P'tit Prof a écrit:La diphtongue n'existe pas en français, commençons par le plus simple !
Peut-être, P'tit Prof, mais alors pourquoi Robert (entre autres) en donne-t-il la définition avec des exemples tirés du français ?
En effet, je ne suis ni linguiste, ni phonéticien, ni grammairien, ni lexigographe, mais j'ai toujours entendu parler, à l'école de la République, des diphtongues (réelles ou supposées ?).
et Robert le Petit a écrit:diphtongue : voyelle dont la tenue comporte un changement d’articulation produisant une variation de timbre. Et il ajoute : « La diphtongue peut être considérée comme formée d’une voyelle et d’une semi-consonne. »
Cette semi-consonne est souvent un yod (le [ i ] ou le [ j ] mouillé), ou bien les sons [ w ] et [ u ]. De plus, on distingue les diphtongues ascendantes (semi-consonne + voyelle) et descendantes (voyelle + semi-consonne).
Des exemples ? En première approximation : travail, œil, oui, aïe, hiatus, Priape, iambe, ouate, quoi, yeux, Yole, yoyo, youyou ...; mais aussi tous les verbes en -oir, en -uire, et j'en oublie bien sûr.
On peut distinguer les diphtongues vraies des autres selon qu'elles sont clivables ou non en versification : ainsi y-eux, ti-are, etc. ne sont pas réellement des diphtongues (elles sont toutes ascendantes). De même, les sons qui bénéficient d'une représentation phonétique conventionnelle reconnue, ne sont pas des diphtongues : ainsi les sons ou, an, au, on etc., pris isolément, puisqu'ils ne contiennent pas de variation vocalique (ceux-là-mêmes que les grammairiens qualifiaient de diphtongues il y a cinquantes ans, comme le rappelle P'tit Prof).
A contrario, je propose de considérer comme diphtongues « authentiques » celles qui répondent à ces deux caractéristiques : être insécable en versification et nécessiter plus d’un signe pour sa représentation phonétique. Certains sons comme le [wa] de loi et le [wi] de oui remplissent ces critères.
Le cas de oui [wi] est particulier puisqu’il est composé de deux semi-consonnes : serait-ce la diphtongue parfaite ? Il convient d’ailleurs de distinguer oui / [wi] de ouï /[ui] : celui-ci est sécable, celui-là insécable; c'est évidemment le tréma qui fait la différence. Mais ail et aïe [aj] sont des diphtongues vraies (sauf à dire, comme en pays d'Oc : " Aï-eu, tu m'as fait mal-eu ! "
).
Brassens a écrit:[...]
En séchant l'eau de sa frimousse
D'un air très doux elle m'a dit oui.
Chemin faisant, que ce fut tendre
D'ou-ïr à deux le chant joli
[...] (Le parapluie)
Diphtongue et triphtongue :
Étant donné qu'il n'y a point de diphtongue en français, on risque encore moins d'y rencontrer des triphtongues, et pourtant !
Littré a écrit:Triphthongue [*]
1°Terme de grammaire. Syllabe composée de trois voyelles qu'on fait entendre en une seule émission de voix ; mieux nommée trivocale. Miaou, onomatopée du cri du chat, offre une triphthongue. Adjectivement, Une syllabe triphthongue.
2°Par extension et improprement, concours de trois voyelles formant un seul son comme oie, eau.
Du grec, trois, et, son.
[*] Littré utilise l'orthographe étymologique, du grec tri- et de phthoggos = bruit, son
Ainsi, le chien aboie en diphtongue (ouah !) et le chat miaule en triphtongue (miaou !). Mais noyé , ployé, ayant, bayant, seyant, ouailles sont-ils des triphtongues ?
La question mérite d'être posée : on coupera ayant, soit [?j-ã], soit [?-jã], mais on conserve l'association d'une voyelle avec une diphtongue (répondant à notre définition), donc pas de vraie triphtongue. Le cas de ouailles est intéressant : il se phonétise en [waj] (soit trois signes), et je ne sache pas qu'il puisse se scinder dans un vers.
Comme aurait dit Molière : Voilà pourquoi votre fille est muette !
Dernière modification par piotr (22-02-2006 20:06:32)
elle est pas belle, la vie ?