Sujet : Regarder qqn d'un demi-oeil

Bonjour,
Est-ce que regarder qqn d'un demi oeil pourrait signifier le regarder avec mépris ? Sinon, quelles expressions rendraient ce sens ?
Merci de me donner votre avis.

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Re : Regarder qqn d'un demi-oeil

Bonjour Orientale.
Si l'idée de mépris est importante, il y aurait regarder de haut.
Sinon, regarder qqun sur le coin de l’œil, tenir ou avoir à l’œil, garder un œil sur qqun ou qqch, expressions qui peuvent rappeler le demi œil, sont sans idée de mépris.

9h20 : S'il s'agissait de défiance plutôt que de mépris, on aurait sans doute pu retenir les deux premières expressions : regarder qqun sur le coin de l’œil, tenir ou avoir à l’œil.

Dernière modification par yd (06-08-2012 09:21:06)

Bon courage et persévérance à ceux qui se mettent au grec.

Re : Regarder qqn d'un demi-oeil

Bon matin,

Il y a aussi le verbe toiser (sens figuré B.2).

Un exemple :

Le garde, un Oriental, Syrien ou Nabatéen, comme la plupart de ses collègues dans la région, avait acquis la morgue romaine : il le toisa. Judas comprit le regard : un juif, cela se voyait à la tenue, à la barbe, à je ne sais quoi. (pris sur google livres)

Ce n'est pas de la grande littérature mais ça illustre bien l'usage courant.

Re : Regarder qqn d'un demi-oeil

Non seulement ce n'est pas de la grande littérature, mais c'est de la littérature nauséabonde.
Vous eussiez pu vous abstenir de citer ce morceau de pur antisémitisme.

C'est peut-être moins flagrant dans le contexte, que je ne connais pas, mais en morceau détaché c'est insupportable.

... ne supra crepidam  sutor iudicaret. Pline l'Ancien

Re : Regarder qqn d'un demi-oeil

... d'autant plus que le Tlfi propose des exemples bien plus probants :

2. Usuel, péj. Regarder de haut, considérer quelqu'un avec défi ou avec mépris, dédain. Toiser qqn de la tête aux pieds; toiser de haut. Mon père (...) se met au premier rang pour voir de près, toiser, accabler de son mépris ce brigand, ce gueux de Louis-Philippe (A. DAUDET, Rois en exil, 1879, p. 223). Le boulanger (...) me toise avec une si glaciale froideur que j'ose à peine lui adresser un bonjour (ARNOUX, Roi, 1956, p. 57).
P. métaph. Les honneurs que je dédaigne, que je toise de haut (ARNOUX, Double chance, 1958, p. 31)

... ne supra crepidam  sutor iudicaret. Pline l'Ancien

Re : Regarder qqn d'un demi-oeil

Sans omette ce bon vieux morguer :

MORGUER, verbe trans.
Vieilli, littér. Traiter avec arrogance. Aucun défaut ne me choque, excepté la moquerie et la suffisance que j'ai grand'peine à ne pas morguer (CHATEAUBR., Mém., t.1, 1848, p.67).
En partic. Dévisager avec arrogance. Ces chevaliers qui galopaient à travers les récoltes, ces officiers qui morguaient les gens, ha dieux! (POURRAT, Gaspard, 1925, p.142).
P. métaph. M. Coquelet abhorre le droit d'aînesse (...). Avant de (...) devenir père d'un troisième (...) enfant, avez-vous pris, Coquelet, toutes les mesures pour former (...) celui qui viendra bien exactement comme ceux qui sont venus? (...) et que (...) la nature, morguant cette belle égalité (...) n'aille pas créer des privilèges parmi vos chers enfants? (VEUILLOT, Odeurs de Paris, 1866, p.350).

... ne supra crepidam  sutor iudicaret. Pline l'Ancien

Re : Regarder qqn d'un demi-oeil

P'tit prof a écrit:

Non seulement ce n'est pas de la grande littérature, mais c'est de la littérature nauséabonde.
Vous eussiez pu vous abstenir de citer ce morceau de pur antisémitisme.

