anonyme. La Veuve (chanson argotique)

<< C'est dans la rue du Mail, 1829 | DocumentsArgotiques | Barbier et Royer : Cric, croc, doubleurs et mions, 1830 >>

Titre : La Veuve
Auteur : anonyme
Date : 1827?
NbEditions :
NbMots :
Mots clés : arg ; bagne ; Alhoy
Type : chanson
Contributeurs : gb
Discussion

anonyme : La Veuve

Texte

[D'après la version -- texte et traduction -- donnée dans Alhoy 1830, pp. 33 et 34.]

[Les forçats sont à la fatigue.] Les mouvemens, d'abord mal réglés, ne donnaient point au coup l'aplomb nécessaire à son effet. « Allons, les vieux ! dit un des condamnés, en avant la chanson de la Veuve ! (1) » Et il préluda à un chant qu'ils répétèrent tous. Il y avait dans la cadence traînante de l'air quelque chose de lugubre qui eût glacé le cœur alors même qu'il n'eût pas compris l'horrible sujet de ce chant. Quelques mots que j'ai pu saisir de ce patois méridional, mélangé de quelques mots du langage des prisons, me firent penser que c'était quelque hymne funèbre en l'honneur des camarades morts en place de Grève. La mesure de chaque phrase est calculée sur l'espace de temps que le mouton met à frapper la poutre. Trois fois il retombe, et la troisième mesure qu'il marque (la plume se refuse à tracer un semblable détail) signifie le coup fatal du glaive de la justice. Celui qui entonne le chant prélude ainsi :

Oh, oh, oh , Jean Pierre, oh !
Fais toilette ;
Vlà, vlà le barbier, oh, oh ! (2)

Ici le mouton frappe, le chœur reprend :

Oh, oh, oh, Jean Pierre, oh !
Vlà la charrette.

Le mouton s'abattant, marque encore une reprise :

Ah, ah, ah, ah !
Faucher Colas (3).

En ce moment, la corde est lâchée simultanément par tous les travailleurs ; le billot, enlevé avec plus de force par un élan général, retombe lourdement. Le garde-chiourme écoute en souriant ce chant qui paralyse sa férocité ; il bat la mesure avec sa canne, et marquant légèrement la cadence avec ses lèvres, il répète entre ses dents la dernière phrase musicale.

(1) La veuve est le nom sous lequel, dans leur langage, les condamnés désignent la guillotine.
(2) Ce n'est là que la traduction à peu près fidèle de ce chant, dont il est difficile de savoir et surtout de comprendre tous les mots.
(3) Signifie couper le cou.


Sources

Alhoy 1830

alhoy-les-bagnes-1830-033.jpg: 467x756, 60k (17 novembre 2011 à 20h17) alhoy-les-bagnes-1830-034.jpg: 467x756, 39k (17 novembre 2011 à 20h17)

Marx 1868

marx-un-peu-de-tout-1868-108.png: 575x1001, 27k (18 novembre 2011 à 01h17)

Liens

Noter aussi la liste des pages pointant ici :


Changements récents du groupe Argot