus exactement ces caractères chinois dont la clef ou l'autre élément indique très vaguement une classe de monosyllabes). Peu nombreuses mais très fréquentes. Exemple: est, hauts .
Si les gens râlaient de ne plus voir la cime du cocotier dans le mot "ile" (réformé) débarrassé de son "î", c'est bien qu'ils avaient le sentiment que cela fonctionne aussi de cette manière.

L'exemple de <est> prête à confusion dans le mesure où il sanctionne une homographie d'hétérophones : /e/ et /?st/. Selon moi les idéogrammes seraient plutôt des symboles du genre <%> pour /pu?·s??/ ou /pu?·s??·ta?/, <2> pour /dø/ ou <+> pour /plys/. On peut y ajouter <svp> & <stp> pour /sil·vu·ple/ et /sil·t?·ple/, <Mme> pour /ma·dam/, <mdr> pour /m??·d?·?i?/.

Mais il est vrai que des graphèmes ont parfois une fonction idéographique : c'est le cas du <g> dont je parlais plus haut ? distinction entre <doigt> et <doit>. Ici le comportement idéographique du <g> sert à hétérographier des homophones. smile:) C'est sûr que <î> dans <île> possède une fonction idéographique très expressive. Dans ce cas, et contrairement au <g> de <doigt>, l'idéographie du <î> ne sert pas à différencier des homophones puisque la suppression du circonflexe n'entrainerait aucune homographie avec <il> : c'est le <e> final qui garantit l'hétérographie (voir le <ile> "réformé" dont tu parlais). La passage de <île> à <ile> ne poserait qu'un problème au pluriel : homophonie et homographie ? <iles> ? {terres entourées d'eau} ou {iliaque}.



Naïf a écrit:

- Dans les cas, majoritaires, où quelque rapport systématique avec l'oral se laisse apercevoir, il existe des procédés d'écriture syllabique: gants ([g-] lié au choix de "a"] /gens ([?] lié au choix de [e]), camps [k]/cents [s]), et même des trucs tout à fait étranges, quoique liés à l'oral: h- initial de "hérisson", notation des consonnes finales muettes, "e" muet [...]

Ce que tu nommes « procédés d'écriture syllabique » c'est exactement ce que j'avais noté par l'expression « modifier la valeur phonique de graphies antérieures ». De même que <ca> commande /ka/ et <ce> exige /s?/, quand on lit <ga> et <ge> on dira /ga/ et /??/. C'est la même chose avec les graphèmes complexes, tels les digrammes <an> et <en> (dont /??/ est l'élément commun de leurs contreparties orales) :
<candeur> ? /k??·dœ?/
<centime> ? /s??·tim/
<ganté> ? /g??·te/
<gentil> ? /???·ti/.
On le voit bien : ce n'est pas la présence du phonème /??/ qui détermine la valeur orale du <g> ou du <c>. C'est plutôt l'alternance entre ses représentants : les digrammes <an> et <en>, qui eux-mêmes relèvent du principe phonographique.





Destin du graphème <e> (indûment réputé "muet") en position finale — 1

P'tit prof a écrit:
greg a écrit:

Exemples (hors toute modif ne portant par sur le phonème /j/) :
<accueillir> ? /a·kø·ji?/ ? <accueyir>

pourquoi deux c

Parce que les exemples ne visent qu'à illustrer un paramètre, et un seul : « (hors toute modif ne portant par sur le phonème /j/) ». Même principe  pour les graphies <déploiyées>, <égaiyyons>, <habiyé>, <paiyer>, <paihis>, <soudoiyez> et <voiyage> ? ce ne sont pas des "produits finis" (propos de nouvelle orthographe) mais des expériences limitées au seul phonème /j/.

P'tit prof a écrit:

<fille> ? /fij/ ou /fi·j?/ ? <fiye> fiy suffit amplement
<gargouille> ? /ga?·guj/ ou /ga?·gu·j?/ ? <gargouye> gargouy suffit amplement
<taille> ? /taj/ ou /ta·j?/ ? <taye> tay est suffisant
<voyage> ? /vwa·ja?/ ? <voiyage> vwayaj

J'aurais dû noter qu'en français <voyage> peut être /vwa·ja?/  ou /vwa·ja·??/. Comme <fille>, <gargouille> et <taille>, le mot <voyage> est passible de deux syllabations suivant que le locuteur relève de la phonologie méridionale ou septentrionale.

