anonyme. C'est dans la rue du Mail (chanson argotique)

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Titre : C'est dans la rue du Mail
Auteur : anonyme (parfois attribué à Dumoulin-Darcy)
Date :
NbEditions :
NbMots :
Mots clés : source
Type : chanson
Contributeurs : gb
Discussion

C'est dans la rue du Mail

Texte

rue-du-mail-hugo-dernier-jour-condamne-1832-1.jpg: 575x907, 15k (04 novembre 2009 à 03h20)
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C'est dans la rue du Mail
Où j'ai été coltigé,
Maluré,
Par trois coquins de railles,
Lirlonfa malurette,
Sur mes sique 'ont foncé,
Lirlonfa maluré.

Sur mes sique' ont foncé,
Maluré.
Ils m'ont mis la tartouve,
Lirlonfa malurette,
Grand Meudon est aboulé,
Lirlonfa maluré.
Dans mon trimin rencontre,
Lirlonfa malurette,
Un peigre du quartier
Lirlonfa maluré.

Un peigre du quartier,
Maluré.
Va-t'en dire à ma largue,
Lirlonfa malurette,
Que je suis enfourraillé,
Lirlonfa maluré.
Ma largue tout en colère,
Lirlonfa malurette,
M'dit : Qu'as-tu donc morfillé ?
Lirlonfa maluré.

M'dit : Qu'as-tu donc morfillé ?
Maluré.
J'ai fait suer un chêne,
Lirlonfa malurette,
Son auberg j'ai enganté,
Lirlonfa maluré,
Son auberg et sa toquante,
Lirlonfa malurette,
Et ses attach's de cés.
Lirlonfa maluré.

Et ses attach's de cés,
Maluré.
Ma largu' part pour Versailles,
Lirlonfa malurette,
Aux pieds d'Sa Majesté,
Lirlonfa maluré.
Elle lui fonce un babillard,
Lirlonfa malurette,
Pour m'fair' défourrailler
Lirlonfa maluré.

Pour m'faire défourrailler
Maluré.
–Ah ! si j'en défourraille,
Lirlonfa malurette,
Ma largue j'entiferai,
Lirlonfa maluré.
J'li ferai porter fontange,
Lirlonfa malurette,
Et souliers galuchés,
Lirlonfa maluré.

Et souliers galuchés,
Maluré.
Mais grand dabe qui s'fâche,
Lirlonfa malurette,
Dit : Par mon caloquet,
Lirlonfa maluré,
J'li ferai danser une danse,
Lirlonfa malurette,
Où il n'y a pas de plancher,
Lirlonfa maluré.


Sources

  • La chanson (« complainte ») se rencontre pour la première fois dans Hugo (Victor). Le dernier jour d'un condamné (1829), intégrée au récit sous la forme d'un témoignage (en l'entendant, le détenu-narrateur l'a notée, ch. XVI) et sous la forme d'un document hors-texte reproduit en fac-similé. Elle sera reprise dans Les Voleurs de Vidocq 1836. Entre les deux versions hugoliennes, des différences sont à noter : orthographe rationalisée dans la version narrée, traductions en notes de l'essentiel des mots argotiques (mais pas de tous) seulement dans la version fac-similé (bémol : dans certaines éditions les mots argotiques de la version narrée sont traduits en notes). L'air n'est pas indiqué.
    • Le fac-similé est introduit par une note non signée évoquant à la fois l'éventuelle curiosité des lecteurs pour cette sorte de littérature (dimension documentaire) et contribuant à authentifier le récit : « Nous donnons ci-jointe, pour les personnes curieuses de cette sorte de littérature, la chanson d'argot avec l'explication en regard, d'après une copie que nous avons trouvée dans les papiers du condamné, et donc ce fac-similé reproduit tout, orthographe et écriture. La signification des mots était écrite de la main du condamné ; il y a aussi dans le dernier couplet deux vers intercalés qui semblent de son écriture ; le reste de la complainte est d'une autre main. Il est probable que, frappé de cette chanson, mais ne se la rappelant qu'imparfaitement, il avait cherché à se la procurer, et que copie lui en avait été donnée par quelque calligraphe de la geôle.
      La seule chose que ce fac-similé ne reproduise pas, c'est l'aspect du papier de la copie, qui est jaune, sordide et rompu à ses plis. »
    • L'auteur de la chanson est inconnu (un « mystère » : Nedelec 1999), et les conditions dans lesquelles Hugo l'a obtenue encore plus, mais une piste classique (signalée dans Vicaire, YP, Sainean 1912 et ailleurs) se rencontre chez Asselineau, Appendice à la seconde édition de la Bibliographie romantique qui signale : « Victor Hugo a eu pour ce livre un collaborateur resté inconnu peut-être à lui-même. La chanson en argot fac-similée est de Dumoulin-Darcy, peintre en Watteaux. Les étranges compagnies où la noire misère contraignait cet artiste de fréquenter, lui ont inspiré diverses productions du même genre, à leur place dans le Parnasse satyrique du XIXe siècle».
      asselineau-biblio-romantique-1874-3e-271.jpg: 586x1000, 101k (01 février 2011 à 18h06) asselineau-biblio-romantique-1874-3e-272.jpg: 584x1000, 73k (01 février 2011 à 18h06)
    • Sainean 1912 répond : « Cette hypothèse ne tient pas debout, étant données les sérieuses connaissances argotiques dont témoigne cette chanson, connaissances que ne pouvait posséder à cette époque que Vidocq ou un des forçats dont il parle dans ses Mémoires
    • YP, qui utilise le texte (généralement sous la référence : Chans. XVIIIe s.) le date « d'avant 1792 » sans motiver.
    • Pierre Enckell écrit : « La collaboration avec Hugo est impossible, si les dates d'Alexis-Auguste Dumoulin-Darcy sont bien 1815-1864... » (comm. personnelle)
    • Bruneau, HLF, t. XII, p. 402 se prononce en faveur de l'authenticité du texte « qu'il faut considérer comme original (si Victor Hugo n'a pas connu de galériens, il a certainement été en relations avec des gardes-chiourme qui ont pu le lui fournir.) »

