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La francophonie avec ou sans Israel ? | 2004-12-09

«L’organisation internationale de la Francophonie ne défend pas la langue française ni les cultures francophones, soutient la réputée linguiste Henriette Walter.» (#Francophonie #Israel )

«L’exclusion d’Israël de la Francophonie est un non-sens»

L’organisation internationale de la Francophonie ne défend pas la langue française ni les cultures francophones, soutient la réputée linguiste Henriette Walter.

La Francophonie est devenue au fil des années une force politique. Cette organisation, qui regroupe 56 États ayant en partage la langue française, néglige totalement ce qui, en principe, devrait être un de ses principaux mandats: promouvoir la langue et la culture françaises et assurer leur pérennité à une époque de grands défis où la globalisation culturelle à prédominance anglo-américaine bat son plein. Moi, j’ai toujours été frappée par le fait que les Sommets de la Francophonie sont des forums exclusivement politiques, où l’on ne parle pas du tout de l’état actuel de la langue française, ni de son avenir. On n’invite pas des linguistes aux réunions de la Francophonie. Il n’y a que des chefs d’État et de gouvernement. C’est une incongruite désolante!”,

lance Henriette Walter au cours de l’entrevue qu’elle nous a accordée lors de son récent passage à Montréal, où elle a été la conférencière invitée du programme culturel Les Belles Soirées de l’Université de Montréal. Née à Sfax, en Tunisie, dans une famille juive sépharade du nom de Saada, Henriette Walter est une linguiste de renommée internationale. Professeure émérite à la Sorbonne et à l’Université de Haute-Bretagne, membre du Conseil supérieur et du Conseil international de la langue française, membre du Jury du Prix de la Littérature européenne Jean Monnet, récipiendaire du Grand Prix de l’Académie française, elle est l’auteure de plusieurs essais très remarqués, traduits dans une vingtaine de langues, dont Honni soit qui mal y pense. L’incroyable histoire d’amour entre le français et l’anglais (Éditions Robert Laffont); Le français d’ici, de là, de là-bas (Ed. J.C. Lattès); L’aventure des mots français venus d’ailleurs (E. Robert Laffont); L’aventure des langues en Occident. Leur origine, leur histoire, leur géographie (E. Robert Laffont)…
Dans les Sommets de la Francophonie -le dernier a eu lieu la semaine dernière au Burkina Faso, rappelle-t-elle, de nombreux thèmes sont abordés: la paix, les droits de l’homme, l’enracinement du droit et de la démocratie, le développement économique, l’éducation, l’environnement, les nouvelles technologies de l’ information…

“Ce sont des thèmes cruciaux pour toutes les nations francophones. Ce n’est sûrement pas moi qui reprochera aux leaders de la Francophonie d’aborder ces sujets capitaux. Par contre, la situation de la langue française dans le monde et les défis auxquels celle-ci fait face aujourd’hui ne sont jamais examinés, dit-elle. Je ne demande pas à l’organisation de la Francophonie de faire le travail de l’Académie française ou du Conseil supérieur de la langue française. Mais je crois qu’on devrait profiter de la visibilité médiatique de cet événement pour défendre avec plus d’entrain la langue française et les cultures francophones”.

La Francophonie, ajoute-t-elle, “qui accomplit de belles choses”, ne devrait pas être seulement une instance sociopolitique.

“Sa principale raison d’être devrait être la défense de la langue et de la culture françaises. Je crois que pour remporter la dure bataille de la francophonie, cette organisation devrait faire appel à tous ceux et celles qui défendent avec passion la langue de Molière dans les quatre coins du monde. Il est temps que la Francophonie s’attelle à bâtir un grand projet capable de susciter une adhésion populaire”.

Elle suggère que les Sommets de la Francophonie incluent dorénavant, de façon régulière, des travaux sur la langue française, son évolution actuelle, son état dans le monde…

“Tant qu’aucun linguiste ne sera officiellement invité à participer aux réunions de travail des Sommets de la Francophonie, ces questions fondamentales seront éludées. Après tout, c’est le désir de garantir la pérennité de la langue française qui a été l’assise fondatrice du mouvement qui, dans les années 60, batailla pour créer l’organisation internationale de la Francophonie. Si les perspectives d’avenir de la langue française sont moroses et incertaines, la Francophonie pourra difficilement réaliser ses desseins politiques et sociaux. Francophonie et langue française ne sont pas deux réalités antinomiques!”