Si tu souhaites que le système écrit "colle" à langue parlée, il va bien falloir examiner l'opportunité de supprimer le <e> final dont le rôle est phonologique chez les méridionalisants :
/taj/ — /ta·j?/ pour <thaï> — <taille>
/ku?/ — /ku·??/ pour <cour> — <courent>
/ba?/ — /ba·??/ pour <bar> — <barre>
/p??/ — /p?·??/ pour <pair> — <père>
/mal/ — /ma·l?/ pour <mal> — <malle>
/g?lf/ — /g?l·f?/ pour <golf> — <golfe>.

Dernière modification par greg (05-07-2009 16:50:46)

40

Re : Or, taux, gras, feux... (réforme d'orthographe)

(crénom, j'ai essayé tous les codages de mon actuel navigateur, aucun ne me donne tous les signes phonétique utilisés par greg, j'arrive à compléter en général, mais quelque fois, j'hésite)

Oui, mon message était mal cadré, rédigé vite. En outre, tenir compte des particularités du forum: nul a parte possible: même une réaction à un post  est en même temps - qu'on le veuille ou non - adressée aux compagnons de route, à la cantonade...

Ne retenir que ma jérémiade sur le mot "reflet" (et une autre entre parenthèses: je disais bien "logographique"; je ne parlais pas de l'idéographie, illustrées par les émoticônes /smilies/, par exemple).

---------

Pour le reste, je vais devenir fumeux, donc on ne lira pas, ou on ne se plaindra pas d'avoir lu  (si je savais faire mieux en très bref, j'aurais la théorie du siècle):

J'insistais sur le piège que constitue la métaphore du reflet (même en précisant ne...que + imparfait). "Reflet", a fortiori s'il est repris par "servir" ensuite, nous tient dans une conception ancillaire: écriture au service de l'oral.

Or cela ne colle pas. Non seulement avec les données des grammairiens et linguistes, mais aussi, en vrac, celles des  anthropologues, archéologues, sociologues, philosophes, psychanalystes, neuropsychologues (d'autres aussi, peut-être, mais c'est à peu près le panel que j'ai plus ou moins  exploré sur la question, et qui me semble pertinent). 

Parce que l'oral est parfois au service de l'écriture (cf. le style livresque). Parce que "cela ne fonctionne pas pareil" (pas d'homologie), parce que les zones du cerveau convoquées ne sont pas les mêmes, parce que l'écrit n'est pas une donnée universelle chez l'humain (mais qu'on n'a toujours pas compris comment il fallait interpréter ce slogan!) et tutti quanti.

Pour faire bref, je dirai cela sous forme de credo: ma conviction est qu'écriture et oral sont des ordres de faits disjoints, desservant chacun des usages séparés, liés à des pratiques sociales différentes. Des gestuelles distinctes  (d'une part l'oral avec ses sons et ses mimiques et autres gesticulations), d'autre part l'écrit avec ses traits, ses supports, etc.

Leur relation mutuelle est envisagée dans deux (au moins!) types de pratiques sociales:

1) Spéculation scientifique. On construit une théorie. J'entends: une élaboration imaginaire et abstraite qui rend possible un passage entre les deux. Par exemple:  offre une base de comparaison, ou constitue un procédé de mise en correspondance.

Exemple. On commence à s'en apercevoir maintenant, la phonologie européenne (disons "linéaire", pour la distinguer de celles qui ont suivi) s'est largement constituée comme une telle théorie, appliquée aux langues écrites et parlées sur le pourtour méditerranéen. D'où la peine qu'on a à la mettre en oeuvre pour décrire les langues d'Asie orientale ou d'Afrique subsaharienne! La phonologie linéaire est un enfant de nos écritures. Des idées proches ont été développées par S. Auroux, entre autres.
D'où, peut-être aussi, les difficultés qu'a engendrées dans le Primaire l'introduction de la phonologie. On a pris pour un outil d'analyse efficace ce qui n'était qu'un truc inventé entre l'oral et l'écrit et qui servait à penser le rapport entre les deux. (je citais le grand linguiste qui utilisait ses théories pour... inventer une écriture au parler de sa maman!) Je charge le trait, parce que s'il fallait nuancer, le post[s]e[/s]* serait trois fois plus long.