C'est peut-être moins flagrant dans le contexte, que je ne connais pas, mais en morceau détaché c'est insupportable.

Dans le cadre d'une Judée antique sous la férule romaine, avec la particularité religieuse de ses habitants (monothéisme, refus des idoles, etc.) qui exposait les juifs - particulièrement les non hellénisés dont Judas devait faire partie - au mépris des occupants qui se pensaient civilisés, ça ne m'a pas particulièrement choqué s'agissant de parler d'une situation historique particulière, vu par un opprimé (c'est ce que j'ai déduit du passage).

Il m'est arrivé il n'y a pas si longtemps de tomber ici sur un morceau d'antisémitisme particulièrement grossier de Céline, du vrai de vrai. Là c'était choquant.

Le TLFi, je l'ai mais en lien, et cité le paragraphe. Ne me faites pas un faux procès.

Je regrette seulement d'avoir été paresseux et d'avoir citer Gérald Messadié qui ne restera certes pas dans les annales.

Re : Regarder qqn d'un demi-oeil

P'tit prof a écrit:

Sans omette ce bon vieux morguer

Désolé mais je ne l'emploierai pas tous les jours. Utile pour le scrabble, et encore.

Re : Regarder qqn d'un demi-oeil

Va pour la reconstitution historique : l'antisémitisme romain existait, on le voit chez Cicéron et Tacite.
Mais ce qui ne passe pas c'est cette phrase, probablement en discours indirect libre, mais tout de même :

un juif, cela se voyait à la tenue, à la barbe, à je ne sais quoi.

Comme elle n'est pas indispensable à la contextualisation de toisa (toutes les sentinelles, en tout temps et en tout lieu, toisent ceux qui ont l'audace de vouloir franchir le seuil qu'elles gardent), vous eussiez pu la couper.

En tous cas, Gérald Messadié est un auteur éminemment dispensable, comme on dit. Je n'ai rien lu de lui, et je ne lirai rien de lui.

... ne supra crepidam  sutor iudicaret. Pline l'Ancien

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Re : Regarder qqn d'un demi-oeil

Il y a aussi l’œil goguenard.
Mais cela évoque une attitude plus narquoise que méprisante.

Re : Regarder qqn d'un demi-oeil

Le TLFi, je l'ai mais en lien, et cité le paragraphe. Ne me faites pas un faux procès.

D'accord et autant pour moi, je n'avais pas compris que vous mettiez un lien sur le Tlfi...
Mais justement, ce lien suffisait sans que vous alliez chercher un exemple supplémentaire. Et si vous vouliez un exemple supplémentaire, pourquoi déterrer celui-là, que devrait recouvrir un oubli miséricordieux ? Ce Messadié n'est pas le seul à avoir usé de ce verbe ! Pourquoi lui, parmi la myriade d'auteurs francophones ? Pourquoi lui ? et pourquoi cette phrase de lui ?

... ne supra crepidam  sutor iudicaret. Pline l'Ancien

Re : Regarder qqn d'un demi-oeil

P'tit prof a écrit:

(toutes les sentinelles, en tout temps et en tout lieu, toisent ceux qui ont l'audace de vouloir franchir le seuil qu'elles gardent), vous eussiez pu la couper.

Le passage illustre le verbe toiser dans l'acception "regarder avec mépris" : la morgue avant, l'indication du mépris du détail qui différencie - et donc exclut - après me semblaient former un tout pour bien illustrer cette acception-là. Tous les gardes/gardiens du monde devraient toiser (dans le sens de mesurer/évaluer), aucun ne devrait mépriser.

Re : Regarder qqn d'un demi-oeil

P'tit prof a écrit:

Mais justement, ce lien suffisait sans que vous alliez chercher un exemple supplémentaire. Et si vous vouliez un exemple supplémentaire, pourquoi déterrer celui-là, que devrait recouvrir un oubli miséricordieux ? Ce Messadié n'est pas le seul à avoir usé de ce verbe ! Pourquoi lui, parmi la myriade d'auteurs francophones ? Pourquoi lui ? et pourquoi cette phrase de lui ?

