51

Re : les diphtongues

JOURDAN a écrit:

Honnêtement, l'exemple du lion ne me parait pas vraiment génial, vous êtes sûr qu'en poésie on peut dire un li-on ? Je sais que beaucoup d'hotels s'appellent le "lit on dort" mais franchement je trouve cette prononciation un peu bizarre.

Il me semble qu'en poésie classique on impose la diérèse quand le mot latin d'origine contient une diphtongue, et c'est justement le cas de lion. Le cas le plus fréquent est celui des mots en -tion, toujours articulés « si-on ».

Re : les diphtongues

Alco a écrit:

Il me semble qu'en poésie classique on impose la diérèse quand le mot latin d'origine contient une diphtongue, et c'est justement le cas de lion.

Euh, vous êtes sûr ? Le latin leo a deux voyelles consécutives qu'on n'a pas coutume d'appeler diphtongue (je crois), mot réservé d'habitude aux groupements ae, au, eu, oe.

53

Re : les diphtongues

Abel Boyer a écrit:
Alco a écrit:

Il me semble qu'en poésie classique on impose la diérèse quand le mot latin d'origine contient une diphtongue, et c'est justement le cas de lion.

Euh, vous êtes sûr ? Le latin leo a deux voyelles consécutives qu'on n'a pas coutume d'appeler diphtongue (je crois), mot réservé d'habitude aux groupements ae, au, eu, oe.

Diphtongue ou pas, je ne vois pas trop la subtile nuance d'articulation entre eu et eo.
Mais si leo contient deux voyelles bien distinctes, alors a fortiori on devra les distinguer dans lion, en poésie classique.

54

Re : les diphtongues

Alco a écrit:

Il me semble qu'en poésie classique on impose la diérèse quand le mot latin d'origine contient une diphtongue, et c'est justement le cas de lion. Le cas le plus fréquent est celui des mots en -tion, toujours articulés « si-on ».

Bon, c'est une information, mais à mon avis : le latin, c'est le latin et la poésie classique, c'est la poésie classique...

Je ne connais d'ailleurs pas la question des diphtongues en latin *, mais elle ne peut servir à résoudre celle des diphtongues en français, qui vient largement du latin vulgaire, pas du latin classique on le sait. Quand à la diction poétique, il s'agit d'un exercice basé sur le nombre de pieds, pour ce que j'en sais, très éloigné de la langue réelle, celle que les linguistes étudient, ou essaient d'étudier. Si elle contient ce genre de règle, très bien, je ne suis pas contre, mais cela ne peut nous aider.

* Maintenant, la question des diphtongues en latin devrait se régler de la même façon que celle des diphtongues en français : bonne définition, test, résultat.

Mais regardez ce qui se passe, on croirait un remake de la discussion sur les diphtongues du français ! Là où d'aucuns en voient une, d'autres ne l'y voient pas, etc. Pourquoi, parce que chacun s'avance sans définition, ou alors, avec une définition cachée, pourquoi ?

Bref, moi je veux bien discuter des diphtongues en latin mais dans un autre fil peut-être... par contre, je reviendrai (un jour) sur le Lion français, cet animal très intéressant...

Dernière modification par JOURDAN (20-06-2012 09:38:52)

Re : les diphtongues

Alco a écrit:

Diphtongue ou pas, je ne vois pas trop la subtile nuance d'articulation entre eu et eo.
Mais si leo contient deux voyelles bien distinctes, alors a fortiori on devra les distinguer dans lion, en poésie classique.

Peut-être la subtile différence explique-t-elle que de neuter on ait fait neutre, à voyelle indivisible, et de leo, lion, à voyelles divisibles. Mais nos maîtres latinistes du forum sauront sûrement en dire plus.

Re : les diphtongues

il s'agit d'un exercice basé sur le nombre de pieds, pour ce que j'en sais, très éloigné de la langue réelle,


Pas le nombre de pieds, mais le nombre de syllabes.
Des syllabes telles qu'elles se prononçaient à l'époque de la composition du texte.
Ce qui fait des poèmes anciens d'excellents témoins de la prononciation : ce qui rime, ce qui ne rime pas, les diérèses et les synérèses: li-on, mais sang-lier.
Dans ces deux exemples, pour moi il n'y a de diphtongues nulle part : li-on est un hiatus de la syllabe i et de la syllabe on, dans sang-lier, on trouve un yod.

Peut-être la subtile différence explique-t-elle que de neuter on ait fait neutre, à voyelle indivisible, et de leo, lion, à voyelles divisibles.