2) mettre en oeuvre des systèmes normatifs attelant plus ou moins l'écrit sur l'oral et/ou l'oral sur l'écrit, à des fins pratiques. C'est thème du présent fil.
Mais je pense que ces objectifs pratiques - et donc très sérieux!- ne pourront pas [s]faire[/s] justifier  l'économie d'une réflexion sur l'écrit(ure) en soi, bien au contraire. Par exemple, je considère qu'il est de mon devoir - lorsque j'ai une minute de libre - de souligner l'inadéquation des déclarations rapides du genre "Ceci est illogique", lorsque l'absence de "logique" pointée est tout simplement un hiatus entre oral et écrit. L'hiatus est premier, constitutif du rapport écrit oral.

J'avais prévenu...

PS. * Si-si, y a des "e" muets, la preuve. Mais bon, cf. les bouquins.

Dernière modification par Naïf (05-07-2009 17:08:04)

Re : Or, taux, gras, feux... (réforme d'orthographe)

Greg :

Si tu souhaites que le système écrit "colle" à langue parlée, il va bien falloir examiner l'opportunité de supprimer le <e> final dont le rôle est phonologique chez les méridionalisants :

Ça fonctionne dans les deux sens.
Les septentionalisants (ouf !) ne prononcent pas ces e, bien qu'ils soient écrits. Les méridionalisants les prononceront, même s'ils ne sont pas écrits... La langue s'apprend à l'oreille.
D'ailleurs, certains prononcent déjà des lettres non écrites, comme le svarabhakti que l'on entend dans ar(que)-boutant ou ar(que) de triomphe.



Je ne tiens précisément à rien : comme je l'ai dit, mon orthographe est bonne, quand j'hésite, je consulte mon dictionnaire et bousculer mes petites habitudes ne me sourit pas spécialement.
Mais on peut toujours réfléchir à voix haute et lancer des propositions...

Il ne s'agit pas tant de faire coller l'écrit à l'oral : l'écrit est battu par définition dans la course sans fin entre les deux, car la prononciation évolue plus vite que les habitudes d'écriture.
Cependant, il arrive que l'écrit se venge sournoisement, transformant le ch'ni en chEniL, le ch'tel en chEPtel, le barri en barriL et la gageure, rimant avec coupure, en gageure rimant avec beurre.

Pour éviter, dans la mesure du possible, la répétition de ce phénomène, totalement différent d'un évolution phonétique naturelle je propose l'éviction des lettres parasites sans valeur grammaticale : rétablissons le donteur et le sculteur, par exemple.
Le cas du e qui fut prononcé, mais ne l'est plus, est évidemment litigieux.
Si l'on devait tenir compte des réalisations en discours, pour l'écriture de la langue, il y aurait autant d'orthographes que de locuteurs.
Si l'on devait ne pas tenir compte des réalisations en discours, on en viendrait vite comme dans la célèbre blague, à écrire élastique et prononcer caoutchouc.

Conclusion ? Y en a pas !

... ne supra crepidam  sutor iudicaret. Pline l'Ancien

42

Re : Or, taux, gras, feux... (réforme d'orthographe)

P'tit prof a écrit:

Si l'on devait ne pas tenir compte des réalisations en discours, on en viendrait vite comme dans la célèbre blague, à écrire élastique et prononcer caoutchouc.

Un peu de rigueur s'impose ici: "prononcer" et "lire" ne sont pas la même opération. Seule la seconde implique et met en jeu l'écrit. Le rapport de la prononciation à l'écrit est une autre affaire. Prononce-t-on jamais de l'écrit?
Merci de ne pas effacer, c'est tout à fait crucial.

Re : Or, taux, gras, feux... (réforme d'orthographe)

Mais pourquoi effacerai-je ?
J'ai menacé, pour éliminer les parasites de tout poil, de déplacer les interventions hors sujets.
Cela pour assurer la sérénité des débats, en l'honneur de Pierre Beaussonie, à qui j'ai offert les clés du Royaume, et qui —allez y comprendre quelque chose ! — s'en est cru chassé.
(Et soit dit en passant, merci de me prendre pour un crétin incapable de faire la différence entre une blague gratuite et une intervention majeure... )


Vous ne connaissez donc pas l'histoire talmudique, des deux maitres de la yeshiva ? L'un propose, l'autre approuve, jusqu'à ce que le premier s'emporte :
« Je ne te demande pas d'aller dans mon sens, je veux que tu me contredises ! »
Condition impérative pour que la pensée avance...

