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Situation du français à Montréal | 2004-09-15

«La loi 101 fête cette année ses trente ans. Mais comment se porte la langue officielle à Montréal? (#Quebec #Montreal )

La langue française à Montréal

Deux langues nez à nez

La loi 101 fête cette année ses trente ans. Mais comment se porte la langue officielle à Montréal? Sociologues, démographes et mathématiciens se font la guerre pour savoir si la région métropolitaine s’anglicise.

«À l’ouest de Saint-Laurent les anglos, à l’est les français.» Pour plusieurs Montréalais, ce cliché résume la situation. La réalité linguistique de Montréal est évidemment plus nuancée, mais surtout complexe. Si une barrière invisible semble diviser les deux communautés, il est difficile d’établir quels sont les facteurs d’anglicisation et quelle est l’ampleur de celle-ci. La fracture géographique entre l’anglais et le français à Montréal existe depuis longtemps.
Professeur d’histoire à l’UQAM, Paul-André Linteau explique que les anglophones, dominant en nombre et en fortune au XIXe siècle, se sont d’abord installés dans le Vieux-Port, centre économique de l’époque. Les aristocrates se sont pour leur part installés sur les hauteurs, pratique courante en Europe. Choisissant le plus bel espace à Montréal, les flancs du Mont-Royal, ils allaient établir des frontières encore visibles aujourd’hui. L’historien met cependant un bémol à la classification rigide d’un ouest anglophone nez à nez avec l’est francophone. Selon lui, il ne faut pas négliger le côté mobile des communautés. «La forteresse anglophone de Westmount, peuplée autrefois à plus de 80 % par des Britanniques, est aujourd’hui étonnamment francophone. Quant à Outremont, elle est habitée à 75 % par des francophones.» Une chose est sûre, la communauté anglophone de Montréal n’est plus constituée majoritairement par des Britanniques et leurs descendants. «Il s’agit principalement de membres d’autres groupes ethniques (Syriens, Égyptiens, juifs) assimilés linguistiquement par l’école avant l’adoption de la loi 101», précise l’historien. Quelques téléphones dans les villes récemment défusionnées de Pointe-Claire, Baie d’Urfé, Hampstead, Dorval et Mont-Royal suffisent pour comprendre que l’expression «ghettos anglophones» persiste. À Baie d’Urfé, Montréal Campus a été incapable d’obtenir des informations en français à la bibliothèque municipale. Pour Jean-Paul Perrault, président du mouvement Impératif français, les défusions confirment que «les ghettos anglais refusent la démocratie économique et culturelle en récupérant le pouvoir économique et politique. Ils disent aux autres secteurs de l’île de payer pour les secteurs industriels, alors qu’eux se gardent les beaux quartiers.» L’organisme fondé en 1975 est reconnu pour sa défense farouche de la langue française.

Le brouillard de Statistiques Canada

En dehors des secteurs historiquement anglophones, il n’existe pas de consensus sur la force d’attraction de l’anglais sur l’île. Professeur de mathématiques à l’Université d’Ottawa, Charles Castonguay se consacre à cette question depuis près de trente ans, au point de se décrire maintenant comme un «socio-linguiste». Il s’est intéressé au sujet après avoir constaté une absence d’informations solides sur la question. Dans les travaux qu’il publie, il insiste sur les lacunes des études de populations effectuées par Statistiques Canada. Par exemple, la décision d’ajouter à la région métropolitaine une dizaine de municipalités à forte majorité francophone, telles que Saint-Jérôme, fausse les calculs de l’anglicisation. Tous s’entendent toutefois pour dire que le choix de langue des immigrants allophones influence l’importance de la place de l’anglais à Montréal. En particulier parce que ceux-ci choisissent la métropole dans une proportion de 90 %. Il existe 160 langues maternelles à Montréal, selon Statistiques Canada. Les immigrants allophones pour leur part, étaient 124 173 à s’être francisés en 2001 et 147 695 à s’être anglicisés. Pour Hussein, immigrant du Bangladesh, le choix n’a pas été difficile. Il a préféré que ses enfants apprennent l’anglais. «C’est une langue universelle et c’est plus facile pour trouver un emploi.» Il a donc utilisé une des failles de la loi 101 pour envoyer d’abord ses enfants à l’école privée anglophone. Il les a ensuite transférés à l’école publique avec un accès garanti au secteur anglophone. Quant à lui, c’est au travail qu’il a appris l’anglais, C’est en effet la langue parlée dans la cuisine du restaurant où il travaille. Ce genre d’histoire choque Jean-Paul Perreault. Il considère que le gouvernement ne fait pas suffisamment d’efforts pour imposer le français comme langue de travail. «Comme si les assiettes parlaient anglais!» ironise-t-il. Le choix linguistique des immigrants est aussi lié aux programmes de promotion et d’enseignement du français. Un enjeu que ne privilégie pas le gouvernement Charest, qui a fait passer le budget de francisation de 45 à 32 millions de dollars au printemps 2003. Devant le tollé soulevé, le gouvernement libéral a finalement réajusté le financement à 42,2 millions. Concrètement, ces compressions représentent des semaines de cours plus condensées et une attente plus longue pour les immigrants qui souhaitent apprendre le français.

Pas de géant en arrière

Au moment de l’adoption de la loi 101, en 1974, plusieurs immigrants choisissaient l’instruction anglaise pour leurs enfants. La Charte de la langue française devait les inciter à privilégier le français afin que la langue officielle devienne leur «langue première d’expression au quotidien». Si 16,6 % des étudiants des niveaux préscolaire, primaire et secondaire fréquentaient des établissements anglophones en 1977, ils n’étaient plus que 9,6 % en 1992. Sociologue et président de la Société Saint-Jean Baptiste, Jean Dorion dévoilait pourtant des chiffres inquiétants en janvier dernier. Depuis les onze dernières années, une progression ininterrompue fait gagner du terrain au secteur anglophone, dans une proportion de 11,12 % des inscr1ptions totales dans les écoles du Québec. Une avancée minime pour certains, mais qui lui fait craindre le pire. «À ce rythme, le retour à la situation de 1977 sera complet dans 25 ans, même si le poids démographique des anglophones ne cesse de diminuer», souligne le sociologue. Dresser un portrait linguistique clair de la région métropolitaine représente un véritable casse-tête, un débat plus politique que statistique. Pour l’organisme Impératif français, pas question de faire de compromis. L’anglicisation est un risque majeur, en particulier à Montréal. Par souci de protection, l’association prône la suppression des classes d’immersion en anglais, dénonce le classique «For service in English, press one» et propose de rendre l’éducation francophone obligatoire jusqu’au collégial. Des arguments qui montrent que le débat sur la langue est toujours aussi épineux. Parler de la langue au Québec, en particulier à Montréal, est devenu tabou, explique Charles Castonguay. «On accuse les gens qui s’intéressent à la question linguistique de nationalisme ethnique.»

Karine Dubois

    Source : http://www.er.uqam.ca/(valider les liens)
    Posté par gb