La subtile différence n'y est pour rien.
Neutre est un terme savant forgé à la fin du XIV e siècle, en un temps où la prononciation du latin était influencée par celle des langues vulgaires.
Lion s'écrivait leuns dans la Chanson de Roland (renseignement aimablement communiqué par le Tlfi) et on écrit toujours Léon.
Enfin, il n'y a pas de diphtongue dans ne-uter : uter, ne-uter, alter-uter, un simple, des composés à l'aide de préfixes.

Car Niedermann pose :

les diphtongues ei, ai, oi, eu, au, ou,  l'exception de au, sont devenues de très bonne heure déjà des monophtongues longues.


Circulez, y a rien à voir...

... ne supra crepidam  sutor iudicaret. Pline l'Ancien

Re : les diphtongues

P'tit prof a écrit:

Niedermann pose :

les diphtongues ei, ai, oi, eu, au, ou,  l'exception de au, sont devenues de très bonne heure déjà des monophtongues longues.

Circulez, y a rien à voir...

Ben si, précisément, eu est devenu monophtongue longue, pas eo.

Re : les diphtongues

Ben si, précisément, eu est devenu monophtongue longue, pas eo.

Pour la bonne raison, si j'ai bien lu ce que j'ai recopié, que eo n'a jamais été une diphtongue aux yeux de Niedermann.

Mais puisque vous êtes plus qualifié que lui, à vous le dé, vicomte !

... ne supra crepidam  sutor iudicaret. Pline l'Ancien

Re : les diphtongues

P'tit prof a écrit:

Ben si, précisément, eu est devenu monophtongue longue, pas eo.

Pour la bonne raison, si j'ai bien lu ce que j'ai recopié, que eo n'a jamais été une diphtongue aux yeux de Niedermann.

Mais puisque vous êtes plus qualifié que lui, à vous le dé, vicomte !

Si vous me lisiez attentivement plutôt que de prendre immédiatement la mouche, vous verriez que c'est ce que j'ai soutenu depuis le début (message 52), contrairement à ce que disait Alco (message 51). C'est agaçant ces quiproquos qui engendrent des mots aigres-doux.

60

Re : les diphtongues

P'tit prof a écrit:

Pas le nombre de pieds, mais le nombre de syllabes.
Des syllabes telles qu'elles se prononçaient à l'époque de la composition du texte.
Ce qui fait des poèmes anciens d'excellents témoins de la prononciation : ce qui rime, ce qui ne rime pas, les diérèses et les synérèses: li-on, mais sang-lier.


Oui, pardon, je ne connais rien en rythmique (?), ancienne ou moderne, je disais seulement que cette étude de la poésie classique ne pouvait rien nous apprendre sur le français d'aujourd'hui, d'ailleurs c'est ce que vous confirmez, puisque ces décompositions nous donneraient des infos sur la prononciation d'alors, pas sur celle d'aujourd'hui. Personnellement, je soupçonne les poètes en question d'avoir été un peu porté sur le côté artificiel, de vouloir ressembler le plus possible au latin, comme cela a déjà été évoqué, mais soit.

alors c'est quoi les pieds au fait(cela nous intriguais beaucoup quand j'allais à l'école, ce prof qui parlait des pieds, on regardait ses pieds...)

61

Re : les diphtongues

P'tit prof a écrit:

Car Niedermann pose :

les diphtongues ei, ai, oi, eu, au, ou,  l'exception de au, sont devenues de très bonne heure déjà des monophtongues longues.


Circulez, y a rien à voir...

Eh bien, cela valait le coup de venir sur ce forum, depuis le temps que j'entends parler de cette affirmation, c'est la première fois que j'accède à une "citation".

1 Je vais chercher qui est/était ce Niedermann

2 Je vais vérifier cette citation. Telle quelle, elle n'est pas bonne du point de vue de la forme, s'il se référait phonétiquement à des sons, il aurait dû employer les crochets. Mais peut-être que Ptit prof a cité en réinterprétant ? Il faudrait savoir de quel stade du français il parle aussi.

3 Du point de vue du fond, j'espère que ce Niedermann a d'autres arguments que "sont devenues de très bonne heure déjà". Moi aussi je me suis longtemps levé de bonne heure, mais ça n'a jamais constitué une démonstration phonétique, et encore moins phonologique.

4 "circulez y'a rien à voir" est du même tabac que "sont devenues de très bonne heure un beau matin des monophtongues", je veux dire que ça n'apporte rien à la démonstration, plutôt le contraire....

