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LE GOUÊPEUR ET LE VOLEUR
Chanson dialoguée
LE GOUÊPEUR.
Sans paffs, sans lime, plein de crotte,
Aussi rupin qu’un plongeur,
Un soir, un gouêpeur en ribotte
Tombe en frime avec un voleur :
Eh bien ! lui dit-il d’un ton aigre,
Payes-tu le canon de rigueur ?
–Un canon ! lui répond le pègre,
Fais-toi voleur. (bis.)
LE VOLEUR.
Comme moi, gagne de la pièce ;
Tu pourras picter des canons,
Et, sans aller fumer sans cesse,
Te lâcher le fin rigodon.
Ne crains pas le pré, que je brave,
Car de la bride je n’ai pas peur.
Dans une tôle enquille en brave,
Fais-toi voleur. (bis.)
LE GOUÊPEUR.
Quoi ! tu voudrais que je grinchisse,
Sans tracquer de tomber au plan ?
J’doute qu’à grinchir on s’enrichisse ;
J’aime mieux gouêper, c’est du flan !
Viens donc remoucher nos domaines,
De nos fours goûter la chaleur.
Crois-moi, balance tes halènes ;
Fais-toi gouêpeur. (bis.)
LE VOLEUR.
Moi, je suis toujours de la fête ;
J’ai toujours bogue et bon radin.
Partout je peux lever la tête
En manteau je me lâche du jardin.
Souvent dans ma proute si je tracque,
Si j’éprouve quelque malheur,
Je me console avec ma largue.
Fais-toi voleur. (bis.)
LE GOUÊPEUR.
D’être pègre tu te fais gloire ;
Mais tu ne sais pas, hélas !
Qu’au pré finira ton histoire,
Et que là l’on n’y fait plus pallas.
Content de sorguer sur la dure,
Va, de la bride je n’ai plus peur.
Ta destinée est trop peu sûre :
Fais-toi gouêpeur. (bis.)
Quand frappent dix plombes sans crosser,
Je rapplique au flacus qui m’attend.
LE VOLEUR.
Et moi, à petites journées,
Chez Dufour je rabats à l’instant.
LE GOUÊPEUR.
Du grand prévôt j’crains la chicane :
Adieu, pègre adieu ; du bonheur !
LE VOLEUR.
Va, crois-moi, balance ta canne ;
Fais-toi voleur. (bis.)
La version textuellement reproduite au-dessus est celle donnée dans l’édition Ligou de Raspail 1835, pp. 293–294.
Esnault (Gaston). Les lois de l’argot, écrit : « Quant à la chanson de 1835 reproduite par Raspail, locutions académiques, inversions du complément de nom, subjonctifs imparfaits, si tant est qu’on l’ait chantée à la Force, elle pue son origine lettrée ; et, quoiqu’elle ait des mots que ne donne pas Granval, nous pouvons supposer qu’elle l’a froidement mis à profit. »
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