anonyme. Les pièces de cent sous (chanson argotique)

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Titre : Les pièces de cent sous
Auteur : anonyme
Date : 1890? (fin XIXe ?)
NbEditions :
NbMots :
Mots clés : source
Type : chanson
Contributeurs : gb
Discussion

anonyme : Les pièces de cent sous

Texte

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LES PIÈCES DE CENT SOUS

Voyez ces jeunes gens
Aux allures suspectes
Qui s'en vont nuitamment
Faire les bourses a sec,
Ne maillochant jamais,
N'ayant pu, pour subsister,
Par de bien vilains faits,
Argent se procurer.
A bas le point d'honneur !
Ils ne s'en soucient guère.
C'est cet argent trompeur
Qui les mène à la guerre,
A la guerre aujourd'hui
Que nous professons tous,
C'est la guerre, la guerre aux pièces de cent sous,

Voyez sur les boulevards
Un homme trébuchant,
A minuit moins un quart,
A ces jeunes gens parlant.
Ils se sont empressés
Autour de ce soulot.
Après l'avoir palpé,
L'un dit : il n'a que peau,
On le laisse passer
En disant : L'animal !
Comment il est fauché !
Il n'a juste que peau de balle.
Mais si ça continue
Nous pourrons nous dire tous
Que nous n'avons pas eu de pièces de cent sous.

Mais en voici un autre.
Faites attention, messieurs !
Faisons le bon apôtre ;
Appelons-le mon vieux,
Et au père François
Il faut le régaler.
Par ce moyen, je crois,
Il pourra entraver.
Il nous déporte tous,
Et, malgré notre attente,
Nous dit qu'il n'a pas le sou,
Et d'une voix tremblante :
Il est tard, voyez-vous, mes amis, je suis soûl.
Et j'ai dépensé toutes mes pièces de cent sous.

Ne voulant pas casquer,

Vu qu'il battait comtois,
Pour le faire entraver,
Nous l'endormions ma foi.
Aux cris du malheureux
Deux sergents de ville accourent :
Sur cinq, ils en prennent deux ;
De tout prendre firent un four.
Amenés au violon,
Le brigadier demande :
Qu'ont fait ces deux garçons ?
Ils étaient une bande,
Ils cherchaient tous les deux, ces sortes de filous,
Dans les poches de Monsieur, des pièces de cent sous.

Arrivés à la tour,
L'un de ces deux garçons
Disait à l'autre, un jour :
Mon vieux, nous sommes bons,
Et, comme je suis coupable,
Je suis bien décidé
A me mettre à table
Pour être moins sapé.
L'autre a beau le prier
De rester toujours homme.
Mais tu as beau chanter
Et ce sera tout comme.
Tous ceux que je connais gémiront dans le trou ;
Par ce moyen, j'aurai les pièces de cent sous.

Tu es un faux copain,
Lui dit l'autre garçon,
Et tu as grand besoin
D'avoir une leçon.
Je vais te la donner,
Ce ne sera pas long,
Et vais te faire passer
Dans la barque à Caron.
Palpe un peu ce vingt-deux,
Il est d'un bel ouvrage ;
Prends garde à toi, mon vieux,
D'en avoir le pucelage !
Après l'avoir frappé, il lui dit tout-à-coup :
Tu n'auras pas palpé de pièces de cent sous.


Sources

  • Le texte de la chanson Les pièces de cent sous se rencontre dans :
    • Laurent (Dr Émile). Les habitués des prisons de Paris (1890), précédé de cette introduction : « Voici une chanson qui a été saisie à la prison de la Santé par un gardien. L'auteur, qui avait subi plusieurs condamnations pour vol, n'y déguise nullement son admiration pour le vol à main armée. »

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