Revue de presse de Léfanstouf, ''L'hippiphonie''

Notice du livre : Léfanstouf. L'hippiphonie

Revue de presse

Le Figaro

Pour comprendre le langage des « vrais » turfistes

Sport24.com | 04/04/2010 | source

Cet ouvrage permet de découvrir le vocabulaire très imagé d'un monde attachant qui a ses codes et ses rites.

«Je vais mettre 200 biftons sur le fav, car c'est la maison qui accompagne» (1). L'argot utilisé par les «vrais» turfistes, ceux qui vont sur les champs de courses et «font le papier» (étudier les performances des chevaux) avant de jouer, est incompréhensible par le commun des mortels. Pourtant, il ne date pas d'hier.

Le «jargon des courtines» a en effet vu le jour en France vers la fin du XIXè siècle. Attirée par l'argent facile, la faune des bas-fonds parisiens investit rapidement l'hippodrome d'Auteuil implanté en lisière du Bois de Boulogne et inauguré le 1er novembre 1873.

«Aux anglicismes techniques se mélangent alors la langue verte des marlous et le parlé métaphorique du pavé parisien», note dans son ouvrage (2) Stéphane «Léfanstouf» Moreau, argophile averti.

Au XXè siécle, plusieurs films dont les dialogues sont écrits par Michel Audiard témoignent de l'enrichissement du langage sur les champs de courses. L'un des plus célèbres est Le Gentleman d'Epsom, réalisé par Gilles Grangier.

Elégant gentleman ruiné par le jeu, se présentant comme un ancien officier du Cadre Noir, Jean Gabin traque sur les champs de courses des «pigeons» à «plumer» avec l'aide de son complice Jean Lefebvre.

L'une des plus fameuses répliques est celle de Paul Frankeur, qui joue le rôle d'un patron de cercle et vient de voir son «oseille» s'envoler. «Impondérables…moi j'veux bien mais avouez qu'c'est un monde ! La photo qui nous met en retard, l'opération pissenlit (dopage) qui foire et un connard qui nous casse la baraque… Ca en fait un peu beaucoup des impondérables !».

La littérature non plus n'est pas en reste. Dans ses mémoires, Auguste Le Breton livre une vision brute du microcosme hippique. De son côté, dans son guide du Savoir-vivre chez les truands, Albert Simonin consacre un chapitre à l'attitude qu'il convient d'avoir au rond de présentation. C'est le lieu où se retrouvent, avant chaque course, propriétaires, entraîneurs et jockeys, pendant que les chevaux, tenus par leur lad, tournent devant le public avant d'entrer en piste.

Malheureusement, au fil des années et de la disparition des «pelousards» (turfistes préférant suivre les courses de la pelouse, située au milieu de l'hippodrome, plutôt que des tribunes) l'argot du turf est de moins en moins pratiqué. Grace à cet ouvrage, il demeure bien vivant.

Bertrand Le Balc'h.


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