Cela dit, je ne sais pas pour vous, mais moi, quand je lis, « j'entends » les mots résonner dans ma tête.
Sur ce point, le témoignage des sourds de naissance serait intéressant : que se passe-t-il dans leur tête quand leurs yeux décodent une chaine de caractères ?

... ne supra crepidam  sutor iudicaret. Pline l'Ancien

44

Re : Or, taux, gras, feux... (réforme d'orthographe)

P'tit prof a écrit:

Pierre B., à qui j'ai offert les clés du Royaume, et qui —allez y comprendre quelque chose ! — s'en est cru chassé.

Effectivement, ce serait bête de laisser filer cette occasion (j'espère que tout le monde aura compris et accepté le fonctionnement de ce fil). En espérant que  vous continuerez héroïquement à supporter  des positions qui vous insupportent.

Je vais donc revenir, avant que la discussion ne dérive trop. Je me suis chassé tout seul (je suis un sujet sensible, comme l'orthographe), pas la peine de repartir dans des explications ni des polémiques.

Je vais simplement prendre le temps de résumer mes positions précédentes (et celles des autres d'ailleurs) et de bien relire tout ce qui s'est dit depuis avant-hier.

Zimon ne veut pas se voir contacté à propos de l'altercation de vendredi, alors je répète ici : Zimon revenez s'il vous plait.

Re : Or, taux, gras, feux... (réforme d'orthographe)

Ne vous en faites pas pour Zimon : il revient toujours...

... ne supra crepidam  sutor iudicaret. Pline l'Ancien

Re : Or, taux, gras, feux... (réforme d'orthographe)

En patrouillant sur le Net, je suis tombé sur le site personnel d'Eveline Charmeux,
www.charmeux.fr/dictée.html

C'est plein de choses intéressantes, dans la ligne de nos préoccupations.

P.S. En espérant que  vous continuerez héroïquement à supporter  des positions qui vous insupportent.

Ce ne sont pas les positions qui m'insupportent (quelle idée...) mais les attitudes : je ne supporte pas le mépris, la morgue pontifiante et sa variante, le ton protecteur, les blagues idiotes (sauf quand j'en suis l'auteur...nobody's perfect...) et les insultes. Ce n'est pourtant pas moi que l'on a qualifié de dément, ici, mais c'est un terme que je ne puis accepter.
P.P.S. On me dira que dément ne qualifiait pas la personne, mais la proposition, et que ce dément était amené pour la rime. Il n'empêche que le rôle du modérateur est de mettre le holà à ce style de débordement quand le thème de la discussion est grave et les contributions sérieuses.

... ne supra crepidam  sutor iudicaret. Pline l'Ancien

47

Re : Or, taux, gras, feux... (réforme d'orthographe)

P'tit prof a écrit:

Pour éviter, dans la mesure du possible, la répétition de ce phénomène, totalement différent d'un évolution phonétique naturelle je propose l'éviction des lettres parasites sans valeur grammaticale : rétablissons le donteur et le sculteur, par exemple.

Ça alors, tu m'en bouches un coin ! J'ignorais totalement que le <p> de <dompteur> & <sculpteur> ne se prononçait pas. J'ai vérifié et effectivement le TILF ne propose que le <p> muet, sans variante. Je suis alors victime de la revanche de l'écrit sur l'oral ? tongue En tout cas j'aurai du mal à écrire <donteur> & <sculteur> sachant que je prononce un /p/ invisible. C'est le même problème que rencontreront les Méridionaux avec la suppression du <e> final prétendûment muet.



P'tit prof a écrit:

Ça fonctionne dans les deux sens.
Les septentionalisants (ouf !) ne prononcent pas ces e, bien qu'ils soient écrits. Les méridionalisants les prononceront, même s'ils ne sont pas écrits... La langue s'apprend à l'oreille.
D'ailleurs, certains prononcent déjà des lettres non écrites, comme le svarabhakti que l'on entend dans ar(que)-boutant ou ar(que) de triomphe.

Si on pousse ta logique jusqu'au bout, on pourrait également écrire <plouz> pour <pelouse>, <dsu> pour <dessus>, <plot> pour <pelote>, <rvenu> pour <revenu>, <jnou> pour <genou>. Cela ferait sans doute plaisir à ceux des septentrionalisants qui s'expriment ainsi, mais j'ai bien peur que les Méridionaux demandent l'asile politique à Monaco...

