barguigner

registre ancien : 3 registre moderne : 3 fréquence : 20

barguigner

& ≠ sans barguigner

Chipoter, discuter ; hésiter ; ne pas être direct ; marchander ; ≠ sans marchander, sans rechigner

Synonyme : hésiter

1801 Vingt-un francs. [Godard, frappant la table de deux écus de six francs.] V'là deux balles ; en veut-on, en veut-on pas, oui ou non ? si l'on barguigue, c'est fini 1801. Canardin, ou les amours du quai de la volaille, comédie du gros genre, en deux actes, en prose 1909 Y a pas à barguigner, ça fait la pige aux Vingt-trois marmites et à la pension alimentaire de la rue du Départ 1909. Ribouldingue se marie, dans La bande des Pieds Nickelés (1908-1912) <2 citation(s)>

BARGUIGNER, verbe intrans. A. Vieilli. Marchander plus ou moins longuement :

1. PHÈDRE (à Socrate). ... Issu d'aventures étonnantes (...) ayant observé de ses propres yeux les météores qui ne se rencontrent presque jamais; rusé avec les poissons les plus subtils; séduit les marchands les plus durs, embobiné les plus infidèles; et barguigné çà et là, quant au salaire (...) avec bien des aigres prostituées, cet homme [un Phénicien], le croirais-tu? quand il revenait des périls, allait (...) s'entretenir avec les savants hommes... VALÉRY, Eupalinos ou l'Architecte, 1923, p. 125.

Rem. Attesté dans BESCH. 1845, GUÉRIN 1892, DG, ROB. B. Fam. [P. réf. à la longueur de certains marchandages] Hésiter, ne pas arriver à se décider, mettre du temps à agir. Il n'y a pas à barguigner :

2. ... il [d'Argenson] a gardé du seizième siècle des débris de locutions qui effaroucheraient même le plumitif du greffe et qu'il emploie sans hésiter, sans barguigner... SAINTE-BEUVE, Causeries du lundi, t. 14, 1851-62, p. 242.

Rem. Attesté dans tous les dict. gén. du XIXe et du XXe s.; seul sans barguigner semble encore usuel (cf. ex. 2). Prononc. ET ORTH. : [], (je) barguigne []. On trouve également les formes barguiner (DUPIN-LAB. 1846, RHEIMS 1969), braguigner (H. COULABIN, Dict. des loc. pop. du bon pays de Rennes en Bretagne, 1891). Étymol. ET HIST. 1. 1165-70 trans. bargaignier « marchander » (B. DE STE MAURE, Troie, éd. L. Constans, 11. 420 dans T.-L. : De grant neient entre en barate, Qui ço bargaigne qu'il n'achate); ca 1165 barguignier (G. D'ARRAS, Eracle, éd. Loeseth, 1344, ibid.). Trév. 1771; noté comme appartenant au ,,style familier`` dep. Ac. 1740 et comme ,,très ancien`` par Trév. 1752; 2. 1234 barguaignier de « hésiter au sujet de (qqc.) » (HUON DE MERY, Torn. Antecr., 2049 dans GDF. Compl. : Barguaignier de la departie De l'une et de l'autre partie); 1400-22 emploi abs. sans barguigner (MONSTRELET, Chron., 1. I, ch. XXVII, ibid.). Barguigner, attesté en lat. médiév. sous la forme barcaniare « faire du commerce » (IXe s., Capit. reg. Franc., 271 et 302, 10 dans Mittellat. W. s.v., 1374, 47), barganniare (Leg. I Eadweard, tit. 1, text. Quadripart., Liebermann, I, p. 139 dans NIERM.), (cf. aussi le dér. barganaticum « impôt sur les marchandises » attesté dès 752-68 : Dipl. Pipp., 19 dans Mittellat. W. s.v., 1374, 36) est, selon l'hyp. communément reçue (EWFS1; FEW t. 15,2, p. 190b; v. aussi Ulrich dans Z. rom. Philol., t. 3, pp. 265-266), empr. à un a.b.frq. *borganjan, issu du croisement d'un frq. *borgen (all. mod. borgen « prêter, emprunter ») avec l'a.b.frq. *waidanjan (gagner*); le passage de -or- à -ar- s'explique par l'infl. de *waidanjan ou par assimilation régressive. Le passage de bargaignier à barguigner s'est peut-être fait par attraction de engigner (engeigner*); au sens 2 cf. a.fr. bargaigne « hésitation » (déverbal de barguigner « hésiter ») dès ca 1195, J. BODEL, Saxons dans T.-L. Une nouvelle hyp. a été proposée par Gamillscheg, Rom. Germ.2, t. 1, p. 293 et EWFS2 : les formes de lat. médiév. remonteraient à un *barwaniare, issu d'un frq. *warbanjan, dér. du subst. *warb. Ce subst. peut en effet se déduire du m.h.all. warb « action de tourner; affaire, métier » (LEXER30), a.dan. hvarv « industrie, métier », m.b.all. werf, warf « id. », subst. qui se rattachent eux-mêmes aux verbes a.h.all. hwerfan et hwerban « se tourner, s'en retourner, exercer (une profession) », all. mod. werben « rechercher » (FALK-TORP, s.v. Hverve-hverv). Cette hyp., suppose la métathèse (non attestée, mais phonét. rég.) *warbanjan → *barwanjan; il semble d'autre part que le sens de l'étymon orienterait plutôt vers l'activité propre au producteur que vers celle du client acheteur. L'étymon gr. « affaire, entreprise », par l'intermédiaire d'une forme *, véhiculée à travers le vénitien (Brüch dans Z. fr. Spr. Lit., t. 49, pp. 297-298), fait difficulté des points de vue phonét. et historique. STAT. Fréq. abs. littér. : 25. BBG. BRÜCH (J.). Bemerkungen zum französischen etymologischen Wörterbuch E. Gamillschegs. Z. fr. Spr. Lit. 1927, t. 49, p. 297. FEUGÈRE (F.). La Volière de Marie de France. Déf. Lang. fr. 1970, no 54, p. 10. KUHN 1931, p. 52. (TLFi) /

Francique *borgonjan qui a donné l'all. borgen « emprunter » ; P. Guiraud y voit un comp. de gagner, gaaigner et du préf. bar- exprimant l'échange (GR) /

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