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Le forum d'ABC de la langue française

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Messages [ 15 ]

Sujet : Clé ou clef

Bonjour à tous,

J'me pose une question à chaque fois et j'ai jamais trouvé de linguistes ou chercheurs qui se sont intéréssés à ce cas.  Peut-être parce qu'il y a rien d'autres à expliquer que ce qu'on peut trouver sur Google.

Du genre: " Les deux orthographes peuvent être utilisées indifféremment.
« Clé » est l’orthographe moderne de « clef », plus ancienne et toujours usitée, sinon préférée.
Selon BUBEN (théorie de 1935), le pluriel « clefs » serait devenu « clés », car l’addition d’un « f » et d’un « s » gênait à l’écrit (fin du XVIIIe, début du XIXe siècle). Par la suite, du pluriel « clés » serait né le singulier « clé ».
Les deux formes sont acceptées, notamment par l’Académie française, qui précise :  « L’orthographe étymologique et ancienne, clef, et l’orthographe moderne, clé, s’emploient toutes deux selon des critères qui ne sont pas objectivement définissables. » (Dictionnaire de l’Académie française).
Il est à noter que, dans les très nombreux exemples que donne l’Academie dans son Dictionnaire, cette dernière emploie exclusivement l’orthographe « clef » (y compris pour la définition  de « clé » pour laquelle elle  donne d’ailleurs exactement la même) et au pluriel,  elle écrit « clefs ». "
https://www.question-orthographe.fr/que … e-ou-clef/

mais j'aurais aimé savoir s'il n'y avait que cette raison ? " Clef" n'aurait pas quelque chose de plus propre à l'écrit qu'à l'oral. Ca m'est arrivé de tomber sur cette graphie dans des textes universitaires ou aussi "sérieux" tandis que l'autre, je la trouve partout.

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Re : Clé ou clef

Clef" n'aurait pas quelque chose de plus propre à l'écrit qu'à l'oral.

Curieuse question, curieuse remarque. Etant donné qu'il s'agit d'orthographe, on voit mal comment on pourrait choisir entre "clé" et "clef" à l'oral...

Mais je crois vous comprendre : vous vous demandez si l'orthographe CLEF ne serait pas préférée par les auteurs qui soignent leur style, tandis que CLE se trouverait davantage dans des textes moins travaillés.
On peut en effet, je le pense,  corréler le choix d'une orthographe un peu ancienne, ou du moins historique avec le niveau de langue.

Avec nos pensées nous créons le monde. Bouddha

Re : Clé ou clef

C'est probable que certains auteurs ou certaines personnes préfèrent cette orthographe ancienne parce que justement, elle est ancienne, qu'elle montre l'histoire du mot et blablabla...
On pourrait aussi imaginer que la nouvelle graphie ait pu se devoir à une volonté de rationaliser un peu l'orthographe et éviter de se trouver avec 'nef', 'bref', 'chef', 'fief', 'grief', 'relief' d'un côté et 'clef' de l'autre...
Personnellement, parce qu'il s'agit finalement de cela, de volonté personnelle, j'utilise exclusivement la variante 'moderne', sans <f> donc, et ce, dans mes écrits privés ou professionnels...

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Re : Clé ou clef

Et moi, je préfère souvent "clef", parce que je vois dans la forme graphique du mot, l'objet.
Mais j'utilise aussi quelquefois "clé" parce que, qu'un mot ait deux orthographes considérées comme correctes est un luxe dont je tiens bien à profiter. smile

Avec nos pensées nous créons le monde. Bouddha

Re : Clé ou clef

oliglesias a écrit:

On pourrait aussi imaginer que la nouvelle graphie ait pu se devoir à une volonté de rationaliser un peu l'orthographe et éviter de se trouver avec 'nef', 'bref', 'chef', 'fief', 'grief', 'relief' d'un côté et 'clef' de l'autre...

Oui.
https://image.ibb.co/mSbKX9/Capture.png
https://books.google.fr/books?id=Wo2cEI … mp;f=false
Les mots comme clé(f) et bailli(f) ont pris au singulier la prononciation du pluriel où le "f" s'effaçait :

f ne se prononce jamais même devant voyelle. À ce sujet cf. les dict. qui sont unanimes et cf. Buben 1935, § 5 et 198 qui explique que c'est d'un plur. clés qu'on a tiré une nouvelle graph. du sing. clé, admise aujourd'hui au même titre que clef, et que c'est grâce à la var. orth. clé que la prononc. par [e] fermé persiste dans le mot. La plupart des dict. admet clef ou clé. Mais pour Besch. 1845 tout le monde écrit en fait clé alors que pour DG cette même forme est vieillie. En ce qui concerne Ac., les éd. de 1694-1798 donnent uniquement clef (plur. clefs); les éd. de 1835-1932 enregistrent clef comme vedette tout en signalant que ,,plusieurs l'écrivent clé``. L'anc. forme clé semble connaître une nouvelle faveur. Noter que pour l'élément de formation -clé, Rob. Suppl. 1970 écrit au plur. les mots-clés alors qu'il admet les postes-clé(s).