Pour ce qui concerne  <arc-boutant>, l'infiltration du [?] interconsonantique n'est pas une lettre non écrite mais un son intercalaire. C'est d'ailleurs ce que svarabhakti et épenthèse signifient à peu de chose près. La différence avec le <e> final pseudo-muet, c'est que ce <e> est une représentation graphique du phonème /?/ dans la phonologie de type méridional alors que le [?] épenthétique dans <arc-boutant> est un phone, pas un phonème. C'est phonologie contre phonétique. Les deux phénomènes ne sont donc pas comparables.



Naïf a écrit:

J'insistais sur le piège que constitue la métaphore du reflet (même en précisant ne...que + imparfait). "Reflet", a fortiori s'il est repris par "servir" ensuite, nous tient dans une conception ancillaire: écriture au service de l'oral.

Je reviens sur ton développement au sujet de la métaphore du reflet en espérant être pardonné pour cette digression sans rapport direct avec la réforme orthographique. Si ce message devait nuire à la clarté du salon, dites-le moi et j'ouvrirai un autre salon pour poursuivre cette "sous-discussion".

J'ai immédiatement tiqué sur les contributions éventuelles que la « neuropsychologie » apporterait à la linguistique pour ce qui relève de la cohabitation de deux codes, l'un oral, l'autre graphique, chez le locuteur. Le niveau d'alerte est passé au rouge à la lecture du terme « homologie » presque aussitôt glosé par le constat empirique que fait la biologie : « les zones du cerveau convoquées ne sont pas les mêmes ». Certes. Mais si je frappe le plancher avec mon pied ou avec ma main, le contact du membre avec le sol produira un bruit dans les deux cas bien que ce contact ait été initié par des zones différentes de mon cerveau. Quand j'aperçois un alléchant poulet grillé dans une rôtisserie et que je dis « Tiens ! Et si on se faisait un poulet ce soir ? », les lèvres prononcent le nom de ce que voient les yeux, la correspondance se fait sans qu'il soit besoin que tout se passe dans la même  région cervicale. C'est si vrai que les zones activées pour lire ou écrire ne sont pas les mêmes : la télécommande neuronale de la main est un système utile pour noircir du papier, pas pour lire ce qui est écrit. Pourtant ce profond divorce biologique n'entame en rien l'unicité linguistique de l'écriture : elle est une, mais biface (un peu comme le signe saussurien). Pareil à l'oral : entendre n'est pas parler — ne serait-ce que par la nécessité faite à la phonation de programmer et orchestrer une activité musculaire préalable à la réalisation de la parole. Ce qui est demandé à la phonation ne se retrouve pas dans l'audition. Et pourtant l'oral, d'essence double, conserve son intégrité linguistique. Enfin il ne faut pas perdre de vue que nombre de chercheurs en aphasiologie réfutent vigoureusement les conceptions localisationnistes (division géographique du phénomène linguistique ? découpage du cerveau en zones dévolues à une tâche ou à une activité).

Je pense qu'il en est de même pour les rapports qu'entretiennent parole et écriture (alphabétique ou syllabique). La biologie nous renseigne sur leur altérité mutuelle — le bon sens aussi : uerba uolant, scripta manent. On a vu aussi que l'oral et l'écrit ont chacun leur dualisme intrinsèque. Mais rien de tout cela ne me paraît pertinent au niveau linguistique. Une limitation quand même : ce jugement concerne surtout les écritures dont le soubassement phonographique reste incontournable. L'écriture du français montre assez bien a linéarité discrète commune aux chaînes graphique et orale. Je te rejoins bien sûr pour ce qui est des écritures non-alphabétiques ou non-syllabiques : dans ce cas les graphèmes ne représentent pas des sons, mais des mots, des morphèmes, du sémantisme en tout cas — dont rien dans la transcription ne permet de deviner la prononciation. Un idéogramme peut d'ailleurs recevoir plusieurs valeurs phoniques. Dans ce cas la correspondance entre oral est écrit ne va plus du tout de soi, en effet : c'est le sémantique qui relie les deux.

Ce qui nous ramène à une autre de tes remarques, que je trouve très belle et très juste :  « La phonologie linéaire est un enfant de nos écritures ». Si l'on admet que notre alphabet français dérive de celui du latin, lui-même tiré du grec via l'étrusque, on peut en conclure que nous utilisons un avatar de l'alphabet phénicien, issu de l'écriture hiéroglyphique égyptienne. Et effectivement les hiéroglyphes pouvaient être appréhendés comme des phonogrammes ou des idéogrammes. Il y aurait eu d'abord l'idéogramme, ensuite seulement le phonogramme, dont la valeur phonique était par convention l'initiale (phonème ou syllabe ?) de la contrepartie orale du signe écrit. Ton analyse se tient totalement en diachronie, mais qu'en est-il en synchronie ?   

