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Intense activité autour de la langue comme lien national nécéssaire (le régime est démocratique) ; mais la politique d'unification linguistique sera vraiment mise en oeuvre plus tard, par la IIIe République

révolution française

Contrairement à ce qu'on peut penser, il n'y a pas eu révolution linguistique (sauf, bien entendu, dans le domaine du lexique politique)

1789

  • Cahiers de doléances : aucune revendication linguistique ou presque : sur 600 seulement 6 mentions en faveur de l'usage de la langue française parmi lesquelles une vient du clergé d'Autun avec Talleyrand (B. Hyslop)

14.01.1790

  • Sur proposition député Bouchette, l'Assemblée nationale décrète de faire traduire ses décrets dans les 'différents idiomes'. N'ayant pas les moyens financiers de sa politique ni sans doute le désir profond de perpétuer les langues régionales, la traduction, très difficile - cf. le cas de Dugas qui supervise la plus importante activité de traduction : 30 départements pour le domaine occitan - finira par être abandonnée comme principe (mais la réalité montre que la question des traductions est encore discutée fin 1793)

09.02.1790

  • Grégoire affirme que certains troubles sociaux s'expliquent par des erreurs sur le sens des mots

13.08.1790

  • Début de l'enquête Grégoire sur les « patois » : 'série de questions relatives aux patois et aux moeurs des gens de la campagne'. A propos de Grégoire, Ferdinand Brunot écrit : « Il est un de ceux auxquels on doit ce qui n'a jamais plus été perdu complètement de vue : une politique de la langue ».

10.09.1791

  • Assemblée Nationale, important rapport Talleyrand : pose le premier la question de la langue et de la nation
    Une singularité frappante de l'état dont nous nous sommes affranchis, est sans doute que la langue nationale, qui chaque jour étendait ses conquêtes au-delà des limites de la France, soit restée au milieu de nous comme inaccessible à un si grand nombre de ses habitants, et que le premier lien de communication ait pu paraître, pour plusieurs de nos contrées une barrière insurmontable. Une telle bizarrerie doit, il est vrai, son existence à diverses causes agissant fortuitement et sans dessein ; mais c'est avec réflexion, c'est avec suite que les effets en ont été tournés contre les peuples. Les Ecoles primaires vont mettre fin à cette étrange inégalité : la langue de la Constitution et des lois y sera enseignée à tous ; et cette foule de dialectes corrompus, derniers restes de la féodalité, sera contrainte de disparaître : la force des choses le commande

1792

18.12.1792

  • rapport de Lanthenas : bases fondamentales de l'instruction publique ; contre les 'patois' mais tolérance (toute relative) pour les langues frontalières (surtout l'allemand)

20.12.1792

  • rapport de Romme sur l'instruction publique :
    La jeunesse, en apprenant à lire et à écrire, recevra les premières notions grammaticales de notre langue

1793

13.06.1793

  • décret ouvrant le concours pour la composition des livres élémentaires destinés à l'enseignement national

07.1793 (ou 08/1793?)

  • Deleyre écrit dans ses Idées sur l'éducation nationale :
    Mais s'il faut éviter en général d'avoir pour maîtres de langue française des Gascons ou autres méridionaux, peut-être devrait-on prendre parmi ceux-ci des instituteurs pour la langue latine, dont il est important de conserver la culture et le bon goût, ne fût-ce que par amour de la liberté. Nos naturels de la Provence et du Languedoc prononcent mieux le latin que les autres Français, parce que leur idiome naturel en approche davantage.

02.07.1793

  • A l'occasion des nombreuses discussions sur l'organisation de l'instruction publique, Lequinio écrit dans son plan :
    Plus vous ferez communiquer les habitants des campagnes avec ceux des villes, et plus vous réussirez à établir la vraie égalité qui réside dans le coeur de l'homme qui ose penser, et qui, sans ces utiles communications, s'effacera toujours devant l'impudence de l'homme riche.
    Vous en retirerez enfin l'avantage de voir s'éteindre sans peine les idiomes étrangers que l'on parle encore dans quelques coins de la France, et la pureté de la langue s'établir partout où se parlent actuellement des langues qui ne semblent être que des dépravations de la langue mère.

07.1793

  • Dans son Essai sur l'instruction publique, Daunou prèche pour une réforme en profondeur de l'orthographe :
    Je demande la restauration de tout le système orthographique, et que, d'après l'analyse exacte des sons divers dont notre idiome se compose, l'on institue entre ces sons et les caractères de l'écriture une corrélation si précise et si constante, que, les uns et les autres devenant égaux en nombre, jamais un même son ne soit désigné par deux différents caractères, ni un même caractère applicable à deux sons différents.

30.07.1793

  • Dans son Discours sur l'éducation commune, Grégoire anticipant sur son prochain discours contre les patois, annonce déjà que :
    Car, je ne puis trop le répéter, il est plus important qu'on ne pense en politique d'extirper cette diversité d'idiomes grossiers, qui prolongent l'enfance de la raison et la vieillesse des préjugés. Leur anéantissement sera plus prochain encore, si, comme je l'espère, vingt millions de catholiques se décident à ne plus parler à Dieu sans savoir ce qu'ils lui disent, mais à célébrer l'office divin en langue vulgaire.