Faites une recherche sur google livres avec "il le toisa", c'est le premier sur lequel vous tombez. J'ai été paresseux et, bis repetita, l'ilustration me semblait bonne.

Re : Regarder qqn d'un demi-oeil

Disons que c'est un choix malheureux, éminemment malheureux, et n'en parlons plus...


Car enfin, faire de la publicité à une phrase antisémite, quand on n'est pas soi-même antisémite, c'est fort de café !

... ne supra crepidam  sutor iudicaret. Pline l'Ancien

Re : Regarder qqn d'un demi-oeil

Merci pour les suggestions, et désolée pour le reste wink

Re : Regarder qqn d'un demi-oeil

P'tit prof a écrit:

Disons que c'est un choix malheureux, éminemment malheureux, et n'en parlons plus...
Car enfin, faire de la publicité à une phrase antisémite, quand on n'est pas soi-même antisémite, c'est fort de café !

Alors on va changer de ton : vous commencez à pousser le bouchon un peu loin. Vous avez saisi un prétexte véreux pour me faire je ne sais quel procès (antisémitisme par exemple ?), n'y réussissant qu'à moitié vous tentez quand même d'enfoncer votre clou d'une manière ou d'une autre.

A quoi jouez-vous ? J'attends une réponse. Et je ne vous lacherai pas.

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Re : Regarder qqn d'un demi-oeil

P'tit prof a écrit:

Car enfin, faire de la publicité à une phrase antisémite, quand on n'est pas soi-même antisémite, c'est fort de café !

Qu'est-ce qui vous fait dire que cette phrase est antisémite ?

Re : Regarder qqn d'un demi-oeil

A quoi jouez-vous ? J'attends une réponse. Et je ne vous lacherai pas.

Je joue au modérateur.
Pour la bonne tenue du site ABC, les phrases comme celle que vous avez mise en ligne n'y sont pas bienvenues, pour ne pas dire carrément tricarde.

Le procès en antisémétisme, je le fais au sieur Messadié.
Pour vous, je ne peux que déplorer votre aveuglement, aveuglement partagé d'ailleurs par Alco :

Qu'est-ce qui vous fait dire que cette phrase est antisémite ?

On se le demande, en effet...

Le garde, un Oriental, Syrien ou Nabatéen,
étiquetage ethnique, pour commencer. L'auteur arrose large, comme on peut le constater. Le terme Oriental a sa bonne charge de mépris.
comme la plupart de ses collègues dans la région, avait acquis la morgue romaine : il le toisa. Judas comprit le regard : un juif, cela se voyait à la tenue, à la barbe, à je ne sais quoi
Un juif, cela se voit à l'oeil nu ! Mieux même : à je ne sais quoi
On se croirait à l'exposition du palais Berlitz.

Est-il nécessaire d'entretenir ces vieux clichés ?

Je veux bien admettre que Messadié n'est pas conscient non plus de la charge explosive de ces lignes. Je ne sonde pas son coeur, je lis sa phrase puisqu'on me l'a mise sous les yeux, et je vois ce que contient cette phrase.

Je le répète, iterum, derechef et da capo, la place de cette littérature n'est pas sur ABC.

... ne supra crepidam  sutor iudicaret. Pline l'Ancien

Re : Regarder qqn d'un demi-oeil

Nous sommes deux à ne pas voir d'antisémitisme dans cette phrase.

Re : Regarder qqn d'un demi-oeil

P'tit prof a écrit:

Le procès en antisémétisme, je le fais au sieur Messadié.

Cela fera un chapitre intéressant supplémentaire pour la prochaine édition de son "Histoire générale de l'antisémitisme". Il vous suffit de deux lignes pour brandir l'anathème totalement hors contexte. Mais hélas! vous nous avez habitués ici aux procès d'intention.

