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Feu le patois genevois | 2009-11-20

Sur la disparition annoncée du patois genevois (#LR #Suisse )

Mais que reste-t-il du patois genevois?

La Genève internationale a eu raison de l’idiome local. Pour toujours?

« Regarde-moi ce taborniau qui se baguenaude. Je suis persuadé qu’il s’en va faire des cavilles à faire chevrer le pouais petzeu qui trie sa tralée de porreaux. »

Hein? Si vous n’avez pas tout compris, c’est que vous ne connaissez que pouic au patois genevois. Rassurez-vous: vous n’êtes pas seul dans ce cas, car cet argot a disparu. Anéantie par les nouveaux idiomes, la langue que maîtrisaient nos ancêtres ne figure plus dans le langage courant d’un canton internationalisé. Bien sûr, certains mots ont subsisté, tels « bonnard », « caqueux » ou « clopet », mais les autres laissent l’interlocuteur l’air ahuri lorsqu’on les prononce.

Une sous-langue?

Comme la plupart des régions voisines, Genève n’a pas su préserver sa richesse linguistique. « La marque identitaire forte ne resurgit qu’une fois par année, à l’occasion de l’Escalade, lorsque les enfants chantent le Cé qu’è lainô, déplore Olivier Frutiger, véritable passionné de patois et conseiller d’études à l’Université de Genève. En revanche, en vallée d’Aoste, le patois francoprovençal est encore parlé, même s’il y est également en voie d’extinction. Dans d’autre pays d’Europe, et même en Suisse alémanique, les dialectes sont encore très vivaces. »

« Cela s’explique par le fait que les Alémaniques qui pratiquaient des dialectes n’ont pas été persécutés, comme ce fut le cas en Suisse romande », analyse Andres Kristol, professeur de linguistique à l’Université de Neuchâtel. Au fil du temps, l’histoire a eu raison de « notre » idiome genevois. « Petit à petit, à partir de 1820 déjà, on a cessé de le transmettre aux générations suivantes, ajoute le professeur. Le patois était considéré comme une sous-langue, l’idéologie régnant à l’époque prétendait que ceux qui le parlaient avaient des difficultés en français. » Dans les zones rurales, il a été préservé un certain temps. « Puis, comme l’a constaté le linguiste Oscar Keller, les derniers patoisants disséminés dans les campagnes ont disparu vers les années 30, ajoute Olivier Frutiger. De fait, je vous lance le défi de trouver quelqu’un qui puisse encore tenir une conversation entière en patois genevois. »

Claire Marcelin, une sexagénaire habitant le village d’Anières, n’en a gardé que quelques expressions, mais a étudié la question avec l’Université du troisième âge, il y a de cela une dizaine d’années.

Un déclin inéluctable

« Puisque mes grands-parents le parlaient lorsque j’étais enfant, j’en ai ensuite conservé plusieurs mots dans ma vie courante, reconnaît-elle. Mais, maintenant, je me fais corriger par mes proches lorsque je les emploie. Je me suis pourtant aperçue que certains d’entre eux étaient également utilisés dans les comtés du Québec! Malgré sa richesse, j’estime que la disparition du patois est totalement inéluctable. Et ce même si nos archives contiennent encore des chansons et textes dans ce style. »

Inéluctable, vraiment? C’est aussi l’avis du professeur Kristol. « Quelle fonction aurait actuellement le patois, s’interroge-t-il. Le brassage de la population lui a nui. Si certains mots sont restés ancrés en nous, c’est car ils ne se trouvent pas dans les bouquins. Malgré les efforts de quelques amateurs, il n’a plus de raison d’exister. »

Le patois est mort. Vive le patois? Apparemment non!

Le patois… pour les nuls!

Quelques mots courants du patois genevois qui ont survécu à travers le temps.

  • L’avale-royaume: le glouton.
  • Baguenauder (se): se promener.
  • Barjaquer: bavarder.
  • Le bisule: le petit.
  • Bonnard: bien, bon, cool.
  • Les bouëllées: les grands cris.
  • Le caqueux: le penaud.
  • Les cavilles: les bêtises.
  • Chevrer (faire): faire enrager.
  • Le clopet: la sieste.
  • Foutimasser: faire.
  • La grolle: la chaussure.
  • La peuffe: la poussière.
  • Plucher: éplucher.
  • Le taborniau: l’idiot.
  • Le petzeu: le paysan.
  • Le porreau: le poireau.
  • Le pouais: le sale.
  • La tralée: la grande quantité.

ARNAUD CERUTTI

    Source : http://www.tdg.ch/(valider les liens)
    Posté par gb