Voir aussi :

Lexique

« Babillard » qui est marqué au masculin dans le texte narré est enregistré par DHAF à « babillarde » (un' babillard') ; « entifer » dont le sens est donné pour « parer, atiffer » est classé par DHAF à « entifler » (marier, se marier) –et la citation qu'il fait de la chanson Ma largue j'entiflerai n'est pas conforme au texte narré ni au fac-similé– [pourtant, après avoir promis d'entifer sa largue le texte énumère les parures : porter fontange et souliers galuchés -> méprise entre entifler/atiffer ?] ; DHAF critique le sens caloquet=couronne donné par Vidocq 1836, le mot est pourtant cité sur le fac-similé. De nombreuses entrées ne sont pas connues préalablement à cette publication.

Ce tableau récapitule l'essentiel ; le chiffre est l'id de l'enregistrement fait dans bob.

(:text2tbl sep=" ":)
22011 coltigé (être -) être empoigné
377 rail [raille] archer, sbire, gendarme
2572 foncer sur se jeter sur
1858 mes sique [mes sique'] moi
2314 tartouve menottes (les)
14231 grand meudon [grand Meudon] mouchard
25636 aboulé (être -) être arrivé
2573 trimin chemin (cheminement, trajet)
3373 peigre (un -) voleur
242 largue (ma -) ma femme
22012 enfourraillé (être -) être emprisonné
2575 morfiller faire (commettre)
592 suer un chenne (faire -) [suer un chêne (faire -)] tuer un homme
466 auberg [sauberg] argent
2551 enganter prendre, dérober, voler
444 toquante montre
2576 ataches de ses [attaches de cés] boucles de souliers
30 babillard placet DHAF le classe au féminin
171 foncer donner, remettre
12053 défourrailler (faire -) [défourrailler (en -)] faire sortir de prison, libérer ; en sortir (de prison)
22184 entifer parer, atiffer DHAF le classe à entifler (marier)
22013 souliers galuchés souliers à galoches
529 grand dabe roi
69 caloquet [caloquet (par mon -)] couronne, chapeau ; ma couronne, mon chapeau
22014 danser une danse où il n'y a pas de plancher être pendu
(:end-of-original-data (THE TABLE BELOW WILL BE OVER-WRITTEN EVERY TIME THIS PAGE IS SAVED!):)

22011coltigé (être -)être empoigné 
377rail [raille]archer, sbire, gendarme 
2572foncer surse jeter sur 
1858mes sique [mes sique']moi 
2314tartouvemenottes (les) 
14231grand meudon [grand Meudon]mouchard 
25636aboulé (être -)être arrivé 
2573triminchemin (cheminement, trajet) 
3373peigre (un -)voleur 
242largue (ma -)ma femme 
22012enfourraillé (être -)être emprisonné 
2575morfillerfaire (commettre) 
592suer un chenne (faire -) [suer un chêne (faire -)]tuer un homme 
466auberg [sauberg]argent 
2551enganterprendre, dérober, voler 
444toquantemontre 
2576ataches de ses [attaches de cés]boucles de souliers 
30babillardplacetDHAF le classe au féminin
171foncerdonner, remettre 
12053défourrailler (faire -) [défourrailler (en -)]faire sortir de prison, libérer ; en sortir (de prison) 
22184entiferparer, atifferDHAF le classe à entifler (marier)
22013souliers galuchéssouliers à galoches 
529grand daberoi 
69caloquet [caloquet (par mon -)]couronne, chapeau ; ma couronne, mon chapeau 
22014danser une danse où il n'y a pas de plancherêtre pendu 

(:text2tblend:)

À faire

  1. Trouver une version clairement lisible du fac-similé et comparer (notamment auberg et babillard).

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