Les langues italiques

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Après 3000 av. J.-C., la période de l'indo-européen commun a dû cesser et des branches diverses, dont la branche italique, se sont successivement séparées l'une de l'autre. Il est difficile de déterminer quand des tribus parlant cet italique commun sont arrivées dans ce qui est aujourd’hui l’Italie. On s'appuie sur des résultats archéologiques et rencontre alors le même problème que pour la localisation de l’indo-européen, à savoir le fait que langue n’égale pas automatiquement culture (cf. la page sur l’indo-européen). Pour l’instant, on pense que des tribus venant du nord sont arrivées par les Alpes au IIe millénnaire av. J.-C. (Fortson IV 2010: 274). Mais ce n'étaient pas que les langues italiques qui étaient parlées en Italie par la suite : l'étrusque et le rhétique, deux langues non-indo-européennes, se parlaient dans le nord-ouest de la péninsule italique au Ier millénnaire (ibid.). Dans l’extrême nord-ouest, on pouvait trouver le lépontique, un parler celtique ; au sud, le messapien et le grec (attesté depuis le VIIIe siècle av. J.-C., cf. Clackson et Horrocks 2007: 39).


Langues parlées dans la péninsule italique vers 500 av. J.-C., d'après les cartes de Fortson IV 2010: 276, Wallace 2007: X, et les données de Wallace 2007: 1, Rix 2002: 4sqq. Entre 400 et 250 av. J.-C., l'osque a remplacé le pré-samnite et plusieurs langues dans l'Est (Rix 2002: 5).

Les langues et tribus italiques se répandaient dans un premier pas partout dans le centre et le sud de la péninsule, le latin n’était parlé qu’au Latium (Rome et ses environs) avant son expansion. Gagnant ensuite en influence et en pouvoir, la langue latine a fini par remplacer presque toutes les autres langues italiques dans leurs territoires avant le premier siècle av. J.-C. (Wallace 2007: 5). Le dernier "concurrent", l’osque, devrait avoir été éteint vers l’an 100 après J-C. (Rix 2002: 6).
On peut diviser les langues italiques en deux ou trois sous-branches :
1) la branche latino-falisque avec le latin et le falisque, parlé au nord à 60 km de Rome.
2) la branche sabellique avec l’osque, l’ombrien, le picène du sud, ainsi qu'une dizaine d'autres dialectes peu attestés.
3) le vénète ; cette langue est peu attestée, sa position parmi le groupe italique est donc incertaine (cf. Weiss 2009: 471sq.).
Malgré une tentative récente de Rix (2002: 4sqq.), la division intérieure de la branche sabellique demeure un terrain de débat. Certains chercheurs ont refusé de croire à un italique commun, traitant les branches latino-falisque et sabellique comme indépendantes l'une de l'autre (Fortson IV 2010: 275).

Les contacts du latin

Durant toute son histoire, le latin était en contact avec les langues voisines et celles qui étaient parlées à l’origine sur les territoires colonisés. Avant notre ère, le latin avait remplacé presque toutes les autres langues en Italie mais celles-ci ont laissé un peu de leur héritage dans le vocabulaire latin. On connaît ainsi des emprunts que le latin a fait aux autres langues italiques, comme bōs ("bœuf, vache"), lupus ("loup") et rūfus ("roux"). L’étrusque a contribué persona ("personne") et histrio ("mime, comédien") ainsi que le mode de compter en soustraction, comme un-de-viginti = "un moins que vingt" = "dix-neuf" (Meiser 2006: 10, 12 ; Adams 2003: 164).
Le grec a influencé le latin dans beaucoup de domaines, surtout dans le vocabulaire soutenu, technique, culturel et politique : qu’on pense à philosophia, thēsaurus, lyra, hymnus etc. etc. On trouve aussi quelques emprunts germaniques comme ganta ("oie") et framea ("framée, lance"), et des emprunts gaulois comme carrus ("chariot"), cervīsia ("cervoise") et brācae ("braies, chausses") (Adams 2003: 184, 279).