http://cnrtl.fr/definition/clef

Ylou a écrit:

Et moi, je préfère souvent "clef", parce que je vois dans la forme graphique du mot, l'objet.
Mais j'utilise aussi quelquefois "clé" parce que, qu'un mot ait deux orthographes considérées comme correctes est un luxe dont je tiens bien à profiter. smile

Moi itou Ylou.
Je pense que j'utilise quand même plus souvent "clef", non pas parce que la forme est ancienne, mais parce que je trouve le mot plus équilibré avec sa voyelle encadrée par deux consonnes. Je n'aime pas trop le ni le blé (j'écrirais bien encore le det et le bled si c'était resté possible !) ;  ces mots me font l'effet de troncations déséquilibrées ! Purement subjectif, j'en conviens.
En revanche, j'utilise exclusivement "clé" en composition du type "mot-clé, chiffre-clé".

6 Dernière modification par Alco (14-09-2018 11:06:30)

Re : Clé ou clef

Un rapide coup d'œil sur l'ALF permet de constater que la prononciation sans f fait l'unanimité au tout début du vingtième siècle. Je signale quand même que les Bretons disent "cleffer' pour fermer à clé.
On notera, sur la page trouvée par Abel Boyer, que cerf aussi a gardé son f, ce qui incite certains à le prononcer. Les hasards des réformes orthographiques ou de l'usage nous ont privés d'apprentif et de baillif, qui auraient donné lieu, à n'en pas douter, à deux prononciations différentes.

Caesarem legato alacrem, ille portavit assumpti Brutus.

Re : Clé ou clef

Pour mes mots en -if, c'est plus complexe : le -f s'est maintenu dans la prononciation là où une forme féminine en -ive existait, dans les adjectifs vif, hâtif, plaintif par exemple ; il a disparu ailleurs à des dates variables, proches parfois de l'époque moderne (c'est le cas pour apprentif, je crois).

Ses yeux couleur du Rhin ses cheveux de soleil

Re : Clé ou clef

Pour les mots en -if, c'est plus complexe : les formes féminines apprentive, jolive, baillive n'ont pas empêché ces mots de devenir apprenti, joli, et bailli.

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Re : Clé ou clef

Lévine a écrit:

Pour mes mots en -if, c'est plus complexe : le -f s'est maintenu dans la prononciation là où une forme féminine en -ive existait, dans les adjectifs vif, hâtif, plaintif par exemple ; il a disparu ailleurs à des dates variables, proches parfois de l'époque moderne (c'est le cas pour apprentif, je crois).

Visiblement jusqu'à la seconde moitié du dix-neuvième siècle, selon Google (date extrême 1884)

Caesarem legato alacrem, ille portavit assumpti Brutus.

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Re : Clé ou clef

Abel Boyer a écrit:

Pour les mots en -if, c'est plus complexe : les formes féminines apprentive, jolive, baillive n'ont pas empêché ces mots de devenir apprenti, joli, et bailli.

Mais oui, bien sûr, si vous ne tenez compte que des cimetières de mots que sont les dictionnaires, vous trouverez toujours des contre-exemples, surtout s'il s'agit de me contrer.

Il n'y a évidemment pas de règle stricte. Tout est question de fréquence d'emploi de la forme.

Trouvez-moi donc des exemples de jolive en nombre suffisant en AF.

Ses yeux couleur du Rhin ses cheveux de soleil

11 Dernière modification par Abel Boyer (15-09-2018 09:31:33)

Re : Clé ou clef

Lévine a écrit:

Mais oui, bien sûr, si vous ne tenez compte que des cimetières de mots que sont les dictionnaires, vous trouverez toujours des contre-exemples, surtout s'il s'agit de me contrer.

Allons, pas de mauvais esprit. Je ne cherche pas plus à vous contrer que vous ne cherchiez à me contrer dans le message précédent. Nous mettons simplement chacun notre petit grain de sel dans une discussion.
Quant au cimetière de mots, ça n'effraie pas le nécrophile que je suis. Dès que nous parlons des formes passées, nous sommes au cimetière. Et alors ? c'est cela, l'histoire.


Lévine a écrit:

Trouvez-moi donc des exemples de jolive en nombre suffisant en AF.