08.08.1793

  • Suite à la proposition de Grégoire (et de David) sur la suppression des académies et sociétés littéraires, dissolution de l'Académie française (et de tous les corps légaux)
    ARTICLE PREMIER. Toutes les académies et sociétés littéraires patentées ou dotées par la nation sont supprimées.
  • Intéressant discours de Grégoire contre les académies à cette occasion ; Morellet sauve ce qu'il peut

21.09.1793 / 30 vend. an 2

  • décret pour création des écoles primaires :
    Ils apprennent à parler, lire et écrire la langue française

1794

  • Les langues régionales, plus ou moins tolérées, vont être nettement combattues : elles portent le fédéralisme, ce sont les traces du fanatisme, elles sont les langues de la contre-révolution etc. Lutte suffisamment vigoureuse pour qu'on la qualifie de « terreur linguistique », particulièrement en Alsace

27.01.1794 / 8 pluv. an 2

  • rapport Barrère à la Convention au nom du Comité de Salut Public :
    le fédéralisme et la superstition parlent bas-breton ; l'émigration et la haine de la République parlent allemand ; la contre-révolution parle italien et le fanatisme parle basque. Brisons ces instruments de dommage et d'erreur. [...] Chez un peuple libre la langue doit être une et la même pour tous
  • suivi d'un décret décidant la nomination dans les 10 jours d'un instituteur francophone dans toutes les communes où l'on parlait bas-breton, italien, basque ou allemand (le 18 février un nouveau décret étend la mesure au catalan)

04.06.1794 / 16 prair. an 2

  • Grégoire prononce à la Convention nationale son « rapport sur la nécessité et les moyens d'anéantir les patois et d'universaliser l'usage de la langue française » qu'il avait présenté au Comité d'instruction publique le 28 mai (9 prairial) : 6 millions de Français ne connaissent pas la langue nationale, pas plus de 3 millions de 'vrais' francophones capables de l'écrire :
    On peut assurer sans exagération qu'au moins six millions de Français, surtout dans les campagnes, ignorent la langue nationale ; qu'un nombre égal est à peu près incapable de soutenir une conversation suivie ; qu'en dernier résultat, le nombre de ceux qui la parlent n'excède pas trois millions, et probablement le nombre de ceux qui l'écrivent correctement encore moindre.
    • si le rapport est vigoureux contre les langues régionales, il est clément et pragmatique dans ses conclusions qui se bornent à charger le Comité d'Instruction Publique de procéder à l'établissement d'une grammaire et d'un vocabulaire de la langue française

20.07.1794 / 2 th. an 2

  • Important décret de la Convention nationale imposant l'emploi du français dans la rédaction de tout acte public (rapport de Merlin de Douai) :
    Art. 1. À compter du jour de la publication de la présente loi, nul acte public ne pourra, dans quelque partie que ce soit du territoire de la République, être écrit qu'en langue française.
    Art. 2. Après le mois qui suivra la publication de la présente loi, il ne pourra être enregistré aucun acte, même sous seing privé, s'il n'est écrit en langue française.
    Art. 3. Tout fonctionnaire ou officier public, tout agent du Gouvernement qui, à dater du jour de la publication de la présente loi, dressera, écrira ou souscrira, dans l'exercice de ses fonctions, des procès-verbaux, jugements, contrats ou autres actes généralement quelconques conçus en idiomes ou langues autres que la française, sera traduit devant le tribunal de police correctionnelle de sa résidence, condamné à six mois d'emprisonnement, et destitué.
    Art. 4. La même peine aura lieu contre tout receveur du droit d'enregistrement qui, après le mois de la publication de la présente loi, enregistrera des actes, même sous seing privé, écrits en idiomes ou langues autres que le français.
    • Irréaliste, ce décret sera suspendu dès le 16 fructidor

02.09.1794 / 16 fruct. an II

  • Décret suspend l'exécution du décret du 2 thermidor an II jusqu'au nouveau rapport des comités de législation et d'instruction publique, lesquels ne verront jamais le jour. Il faut dire que la mesure était quasiment impossible à appliquer

1795

  • Dans sa volonté de promouvoir la langue française, la Convention encourage par voie de concours la création de grammaires : c'est finalement celle de Lhomond qui est élue
  • Delormel : Projet d'une langue universelle présenté à la Convention Nationale

25.10.1795 / 3 brum. an IV

  • Organisation de l'Institut (Lakanal, Daunou) qui regroupe les anciennes académies (mais l'Académie française, càd la littérature, est placée dans la 3e section de l'Institut, derrière les mathématiques/physique et la philosophie) ; l'Académie française de facture plus traditionnelle sera remise en l'état plus tard

1797

  • Domergue : La prononciation française

1798

  • Cinquième édition du Dictionnaire de l'Académie (l'Académie est supprimée par la Convention). Préparée par d'Olivet, Duclos, Marmontel, Voltaire, d'Alembert, de Wailly, Beauzée, etc. Paraît dans de mauvaises conditions. Plutôt conservatrice (mais elle poursuit le mouvement de simplification et de modernisation en cours depuis 1740), cette édition est suivie par un Supplément contenant les mots nouveaux en usage depuis la Révolution. Préface de Garat. Poursuit le mouvement de réforme orthographique (élimination des lettres grecques, contre orthographe des clercs) : anonime, analise, misantrope. À la suite de la révolution et de le reprise en main napoléonienne, l'Académie est vassalisée et redevient simple «Deuxième classe» jusqu'à son rétablissement en 1816.
  • Jacques Cambry (futur membre de l'Académie celtique) publie son Voyage dans le Finistère ou Etat de ce département en 1794 et 1795 (ouvrage important car très connu à l'époque, de type ethnographique : donne une certaine image de la Bretagne et de ses habitants)