Dernière modification par JOURDAN (20-06-2012 23:20:48)

62

Re : les diphtongues

1 Bon eh bien je vais me coucher moins bête, bien sûr ce grand monsieur Suisse (comme Saussure, né presque vingt ans auparavant). Professeur "extraordinaire" et tout et tout. Je ne peux pas retracer le concret de sa carrière à partir de l'article de Wikipedia, mais plusieurs indices montrent qu'il a été certainement avant tout un philologue, un phonéticien du latin. Mais a-t-il été un "linguiste" ? Je ne sais pas, je n'ai pas l'habitude de me fier au fait d'avoir tenu des chaires de linguistique, à l'étiquette "linguistique". Plus près de nous, Benveniste a certainement eu ce genre de chaire, mais d'après ce que je subodore, il était plus préoccupé de philosophie, non ? Ce qui serait intéressant de savoir, c'est comment Niedermann a reçu et compris les découvertes de Saussure ???? Bon au niveau des crochets, on lui pardonne, compte tenu de l'époque.

2 maintenant les ragots de bas étage : la renommée de Niedermann est toute de suite relativisée quand on s'aperçoit qu'il n'a pas de page en anglais. Et la page en français, apparemment, a été rédigée par un de ses admirateurs étrangers ("Avec ses études sur Marcellus Empiricus il découvra son intérêt pour les textes médicaux latins."). Je sais c'est méchant de se moquer, ce monsieur qui l'a écrite parle surement bien mieux français que je ne parle sa langue, mais c'est plutôt pour constater que Niedermann ne doit pas tellement avoir d'admirateurs francophones non plus ????? (pour donner une comparaison, Saussure a même une page en pidgin).

3 Je continue ma recherche pour arriver à la citation, et à son contexte, éventuellement une construction logique. Bien entendu, si quelqu'un peut nous la donner.... on gagnera du temps.

3 bis On accède assez facilement en ligne, au texte (assez mal OCRisé) de "Précis de phonétique historique du latin (1906), son ouvrage le plus célèbre. Niedermann y parle pas mal de diphtongues (je ne discuterai pas ici sa définition, mais je dirai que pour moi, elle n'est pas complètement aberrante). Je relève que "Dans les campagnes autour de Rome, ae cessa de bonne heure d'être une diphtongue." Niedermann aimait bien cette formule proustienne, qui revient 7 fois dans le texte, juste un tic de langage, mais qui signale à chaque fois une disparition... de diphtongue, de consonne, de ce que vous voulez. En clair, beaucoup de choses disparaissent de bonne heure, rien ne semble jamais apparaître de bonne heure ? En un seul endroit, il semble évoquer une diphtongue que les locuteurs introduiraient là où il ne devrait pas y en avoir.

4 En somme, Niedermann était un spécialiste de l'évolution phonétique du latin, bon OK. Etait-il un spécialiste de l'évolution de l'ancien français ou du moyen français ? Si oui, quel est l'ouvrage à consulter, merci.

Dernière modification par JOURDAN (21-06-2012 01:33:28)

Re : les diphtongues

alors c'est quoi les pieds au fait(cela nous intriguais beaucoup quand j'allais à l'école, ce prof qui parlait des pieds, on regardait ses pieds...)

Le pied est une combinaison de  syllabes, deux au minimum. Certains théoriciens posent, ce qui n'est pas sot, selon moi, que le vers  régulier français est un pied : de douze, dix, huit syllabes...

En latin, la combinaison la plus connue des élèves est l'hexamètre dactylique :

Siceli|des Mu|sae,// pau|lo ma|jora ca|namus

3/2/2/2/3/2
A noter que le groupe -sae et le groupe pau- comptent pour une seule syllabe car ils sont formés de diphtongues — coucou les revoilà !

... ne supra crepidam  sutor iudicaret. Pline l'Ancien

Re : les diphtongues

3 bis On accède assez facilement en ligne, au texte (assez mal OCRisé) de "Précis de phonétique historique du latin (1906),

Il y en a tout de même 177 pages ! vous avez tout lu, si mal numérisé que ce soit, entre 01:16:21 (heure de Paris) où vous avez déclaré :

1 Je vais chercher qui est/était ce Niedermann

et 01:55:27 où vous constatez que ce brave homme était professeur honoraire à l'Université de Neuchâtel.
Pour de la lecture rapide, c'est de la lecture rapide !

Tellement rapide que vous ont échappé des précisions telles que
vers le milieu du 2e siècle av. J.-C.,
dans la première moitié du 2e siècle av. J.-C.,
dans le courant du 3e  siècle av. J.-C.

D'accord, il ne donne ni l'année ni le mois, ni le jour, ni l'heure... Bien la peine d'être suisse !

... ne supra crepidam  sutor iudicaret. Pline l'Ancien

65

Re : les diphtongues

P'tit prof a écrit:

Le pied est une combinaison de  syllabes, deux au minimum. Certains théoriciens posent, ce qui n'est pas sot, selon moi, que le vers  régulier français est un pied : de douze, dix, huit syllabes...

