1990. Faut-il avoir peur des bandes ?

titre: Faut-il avoir peur des bandes ? auteur:2522 préface: lieu: Paris édition: Nouvel Observateur numédition: date: 1990 date2: 1990 nbp: nbv: type: dépouillé: -1 dans: gb: url: http://referentiel.nouvelobs.com/archives_pdf/OBS1344_19900809/OBS1344_19900809_003.pdf

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Citations relevées

  • Moitié Rambo, moitié basketteur de Harlem, les Zulus sont parmi nous. Avec leur langue, le verlan ; leur musique, le rap.
  • Une jungle urbaine livrée à la violence des bandes : « blacks » contre « skins », « beurs » contre « feujs » ?
  • Enfants de l'immigration et de la galère, ils débarquent d'une autre France, celle des cités ghettos et des couloirs de métro.
  • Leurs graffitis indéchiffrables, ces tags dont ils barbouillent les murs des cités.
  • Qui sont-ils, que veulent-ils, quelles menaces font-ils peser sur cette société de « bourges » qu'ils haïssent ?
  • Les keums là-bas, y sont graves.
  • Nicarson, 15 ans, look de joueur de base-ball américain, a « pécho une meuf » (dragué une fille) l'autre soir, à une soirée rap.
  • elle habite à la Source et les zulus de cette cité, explique Nicarson, sont un peu « caillera » (racaille, voyous).
  • Ils n'aiment pas du tout qu'on branche leurs meufs.
  • Et se pointer chez eux sans raisons, c'est « provo ».
  • Aux 4000, ajoute Nicarson, les keums sont branchés funk.
  • C'est des beurs – des racailles – des reurtis qui vont voler dans le tromé pour la came.
  • Colette, 15 ans, d'origine camerounaise. « Moi, précise-t-elle, je sors qu'avec des renois, même si j'ai des copains beurs. Quant aux gaulois j'en parle même pas. […] »
  • Ils sont « renois » pour la plupart, mais aussi : « beurs », « feujs », « gaulois » et parfois « tos ». Leur langue : le verlan.
  • Certains rapent ou taguent, ou bien les deux à la fois.
  • D'autres, minoritaires, – les « cailleras » – dépouillent et pratiquent plus la baston que l'art du graffiti…
  • Laissés-pour-compte du système scolaire, zonards et chômeurs en puissance, ils vomissent la société et la société a peur d'eux.
  • Agressions, dépouilles, bastons entre bandes rivales frappent l'imagination collective.
  • la police est prise au dépourvu par le développement du phénomène et les formes nouvelles qu'il emprunte. Les bandes ne sont plus ce qu'elles étaient.
  • Les Renseignements généraux viennent de mettre sur pied une brigade mobile d'une trentaine de fonctionnaires intitulée « Unité de Violences urbaines »
  • Les bandes 90 sont à géométrie variable. Peu structurées. Avec un noyau dur, une demi-douzaine de personnes, autour duquel gravitent cousins, voisins ou copains de rencontre.
  • Ils sont un peu plus de deux mille sur Paris et sa banlieue à se livrer à ce nouveau sport : le tag. Les amendes pleuvent. 524 tagueurs ont été pris en flagrant délit en 1988. Mais les tags fleurissent toujours plus nombreux dans la ville. On ne peut pas mettre un flic devant chaque mur.
  • « On a la haine » revient comme un leitmotiv chez ces jeunes. La haine des « bourges », la haine des « schmits » (les policiers), la haine des skins…
  • « Moi, quand je smurf ou je tague, raconte Ahmed, du groupe Esprit criminel, j'oublie tout. Toute mon énergie y passe. Je m'éclate ! Sinon, je serais à Fleury… »
  • le groupe Supreme NTM (« Nick ta mère »)
  • Jacques, 19 ans, un gaulois looké beur, survêtement et Adidas
  • Ma défonce, explique Jacques [tagueur], c'est la bombe ! Je ne peux plus m'en passer. Taguer, c'est exister, parce qu'on a son om [sic] partout.
  • Les « bourges », pour Jacques, ce sont tous ceux qui n'habitent pas les cités. Et plus spécialement les gens qui sont en pavillon.
  • Un soir qu'il revenait du lycée, il s'est fait « dépouiller » de son blouson Chevignon. « Ils étaient cinq, raconte Sylvain, je ne faisais pas le poids. Alors je leur ai filé mon blouson. Les mecs, je crois qu'ils étaient des 3000 à Aulnay, mais je n'en suis pas certain. Ce dont je suis sûr, c'est qu'il y avait trois blacks et deux beurs. »
  • André, Dédé pour les intimes, garagiste à Aulnay, n'a pas peur de ces « petits cons », comme il dit.
  • Moi non plus, assure Dédé, je ne faisais pas dans la dentelle. Là-dessus, je n'ai pas de leçons à donner. En 58, j'étais dans une bande à la Bastille. On nous appelait les « blousons noirs ». Il faut bien que jeunesse se passe.
  • Si j'en chope un un jour à toucher à ma caisse, je lui ferai passer l'envie de barbouiller.
  • Cependant chaque cité a sa réalité. Aux 4000 par exemple, le phénomène des tags est insignifiant. Ici, c'est la drogue qui fait des ravages, avec son cortège de vols et d'agressions, parce que la drogue coûte cher. Alors qu'à Aulnay ce serait plutôt des bandes – de très jeunes garçons le plus souvent – qui taguent un peu partout et qui commettent de petites dépouilles.
  • Des histoires de galère, ils en ont plein la musette à raconter.
  • Aujourd'hui, ils préfèrent compter les « pascals » (billets de 500 francs) que collectionner les amendes pour tags sur la voie publique ou dans le métro.
  • On a compris qu'il y avait un temps pour tout
  • on s'est bien éclatés. Dans le tromé, on en a retourné des rames !… On faisait la ligne 5, raconte Salim. Là où on taguait, personne ne pouvait passer derrière nous.
  • Ils ont encore en mémoire le soir où ils se sont fait « pécho en flag » (prendre en flagrant délit) par des agents de la RATP, alors qu'ils taguaient dans le métro.
  • Conduits au poste de police : « Là, on nous a mis dans la cage, se souvient Salim, des keufs qui avaient l'air un peu “cassé”, nous ont demandé de crier : “Vive Jean-Marie Le Pen”. […] »
  • Ils avaient la totale en face d'eux [les racistes] : un feuj, un renoi et un beur
  • Aujourd'hui, ils veulent gagner de la « tune », mais pas n'importe comment.
  • des journalistes de télé en mal de sensationnel les ont contactés : « Ils nous ont proposé une plaque (10000 francs) pour retourner une rame. On a refusé tout net. […] »
  • on commence à gagner de l'argent avec nos commandes. Bientôt, on pourra en vivre. Pour septembre, quand on aura fini l'école, on va embrayer sur une pochette de disque.
  • Les bandes mènent à tout, à condition d'en sortir.

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