berlue

date : 1536 registre ancien : 3 registre moderne : 4 fréquence : 31

berlue

& avoir la berlue ; se croire la berlue ; ne pas avoir la berlue ; (avoir la barlue)

n.f.

Avoir la vision (ou audition) dysfonctionnelle, délirer, s'imaginer à tort voir des choses ; ne pas en croire ses yeux ; ne pas bien y voir ; se tromper, quand les sens sont trompeurs, voir les choses de travers ; chimère, problème de vision ; mauvaise vision, erreur

Synonyme : tromper, se tromper, illusionner (s'), rêver

Morphologie : a/e

24373.jpg: 352x714, 34k (06 juillet 2011 à 18h45)

1927 Tout bruit avait cessé. « Tiens, pensa le policier, aurais-je la berlue, par hasard ! » 1927. Nouvelles aventures des Pieds Nickelés, dans Les Pieds-Nickelés en Amérique (1921-1927) 1927 Si je n'ai pas la berlue, […] j'entends les voix harmonieuses de mes poteaux 1927. A la revoyure - Nouvelles aventures des Pieds Nickelés, dans Les Pieds-Nickelés en Amérique (1921-1927) 1791 Un beau vit éclaircit la vue, / L'argent n'est rien, mais foutre est tout, / Alors on n'a point la berlue 1791. Bordel patriotique institué par la reine des Français, pour les plaisirs des députés de la nouvelle législature, Précédé d'une épître dédicatoire de Sa Majesté à ces nouveaux Lycurgue 1937 Le Front Populaire n'a jamais menti... C'est une berlue, c'est une chimère... un détraquement de la vision... bien navrante, une déconfiture de tes pauvres sens d'onaniste 1937. Bagatelles pour un massacre 1648 Mais si la recognois-je, ou j'ay la berleuë ; / Ouy, voila son visage, et j'y vois des appas / Qui me pourroient tenter après un bon repas 1648. L'intrigue des filous 1912 Elle était là. Je n'ai pourtant pas la berlue. […] Je n'ai pas quitté le vestibule une seconde ! Je l'aurais bien vue sortir, nom d'un chien ! 1912. Le bouchon de cristal 1916 Mon lieutenant, je n'ai pas la berlue. Ce que je vous dis là, c'est vrai. N'y a plus de Français entre vous et eux. Et ils sont là... 1916. Sous Verdun (août-octobre 1914) 1915 Non... je ne rêve pas... j'ai bien vu... Je n'ai pas la berlue... Oh ! c'est trop fort ! 1915. Les poilus de la 9e 1915 Non, c'est pas Dieu possible !... J'ai la berlue... j'deviens louf... 1915. Les poilus de la 9e 1947 T'es bien certain d'pas t'tromper ? C'est bien elle que t'as vue ? –Puisque j'te le dit ! J'ai pas la berlue... 1947. Fleur-de-Poisse <10 citation(s)>

BERLUE, subst. fém.

A. MÉD., vx. ,,Lésion de la vue, dans laquelle on voit des objets que l'on n'a pas réellement devant les yeux, tel que des mouches, des toiles d'araignées, etc.`` (LITTRÉ-ROBIN 1865) :

1. ... le sentiment du vide persiste, et l'entrain de vivre n'est pas revenu avec le réveil. Je sens même une berlue poindre dans ma rétine... AMIEL, Journal intime, 1866, p. 319.

B. P. ext. Fam. Avoir la berlue. Voir les choses de travers en déformant la réalité ou en percevant des objets imaginaires. Synon. avoir une hallucination :

2. Il a fallu marcher sous le soleil, dans le sable, où les gens sujets d'avoir la berlue voyaient des eaux desquelles on ne pouvait pas boire, et de l'ombre que ça faisait suer. BALZAC, Le Médecin de campagne, 1833, p. 173.