En latin, la combinaison la plus connue des élèves est l'hexamètre dactylique :

Siceli|des Mu|sae,// pau|lo ma|jora ca|namus
3/2/2/2/3/2
A noter que le groupe -sae et le groupe pau- comptent pour une seule syllabe car ils sont formés de diphtongues — coucou les revoilà !

Oui, ça me revient un peu, il y avait ce truc aussi : une longue deux courtes, très amusant, mais l'intérêt d'apprendre ça aux gamins ?

"coucou les revoilà"  non je ne vois rien, désolé, sans définition à me mettre sous la dent. Il me suffirait un "diphtongue (Niedermann, 1906)" par exemple.

66

Re : les diphtongues

P'tit prof a écrit:

Il y en a tout de même 177 pages ! vous avez tout lu, si mal numérisé que ce soit, entre 01:16:21 (heure de Paris) où vous avez déclaré :

1 Je vais chercher qui est/était ce Niedermann

et 01:55:27 où vous constatez que ce brave homme était professeur honoraire à l'Université de Neuchâtel.
Pour de la lecture rapide, c'est de la lecture rapide !



Tellement rapide que vous ont échappé des précisions telles que
vers le milieu du 2e siècle av. J.-C.,
dans la première moitié du 2e siècle av. J.-C.,
dans le courant du 3e  siècle av. J.-C.

D'accord, il ne donne ni l'année ni le mois, ni le jour, ni l'heure... Bien la peine d'être suisse !

Je n'ai jamais dit que j'avais tout lu, je l'ai lu en diagonale (je lis très vite, et mes diagonales le sont beaucoup, diagonales, mais j'ai un truc...). j'ai regardé ce qu'il disait sur les diphtongues, et j'ai eu le temps de trouver sa définition, ce qui est déjà bien (d'en mettre une), et comment il les utilise par rapport aux voyelles, un peu moins bien IMHO. Et finalement, dans ma lecture brouillonne et frivole, j'ai constaté que chez lui, beaucoup de choses avaient tendance à disparaître, je n'ai pas dit qu'il ne donnait pas réellement de date, le point sur lequel j'ai insisté, c'est que ses analyses semblaient surtout mettre en évidence des disparitions, juste une tendance récurrente.

Je ne suis pas affirmatif à 100%, mais je pense qu'au XIXème, époque où il a été formé, on avait encore beaucoup tendance à analyser l'évolution des langues en partant des langues primordiales, parfaites ou idéales si on veut et vue comme une déformation vers les langues actuelles, abâtardies, d'où une dominance des forces de simplification et de déconstruction. C'est vrai que j'ai une propension à  la moquerie, et qu'il ne peut pas se défendre, mais j'ai pas trop de chagrin pour lui, il a probablement reçu plein de médailles dans sa vie, un peu d'irrévérence ne lui fait pas trop de mal, là où il est.

Mais je crois que le sujet ici n'est pas le latin (ce qui explique aussi le temps parcimonieux que j'ai consacré à l'ouvrage, dès que j'ai vu que la citation en question n'y était pas, seulement de curieuses ressemblances) et encore moins ma vitesse de lecture d'après les enregistrements...

Dans quel ouvrage se trouve donc "votre" citation ? Donnez nous de grâce un lien ou un extrait un peu consistant de cette référence, que dis-je, de ce Graal enfin trouvé, pour moi après des années d'errance et quelquefois même des rances.

Dernière modification par JOURDAN (21-06-2012 04:15:28)

67

Re : les diphtongues

JOURDAN a écrit:

Oui, pardon, je ne connais rien en rythmique (?), ancienne ou moderne, je disais seulement que cette étude de la poésie classique ne pouvait rien nous apprendre sur le français d'aujourd'hui, d'ailleurs c'est ce que vous confirmez, puisque ces décompositions nous donneraient des infos sur la prononciation d'alors, pas sur celle d'aujourd'hui. Personnellement, je soupçonne les poètes en question d'avoir été un peu porté sur le côté artificiel, de vouloir ressembler le plus possible au latin, comme cela a déjà été évoqué, mais soit.

Si j'ai parlé de poésie classique, c'est parce qu'apparemment c'est un pan de la culture qui vous a échappé :

JOURDAN a écrit:

Honnêtement, l'exemple du lion ne me parait pas vraiment génial, vous êtes sûr qu'en poésie on peut dire un li-on ? Je sais que beaucoup d'hotels s'appellent le "lit on dort" mais franchement je trouve cette prononciation un peu bizarre.

Re : les diphtongues

Dans quel ouvrage se trouve donc "votre" citation ?


Dans le précis de phonologie historique du latin, cette bonne blague !


Je ne suis pas affirmatif à 100%, mais je pense qu'au XIXème, époque où il a été formé, on avait encore beaucoup tendance à analyser l'évolution des langues en partant des langues primordiales, parfaites ou idéales si on veut et vue comme une déformation vers les langues actuelles, abâtardies, d'où une dominance des forces de simplification et de déconstruction.