Des critères “de plus en plus politiques ou idéologiques” et de “moins en moins linguistiques ou culturels” régissent désormais les conditions requises pour qu’un pays adhère à la Francophonie, regrette-t-elle.
En effet, il suffit de consulter la liste des États membres pour comprendre que l’adhésion à l’organisation de la Francophonie a été accordée à des pays dont les “capacités francophones” sont proportionnellement très inférieures à celles de certaines contrées à qui l’on a refusé, pour l’instant, pour des raisons strictement politiques, le droit d’en faire partie.
Henriette Walter cite le cas de l’État d’Israël qui, malgré son million de francophones -à peu près 20% de la population israélienne-, ne fait toujours pas partie de la Francophonie alors que l’Égypte -avec seulement 2% de francophones-, l’Albanie -avec moins de 3% de francophones-, les Îles Seychelles -avec moins de 1% de francophones-… sont membres officiels de cette organisation.

“On empêche ainsi, à cause d’un veto imposé par certains gouvernements pour des raisons uniquement politiques, à des pays ayant un important bassin de population francophone de devenir membres de la Francophonie. L’exclusion de l’État d’Israël de cette organisation est un non-sens. Par contre, il y a d’autres pays, qui ne sont pas des havres de démocratie et où la langue française n’est plus qu’un vestige du passé, qui siègent légitimement dans les instances décisionnelles de la Francophonie. Il y a des représentants de pays membres de la Francophonie qui doivent recourir aux services d’un traducteur pour comprendre et suivre les délibérations lors des Sommets de cette organisation.”

Henriette Walter, qui est l’auteure de plusieurs études importantes sur l’évolution de la langue française à l’échelle mondiale, est assez optimiste en ce qui a trait aux perspectives d’avenir du français.
Selon les estimations officielles, on dénombre aujourd’hui 110 millions de francophones réels et 65 millions de francophones occasionnels.

“C’est vrai que la langue française a perdu du terrain au cours des deux dernières décades. Mais c’est vrai aussi qu’elle résiste farouchement. On recommence à enseigner le français dans plusieurs pays du monde, notamment en Pologne et en Chine. Force est d’admettre que le rayonnement international du français n’est plus ce qu’il a été dans le passé. Son dynamisme varie d’une région à l’autre. Pour ce qui est de sa structure, la langue française se porte très bien . Elle continue à progresser, à exprimer le monde moderne en intégrant de nouvelles expressions et de nouveaux mots. Malgré une idée reçue, le français n’est pas en train de se laisser manger par des structures linguistiques anglaises.”

D’après elle, les Français sont moins conscients que les Québécois des menaces qui pèsent sur leur langue. Le Québec, insiste-t-elle, est un “farouche bastion de défense de la langue française qui devrait servir de modèle à toutes les autres nations francophones”.

“Les Québécois sont très concernés par la langue française. Ce qui n’est malheureusement pas le cas des Français. Dès qu’on arrive au Québec, on entend quelqu’un vous parler du problème linguistique. Ça c’est excellent parce que tout le monde est concerné, et pas seulement les gens qui sont normatifs, les enseignants, ceux qui fabriquent des grammaires… Toute la population québécoise est aux aguets. C’est un grand atout pour la francophonie!”

Henriette Walter ne craint pas une inclination progressive de la langue française devant la suprématie linguistico-culturelle anglophone.

“Aujourd’hui, il vaut mieux connaître l’anglais si l’on veut faire des affaires avec le reste du monde ou naviguer sur l’Internet. Mais il n’y a pas de raison de s’inquiéter. L’anglais ne tuera pas le français. Savez-vous que nous avons emprunté, à la fin du XIXe siècle, des mots à l’anglais que nous n’utilisons plus aujourd’hui? Dans les romans de Jules Verne nous pouvons lire des mots anglais que nous ne connaissons plus. C’est un phénomène de mode. Notez qu’il y a de moins en moins de mots en “ing” de notre jour dans la langue française, alors qu’on a inventé des “cocooning”, “lifting”… Des mots qui n’existent pas en anglais! On ne se rend pas compte non plus que dans le vocabulaire français actuel, seulement 5% à 6% des mots proviennent de l’anglais. À l’inverse, 60% des mots anglais sont issus du français!”

Par Elias Levy

    Source : http://www.cjnews.com/(valider les liens)
    Posté par gb