Re : Regarder qqn d'un demi-oeil

Pas mieux ; toiser, regarder de haut, sinon il y a les métaphores : écraser de son regard, regarder quelqu'un comme s'il était transparent, comme s'il était un meuble, son regard le traversa sans le voir, etc. Mais c'est davantage de l'indifférence que du mépris, comme on regarderait un esclave (je suis en train de bouquiner de la Rome antique...)

Alia mondo eblas.

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Re : Regarder qqn d'un demi-oeil

Extrait de La conquête des Gaules, un passionnant roman historique de Bernard Dupont :

Lui, comme la plupart de ses collègues dans la région, avait acquis la morgue romaine : il le toisa. Commios comprit le regard : un Gaulois, cela se voyait à ses braies, à sa chevelure, à je ne sais quoi...

Re : Regarder qqn d'un demi-oeil

Simple curiosité, de quand date ce roman ? Judas, le bien-aimé est de 2007 (Lattès).

P.S. : je n'ai pas percuté immédiatement - l'esprit de l'escalier. Merci pour la démonstration.

Dernière modification par éponymie (06-08-2012 18:26:00)

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Re : Regarder qqn d'un demi-oeil

Sur la citation de Messadié nous aurons à mon humble avis d'autant plus de mal à nous mettre d'accord que sa rédaction me semble tout à fait trouble : c'est Judas, n'est-ce pas, qui parle, et qui d'un côté ne peut être suspecté d'antisémitisme ; mais d'un autre côté, comment peut-il parler lui-même d'un je ne sais quoi qui le dénonce comme juif ? Il est classique d'avoir l'impression d'être reconnu alors qu'on ne voudrait pas et sans qu'on puisse dire à quoi ou pourquoi, mais si c'est ce que veut dire Messadié, le moins que je puisse dire est que c'est très mal dit.

Il y a ce premier problème, il y a ce fait que ce passage de Messadié sort bien en premier résultat sur GL avec la clé il le toisa, ce qui fait que j'aurais pu tomber moi-même sur ce passage et, allez savoir, le citer sans avoir tiqué, car entre temps j'avais également pensé à toiser (du regard), et il y a cet autre fait que P'tit prof a perçu les choses autrement, qu'il est modérateur, et que la rédaction trouble, qui pour moi est un fait, n'était pas pour le rassurer.

Ce n'est qu'ensuite que je vois cette deuxième question : à partir du moment où je peux écrire sans faire d'anti-américanisme : il y avait un je ne sais quoi qui faisait de lui un Américain - j'ai vécu la chose, je peux la raconter -, puis-je écrire sans davantage de précautions :  il y avait un je ne sais quoi qui faisait de lui un Juif ? Hé bien personnellement voilà une question à laquelle je ne sais pas répondre rapidement, car les deux réponses ont le pour et le contre.


20h30 : Accessoirement, j'ai vu parmi les résultats de GL plusieurs attestations de toiser de haut en bas ou des pieds à la tête, ou inversement, or toiser ne suppose-t-il pas de lorgner au ras des cheveux - ou de la toison, c'est la même racine -, ou juste un peu par en-dessus ? Et coup de chance, je découvre que le TLFi donne lorgner... un peu dans le sens que nous cherchons :

B. − Regarder du coin de l'œil, à la dérobée mais avec insistance. J'ai cru la reconnaître à quelques loges de moi (...). J'ai tant lorgné que j'en ai les yeux désaccords (Stendhal, Journal, 1805, p. 216). Beauchamp, un des rois de la presse, et par conséquent ayant son trône partout, lorgnait à droite et à gauche (Dumas père, Comte Monte-Cristo, t. 2, 1846, p. 663):
2. La jeune fille, coquette et délurée comme la plupart des grisettes de Juvigny, le lorgnait du coin de l'œil, tandis qu'elle ramassait du linge sur la pelouse. Theuriet, Mar. Gérard, 1875, p. 6.

Dernière modification par yd (06-08-2012 20:30:43)

Bon courage et persévérance à ceux qui se mettent au grec.

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Re : Regarder qqn d'un demi-oeil

Un regard condescendant ?

Dernière modification par glop (07-08-2012 08:03:19)