Vous atteignez un sommet de comique involontaire avec analyser l'évolution des langues en partant des langues primordiales : aujourd'hui, donc, on n'étudie plus les évolutions en partant d'un point zéro ? On ne part pas du gland pour arriver au chêne ?

Le chêne est une disparition, une déconstruction du gland.

Il est on ne peut plus naturel, quand  on fait de la phonétique historique de suivre la chronologie des faits : un son était dans la langue, il n'y est plus. Quel autre verbe que disparaitre voulez-vous utiliser ? 

Bref, si Niedermann est dépassé à vos yeux, je pêche cette définition dans un ouvrage daté de 1996 (Le latiin, de l'initiation à la pratique, grammaire différentielle, Martine Furno, Sandrine Boularo) :

au, eu, ae, oe, sont des diphtongues, c'est-à-dire des unités vocaliques où les deux sons se fondent mais restent perceptibles : on lit [au], [eu ] [ae ] [oe ]avec un léger accent sur le premier des deux phonèmes.

Cependant, la phonétique du latin n'est pas la question, encore que d'un point de vue diachronique, je m'étonne que l'on se lance dans la phonétique du français en ignorant d'où il vient.                                                                                                                     
Nous avons été détournés en vol par une intervention qui soutenait que dans le mot neuter figurait la diphtongue eu , et que le groupe eo, qui au message 52 est un groupe de deux voyelles, devient une diphtongue au message 59.

Pour ce groupe eo, la preuve est vite donnée, par la métrique, justement :

ubera| nec// mag|nos metu|ent ar|menta le|ones

                                                               

Le mot leones est scindé entre deux pieds, et la coupure passe entre e et o : ils ne forment donc absolument pas une diphtongue.
C'est le message 52 qui est juste, et le message 59 erroné.

Si on revenait au français, maintenant ?

... ne supra crepidam  sutor iudicaret. Pline l'Ancien

69

Re : les diphtongues

Alco a écrit:
JOURDAN a écrit:

Oui, pardon, je ne connais rien en rythmique (?), ancienne ou moderne, je disais seulement que cette étude de la poésie classique ne pouvait rien nous apprendre sur le français d'aujourd'hui, d'ailleurs c'est ce que vous confirmez, puisque ces décompositions nous donneraient des infos sur la prononciation d'alors, pas sur celle d'aujourd'hui. Personnellement, je soupçonne les poètes en question d'avoir été un peu porté sur le côté artificiel, de vouloir ressembler le plus possible au latin, comme cela a déjà été évoqué, mais soit.

Si j'ai parlé de poésie classique, c'est parce qu'apparemment c'est un pan de la culture qui vous a échappé :

JOURDAN a écrit:

Honnêtement, l'exemple du lion ne me parait pas vraiment génial, vous êtes sûr qu'en poésie on peut dire un li-on ? Je sais que beaucoup d'hotels s'appellent le "lit on dort" mais franchement je trouve cette prononciation un peu bizarre.

Oui, incroyable, il y a des pan de cultures qui m'échappent, je dois être le seul sur ce forum, pardon !

Il y a un bien meilleur exemple (à mon avis d'épargné par la culture) que votre lion que j'ai retrouvé, mais je ne le rédigerai pas ce matin, j'ai un épouvantable mal de crâne.

70

Re : les diphtongues

Dans le précis de phonologie historique du latin, cette bonne blague !

Vous voulez dire que la phrase que vous avez citée l'autre jour "les diphtongues ei, ai, oi, eu, au, ou,  l'exception de au, sont devenues de très bonne heure déjà des monophtongues longues."

à l'appui de la disparition des diphtongues en français moderne standard

se trouve dans cet ouvrage sur le latin ?

J'avoue que je ne l'ai pas reconnue quand j'ai survolé l'oeuvre en question, je ne la cherchais évidemment pas, j'étais en train de me renseigner sur Niedermann.


C'est comme si le débat était de savoir si tous les oiseaux actuels ont des plumes et que vous vous basiez sur une information sur les plumes des dinosaures.

Entre le latin, et le français moderne standard, il s'est passé des choses je pense, moi je travaille en synchronie, je ne suis pas un évolutionniste de la langue, mais je pense que beaucoup de diphtongues ont disparues, mais aussi que d'autres sont apparues pendant des deux millénaires !

Mon optique est d'obtenir une définition pour la diphtongue, en synchronie dans le système de la langue, car le système de la langue est synchronique. Quand l'oiseau, ou waso, vole, il vole comme un oiseau, avec ses plumes d'oiseau,  pas comme un de ses ancêtres dinosaures, qu'ils aient eu des plumes ou non.

