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Rey chez les Suisses | 2009-04-21

Alain Rey, du Robert, la langue boisée chez les Suisses (qui peut croire sans rire que le Tour de France va développer la langue française au Mexique ?) (#Robert #DLF #Suisse )

(...)

Entretien.

L’apprentissage du français avant l’anglais fait débat actuellement en Suisse dans plusieurs cantons alémaniques. Comment se porte le français aujourd’hui de manière générale, face à la domination de l’anglais?
Le français reste une langue de choix pour de nombreuses personnes qui souhaitent l’apprendre. On a souvent tendance à confondre les deux plans de l’apprentissage d’une langue: le pragmatique, dicté par la situation géopolitique – les Brésiliens ont impérativement besoin de savoir l’espagnol et l’anglais – et un plan plus privé. Au Liban par exemple, le français est la langue des chrétiens et des gens cultivés; c’est aussi toujours le cas en Egypte et en Syrie. En Ukraine, où l’ukrainien a été écrasé par le russe, le français est prisé ; c’est la langue de la dissidence, de la résistance face à la puissance du dominateur. On l’apprend pour marquer son opposition à l’écrasement par la Russie. Cela dit, l’utilité de connaître le français n’est pas négligeable non plus, quoi qu’on dise !

Citez-nous quelques exemples surprenants…
Vous savez que les Chinois souhaitent développer chez eux la viticulture. Eh bien tout le vocabulaire de la vigne et du vin est en français. Les œnologues et maîtres de chais invités en Chine pour faire école sont tous Français. Les Chinois qui s’intéressent au domaine sont ainsi bien obligés d’apprendre notre langue. Un autre exemple cocasse m’a été donné par le directeur de l’Institut français de Mexico. Il s’est attiré de la clientèle avec… le Tour de France! De nombreux cyclistes mexicains de bon niveau, qui rêvaient d’être sélectionnés pour la course, ont appris des rudiments de français en prévision de leur participation.

L’immigration profite-t-elle aussi au français?
Absolument. Prenez l’Italie. Dans les statistiques d’apprentissage des langues, le français obtient un score catastrophique, alors que celui de l’anglais est bon. Or la plupart des Italiens parlent fort mal l’anglais et fort bien le français. Cela tient notamment à la Suisse, aux Italiens installés dans le Tessin, à ceux qui ont de la famille en Suisse romande. C’est ainsi que le français est également parlé au Portugal et en Espagne.

Internet et les nouvelles technologies de communication portent-elles un coup fatal au français?
Le passage à l’internet est un événement plus important peut-être pour l’histoire de la langue que ne l’a été l’invention de l’imprimerie. Il s’agit d’un changement d’attitude davantage encore que d’un changement de support. Tout est parti d’Amérique du Nord, et au début, la place occupée par le français ne représentait pas plus de 2%, et cela grâce aux Québécois. Mais comme tous les pays plurilingues défendent leur part francophone, celle-ci ne cesse de gagner du terrain.

Au-delà de la langue utilisée, mails, blogs et SMS indiquent-ils un retour à l’écrit ?
Un retour très massif, vous voulez dire! Mais c’est une écriture influencée considérablement par la langue orale. Et elle est passée dans le langage politique. Dans ses discours, Nicolas Sarkozy a opté pour un français spontané, non surveillé, incorrect du point de vue de la langue. Sa manière de s’exprimer n’a rien à voir avec celle d’un François Mitterrand. L’internet a fait complètement éclater les deux canaux traditionnels, oral et écrit, qui étaient considérés carrément comme deux langues différentes par certains. Souvenez-vous de Raymond Queneau, qui disait par provocation que le français écrit est une langue morte…

Un film comme «Bienvenue chez les Ch’tis» et l’engouement qu’il a suscité vous convainquent-ils d’introduire des mots picards dans le Robert ?
Nous avons noté trois ou quatre mots que nous allons peut-être introduire. Mais en prenant l’avis de spécialistes de la région, on s’aperçoit que le langage du film est artificiel. Les mots ont été choisis parce que leur sonorité fait rire, et non parce qu’ils sont fréquents, spontanés, courants. Or nous avons pour ligne, dans le Robert, d’écarter l’artificiel. Nous nous appuyons plus volontiers sur la littérature – dont l’impact sur l’évolution de la langue est plus profond – que sur le cinéma.

(...)

Conférence d’Alain Rey sur l’état actuel de la langue française. Mardi, de 18 h 30 à 20 h, à Uni Dufour. Entrée libre.

Pascale Zimmermann

    Source : http://www.tdg.ch/(valider les liens)
    Posté par gb