Sujet : Achevé de rédiger

Bonjour,
En relisant une documentation commerciale aujourd’hui, je bute sur la dernière phrase :
Achevé de rédiger le 05/07/2012

Je m'empresse de corriger car j'entends et je pense :
achevé [d'être] rédigé              le [être] étant implicite.
donc
achevé de rédigé...

Je demande la correction et puis on me dit que non...
je vérifie et partout on a :
achevé de rédiger
achevé d'imprimer

etc...

On est bien d'accord, s'il y avait eu un auxiliaire on aurait eu :
J'ai achevé de rédiger ce document le 05/07

MAis là l'auxiliaire est absent et donc les 2 participes se comportent comme des adjectifs non ?
D'avance merci de votre aide.
Cordialement.
Corethan

Lorsqu'on achète la paix, on se met en situation de la payer toujours plus cher (Montesquieu)

Re : Achevé de rédiger

Eh oui, il en a fait couler de l'encre, ce fameux "achevé d'imprimer". C'est le reste d'un tour passif ancien tombé en quasi désuétude.
Voici ce qu'en dit le Bon Usage :

§772 - Observations diverses sur le passif
[...]
Si un infinitif est précédé des semi-auxiliaires achever ou finir , l’expression peut être mise au passif par la transformation du semi-auxiliaire, celui-ci recevant comme sujet l’objet direct de l’infinitif dans la construction active.
Il n’est pas encore achevé d’habiller (Ac. [1694-]1935, art. habiller). [Ex. disparu en 2000.] — Le château n’était pas achevé de meubler (Chat., Mém., II, ii, 1). — Le petit volume in-12 des Pensées, achevé d’imprimer le 2 janvier 1670, parut dans le mois (S.-Beuve, P.-Royal, III, 19). — Et les funérailles de Ripault-Babin qui n’étaient pas finies de régler (A. Daudet, Immortel, p. 349). — L’Art poétique de Vauquelin de la Fresnaye […] dont nous savons qu’il était achevé d’écrire dès 1590 (Brunetière, Évol. des genres, t. I, p. 41). — Les lettres finies de lire (Loti, Pêcheur d’Isl., p. 71). — J’ai une nouvelle petite Fiat qui est juste finie de roder (Vaudoyer, Laure et Laurence, p. 238). — [Des manches] ballonnées, et qui avaient l’air de n’être pas finies de coudre (Aragon, Voyageurs de l’impériale, p. 101). — L’édifice achevé de bâtir, on le voulut décoré aussi magnifiquement que possible (M. Brion, Ombrie, p. 52). — Elle [une bouquiniste] se mit à fouiller dans une boîte qui n’était pas tout à fait finie d’installer (R. Grenier, Maison place des Fêtes, p. 165). — Rasé, […] fini d’habiller ( Orsenna, Exposition coloniale, p. 116). — Ce volume / […] a été achevé d’imprimer / […] le 29 octobre 1999 (dans Cocteau, Œuvres poét. complètes, p. 1939). — De là, comme nom, l’achevé d’imprimer.

Ce tour est souvent jugé peu favorablement ; pour Hanse, art. achevé, il “ ne s’emploie plus ”, sauf dans la formule figée achevé d’imprimer.
Il est rare que l’on mette à la fois au passif le semi-auxiliaire et l’infinitif : °Il n’était pas achevé d’être bâti (Flaub., Mme Bov., II, 5).

Note : La mise au passif d’achever devant un infinitif n’est pas un tour nouveau : Avant que l’un ou l’autre [= les pleurs ou le rire] soyent achevez d’exprimer (Montaigne, II, 20). — +Cette barbe de M. de Grignan […] est apparemment achevée de raser (Sév., 29 déc. 1675). — Avec commencer : +Le Dôme, commencé à bâtir en 1294 (Montesq., Voyages, Florence, ii).

Voyez aussi cette page sur la montée de la passivation :
http://www.gabrielwyler.com/page483.html

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Re : Achevé de rédiger

Si j'écris à la fin d'un texte achevé le tant, pourquoi envisager systématiquement que j'aie sous-entendu ce texte a été (...) et jamais j'ai (...) ce texte (...) ?

Il y a bien un problème, puisque d'une part la seule tentative d'explication pour les formes être achevé + infinitif ou être fini + infinitif est obligée de partir de la forme active, et que d'autre part quelque-uns ont préféré le double passif, par exemple être achevé d'être bâti.

N'a-t-on pas envisagé que ce serait une mauvaise interprétation, celle de la forme passive, du fameux achevé d'imprimer qui aurait conduit des auteurs comme Montaigne ou Montesquieu à des formes telles que être achevé d'exprimer et être commencé à bâtir ?

L'achevé d'imprimer n'a-t-il pas repris une formule en latin ? Sait-on quel était son équivalent en latin ?

Dernière modification par yd (06-07-2012 02:24:12)

Bon courage et persévérance à ceux qui se mettent au grec.

Re : Achevé de rédiger

yd a écrit:

L'achevé d'imprimer n'a-t-il pas repris une formule en latin ? Sait-on quel était son équivalent en latin ?

Il n'y avait pas d'imprimerie dans la Rome antique, comme vous savez, mais l'usage du colophon auquel a succédé l'achevé d'imprimer est ancien. Il y a peut-être à creuser par là. Toutefois, on a plus de chances de trouver dans les manuscrits la formule "scripsit" (écrire à la 3e personne du parfait) avec le nom de celui qui a écrit, par exemple "Scripsit cassius parmensis pro An. fas. Ep(isc)o(pis) feltren(sis) die octava Septembris 1469" ou "Ricardus Franciscus Scripsit Anno Domini 1447". Dans une marque d'imprimeur ancienne en latin, on lit "terminatum anno M.cccc.lxxi"
En tout cas, la formule "achevé d'imprimer" est bien ancienne dans notre langue et bien passive, comme le révèlent les usages classiques qu'on voit dans les privilèges, souvent accordés "pendant le temps & espace de dix années consecutives , à compter du jour que chaque volume sera achevé d'imprimer pour la premiere fois".
On a un usage passif semblable en italien, finito di stampare.