Maintenant je ne suis pas contre aller chercher des informations diachroniques QUAND ELLE DEVIENNENT PERTINENTES, c'est à dire dans la situation qui précède immédiatement dans le temps la nôtre, disons dans le moyen français, mais pas en latin.

Dernière modification par JOURDAN (21-06-2012 23:11:36)

71

Re : les diphtongues

P'tit prof a écrit:

[

Vous atteignez un sommet de comique involontaire avec analyser l'évolution des langues en partant des langues primordiales : aujourd'hui, donc, on n'étudie plus les évolutions en partant d'un point zéro ? On ne part pas du gland pour arriver au chêne ?

Le chêne est une disparition, une déconstruction du gland


Hein ? content de vous avoir fait rire ! Vous n'avez pas compris ma phrase, relisez là, je n'ai pas dit qu'il ne fallait pas étudier les évolutions en suivant la ligne du temps. J'ai suggéré qu'à cette époque, les philologues pensaient que les langues anciennes étaient des langues parfaites, idéales et que toute évolution s'était faite par avilissement, par dégradation. Je ne sais pas si ça s'applique complètement à Niedermann, mais c'était dans l'air du temps. Il faudrait voir avec un spécialiste de l'histoire de la linguistique.

Aujourd'hui, dans les milieux scientifiques linguistiques, on pense généralement que toutes les langues sont des systèmes équivalents, que les langues anciennes n'étaient ni plus ni moins parfaites que les langues actuelles, qu'elles fonctionnaient et évoluaient de la même manière. Maintenant c'est vrai qu'il y a une théorie (je pourrais vous retrouver la référence) qui avance que les langues ont perdu des phonèmes en évoluant, en s'éloignant de leur foyer primitif (l'Afrique), vers la périphérie. Je n'y crois pas trop, notamment à leur méthode de compter les phonèmes.

En parlant de comique, votre essai "le chêne est une disparition, une déconstruction du gland" est pas mal pour un débutant, mais je vous suggère de travailler encore. Il se peut que les gens ne rient pas franchement dès le lever du rideau, et ensuite la situation est difficile à rattraper.

Re : les diphtongues

Vous voulez dire que la phrase que vous avez citée l'autre jour "les diphtongues ei, ai, oi, eu, au, ou,  l'exception de au, sont devenues de très bonne heure déjà des monophtongues longues."

à l'appui de la disparition des diphtongues en français moderne standard

se trouve dans cet ouvrage sur le latin ?

Très exactement, et ce n'est pas à vous que je le disais, mais à l'intervenant qui avait mis sur le tapis les diphtongues du latin.
Je ne pipais mot de la disparition des diphtongues en français moderne standard, désolé de vous décevoir.

... ne supra crepidam  sutor iudicaret. Pline l'Ancien

73

Re : les diphtongues

P'tit prof a écrit:

Il est on ne peut plus naturel, quand  on fait de la phonétique historique de suivre la chronologie des faits : un son était dans la langue, il n'y est plus. Quel autre verbe que disparaitre voulez-vous utiliser ? 

Bref, si Niedermann est dépassé à vos yeux, je pêche cette définition dans un ouvrage daté de 1996 (Le latiin, de l'initiation à la pratique, grammaire différentielle, Martine Furno, Sandrine Boularo) :

au, eu, ae, oe, sont des diphtongues, c'est-à-dire des unités vocaliques où les deux sons se fondent mais restent perceptibles : on lit [au], [eu ] [ae ] [oe ]avec un léger accent sur le premier des deux phonèmes.

Cependant, la phonétique du latin n'est pas la question, encore que d'un point de vue diachronique, je m'étonne que l'on se lance dans la phonétique du français en ignorant d'où il vient.

Une fois de plus, je n'ai pas reproché à Niedermann de voir des disparitions, je lui ai reproché de ne voir (apparemment) QUE des disparitions, mais c'était superficiel, je suis près à le reconnaître.

Niedermann, dépassé, je n'en sais rien, pour l'analyse des évolutions phonétiques en latin, peut-être que ça a été et que ça reste le meilleur, ce que j'ai dit, et ce que je redis, c'est que c'est hors sujet.

Maintenant, vous passez à ces dames, Furno et Boularo, qui nous parlent aussi du latin, très bien, on va finir par en savoir un maximum sur le latin. Eh bien que puis-je vous dire, à la lecture de cette simple phrase, je pourrais me lancer dans l'idée d'aller voir sur internet si je ne trouve pas l'ouvrage, mais j'ai peur que l'heure de mes posts trahisse la légèreté de mes analyses...

