2010-09-30-Des-dictionnaires-malgre-tout

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Des dictionnaires malgré tout | 2010–09–30

Dictionnaires sur papier pas morts (#Dictionnaire )

Les dicos font de la résistance

Internet a été un désastre pour beaucoup de dictionnaires et d’encyclopédies. En tout cas, un redoutable concurrent. Ce secteur, qui représentait 20 % du chiffre d’affaires de l’édition française en 1994, est tombé à moins de 8 %. Le fameux Quid a dû fermer boutique il y a deux ans, après avoir vainement tenté de résister à Wikipédia. Il faut dire qu’on trouve de tout sur la Toile, et souvent gratuitement : dictionnaires de synonymes, d’homonymes, de conjugaison, de traduction, de citations, de rimes, de mots rares et anciens, de français branché, de belgicismes…

La rentrée 2010 compte pourtant un nombre impressionnant de publications à l’ancienne, avec du papier imprimé, des couvertures cartonnées et un parfum d’encre qui vaut toutes les madeleines. Le Dictionnaire de l’argot, d’Albert Doillon (Robert Laffont, “Bouquins”, 1 792 p., 35 €) est un monument dans lequel l’argent compte à lui seul plus de 3 000 entrées. Pour sa part, Agnès Pierron a établi un Dictionnaire des mots du sexe (Balland, 924 p., 35 €), où les mots sont accompagnés de 5 000 expressions pour… donner de la chair à l’ouvrage. Les amateurs de métaphores y apprendront ce que signifie appuyer sur le bouton de l’ascenseur, se taquiner le hanneton ou prendre les chemins de Fatima.

Balland publie également un Dictionnaire des mots des flics et des voyous, de Philippe Normand (412 p., 26,90 €), qui n’est pas piqué des vers, et un dictionnaire des expressions quotidiennes, de Charles Bernet et Pierre Rézeau, intitulé C’est comme les cheveux d’Eléonore (946 p., 35 €). Ces deux auteurs avaient signé, en 2008, un ouvrage similaire (On va le dire comme ça) qui faisait déjà 766 pages. Visiblement, ils n’avaient pas tout dit. Le succès du livre précédent, vendu à 30 000 exemplaires, les a incités à puiser plus de 2 000 autres pépites dans les journaux, les romans, les films, les chansons et, naturellement, sur Internet. Des dirigeants politiques pourraient réclamer des droits d’auteur pour “nettoyer au Kärcher” ou “dégraisser le mammouth”. Beaucoup d’autres expressions, assez ésotériques, ne sont connues que d’une classe d’âge, d’une profession ou d’une région. Tout le monde, en revanche, sourit en entendant “Vaut mieux être saoul que con, ça dure moins longtemps”.

Le succès de ce type d’ouvrages s’explique en partie par la culture du dictionnaire qui reste vivace en France. Mais, pour s’imposer face à la Toile, il faut jouer à fond l’exhaustivité et la qualité. Les dictionnaires de français (Robert, Larousse ou Littré) ont beau se renouveler en permanence, ils ne sont pas en mesure de refléter l’infinie richesse de la langue : la phraséologie ne peut y trouver la place qu’elle occupe dans le parler quotidien.

Des livres de poche ont également réussi à gagner un public, en abordant le vocabulaire de manière originale et ludique : c’est le cas de la collection “Le goût des mots”, dirigée par Philippe Delerm chez Points. On y explore aussi bien l’art de la ponctuation que la langue de bois ou les dessous affriolants des petites phrases. C’est sans fin, et c’est très bien. “Quand y en a plus, y en a encore”, selon une expression qui date, elle, de 1828.

Robert Solé (Le Monde des Livres, 10.10.2010

Source : http://www.lemonde.fr/
Posté par gb