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Publication : Dictionnaire de la racaille, d'Adolphe Gronfier, édité par Bruno Fuligni | 2010-07-04

Mise au jour d'un manuscrit daté de 1884, rédigé par un policier, sur le Paris plus ou moins illégaliste. N'est pas un dictionnaire d'argot. (#Argot #Fuligni #Mss )

dictionnaire_racaille.jpg: 800x801, 119k (14 novembre 2011 à 23h54)

Par Marc Escola. Découvert dans une brocante, ce manuscrit d'un commissaire de police est resté inédit pendant plus d'un siècle.
Dans le Paris d'Adolphe Gronfier, on mange du pain à la craie et des pâtisseries aux hydrocarbures. Le passant croise les rastaquouères pour femme, les faux épileptiques, les robignoleurs. On joue au calot, à la ratière, à la bourguignotte ou à la boule orientale. On va se mesurer aux lutteurs de foire ou contempler la femme-torpille dans sa baraque. On confie son courrier secret à la femme-boîte-aux-lettres, on boit du casse poitrine avec Sacha de la Glacière, le Prince de la Villette et autres terreurs des bas-fonds.
Dans le sillage du commissaire écrivain, qui se fait l'encyclopédiste de la racaille, on visite des lieux aussi mal famés que l'infirmerie du Dépôt, la fourrière, la morgue, la mystérieuse halle aux faits-divers ou les épouvantables fabriques de culs-de-jatte...
Retrouvé par Hervé Jubert, commenté par Bruno Fuligni, un document extraordinaire sur les bas-fonds de Paris et leur faune à la fin du XIXe siècle.

L'auteur :
Adolphe Gronfier (1846-1893), fils et petit-fils de commissaires de police, a suivi la tradition familiale en servant la Préfecture de police de 1866 à sa mort.
Dans les marges et les pages blanches d'un recueil officiel, le commissaire a constitué son propre dictionnaire, sidérant de réalisme.

Sur le blog lekti-ecriture.com, on peut lire ce billet:

C'est au romancier Hervé Jubert et à Bruno Fuligni que l'on doit ce beau raccord : le premier a inventé lors d'une brocante le manuscrit de ce livre inédit dans les marges d'un rêche exemplaire du Dictionnaire général de police administrative et judiciaire de 1875, le second en a présenté l'édition. Car, en vérité, le manuscrit secret, ou personnel, du commissaire de police Adolphe Gronfier figurait, sans rature, rédigé dans les marges du dit dictionnaire. Il était daté de 1884.
Né le 9 juillet 1846 à Paris, décédé le 6 mai 1893, ce commissaire de police, neveu et petit-fils de commissaire n'aura pas eu un parcours sans faute : étrillé par Jules Vallès en 1884 dans Le Cri du peuple pour négligence, il poursuit une carrière toute désinvolte et, déplacé du XIIe arrondissement au XVe, semble un "Bouvard qui n'aurait pas rencontré son Pécuchet" comme l'indique justement Bruno Fuligni (p. 25). Décédé de maladie respiratoire à l'âge de quarante-sept ans, il aura eu pour plaisir solitaire l'écriture. Et que nous raconte-t-il ?
Son livre marginal est, outre le fruit d'une culture policière familiale, une observation ethnographique méticuleuse qui se déroule une paire de générations après Vidocq. On y apprend qu'existaient des "rastaquouères pour femmes" et la "halle des faits divers", on y découvre le spectacle des simulations des malfaiteurs qui ne se nomment pas encore des apaches, on se met au parfum des institutions (la morgue, etc.) et c'est tout l'appareil des lois, décrets et mesures prises à l'encontre des classes dangereuses - c'est l'expression d'époque -, qui nous éclabousse.
Les racailles, surineurs et vagabonds n'avaient qu'à bien se tenir. Même si le commissaire Gronfier ne leur courait guère après...

Et dans Le Monde des livres :

Dictionnaire de la racaille. Le manuscrit secret d'un commissaire de police parisien au XIXe siècle", d'Adolphe Gronfier : les bas-fonds à la loupe

Dans une brocante parisienne, un écrivain de polars, Hervé Jubert, a le regard attiré par deux tomes reliés du Dictionnaire général de police administrative et judiciaire, datés de 1875. La petite écriture fine qui court dans les marges et vient enchâsser les textes officiels de lois, décrets et autres circulaires l'intrigue. Il confie sa trouvaille à un ami fouineur, Bruno Fuligni, auteur et historien auquel on doit notamment l'exhumation d'archives policières (Dans les secrets de la police. Quatre siècles d'histoire, de crimes et de faits divers, L'Iconoclaste, 2008), lequel part en chasse du mystérieux scribe.

L'enquêteur dispose de quelques indices : un tampon à en-tête de la République, un lieu, les commissariats du quartier de Picpus et de Grenelle, une année, 1884, et surtout un nom, Adolphe Gronfier. Dans les registres de la préfecture de police de Paris, il retrouve la trace du dit Gronfier. Un fils et petit-fils de commissaire de police né en 1846 qui, à 20 ans, son bac de lettres en poche, vient frapper à son tour à la porte de la grande maison pour y faire carrière. Passe le Second Empire, naît la Troisième République, pleuvent les lois et les règlements, demeure Adolphe Gronfier. Nommé commissaire de police, il ne brille pas par son assiduité. Ses états de service sont peu glorieux : les victimes l'assomment et les voyous le fatiguent. Voilà pour l'auteur.

Reste le texte. De ces lignes serrées, grouillantes de détails, surgit le monde de la rue parisienne tel que l'a observé l'entomologiste Gronfier. Celui des petits, des obscurs, où se mêlent chiffonniers et pilleurs de tronc, putains et rastaquouères pour femmes, colporteurs et escrocs en tout genre, maîtres-chanteurs ou robignoleurs. Le commissaire de police se fait tour à tour scribe rigoureux de la réglementation - "le prix de repêchage d'un cheval est fixé à 6 francs", "la récompense de 15 francs pour le repêchage d'un cadavre ne s'applique pas aux foetus ou aux enfants mort-nés, pour lesquels il n'est alloué que 5 francs" ; reporter, quand il décrit les audiences des flagrants délits, les quartiers d'aliénés au dépôt de la préfecture de police, les fêtes foraines, les porteurs des Halles ou les techniques de mendicité ; encyclopédiste des jeux de hasard, calot, bonneteau ou bourguignotte ; et enfin sévère éditorialiste qui déplore ici la naïveté des juges, s'interroge ailleurs sur le droit de grâce présidentielle ou dénonce l'immunité parlementaire.

Cent vingt ans plus tard, classé par ordre alphabétique, de A comme Agence de renseignements à V comme Voleurs de magasins, en passant par les bains publics, le braconnage, les duels, la falsification de la gelée de groseille ou celle du sirop de gomme, la phtisie, les poisons, les pigeons voyageurs, les protêts ou les taches spermatiques, le très officiel Dictionnaire général de police administrative et judiciaire revu et corrigé par Adolphe Gronfier devient un épatant Dictionnaire de la racaille.

DICTIONNAIRE DE LA RACAILLE. LE MANUSCRIT SECRET D'UN COMMISSAIRE DE POLICE PARISIEN AU XIXE SIÈCLE d'Adolphe Gronfier, présentation de Bruno Fuligni. Horay, "Cabinet de curiosité(s)", 336 p., 19 €.

Pascale Robert-Diard

Le Monde des Livres, 10.06.10.

    Source : Fabula(valider les liens)
    Posté par gb