En attendant, je vous dirai seulement que la définition de ces dames, pour "diphtongue" me parait insuffisante et inutilisable :

qu'est-ce qu'une "unité vocalique" ? qu'est-ce qu'un "son" ? Qu'est-ce que "se fondre mais rester perceptible" surtout ?

La définition de ces dames pose plus de nouvelles questions qu'elle n'en résout d'anciennes, mais je crois deviner que leur propos est plutôt, dans cette phrase, de fournir une explication à la prononciation du latin, à l'usage de l'étudiant que de définir quoi que ce soit, la diphtongue en latin, ou en général.

J'en arrive à votre avant-dernière phrase, la phonétique du latin n'est pas la question, je ne vous le fait pas dire, mais c'est vous qui nous avez embarqué dans cette direction, en semant le doute avec votre citation de Niedermann, dont j'ai cru un bref instant qu'il s'agissait de la piste de cette démonstration tant évoquée, mais jamais trouvée, de la disparition des diphtongues en "français moderne".

Pour finir, je ne me "lance" pas dans la "phonétique", car je ne fais pas de "phonétique", je fais de la phonologie, c'est différent. Vous vous demandez comment on peut travailler en "ignorant", quelle coïncidence, moi-aussi quelquefois, je sens que cette constatation va nous rapprocher. J'ai constaté souvent que les phonéticiens "ignorent" les bases de la phonologie, tout en employant abondamment ses outils, comme le mot "phonème" dans la phrase de Furno et Boularo

Je "n'ignore" pas que le français moderne a été précédé par d'autres formes, immédiatement le français moyen il me semble. Donc à mon avis, si vous voulez comprendre en diachronie, comment nous sommes parvenus au système actuel, c'est au français moyen qu'il faut vous attaquer, pas au latin.

Toutefois, à mon humble niveau, je ne cherche pas à devenir demain un spécialiste du français moyen car mon idée est que des informations utiles à l'analyse du français d'aujourd'hui se trouvent amplement dans le panorama des formes dialectales des mots, à l'intérieur de la langue d'oïl déjà, dans les dialectes arpitans ou occitans plus éloignés ensuite et même dans des langues encore un peu plus éloignées comme le castillan ou l'italien.

Par exemple, on ne peut pas étudier les différentes formes du verbe "mouvoir" avec sa "racine" qui est quelquefois "meu" sans s'apercevoir (au moins) qu'en castillan, le même verbe mover, son cognat disons, a des formes diphtonguées comme "mueve". A partir de là on peut un peu imaginer comment des diphtonguaisons se sont produites dans ce mot en roman, à partir d'un mot latin qui ne devait pas en contenir, si je ne m'abuse, et comment elles ont finalement disparu en français, et tout ça sans connaitre exactement la phonétique du latin et les détails du moyen français, sans parler de l'ancien.

Autrement dit, même si on n'est pas dans une approche diachronique au départ, dès qu'on s'aperçoit qu'il y a une multitude de formes actuelles, et qu'on comprend qu'elles sont issues de la même forme ancienne, on a bien une vision évolutive. C'est ce qui est arrivé à Darwin, quand il a étudié les différents pinsons des Galapagos, sans voir aucun de leurs ancêtres, il a compris comment ces wasos avaient évolués et s'étaient différentiés. En ne voyant que les oiseaux synchroniques, il a "vu" les oiseaux diachroniques...

Bien sûr, si Darwin avait eu une machine à remonter le temps, il aurait pu "revenir" aux Galapagos, 1 millions d'années avant, 2 millions d'années, etc. pour vérifier sa théorie. Bien sûr, si j'étais immortel, je me lancerais immédiatement dans l'étude de la phonétique du latin (en prenant soin que mon temps de lecture affiche un total sérieux), de l'ancien français, du moyen français, etc.

Ce n'est pas ce que je fais, je cherche une définition de la diphtongue qui soit scientifique, l'étude phonétique ne le permet pas, sinon tout le monde serait déjà d'accord, seule une définition phonologique peut permettre d'arriver quelque part.

Dernière modification par JOURDAN (22-06-2012 00:40:04)

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Re : les diphtongues

P'tit prof a écrit:

Très exactement, et ce n'est pas à vous que je le disais, mais à l'intervenant qui avait mis sur le tapis les diphtongues du latin.
Je ne pipais mot de la disparition des diphtongues en français moderne standard, désolé de vous décevoir.

Effectivement, je suis TRES déçu, il y a eu donc un quiproquo. Vous vous adressiez à quelqu'un d'autre, no problem. Vous imaginez ma déception toutefois, car j'aimerais bien que nous en pipions, de cette "disparition", et notamment, étant donné le grand nombre de gens qui la mentionnent, un des points clef sur lequel je souhaiterais progresser c'est de savoir QUI, au départ l'a découverte, l'a mentionnée, l'a publiée, car bizarrement cette disparition, on dirait qu'elle a fait disparaître en même temps toute trace de sa propre histoire ??? (un peu comme ceux qui disparaissaient à cause des bons offices du KGB et dont le portrait disparaissait en même temps des photographies officielles...).

