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Enseignement du créole et CAPES | 2005-02-22

« Interdite ou tout juste tolérée dans les écoles primaires et secondaires en Martinique, la langue créole retrouve aujourd’hui toutes ses lettres de noblesse. Il existe, en effet, depuis 2000, un Capes qui en officialise l’enseignement. » (#LR #Creole )

L’enseignement du créole à l’école officialisé en Martinique

Un Capes de créole existe depuis 2000 en Martinique

Interdite ou tout juste tolérée dans les écoles primaires et secondaires en Martinique, la langue créole retrouve aujourd’hui toutes ses lettres de noblesse. Il existe, en effet, depuis 2000, un Capes qui en officialise l’enseignement. Un tournant culturel que décortique Raphaël Confiant, maître de conférences en Langue et Culture Régionale à l’Université des Antilles et de la Guyane et membre du Groupe d’Etudes et de Recherches en espace créole et francophone.

Enseigner le créole en primaire et en secondaire. Après avoir été réprimée pendant de longues années, la langue créole se trouve officialisée par un cursus universitaire pour les futurs enseignants sur le campus de Schoelcher en Martinique. C’est 2000, que M. Jack Lang, ministre de l’Education Nationale de l’époque, en avait fait l’annonce. Un an plus tard, le Capes (Certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement secondaire) de Langues et Cultures Régionales option créole voyait le jour à l’université des Lettres de Fort-de-France. Une reconnaissance que de nombreux créolophiles ont accueillie avec le plus grand enthousiasme. Et aussi une victoire pour les chercheurs du GEREC-F [*] menaient déjà depuis six ans un combat au sein de l’Université des Antilles et de la Guyane. Interview de Raphaël Confiant, maître de Conférences en Langue et Culture Régionale (LCR) - option créole - depuis 1997 à l’Université des Antilles et de la Guyane, membre du GEREC-F, et par ailleurs écrivain créolophone à la bibliographie prolifique.

Le créole était enseigné déjà enseigné à la fac, mais avec le Capes il est désormais enseigné dans le primaire et le secondaire. Dans quelles proportions ?

Raphaël Confiant : Nous avons effectivement une licence qui existe depuis 9 ans, une maîtrise qui existe depuis 7 ans et un DEA (Diplôme d’Etudes Approfondies) et le doctorat depuis 6 ans. Depuis lors, nous avons formé un peu plus de 400 étudiants. Il existe depuis 5 ans deux concours de recrutement des enseignants en créole. Un concours destiné aux professeurs des écoles option créole. 10% des écoles primaires comptent des enseignants en créole dans leur effectif, soit 30 enseignants. L’autre concours, le Capes option créole qui existe depuis 5 ans, recrute 4 enseignants par an. Dans le secondaire, 20% des enseignants enseignent le créole, soient une quinzaine de collèges.

Quelle a été votre expérience personnelle, en Martinique, en matière d’apprentissage du créole à l’école ? Certains anciens parlent d’un système éducatif répressif à l’égard du créole...

Raphaël Confiant : J’étais scolarisé dans les années 50 et à l’époque, en Martinique, on tolérait la pratique du créole. Je dis bien qu’on la tolérait. La situation pouvait en effet varier d’un établissement à un autre. Dans certaines écoles, on pouvait lire sur les murs « Interdit de parler créole », on pouvait être puni par les enseignants pour usage du créole. Il y avait donc d’un côté une certaine forme de répression à l’égard du créole, et de l’autre une valorisation du français. A présent, on assiste à une inversion de la tendance, phénomène à mon goût tardif car la jeunesse martiniquaise est profondément francisée. Le « dégel » de l’Etat (l’officialisation , ndlr) est venu trop tard, à mon sens. Mais je reste lucide : s’il y avait eu un enseignement du créole il y a trente ans, notre langue en serait d’autant plus valorisée aujourd’hui.

Quelles sont vos impressions par rapport à cet enseignement qui émerge peu à peu ?

Raphaël Confiant : Effectivement, l’enseignement du créole à des fins pédagogiques sur le campus n’a débuté qu’il y a cinq ans. Auparavant, il y avait des expériences sauvages d’enseignants qui proposaient des cours de créole avec la tolérance des chefs d’établissement. Mais cet enseignement était encore non-reconnu. Puis il y a eu la licence de créole.
L’officialisation de la langue est récente. Comme on dit chez nous, les petits grains de riz finissent par former un sac ! L’enseignement va à son rythme. En Afrique, les langues nationales prennent de plus en plus de temps à être enseignées...

A tel point qu’on met en place l’Université africaine des langues pour limiter le phénomène de disparition des langues maternelles, et avec elles celle du savoir...

Raphaël Confiant : C’est vrai, et tant que nos langues ne seront pas enseignées à l’école, elles ne pourront pas être efficaces.

Quel public se sent le plus concerné par ce Capes option créole ?