Oui, M'sieur. Bien, M'sieur. Vos désirs sont des ordres ! J'attendrai toutefois que vous précisiez votre question : qu'est-ce que c'est qu'un nombre suffisant ? Et que voulez-vous prouver ?
Si c'est que jolie était plus fréquent que jolive dès l'AF, nous sommes bien d'accord. Il n'empêche que ce "v" tôt abandonné ne nous est pas complètement étranger aujourd'hui, puisqu'on le retrouve dans "enjoliver". Mais c'est une autre histoire.
Et puis, pour apprentif, l'histoire est encore différente, car vous ne trouverez probablement pas des exemples de a(p)prentie en nombre suffisant en AF. En trouverez-vous même un seul, je l'ignore. Mais vous trouverez aprentisse ou aprentiche. Bon, tout cela nous a singulièrement éloigné de la clef/clé !

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Re : Clé ou clef

Ylou a écrit:

Et moi, je préfère souvent "clef", parce que je vois dans la forme graphique du mot, l'objet.

Quelle vision poétique.  Un mot tout seul devient un calligramme.  Y en a-t-il d'autres?

Re : Clé ou clef

Paul Claudel signalait : locomotive (à vapeur, bien entendu !).

... ne supra crepidam  sutor iudicaret. Pline l'Ancien

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Re : Clé ou clef

Abel Boyer a écrit:
Lévine a écrit:

Mais oui, bien sûr, si vous ne tenez compte que des cimetières de mots que sont les dictionnaires, vous trouverez toujours des contre-exemples, surtout s'il s'agit de me contrer.

Allons, pas de mauvais esprit. Je ne cherche pas plus à vous contrer que vous ne cherchiez à me contrer dans le message précédent. Nous mettons simplement chacun notre petit grain de sel dans une discussion.
Quant au cimetière de mots, ça n'effraie pas le nécrophile que je suis. Dès que nous parlons des formes passées, nous sommes au cimetière. Et alors ? c'est cela, l'histoire.


Lévine a écrit:

Trouvez-moi donc des exemples de jolive en nombre suffisant en AF.

Oui, M'sieur. Bien, M'sieur. Vos désirs sont des ordres ! J'attendrai toutefois que vous précisiez votre question : qu'est-ce que c'est qu'un nombre suffisant ? Et que voulez-vous prouver ?
Si c'est que jolie était plus fréquent que jolive dès l'AF, nous sommes bien d'accord. Il n'empêche que ce "v" tôt abandonné ne nous est pas complètement étranger aujourd'hui, puisqu'on le retrouve dans "enjoliver". Mais c'est une autre histoire.
Et puis, pour apprentif, l'histoire est encore différente, car vous ne trouverez probablement pas des exemples de a(p)prentie en nombre suffisant en AF. En trouverez-vous même un seul, je l'ignore. Mais vous trouverez aprentisse ou aprentiche. Bon, tout cela nous a singulièrement éloigné de la clef/clé !

1° Je voulais seulement laisser entendre que la forme jolive est relativement rare en AF et qu'elle est assez tôt concurrencée (mais non supplantée) par la forme jolie ; le masculin jolif, en face de joli semble résister davantage.
Un exemple de jolive dans le lai de Guigemar (Marie de France), v. 515-6 :

Femme jolive de mestier
Se deit  lunc tens faire preier

Je pense qu'il y en a d'autres dans le Roman de la Rose.

2° La forme apprentif/ve n'apparaît qu'à la Renaissance, où elle concurrence les formes que vous citez, dont certaines (apprentisse, par exemple) se maintiennent dans certains parlers régionaux (cf. Godefroy). Cela peut expliquer qu'elle ne se soit pas maintenue à l'époque moderne.

3° C'est Alco qui a évoqué le premier les mots en -if, je n'ai fait que prolonger la discussion. Il y a tout de même un rapport, non ?

4° Les dictionnaires sont évidemment utiles, mais, s'ils sont anciens comme c'est souvent le cas, ils mettent tout sur le même plan et ne permettent pas d'appréhender correctement la répartition de leurs formes, les conditions de leur usage et leur fréquence. Les glossaires forment par contre une base utile, mais une base à partir de laquelle doit s'élaborer un travail.

5° Je suis tout à fait favorable à l'amélioration de nos relations.

Ses yeux couleur du Rhin ses cheveux de soleil

15 Dernière modification par Ylou (16-09-2018 07:48:05)

Re : Clé ou clef

pfinn60 a écrit:

  Un mot tout seul devient un calligramme.  Y en a-t-il d'autres?

Tout dépend de votre regard sur le mot, précisément. Certains mots nous font pourtant de l'oeil :
Œil œil    smile

Avec nos pensées nous créons le monde. Bouddha

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