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C koi 7 drôle 2 langue | 2004-04-21

« la réussite du phénomène tient sans doute surtout à son aspect social. Le SMS renforce le sentiment d’appartenance à un groupe. » (#SMS #Orthographe #DLF #Jeunes )

C koi 7 drôle 2 langue

À l’image du télégramme qui a donné naissance au style télégraphique, le SMS a lui aussi développé son langage. Pour les uns, il stimule la créativité. Pour les autres, il porte atteinte à la langue française. Le point de vue d’un linguiste.

A propos du premier roman écrit en langage SMS. Daniel Elmiger, professeur de linguistique à l’Université de Neuchâtel

Rendez-vous amoureux, ponctués d’un « Love U » ou d’un « Je t’m ». Etats d’âme, assaisonnés d’un « arrggg » ou d’un « pfouh »… Chaque jour, des milliards de doigts numérisent des milliards de messages.

Et pourtant, ce succès s’explique difficilement. Ecrire un SMS (texto, pour les Français) demande beaucoup d’efforts. Le clavier est inconfortable et le nombre de mots limité.

Identification à un groupe

Bien sûr, le message court a l’avantage d’être rapide, discret et relativement peu coûteux. Mais la réussite du phénomène tient sans doute surtout à son aspect social. Le SMS renforce le sentiment d’appartenance à un groupe.

D’abord, parce qu’il permet de rester en contact en permanence. Ensuite, parce que le langage utilisé relève souvent du code secret. Et rien de tel pour s’identifier à une communauté que de s’inventer un dialecte compris de ses seuls membres.

D’ailleurs, ce n’est pas par hasard si le SMS séduit particulièrement les adolescents. Ce langage codé reste en effet difficile à déchiffrer pour les parents.

Professeur de linguistique à l’Université de Neuchâtel, Daniel Elmiger confirme: « Récemment, une mère m’a montré un message que lui avait envoyé sa fille: ‘L vi1 ap soop’ (elle vient après souper), disait-elle. La maman ne parvenait pas à le comprendre. »

Petits billets modernes

Depuis le printemps, Daniel Elmiger propose précisément un cours-séminaire sur le langage utilisé dans les SMS, les e-mails, les chats et les forums, intitulé « les nouvelles pratiques sociales de l’écrit ».

« A l’origine, ce langage a été inventé pour dire beaucoup de choses en peu de mots. Le SMS n’offre que 160 signes, il y avait donc une nécessité d’être concis. Mais finalement il s’est complexifié », constate le linguiste.

Parfois, le mot inventé est même plus compliqué, à l’écriture et au décryptage, que le mot traditionnel. Oubliés les espaces qui séparent les mots les uns des autres. Ce qui se prononce ensemble s’écrit ensemble. « J’ai acheté » devient « ght ».

« Il existe une concordance entre la phonie et la graphie, observe Daniel Elmiger. En français, ce principe est compromis par le fait qu’on écrit beaucoup de choses qui ne sont pas prononcées (le « s » du pluriel, par exemple). »

En d’autres mots, le message court est énoncé comme quelque chose qu’on dit. D’ailleurs, c’était déjà le cas des petits billets qui circulaient à l’époque entre les bancs d’école.

Liberté et créativité

Parce qu’il n’impose aucune règle, le SMS permet aussi de s’exprimer en toute liberté. Les fantaisies les plus audacieuses sont autorisées. En ce sens, le message court stimule la créativité.

D’ailleurs, les adeptes du SMS n’ont pas tout inventé. «Doukipudonktan?», écrivait Raymond Queneau dans Zazie dans le métro. Ou encore: « Izont des bloudjinnzes, leurs surplus américains ? ».

Plus tard, Prince utilisait lui aussi la phonétique dans les titres de ses chansons. D’ailleurs, le « U » (pour « you ») a fini par s’imposer même dans la langue écrite anglaise.

«La forme a un intérêt en soi, commente Daniel Elmiger. Dans la chanson, la poésie, les messages personnels, on peut lui accorder une importance particulière. En cela, cet intérêt pour un nouveau langage n’a rien de révolutionnaire.»

Craintes pour l’orthographe

S’il n’y a aucune règle dans le langage SMS, le linguiste observe tout de même la présence de certains principes récurrents. « Souvent, une lettre a la valeur d’une syllabe. Ainsi, le «C» peut avoir la valeur de « c’est », de « ces » ou de « ses ». Le « + » peut être lu comme « plu s» ou comme « et ». »

Chacun est donc invité à transgresser joyeusement l’orthographe et la grammaire traditionnelles. A tel point que certains craignent pour la langue française.

« Quelqu’un qui ne maîtrise pas l’orthographe peut être déstabilisé par une multitude d’écritures parallèles, reconnaît Daniel Elmiger. Autrement dit, pour se permettre des écarts, mieux vaut avoir une bonne connaissance de l’orthographe traditionnelle. »

« Cela dit, depuis qu’il y a une scolarisation de masse, on a toujours prétendu que les jeunes s’exprimaient moins bien et faisaient plus de fautes que les générations précédentes », nuance le professeur de linguistique.

« L’avenir nous dira si ces nouvelles pratiques sociales - encore très récentes - ont réellement une influence, conclut-il. Et si cette influence est négative ou si la créativité n’a pas une valeur en soi… »

swissinfo, Alexandra Richard

    Source : http://www.tsr.ch/(valider les liens)
    Posté par gb