L’alphabet

L’écriture est arrivée en Italie avec l’alphabet. Cet alphabet a été importé par les Grecs qui à leur tour ont copié un alphabet phénicien. L’alphabet phénicien ne comportait à l’origine que des signes pour des consonnes (Gasparri 1994: 17) mais les Grecs l’ont modifié de sorte qu’il disposait désormais également des signes pour les voyelles. Après que des divers alphabets régionaux s’étaient développés en Grèce, un de ces alphabets semble avoir été transmis aux Étrusques vers le VIIIe/VIIe siècle av. J.-C. (Meiser 2006: 47). L’étrusque n’a pas d’opposition entre /k/ et /g/, c’est pourquoi l’alphabet qu’ils ont transmis alors aux Latins ne connaît aucun signe spécifique pour /g/. Dans les inscriptions du latin archaïque, cela se manifeste : jusqu’au IIIe siècle av. J.-C., /g/ y est écrit par la lettre C. Selon le témoignage de Plutarque, ce serait un certain Spurius Carvilius qui aurait alors inventé la lettre G, tout simplement en ajoutant un trait à la lettre C (Wachter 1987: 326). Les Latins, après avoir retransmis l’alphabet à leurs voisins, les Falisques, ont en outre donné à la lettre F (qui exprimait le son /w/ en grec) la valeur de /f/ (ibid.: 23, 37sq.).


À noter : La langue grecque avait initialement des occlusives sourdes aspirées : ph, th, kh, qui étaient changées en f, θ, χ plus tard. Dans l’alphabet latin, les lettres G, Y et Z ont été ajoutées aux IIIe (G) et IIe/Ier siècle (Y, Z) av. J.-C.

Quant au taux d’alphabétisation de la population, les opinions divergent considérablement. Certains croient qu’environ 80 % de la population savaient lire et écrire (cf. Dubuisson 1991: 638), d’autres plassent la barre nettement plus bas pour des raisons théoriques et des comparaisons avec des cultures modernes (ibid.: 639-646). Il semble pourtant que la pauvreté était en Italie à l’époque un facteur important dans l’illettrisme (ibid.: 644).

Bibliographie

ADAMS, J. N. (2003), Bilingualism and the Latin language, Cambridge: Cambridge Univ. Press.
BISCHOFF, Bernhard (2009), Paläographie des römischen Altertums und des abendländischen Mittelalters, 4. Auflage, Berlin: Erich Schmidt Verlag.
CLACKSON, James et HORROCKS, Geoffrey (2007), The Blackwell History of the Latin Language, Malden: Blackwell.
DUBUISSON, Michel (1991), "Lettrés et illettrés dans la Rome antique. L’importance sociale, politique et culturelle de l’écriture", in: Baurain, Claude et al. (éds.), Poinikeia Grammata. Lire et écrire en Méditerranée. Actes du Colloque de Liège, 15-18 novembre 1989, Namur: Société des Études classiques, 633-647.
FORTSON IV, Benjamin W. (2010), Indo-European Language and Culture. An Introduction, 2nd edition, Chichester: Wiley-Blackwell.
GASPARRI, Françoise (1994), Introduction à l’histoire de l‘écriture, Louvain: Brepols.
MEISER, Gerhard (2006), Historische Laut- und Formenlehre der lateinischen Sprache, 2. Auflage, Darmstadt: WBG.
RIX, Helmut (2002), Sabellische Texte. Die Texte des Oskischen, Umbrischen und Südpikenischen, Heidelberg: Winter.
WACHTER, Rudolf (1987), Altlateinische Inschriften, Bern: Peter Lang.
WALLACE, Rex E. (2007), The Sabellic Languages of Ancient Italy, München: Lincom.
WEISS, Michael (2009), Outline of the Historical and Comparative Grammar of Latin, Ann Arbor: Beech Stave Press.