Clément. Les Pègres (chanson argotique)

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Titre : Les Pègres
Auteur : Clément
Date : 1877
NbEditions :
NbMots :
Mots clés : source
Type : chanson
Contributeurs : gb
Discussion

anonyme : Les pègres

Texte

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LES PÈGRES

Un certain soir, étant dans la débine,
Un coup de vague il leur fallut pousser,
Car sans argent on fait bien triste mine ;
Mais de courage ils n'ont jamais manqué.
La condition était fixée d'avance,
Le rigolo eut bientôt cassé tout ;
Du gai plaisir ils avaient l'espérance,
Quand on est pègre on peut passer partout.

Le coffre-fort fut mis dans la roulante,
Par toute l'escorte il fut entouré ;
Chez l'père Clément on lui ouvrit le ventre
D'or et d'fafiots, l'enfant était serré :
Quarante millets, telle était cette aubaine ;
Ah ! mes amis, c'était un fier coup !
De la manger ils n'étaient pas en peine,
Quand on est pègre on peut se payer tout.

L'ami Lapatte, qui n'était pas une bête,
Du coffre-fort voulant s' débarrasser,
Chez l'père Jacob pour l'jour de sa fête,
A son burlingue il voulait l'envoyer.
Tout près d'chez eux en face était la Bièvre,
On l'y plongea, mais voyez quel casse-cou.
Il fut repêché : adieu tous les beaux rêves,
Quand on est pègre on doit penser à tout.

Vive le vin, vive la bonne chère,
Vive la grinche, vivent les margotons,
Vivent les cigs, vive la blonde bière ;
Amis, buvons à tous les vrais garçons.
Ce temps heureux a fini bien trop vite,
Car aujourd'hui nous v'là dans l'trou,
Nous sommes tous victimes des bourriques,
Quand on est pègre, il faut s'attendre à tout.

Quinze jours après, ces pauvres camarades
Rentrant chez eux par l'arnac furent pincés ;
Ils revenaient de faire une rigolade.
Deux contre dix, comment pouvoir lutter ?
Ils furent vaincus, mais leur rappe porta tout :
Vrais compagnons de la haute Farandelle [lire : Fanandelle],
A mes amis, à vous, gloire éternelle,
Quand on est pègre, le devoir avant tout.

Mes chers amis, j'ai fini leur histoire ;
A la Nouvelle, tous trois, ils partiront,
Mais avant peu, bientôt, j'en ai l'espoir,
Brisant leurs fers, vers nous ils reviendront.
Mort, cent fois mort à toute la police,
Ces lâches bandits sans pitié coffrent tout ;
On les pendra, et ce sera justice,
Car pour les pègres, la vengeance avant tout.


Sources

  • Le texte de la chanson Les Pègres se rencontre dans :
    • Rossignol (Gustave-Armand). Dictionnaire d'argot (1900)
    • Lombroso, L'Homme criminel (1887), lequel l'attribue à Clément, voleur, et signale la source de « ce document singulier » : Ferri (1856-1929) et Maxime du Camp (1822-1894)
    • Lombroso et Du Camp, « Gli autografi di Troppmann », Archivio di psichiatria, antropologia criminale e scienze penali, vol. 1, 1880, pp. 57-58.
    • Barrere 1887 (éd. 1889) (« song written by Clément, a burglar »), pour illustrer le lexique, ...
      • ... qui l'a trouvée chez Pierre Delcourt, Paris Voleur (titre ??) (1886) (ce dernier l'attribue à Clément, 24 ans, et l'intitule La chanson du coffre-fort ; cf. seconde édition GL, Le vol à Paris, 1888, p. 65)
    • Emile Laurent, Les habitués des prisons de Paris, pp. 453-454 (1890) qui lui attribue une origine différente : « Ailleurs on chante la pègre malheureuse, le riche respecté et en adoration devant la pièce de cent sous. Un nommé Canada, condamné à vingt ans de travaux forcés pour rébellion à la prison de Clairvaux, et ensuite tué à Téremba par un gardien qu'il avait menacé, a composé une espèce de satire assez curieuse. C'est en même temps du rire et de la colère, de l'ironie et du regret, de la joie et de la tristesse. »

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