L'indo-européen

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Quand et où la langue-mère a-t-elle été parlée ?

La première branche descendue de la famille indo-européenne, l’anatolien, est attestée par des noms propres à peu près vers 2000 av. J.-C. (Gamkrelidze et Ivanov 1995: 758), ce qui suppose une séparation déjà un certain temps avant cette date (Meier-Brügger 2003: 63, Adams et Mallory 2006: 454). Certains auteurs s’avancent jusqu’à 6000 av. J.-C. (Walter 1988: 32) et même 10 000 av. J.-C. pour la date du proto-indo-européen (PIE) commun mais des telles datations présupposeraient des séparations inhabituellement précoces des branches-filles (Adams et Mallory 2006: 100). En plus, le vocabulaire reconstruit pour des mots comme la roue, le chariot, l’araire et le cheval (domestique ?) indique que la communauté du proto-indo-européen ne s’est sans doute pas fragmentée avant le IVe millénnaire av. J.-C. (cf. Gamkrelidze et Ivanov 1995: 767, Adams et Mallory 2006: 102). C’est pourquoi l’estimation de date la plus répandue aujourd’hui place les Indo-Européens entre 5000 et 3000 av. J.-C. (Gamkrelidze et Ivanov 1995: 761, Meier-Brügger 2003: 63, Duval et al. 2011: 13).

Indo-européen et proto-indo-européen
-> On parle des langues indo-européennes (langues-filles, comme le russe, le français, le grec, l’irlandais etc.) et de la famille indo-européenne. La langue-mère reconstruite de cette famille est appellé le proto-indo-européen par les spécialistes d'études indo-européennes et de la grammaire comparative, mais souvent simplement l'indo-européen par les champs annexes et voisins de la linguistique.

En ce qui concerne la localisation de cette culture ou population indo-européenne, qui aurait parlé la langue-mère, l’affaire semble plus compliquée. En manque de toute évidence écrite du proto-indo-européen, on a tenté de concilier le vocabulaire reconstruit avec des faits archéologiques et d’en déduire le lieu de la culture indo-européenne – bien qu’il soit généralement admis que culture (archéologique) n’égale pas nécessairement langue (Meier-Brügger 2003: 64sq.). On a essayé de localiser le pays d’origine par le vocabulaire de noms de plantes et d’animaux. Le mot pour saumon, *loḱsos, pointerait vers l’Europe de l’Est vu que le saumon atlantique n’était répandu que dans les fleuves se jetant dans la Mer baltique ; en revanche, en tokharien, le reflexe de *loḱsos signifie "poisson", d’où la question si le mot désignait à l’origine le saumon atlantique, un saumon en général ou même un poisson quelconque (Fortson IV 2010: 44). Le même problème surgit avec le mot pour le hêtre, dont on a pensé qu’il n’était initialement répandu qu’à l’ouest de Russie. Pourtant, le domaine du hêtre était plus grand autrefois ; en plus, le mot signifie "sureau" en russe et "chêne" en grec, d’où la question du sens qu’avait le mot en proto-indo-européen (ibid.: 45).

Mer noire ou Caucase du sud ?

Malgré les difficultés qui hantent la tentative de localisation, deux hypothèses ont réussi de s’implanter récemment dans l’opinion linguistique. L’une, baptisée hypothèse néolithique par Adams et Mallory (2006: 460), se base sur le fait que la branche anatolienne diffère en beaucoup de points de ses branches-sœurs et sur l’hypothèse que l’anatolien s’est séparée en premier du proto-indo-européen commun – d’où la théorie que c’est en Anatolie que doit se situer la région d’origine des Indo-Européens (cf. ibid.: 446, 460). Selon les représentants, Gamkrelidze et Ivanov, les Indo-Européens correspondent à la culture kouro-araxe en Anatolie de l‘Est, dans le plateau iranien et dans le sud du Caucase (Gamkrelidze et Ivanov 1995: 789). S’étant séparée des Anatoliens, cette communauté aurait émigré vers l’Europe où elle se serait dispersée en dialectes (ibid.: 761). Malheureusement, il est difficile de concilier cette théorie à la fois avec les faits archéologiques et la période présupposée par le vocabulaire reconstruit (cf. Adams et Mallory 2006: 460, Fortson IV 2010: 48).


Le régions postulées par le modèle kourgane (culture Yamna) et par le modèle néolithique (kouro-araxe et Anatolie de l'Est), d'après Fortson IV 2010: 47sq. et Gamkrelidze et Ivanov 1995: 789.

L’autre hypothèse, le modèle kourgane (Adams/Mallory 2006 : 461), situe les Indo-Européens au nord de la Mer Noire, en Russie du Sud et en Ukraine. L’indice invoqué est le rite d’enterrement qui est décrit dans plusieurs écrits d’anciennes langues indo-européennes : il s’agit d’un enterrement dans un tumulus, une colline de tombe, avec des offrandes funéraires (Fortson IV 2010: 45). Le rite est attesté dans l’archéologie, chez la culture kourgane, d’où la conclusion tirée d’abord par Marija Gimbutas, que les Kourgans sont les Indo-Européens (ibid.). Une version alternative croit à la culture des Yamna, qui vivaient dans la même région, ce qui se concilie mieux avec une migration plus tard vers l’Inde (ibid.: 46sq.). Outre les rites funéraires, c’est aussi la céramique cordée qui est prise comme indice archéologique (cf. Duval 2011: 13). Le modèle kourgane, se heurte, lui aussi aux données archéologiques quand on vient aux vagues de migrations qui sont nécessaires pour sa validation. Notamment, la céramique cordée pose problème, surtout pour l’Europe du Sud-Est et l’Asie (Adams et Mallory 2006: 452). Gamkrelidze et Ivanov ont attaqué ce modèle en invoquant le vocabulaire reconstruit, qui pointe plutôt vers des montagnes que vers une steppe / un terrain plat comme au nord de la Mer Noire (Gamkrelidze et Ivanov 1995: 763).

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Bibliographie

ADAMS, D.Q. & MALLORY, J.P. (2006), The Oxford Introduction to Proto-Indo-European and the Proto-Indo-European World, Oxford: Oxford Univ. Press.
DUVAL, Frédéric et al. (2011), Mille ans de langue française. Histoire d’une passion, t. I: Des origines au français moderne, Paris: Perrin.
FORTSON IV, Benjamin W. (2010), Indo-European Language and Culture. An Introduction, 2nd edition, Chichester: Wiley-Blackwell.
GAMKRELIDZE, Tamaz V. et IVANOV, Vyacheslav V. (1995), Indo-European and the Indo-Europeans, Translated by Johanna Nichols, Berlin: de Gruyter.
MEIER-BRÜGGER, Michael (2003), Indo-European Linguistics, Berlin et New York: Walter de Gruyter.
WALTER, Henriette (1988), Le français dans tous les sens, Paris: Robert Laffont.