Raphaël Confiant : La majorité de nos étudiants sont guadeloupéens. Je rappelle que notre campus accueille les étudiants en Lettres venus de Martinique, de Guadeloupe et de Guyane. En proportion, nous avons à peu près 60% d’étudiants Guadeloupéens, 30% de Martiniquais et 10% de Guyanais.

Comment expliquez-vous le succès que connaît le cursus auprès des étudiants guadeloupéens ?

Raphaël Confiant : D’une manière générale, la Guadeloupe est plus créolophone et beaucoup moins francisée que la Martinique. En Guadeloupe, le créole est plus présent dans la vie de tous les jours qu’ici. Le volume d’échange quotidien en langue créole est en effet beaucoup plus important là-bas qu’ici. Et j’en veux pour exemple la chaîne de télévision RFO Sat : lorsque les journalistes font des micro-trottoirs en Guadeloupe, les passants interviennent spontanément en créole, alors que dans le même contexte, un Martiniquais répondrait en français. Lorsque les Guadeloupéens arrivent en Martinique, ils sont surpris de voir l’usage nous avons au créole par rapport à eux qui l’utilisent quotidiennement.

Trouvez-vous historiquement une explication à ce phénomène ?

Raphaël Confiant : La Martinique a toujours été l’enfant chéri de la France. C’est ce qui explique que le processus de francisation ait été plus fort en Martinique qu’en Guadeloupe...

Combien d’étudiants sont inscrit en LCR option créole ?

Raphaël Confiant : En licence, nous avons tous les ans entre 25 et 30 étudiants, 15 en maîtrise, 5 ou 6 en DEA (Diplôme d’Etudes Approfondies) et 1 ou 2 en doctorat.

Quels sont les débouchés majeurs de la formation en créole ?

Raphaël Confiant : Nos diplômes ouvrent sur différents corps de métiers liés aux lettres, au journalisme...Nos étudiants ne s’inscrivent pas par pur militantisme, mais bel et bien parce qu’ils souhaitent travailler avec le créole. Beaucoup d’entre eux l’enseignent dans le primaire et dans le secondaire, pour les étudiants certifiés (titulaires du Capes, ndlr). Il ne faut pas oublier que notre Capes est bivalent. Ainsi, les étudiants ont un enseignement dans une discipline, l’anglais, la géographie ou encore les lettres qu’ils couplent avec le créole. C’est donc un Capes beaucoup plus difficile à obtenir puisqu’il s’agit d’être performant dans deux disciplines. C’est par ailleurs l’ouverture d’une perspective avec l’enseignement dans une autre discipline que nous proposons à nos étudiants.

Quelles observations pouvez-vous faire sur l’apprentissage du créole aujourd’hui ?

Raphaël Confiant : La langue créole fait l’objet d’un réapprentissage, c’est comme si on apprenait une nouvelle langue. Je le vois avec mes étudiants. Lorsqu’on travaille sur un texte en créole et que je leur demande de surligner les mots qui leur sont inconnus, il est rare qu’un étudiant me présente un texte sans aucun mot surligné. Et cette méconnaissance s’explique par le fait que de nombreux termes présents dans la littérature créole font référence au monde paysan ou sont hérités de la période coloniale. Ce sont des mots que nos étudiants ne peuvent pas connaître du fait de leur âge.

Comment définissez-vous la langue créole ? Est-ce une langue que seuls les esclaves parlaient ?

Raphaël Confiant : Le créole est une langue mixte qui s’est faite à la fois par la langue des colons et celles des esclaves africains. Les français qui ont débarqué en Martinique étaient des normands, des poitevins, des picards et j’en passe. Lorsqu’ils ont colonisé la Martinique, au XVIIème, les colons ne maîtrisaient pas la langue française. Ils parlaient une langue approximative. Ainsi, le créole est né du mélange entre ce français approximatif et les langues nationales africaines. Le créole a donc bénéficié de l’inexistence d’un français standard. C’est une langue née du métissage entre les différentes langues en présence. C’est le fruit d’une création commune des Noirs et des Blancs. C’est pourquoi les colons parlaient créole au même titre que les colons. Aujourd’hui, les békés (descendants de colons, ndlr) parlent toujours créole. Et lorsque les colons ont commencé à faire fructifier le marcher de la canne, on a assisté à un afflux d’esclaves qui a engendré la créolisation du créole.

[*] Groupe d’Etudes et de Recherches en espace créole et francophone est celui qui a présidé à la mise en œuvre du projet, avec à sa tête le professeur Jean Bernabé, éminent linguiste créoliste des Antilles. Ce groupe est composé de 27 chercheurs dans différentes disciplines telles que l’anthropologie, l’ethnologie, l’histoire ou encore la didactique. Il a à son actif plus de 135 publications en 31 ans d’existence.

Sandrine Desroses.

    Source : http://www.afrik.com/(valider les liens)
    Posté par gb