Exemples du latin

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Latin archaïque : L’inscription de Duenos


L'inscription de Duenos

En 1880, l’archéologue allemand Heinrich Dressel découvre un vase sur un marché d’antiquités à Rome, qu’il décide de ramener à Berlin (Bréal 1882: 147). Ce vase se compose de trois récipients ronds et porte une inscription de 128 lettres en latin archaïque.

Le vase a été fabriqué durant la première moitié du VIe siècle av. J.-C. (600-550 av. J.-C.), l’inscription y a été ajoutée sans doute peu après. L’inscription est enregistrée sous le numéro 4 dans le CIL (Corpus Inscriptionum Latinarum, vol I, partie II, fasc. I, 1918), le vase est aujourd’hui dans la possession de la Antikensammlung Berlin.
Il y a de nombreux articles sur l’inscription mais sa signification n’a toujours pas été éclairée entièrement (Wachter 1987: 70), sans doute en raison du langage archaïque et du fait que les mots ne sont pas séparés par des espaces :

IOUESATDEIUOSQOIMEDMITATNEITEDENDOCOSMISUIRCOSIED
ASTEDNOISIOPETOITESIAIPACARIUOIS
DUENOSMEDFECEDENMANOMEINOMDUENOINEMEDMALOSTATOD

La lecture suivante a été proposée par Meiser (2006: 4, avec le texte en latin classique pour comparaison) :
iouesat deiuos qoi med mitat nei ted endo cosmis uirco sied
iurat deos, qui me donat, ni in te comis virgo sit
asted noisiopetoitesiai paca riuois
at te [...] paca rivis
duenos med feced en manom einom duenoi ne med malos tatod
bonus me fecit in manum [...], bono ne me malus clepito.

Traduction en français:
Celui qui me donne [en cadeau], jure par les dieux : si la fille ne t’est pas favorable,
mais te [...] calme avec [ces] flots.
Un bon homme m’a fait pour faire du bien (?), que je ne sois pas volé au bon par un méchant !

Le vase parle donc ici : ses flots (le vin qu’il contient, sans doute) peuvent calmer un cœur deçu (ou bien la fille qui n’est pas favorable ?). Et gare au méchant qui veut le voler !

Du point de vue linguistique, on peut noter certaines caractéristiques du latin archaïque : le rhotacisme (s > r) n’a pas encore eu lieu (iurat s’écrit encore iouesat), les vieilles diphtongues sont encore présentes (duenoi, nei, deiuos), -os n’est pas encore devenu –us (duenos, malos), de même –d à la fin d’un mot n’a pas encore disparu (ted, med).

Images:
Les images sont prises de la revue Hermes (numéro 16, 1881) et sont elles-mêmes sans doute des copies des dessins publiés par Heinrich Dressler en 1880 dans Annali dell' Instituto de Corrispondenza Archeologica. Le dessin qui montre l’inscription complète d’en haut est parmi les plus célèbres : il a été reproduit de nombreuses fois, notamment dans CIL 1: 371, Degrassi 1965: 261 et Fortson IV 2010: 291.

duenos1a.png: 682x473, 62k (15 octobre 2011 à 12h31) duenos2.png: 860x858, 82k (15 octobre 2011 à 01h53) duenos3.png: 790x430, 52k (15 octobre 2011 à 01h52)

Le mouton et les chevaux II

Pour voir la différence (et aussi les ressemblences) entre l’indo-européen commun et le latin, voici une tentative de traduction de la fable indo-européenne en latin de l’époque classique. Le texte indo-européen à gauche, le latin à droite, avec la traduction française en bas.

h2ówis h1éḱwōskweOvis equīque
h2ówis, jésmin h2wlh2néh2 ne éh1est, dedorḱe éḱwons, tóm, wóǵhom gwérh2um wéǵhontm, tóm, bhórom méǵoh2m, tóm, dhǵhémonm h2oHḱú bhérontm.Ovis, in quō lana non erat, equōs vidit, unum currum gravem vehentem, alium pondus magnum ferrentem, alium hominem citō ferrentem.
h2ówis éḱwobhos ewekwet : ḱē´rd h2ghnutoj moj widntéj dhǵhmónm éḱwons h2éǵontm.ovis equīs inquit : cor grave mihi videnti hominem equōs agentem.
éḱwōs ewewkwnt : ḱludhí, h2ówi ! ḱē´rd h2ghnutoj widntbhós : dhǵhémōn, pótis, h2wlnéh2m h2ówjom kw newti sébhoj gwhérmom wéstrom ; h2éwibhoskwe h2wlh2néh2 né h1esti.equī dīxerunt : audī, ovis ! cor grave scientibus : homō, dominus, lanam ovium facit sibi calidam vestem. ovibusque lana non est.
Tód ḱeḱluwō´s h2ówis h2éǵrom ebhuget.hōc audīto, ovis in agrum fūgit.

Le mouton et les chevaux
Un mouton sur lequel il n’y avait pas de laine, voyait des chevaux, l’un tirant un wagon lourd, un autre portant une grande charge, un autre portant un homme de façon rapide. Le mouton dit aux cheveux : « Mon cœur devient lourd quand je vois l’homme faire avancer les chevaux. » Les chevaux dirent : « Écoute, mouton ! Notre cœur est lourd, nous qui savons : L’homme, le maître, se fait un manteau chaud de la laine des moutons. La laine n’appartient pas aux moutons. » Le mouton, ayant entendu cela, se sauva en courant au champ.
(Le texte indo-européen par Lühr, voir la page IE-Structures).

Vidéo et audio

video est un mot latin et veut dire ʺje voisʺ, audio est un mot latin aussi et veut dire ʺj’écouteʺ.
À ce petit survol du latin ne manqueront donc pas quelques exemples pour illustrer la langue de César. La vidéo suivante a été tournée par des élèves de 13 ans à une école de Darmstadt, en Allemagne. Bellum holitorum (ʺLa guerre des légumesʺ) présente une petite histoire avec Louis XVI en tant que...légume (qui parle latin, bien sûr) :

(:youtube P_tvqhq3OD8:)

Pour avoir une idée du latin parlé authentique de l'antiquité, on donne également le lien du projet Performance : Rudolf Wachter (université de Bâle) a essayé de reconstruire la prononciation d'un poème de Catulle : Passer mortuus est se trouve ici avec un fichier audio à écouter.

Parmi les autres liens pouvant donner une idée du latin parlé et vivant, retenons encore la leçon de latin du film La vie de Brian, le rap moderne en latin (du groupe Ista, extraits mp3), le journal hebdomadaire de la radio finlandaise YLE avec des actualités en latin et le site du Cercle latin de Paris.

Bibliographie

BRÉAL, Michel (1882), "L’inscription de Duenos", Mélanges d'archéologie et d'histoire 2, 147-167.
Corpus Inscriptionum Latinarum: Inscriptiones Latinae Antiquissimae, Vol. I, pars II, fasc. I, Editio altera, Berlin: Reimer. 1918.
DEGRASSI, Atilius (1965), Inscriptiones latinae liberae rei publicae: Imagines, Berlin: de Gruyter.
FORTSON IV, Benjamin W. (2010), Indo-European Language and Culture. An Introduction, 2nd edition, Chichester: Wiley-Blackwell.
MEISER, Gerhard (2006), Historische Laut- und Formenlehre der lateinischen Sprache, 2. Auflage, Darmstadt: WBG.
WACHTER, Rudolf (1987), Altlateinische Inschriften, Bern: Peter Lang.