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Blaze, le retour du mot qui n'était jamais parti | 2011-07-29

Il paraît que blaze revient mais c'est qu'il n'était jamais parti. (#Argot #Banlieue #Jeunes )

Le mot « blaze » : le retour de l'argot des faubourgs

Avant d’entrer à l’université de Paris-VIII (à Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis), Kevin, 20 ans, n’avait jamais autant entendu le mot « blaze », synonyme en argot de « nom » ou de « prénom », voire des deux réunis.
Chez lui, à Levallois, dans les Hauts-de-Seine, il pensait qu’il n’y avait que les férus de musique ou de jeux vidéo qui l’utilisaient, pour parler de leurs noms de scène ou de leurs pseudonymes virtuels. Il n’y prêtait pas vraiment attention.
Là, c’est différent. A Saint-Denis, « blaze » est ancré dans le vocabulaire. Quand on lui demande de l’épeler, il ne sait pas. Il hésite :
« Avec un “s” ou un “z” ? Avec un “e” à la fin ? C’est français déjà ? Je ne me suis jamais posé la question. »
Un flou orthographique, qui lui a longtemps fait croire que « blaze » – ou « blase », c’est selon – était un produit importé :
« Honnêtement, je croyais que c’était africain ou créole. »

« Blaze », l’argot des voleurs, puis des artistes

Et puis, il y a eu cette révélation pour Kevin il y a quelques mois, avec ce SMS de son voisin et ami levalloisien après une partie de poker gagnée : « J’ai enfin redoré mon blaze. » Le déclic. Kevin comprend que « blaze », au-delà d’être seulement l’apocope de blason, a traversé les frontières de la Seine-Saint-Denis :
« “Blaze”, ça fait ringard, un peu Moyen-Age je trouve. »

Au début du XXe siècle, « blaze » désignait les armoiries – « les numéros » – permettant de différencier les prisonniers entre eux. Les bandits, et autres délinquants se sont alors approprié le terme qui, au fil du temps, s’est fait une place dans le cercle des classiques de l’argot français.

Dans certains quartiers franciliens, il s’est fait une cure de jouvence puisque chez les plus jeunes, on le retrouve parfois dans les discussions comme une évidence linguistique. Pour Mariette Darrigrand, sémiologue, c’est le retour en force de l’argot des faubourgs des années 1950 :
« C’est un lieu de rencontre entre les générations, qui permet de partager des valeurs communes. Les jeunes aiment le goût de la répartie et de la formule. Ça donne un côté viril, avec une référence à une société ancienne dans laquelle l’homme avait la primauté. »

« Je croyais que ça avait été inventé dans la cité »

Pourtant, Sami, 17 ans, apprenti-boulanger à Sartrouville, dans les Yvelines, tombe de haut quand il apprend qu’on employait déjà le mot « blaze » il y a plus d’un siècle :
« Je ne savais pas que ça datait autant. Je pensais que c’était dans la cité que ça avait été inventé. Un truc entre nous, quoi. »

Un peu plus récemment, dans la littérature française des années 1950, des auteurs en faisaient usage, comme Auguste Le Breton dans son œuvre « Du riffifi chez les hommes » :
« Paraît qu’vous avez un môme... Comment qu’c’est son blaze ? »

« Tu parles en gitan ? »

En juillet dernier, Cédric, 36 ans, ingénieur informatique à Epônes (Yvelines) demande à son petit frère de le tenir au courant de ses résultats au bac. Manque de chance, le matin du grand verdict, son téléphone tombe en panne de batterie. En le rallumant, Cedric écoute sa boîte vocale. Son frère lui a laissé un message, mais, sur le coup, il n’y comprend pas grand chose :

« Il me dit : “Wech y a pas mon blaze sur l’machin.” A son expression, je savais qu’il avait raté. Mais en l’entendant parler, j’ai cru qu’il était gitan. Dans l’accent, on aurait dit un film comique. »

Il en comprend qu’après coup le sens. « Mais ça vient d’où tout ça ? » me lance Cédric, avant de renchérir, en souriant :
« Je ne suis pas étonné qu’il rate ses examens après ça. »

Si tout le monde ne comprend pas, c’est branché.

Si l’on en croit la définition d’Alain Rey, linguiste, « blaze » est pourtant très tendance : « Un mot est branché quand il n’est pas compris par tout le monde. » Cette dimension excluante n’est pourtant pas négative pour Mariette Darrigrand :
« C’est paradoxal mais ces mots du français populaire des années 1950 rassemblent au-delà des générations et de l’origine ethnique de ceux qui l’utilisent aujourd’hui. »
Une caution scientifique que n’a pas attendue Edwige, 16 ans et lycéenne à Achères, dans les Yvelines, pour utiliser « blaze » :
« On est né avec ce vocabulaire, ça fait partie de nous. »
Pour elle, « blaze », c’est son « dialecte », même si elle avoue que « plus tard dans la vie », elle devra s’en débarrasser, pour ne pas finir comme les « mamans-racailles » de son quartier :
« Là on est jeunes, c’est rien. Mais après, même pour chercher un taf [travail, ndlr], c’est mort. »

Nasser, fan de Renaud et des films « old school »

Juste avant de s’en aller, son amie, qui l’accompagne, n’oublie pas de mettre en pratique ses fondamentaux, avec toute la politesse qui s’impose :
« C’est quoi au fait le “blaze” de votre journal ? »
L’anecdote fait sourire Nasser, 41 ans, « zonard dans l’âme » et restaurateur dans la vie, à Saint-Quentin-en-Yvelines. Pour lui, l’argot repris dans les banlieues ne met pas en danger la langue française :
« Les Ch’tis, on ne comprend rien, c’est encore pire. Quand il y a une connotation banlieue derrière quelque chose, ça prend tout de suite des proportions énormes. »
Le mot « blaze » ne le gêne pas. Il trouve ça original. Grand fan du chanteur Renaud et des films « old school » comme « Les Tontons flingueurs » écrit par Michel Audiard, chantres de l’argot, il dit adorer les termes qui datent et qui donnent au français un certain charme :
« Moi, quand Renaud disait “futal” pour pantalon, ou “châtaigne” pour dire coup de poing, ça me faisait délirer. »

La génération des aînés y est forcément pour quelque chose. Les grands frères, mais aussi les rappeurs, qui pour Mariette Darrigrand font des clins d’œil incessants à cette époque des films en noir et blanc, mais aussi aux chansons populaires :
« Dans le dernier film de Vincent Cassel, où il interprète Jacques Mesrine, cet argot est très présent. Avec sa gouaille, il donne à son personnage un côté gangster sympathique. »

Ramses Kefi. Journaliste Rue89.

    Source : http://www.rue89.com
    Posté par gb