Quant à la remarque sur la non universalité de l'écriture humaine, elle me paraît difficilement recevable. Car s'il en allait autrement, cette objection devrait également être opposée à la langue parlée : les sourds et les muets s'en passent depuis la nuit des temps.

Dernière modification par greg (06-07-2009 01:23:52)

Re : Or, taux, gras, feux... (réforme d'orthographe)

C'est d'ailleurs ce que svarabhakti et épenthèse signifient à peu de chose près

La différence, c'est que le svarabhkti intercale une voyelle, et l'épenthèse une consonne.

Ils ne sont pas totalement ignorants, les professeurs du secondaire...

Pour ce qui est de la graphie du e caduc, j'avais déjà avancé :

Le cas du e qui fut prononcé, mais ne l'est plus, est évidemment litigieux.
Si l'on devait tenir compte des réalisations en discours, pour l'écriture de la langue, il y aurait autant d'orthographes que de locuteurs.

L'orthographe n'est pas l'oral gelé, mais un code particulier, au fonctionnement   idéographique : telle suite de lettres signifie un mot, que chaque locuteur réalise selon ses habitudes.
Quand je vois pelouse, je lis en effet [pluz], et [pœluzœ] me fait me demander si je n'ai pas affaire à un extra-terrestre...
Écrivons pelouse, et que chacun le décode à sa guise.
Ou plutôt, écrivons peluse, pour prévenir un futur [pœloyz] : moins il y a de lettres, et mieux c'est !

... ne supra crepidam  sutor iudicaret. Pline l'Ancien

49

Re : Or, taux, gras, feux... (réforme d'orthographe)

P'tit prof a écrit:

La différence, c'est que le svarabhkti intercale une voyelle, et l'épenthèse une consonne.

Je ne crois pas que l'épenthèse se limite aux consonnes : l'épenthèse peut être vocalique. Je dirais que le svarabhkti est un cas particulier d'épenthèse.


P'tit prof a écrit:

Le cas du e qui fut prononcé, mais ne l'est plus, est évidemment litigieux.

Qui fut ?!  smile  Qui est !!


P'tit prof a écrit:

Quand je vois pelouse, je lis en effet [pluz], et [pœluzœ] me fait me demander si je n'ai pas affaire à un extra-terrestre...
Écrivons pelouse, et que chacun le décode à sa guise.
Ou plutôt, écrivons peluse, pour prévenir un futur [pœloyz] : moins il y a de lettres, et mieux c'est !

Oui, tout est relatif. Ceux qui disent /p?·lu·z?/ sont sidérés d'entendre [pluz] pour le /p?·luz/ du Nord. Au fait, tu n'es donc pas favorable au digramme <ou> pour représenter le phonème /u/ ? Et pour le phonème /y/ de /dy?/ = <dur>, que préconises-tu ?

Dernière modification par greg (06-07-2009 08:13:20)

50

Re : Or, taux, gras, feux... (réforme d'orthographe)

@ greg - je n'ai fait que nommer plusieurs des serpents de mers qui hantent les discussions sur le sujet, et qui me semblent devoir être au moins présents sur ce fil. Il faut en effet redire que chacun de ces points est diversement interprétable.

Pertinence linguistique? Immédiate, mais ce n'est pas le point: l'auteur l'a bien dit au début: "objectif pratique". C'est donc l'écriture en tant que phénomène à géométrie variable qui est convoqué. (pas sûr d'ailleurs que les phénomènes linguistiques soient homogènes, qu'il y ait un sens à continuer cette "linguistique de la langue" du Genevois)

Conséquence pratique de ma harangue: comparer tout de go formes écrites et productions orales sans précautions de méthode ni début de théorisation (pas de pratique sans théorie, combien de fois faudra-t-il le dire?!) invalide l'approche d'emblée à mes yeux. N'interviendrai ici - peut-être, si on le veut - que pour des points d'analyse: de l'écrit (en soi), ou de l'oral (en soi).

Dernière modification par Naïf (06-07-2009 09:11:44)