Winter. Travaillant d'ordinaire la sorgue dans Pantin (chanson argotique)

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Titre : Travaillant d'ordinaire la sorgue dans Pantin
Auteur : Winter
Date : 1829
NbEditions :
NbMots :
Mots clés : source ; arg
Type : chanson
Contributeurs : gb
Discussion

Winter : Travaillant d'ordinaire la sorgue dans Pantin

Texte

Chanson.

Air de l' Heureux pilote.
[d'après Vidocq 1829]

Travaillant d'ordinaire,
La sorgue dans Pantin,
Dans mainte et mainte affaire
Faisant très bon choppin.
Ma gente cambriote
Rendoublée de camelotte,
De la dalle au flaquet ;
Je vivais sans disgrâce,
Sans regoût ni morace,
Sans taff et sans regret.

J'avais fait par comblance
Gironde larguecapé,
Soiffant picton sans lance,
Pivois non maquillé,
Tirants, passe à la rousse,
Attaches de gratousse,
Combriot galuché.
Cheminant en bon drille,
Un jour à la Courtille,
J'm'en étais enganté.

En faisant nos gambades,
Un grand messière franc
Voulant faire parade,
Serre un bogue d'orient.
Après la gambriade,
Le filant sus l'estrade,
D'esbrouf je l'estourbis,
J'enflaque sa limace,
Son bogue, ses frusques, ses passes,
J'en fus au fouraillis.

Par contre-temps, ma largue,
Voulant se piquer d'honneur,
Craignant que je la nargue,
Moi qui n'suis pas taffeur,
Pour gonfler ses valades,
Encasque dans un rade,
Sert des sigues à foison ;
On la crible à la grive,
Je m'la donne et m'esquive,
Elle est pommée maron.

Le quart-d'œil lui jabotte
Mange sur tes nonneurs,
Lui tire une carotte,
Lui montant la couleur.
L'on vient, on me ligotte,
Adieu ma cambriote,
Mon beau pieu, mes dardants.
Je monte à la cigogne,
On me gerbe à la grotte,
Au tap et pour douze ans.

Ma largue n'sera plus gironde,
Je serai vioc aussi ;
Faudra, pour plaire au monde,
Clinquant, frusque, maquis.
Tout passe dans la tigne ;
Et quoiqu'on en jaspine,
C'est un f.... flanchet.
Douz, longes de tirade,
Pour une rigolade,
Pour un moment d'attraits.


Sources

La chanson Travaillant d'ordinaire la sorgue dans Pantin se rencontre pour la première fois dans les Mémoires de Vidocq, t. 3, 1829 : il affirme qu'elle est attribuée à un certain Winter, « auteur d'une foule de chansons, fort en vogue parmi les forçats, qui le regardent comme leur Anacréon » ; elle est ensuite reproduite dans Bras-de-Fer 1829, Froment, Histoire de Vidocq et souvent reprise ailleurs. Elle se trouve (partiellement) dans Virmaitre 1894 à l'article cambrioleur, avec une attribution à B. Maurice. Esnault, DHAF, lui donne pour date, à elle et au vocabulaire qu'il y trouve, v.1815, probablement d'après les indications de Vidocq qui situe le long passage qu'il consacre à Winter dans « l'année de la première restauration ».

Sur Winter, Vidocq écrit : « Jamais peut-être à Paris il n'y eut un plus grand nombre de ces individus qui cumulent les professions de voleur et de chevalier d'industrie, que dans l'année de la première restauration. L'un des plus adroits et des plus entreprenants était le nommé Winter de Sarre-Louis.
Winter n'avait pas plus de vingt-six ans ; c'était un de ces beaux bruns, dont certaines femmes aiment les sourcils arqués, les longs cils, le nez proéminent et l'air mauvais sujet. Winter avait en outre la taille élancée et l'aspect dégagé qui ne messied pas du tout à un officier de cavalerie légère ; aussi donnait-il la préférence au costume militaire, qui faisait le mieux ressortir les avantages de sa personne. [...] Né de parents aisés, Winter avait reçu une éducation assez brillante pour être à la hauteur de toutes ces métamorphoses ; l'élégance de ses formes et une tournure des plus distinguées complétaient l'illusion.
Peu d'hommes avaient mieux débuté que Winter : jeté de bonne heure dans la carrière des armes, il obtint un avancement assez rapide ; mais devenu officier, il ne tarda pas à perdre l'estime de ses chefs [...]
Winter, qui était ce qu'on appelle lancé, fit une foule de dupes dans les classes les plus élevées de la société [...]
Winter était un de ces Lovelaces de carcan, qui ne trompent jamais une femme sans la voler. [...]
Winter fut condamné à huit ans de réclusion ; il serait aujourd'hui libéré, mais un faux dont il se rendit coupable durant sa détention à Bicêtre, lui ayant valu un supplément de huit ans de galères, il fut envoyé au bagne, où il est encore. Il partit en déterminé. Cet aventurier ne manquait pas d'esprit ; il est, assure-t-on, l'auteur d'une foule de chansons, fort en vogue parmi les forçats, qui le regardent comme leur Anacréon. »

Vidocq 1829

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Bras de fer 1829

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Froment 1829 (Lerosey)

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Virmaître 1894

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