Re : connotation de apprenant par rapport à étudiant

je ne rejette pas la novlangue - elle doit cependant être parfois bien indigeste - et je n'enseigne pas à l'éducation nationale. C'est celui que je citais à qui elle donne de l'urticaire, même enseignant l'insupporte. D'où mon problème : si je ne le suis, qui suis-je sad ? smile

Dernière modification par éponymie (16-08-2012 15:42:56)

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Re : connotation de apprenant par rapport à étudiant

Un être humain ?

Enseigner est ce que vous faites, pas ce que vous êtes (vous êtes sans aucun doute bien plus que cela).

Dernière modification par Perkele (16-08-2012 15:48:48)

"La douceur est invincible." Marc Aurèle

Re : connotation de apprenant par rapport à étudiant

Parfait, j'échappe donc à l'auto-dévaluation. Merci.

Ce document (thèse de doctorat en sciences de l'éducation de F. Ott, université de Lille I, juin 2009) explicite lui- aussi à la page 108, le sens passif de apprendre : l'activité intellectuelle perçue par les enfants (traumatisés à vie ?) comme appartenant seulement à l'enseignant.

On le voit parfois durant les leçons : la connaissance, comme si la langue était seulement connaissance, devant être servie sur un plateau.

Je vais bien finir par documenter le glissement de sens vers la connotation négative.

En attendant, une autre (L. A. Gomez Gonzales, thèse de doctorat en éducation, université du Québec, février 2009)

Il ne voit pas le sens négatif, ni même le sens passif ce qui me surprend un peu plus, mais relève cependant l'ambiguïté du français.

À mon arrivée dans l'espace de la culture québécoise, et particulièrement de la langue française, je me suis trouvé devant une conception de l'apprentissage comportant une certaine ambiguïté. Dans la langue française, l'acte d'apprendre occupe l'espace d'une double signification: apprendre et apprendre à. Je me retrouvais ainsi devant une double possibilité de conjugaison du verbe apprendre: j'apprends et je t'apprends. Dans cette double conjugaison, la langue française me semblait proposer qu'il n'y a pas d'apprentissage sans enseignement ni d'enseignement sans apprentissage. C'était une première compréhension de l'acte d'apprendre en culture française, je pourrais même le qualifier d'une première façon de m'approcher de son sens. Mais ce sens me proposait aussi un détachement de l'acte d'apprendre de celui d'enseigner, comme voulant donner à l'apprentissage autant une certaine autonomie, qu'un sens plutôt impersonnel. Le recours de la langue française au pronom démonstratif impersonnel, aux côtés du verbe apprendre, accentuait en moi cette impression d'impersonnalité: ça t'a appris, ça t'apprendra, cela m'a appris. Le monde de l'apprentissage me posait ainsi déjà le défi d'une certaine mouvance, d'une certaine migration du sens.

Re : connotation de apprenant par rapport à étudiant

Abel Boyer a écrit:
Perkele a écrit:

Tiens, il n'y a pas si longtemps que cela, Abel Boyer me voyait fonctionnaire... wink

Euh, là vous m'étonnez fort. Il faudrait du contexte, mais je connais votre nom, votre métier, votre page web de formation pour adultes ainsi que vos livres. Je sais donc très bien que vous n'êtes pas fonctionnaire, ce qui, d'ailleurs, n'aurait pas été déshonorant.

Vous connaissez son nom, son métier, et vous allez la dénoncer aux autorités si elle ne vous paie pas une confortable rançon ?
Jolie mentalité !

... ne supra crepidam  sutor iudicaret. Pline l'Ancien

Re : connotation de apprenant par rapport à étudiant

Ce document parle des défis de l'enseignement de la comptabilité au XXIe siècle (à partir de la page 5).

Voilà leur présentation des constructions d'apprendre et leur interprétation :

1 - Apprendre que - acquisition de nouvelles informations : on apprend que la valeur boursière d’une entreprise a diminué ou que les taux d'intérêt de la banque fédérale vont prochainement augmenter.

2 - Apprendre à - le développement de savoir-faire : un vérificateur apprend à faire une analyse des risques liés à sa mission de vérification, à mettre en place des moyens de contrôle pour réduire l’ampleur de l’effet de ces risques, etc.

3 - Apprendre - activité dont le résultat est de connaître par les causes, autrement dit de comprendre : au-delà de la maîtrise des outils et des techniques relatives à comptabilité, il s'agit de comprendre pourquoi cette discipline a été développée.

Leurs petits problèmes avec l'enseignement de la comptabilité :

ces chercheurs ont trouvé que les méthodes d’enseignement mettent l’accent sur la maîtrise du contenu par la mémorisation et l’exercisation, comme modes d’accès au savoir. Alors que des compétences relatives au développement de l’esprit critique, la réflexivité et la créativité sont négligées.

[ … ]

en assimilant les cours de comptabilité à « la réincarnation des séances d’apprentissage des textes sacrés, les cours des études comptables sont des séances interminables de dictée monotone où l’enseignant détient le monopole du savoir »

[ … ]

les méthodes actuelles d’enseignement de la comptabilité privilégient un processus de révélation d’un savoir préétabli, centré sur l’enseignant, à travers des méthodes telles que le discours magistral, l’exercisation, la répétition, la reproduction mimétique, la mémorisation.

Définition donc de l'apprentissage traditionnel, à connotation passive (acceptions 1 et 2 d'apprendre) : cela suffit probablement à donner – plus ou moins inconsciemment - à certains une connotation négative à apprenant.

Il y aura peut-être d'autres explications plus ou moins simples, je me contente de celles-ci jusqu'à plus ample informé.

Re : connotation de apprenant par rapport à étudiant

P'tit prof a écrit:

Vous connaissez son nom, son métier, et vous allez la dénoncer aux autorités si elle ne vous paie pas une confortable rançon ?
Jolie mentalité !

Votre mauvais esprit, que vous qualifierez d'humour pour vous dédouaner, me laissera toujours pantois.

Dernière modification par Abel Boyer (16-08-2012 16:55:43)

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Re : connotation de apprenant par rapport à étudiant

Sur les diverses connotations d'apprendre, je ne crois pas que les usages tels que ça t'apprendra ou je m'en vais t'apprendre à vivre soient le signe d'une ambiguïté, ou à tout le moins d'un excès d'ambivalence du mot, puisqu'à mon sens il s'agit d'usages typiquement par dérision, ceci justement en raison-même de la noblesse du verbe apprendre. Je parierais volontiers que ce genre de retournement par dérision d'un mot noble se retrouve dans toutes les langues, mais en attendant, en français comme en grec c'est très fréquent. Cela peut dérouter un apprenant du français jusqu'à ce qu'on sache lui expliquer que justement on profite - souvent - de la noblesse du mot pour le retourner. Vous le démontrer sur le champ par cinquante exemples est hors de ma portée, mon cerveau en est incapable, mais d'autres exemples se présenteront à nous. Quand on dit d'une personne que toute sa vie elle a appris, c'est l'un des plus grands hommages.

Dernière modification par yd (16-08-2012 19:27:38)

Bon courage et persévérance à ceux qui se mettent au grec.