Re : les diphtongues

J'arrive avec mes gros sabots, pour lancer un fil parrallèle dans le fil. Après quelques recherches je suis tombé sur cet article qui postule l'existence de la diphtongue en français, à partir des semi-voyelles :

http://kn0l.wordpress.com/diphtongue-en-francais-2/

Mais je m'interroge sur la méthode :

Étude du mot « roi »

Comme Wikipedia nous le propose, étudions le mot « roi » !

Écrivons le phonétiquement [rwa] et, à titre provisoire décrivons le phonologiquement comme /rwa/ (on a vu qu’une erreur courante était de recopier seulement la notation phonétique à l’intérieur des barres obliques pour obtenir ainsi à peu de frais une notation phonologique…mais cela se justifie ici si on fait ensuite une analyse phonologique de la notation obtenue)

Si, par hypothèse de travail, on considère qu’il n’y a que deux phonèmes seulement /r/+/wa/, on constate que la césure entre le r et le w permet de nombreuses substitutions (on écrira directement les homonymes obtenus en orthographe conventionnelle).
Ainsi en substituant une autre consonne au r on obtient : poids, moi, toi, loi, doigt, soi, bois, coi, foi, oie, joie, quoi, noix, voix. Chaque paire parmi les mots ainsi construits constitue une paire minimale.

De même si on substitue au [wa] une autre voyelle on obtient : rat, , rai, riz, rot, roux, ru, rein, rond, rend. Ici encore chaque paire de mots construite constitue une paire minimale.

Jusque là, rien à dire.

Si maintenant on considère qu’il y a trois phonèmes (comme la “théorie dominante” l’affirme) on doit pouvoir obtenir des paires minimales en coupant entre le « w » et le « a ». On constate qu’on trouve difficilement une consonne à substituer au « w » sauf à considérer « r(e)pas » comme admissible.

Certes mais si on avait pris poix on aurait au moins obtenu plat et avec doigt, on aurait eu drap. Avec bois, coi, foi on n'obtient rien dans notre lexique.

Bien entendu : une consonne - en début de syllabe - peut être suivie (1) par une semi-voyelle, (2) par les consonnes r et l (sauf pour r, l, m et n si je n'oublie personne).

On obtient quelques résultats en lui substituant une voyelle : rhéa, ria, rua, roua. Enfin si on veut substituer au « a » une autre voyelle, la liste obtenue est également très limitée : roué, rouet.

OK

Si le [wa] est composé de deux phonèmes comme le veut la théorie dominante nous avons donc le /w/ et le /a/ soit une semi-voyelle suivie d’une voyelle. Cette semi-voyelle devrait avoir en français un comportement autonome, permettant une libre association avec les autres voyelles et consonnes. C’est loin d’être le cas comme on vient de le voir.

Raisonnement tordu : il me semble simplement qu'une semi-voyelle est moins libre de s'associer qu'un l ou r qui sont eux-mêmes moins libres que la plupart des autres consonnes.

Pourquoi faire de ce constat un argument pour démontrer l'existence de la diphtongue en français ?

Et ça continue :

Étude de la famille du mot « trois »

Le mot roi n’ayant pas une très grande famille (on a toutefois : reine, règne, régner ) pour faire l’étude critique proposée dans le Knol précédent, nous proposons de prendre, pour étudier la même diphtongue, un mot ayant de nombreux composés [2]. Nous aurions pu aussi bien partir de n’importe quel mot contenant le digramme <oi>, mais bon, il faut choisir : le mot trois a une famille très riche, il ne faut pas s’en priver.

Considérons la liste des mots : trente, treize, tricycle, triporteur, trépigner, trèfle, tiers et tierce. On voit que si le mot trois débutait par trois consonnes, il serait le seul de sa famille a posséder un phonème /w/ dans sa racine /trw/+/voyelle/. Les autres mots sont formée uniquement de /tr/+/voyelle, voire /T/+/voyelle/+/r/ dans certains cas.

Quelle démonstration : il suffit de consulter la rubrique étymologie du TLFi pour constater que tout ceci nous vient directement du latin. Et on peut supposer que si on est passé de tre à trois c'est parce qu'il y avait une évolution phonétique rendue possible par la combinaison des différents phonèmes du mot.

Tout ceci pour dire que je ne vois pas de diphtongues dans le français standard de France. J'aimerais savoir, si cela intéresse quelqu'un, si je me trompe dans la lecture de l'article que je viens de citer.