P. métaph. Se faire une idée fausse de quelque chose. C'est drôle comme ton discernement a des berlues quelquefois! (FLAUBERT, Correspondance, 1853, p. 163). [En parlant de choses] Donner la berlue. ... tellement agités et si nombreux qu'ils vous en donnaient la berlue (CÉLINE, Voyage au bout de la nuit, 1932, p. 454). Se faire des berlues, ne pas se faire de berlue (A. LE BRETON, Du Rififi chez les Hommes, 1953, p. 21). (Ne pas) se faire des illusions. Rem. On rencontre dans la docum. la loc. ne pas avoir la berludondaine (R. MARTIN DU GARD, La Gonfle, 1928, I, 6, p. 1194). N'avoir pas la berlue. PRONONC. : []. ÉTYMOL. ET HIST. a) XIIIe s. bellue « fable, discours merveilleux destiné à aveugler l'esprit » (RUTEBEUF, I, 295 dans T.-L. : Ele li dist tan de bellües, De truffes et de fanfelües, Qu'ele li fet à force entendre Que le ciel sera demain cendre), attest. isolée; b) 1536 berlue (Nicolas de Troyes d'apr. Lar. Lang. fr.); 1596 (HULSIUS, Dict. françois-alemand et alemand-françois, d'apr. Behrens dans Z. fr. Spr. Lit., t. 23, p. ); c) 1828 brelue (F. VIDOCQ, Mémoires de Vidocq, t. 2, p. 351). Orig. obsc.; soit (hyp. de DIEZ5) déverbal de belluer XIVe s. « éblouir » (LEFEVRE, Lamentations de Mattheolus dans T.-L.) [l'attestation fournie par GDF., Vers de la mort, est erronée cf. éd. Wulff et Walberg, III, 8] lui-même formé du préf. péjoratif bes-, lat. bis (cf. bellonc pour beslonc, v. barlong; bellourd pour beslort, v. balourd) et de -lucare d'apr. les verbes lat. dér. de lux « lumière » : interlucare, sublucare; cf., de même orig., l'a. fr. esluer « glisser, s'évanouir ». (Vers de la mort, III, 8) erlue « tromperie » (Renart, éd. Martin X, 1384 dans TILANDER, Lexique Renart), de même l'a. fr. tresluer « tromper » (XIIIe s.? dans GDF.), treslue (Renart, éd. Martin, I, 2018), formes citées sous l'étymon lux par FEW t. 5, p. 478 b; à rapprocher aussi, du point de vue morphol., de la loc. ital. a barluzzo « de jour et de nuit » (DEI) soit, plus prob., parce que cette hyp. rend mieux compte de l'ensemble de cette famille, v. bluette (Schuchardt dans Z. rom. Philol., t. 28, p. 143; FEW, s.v. pompholyx), d'un lat. vulg. *bisluca, forme issue à la fin de l'Empire, par substitution du préf. bis- à la syll. initiale du b. lat. famfaluca (a. fr. fanfelue dep. le XIIe s. dans T.-L.; cf. aussi ex. de Rutebeuf supra) v. fanfreluche; en cette hyp. belluer est dér. de bellue, ce qui est plus en accord avec la chronologie des attestations. Brelue par métathèse pop. L'hyp. d'une orig. gaul. proposée par EWFS2 semble peu solide. STAT. Fréq. abs. littér. : 42. DÉR. Berlurer, verbe, arg. Raconter des histoires imaginaires. C'est toujours les paumés qui berlurent le plus et viennent vous parler d'affaires miraculeuses (A. SIMONIN, Le Pt Simonin ill., 1957, p. 216). 1re attest. 1957, id.; terme pic. (CORBLET 1851, JOUANC. t. 1 1880), dér. de berlue, étymol. I peut-être d'apr. lure, lurette, turelure, turelurer (cf. FEW t. 5, pp. 463-464), dés. -er. BBG. GUIRAUD (P.). Le Champ morpho-sém. du mot tromper. B. Soc. Ling. 1968, t. 63, no 1, p. 100. SAIN. Arg. 1972 [1907], p. 215. (TLFi) /

Déverbal de l'anc. franç. belluer «éblouir» d'orig. incert., p.-ê. de bes-, bis, préf. péjor., et d'un dér. de lux, lucis «lumière», ou d'un lat. pop. *bisluca (→ Bluette), de fanfaluca (→ Fanfreluche) (GR) /

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