L. L. Goualante de la Courtille (chanson argotique)

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Titre : Goualante de la Courtille
Auteur : L. L.
Date : 1865
NbEditions :
NbMots :
Mots clés : source
Type : chanson
Contributeurs : gb
Discussion

L. L. : Goualante de la Courtille

Texte

LA GOUALANTE DE LA COURTILLE

Air de la Corde sensible.

Pègres, barbots, rappliquez au Sauvage,
Et sans traquer livrez-vous au plaisir.
On aurait tort de vouloir rester sage,
Puisqu'après tout, on sait qu'il faut raidir.
Grinches, frangins, sachez que la fourline
A rigoler passe la sorgue ici ;
Le rupin même a l'trac de la famine,
Nous la bravons chaque jour, Dieu merci !

Si quelque pantre
Radine et entre
Et se permet
Chez nous de faire du pet,
On l'saigne, on l'frotte
On lui barbote
Tout ce qu'il a,
Et c'est fini par là.

S'il se cavale et jacte dans la rue
Pour émeuter tous les daims contre nous,
De leur criblage sans avoir l'âme émue
Bouclant la lourde, nous les jardinons tous,
Et si la grive
Parfois arrive,
Et d'nous servir
Qu'la rousse ait le désir,
Contre la camarde
Toujours en garde :
On a le soin
De faire jouer le surin.
On n'les bute pas, car c'est un fichu flanche,
Y'en a toujours qui sont paumés marron.
L'soir en béqu'tant pour eux, on fait la manche,
Et-on leur porte leur fade au violon.
A la cigogne,
Vin de Bourgogne,
Pâté, jambon,
Rappliquent à foison ;
Étant en planque
Il ne leur manque
Pour s'divertir
Que l'rigolo d'sortir.

Mais vient le jour de monter sur la planche,
Où le bêcheur commence à jaspiner ;
Avec sa tronche et son poing sur la hanche
N'dirait-on point qu'il va vous becquiller.
Rien qu'à l'entendre,
Pour vous faire pendre
Y manque rien ;
Car on peut dire
Que ce vampire
Serait fâché
Que vous n'soyez pas fauché.
L'meg des gerbiers, qui veut que tout s'explique,
Dit en carrant sa frime dans son blavoir :
Assez d'jaspin, bêcheur pose ta chique,
C'est au parrain à tenir le crachoir.
Le parrain lâche
Les fafs et crache
Le vieux cure-dents ;
Qu'il avait dans les dents,
Puis il commence sa défense
Et prouve clairement
Que l'gonse est innocent.
Il batifouille au moins pendant une heure,
Sur votre sort il s'apitoie beaucoup ;
Il se lamente et, s'il peut, il pleure.
Faut lansquiner pour leur monter le coup.
Le bêcheur fargue,
L'parrain défargue
Mais, malgré tout,
Les gerbiers sont marlous.
On a beau faire
Pour votre niére,
Tout est flambé.
Et vous voilà gerbé.
On vous conduit alors à Lancefé
Où votre sort pourrait être adouci.
De Lancefé on va à Tunebé ;
De Tunebé à Melun ou Poissy.
Là, plus de noce,
Car la détorce
Vous met si bas
Qu'on n'béquille pas.
Chacun turbine
Pour sa cantine,
Fait des chaussons
Ou des queues de boutons.

Mais quand on a billanché pour son compte,
En décarrant on rapplique à Pantin,
L'long du trimard, béq'tant son décompte,
On gouale de r'bif le plus bath des refrains.
Pègres et barbots, rappliquez au Sauvage,
Et sans traquer livrez-vous au plaisir :
On aurait tort de vouloir rester sage
Puisqu'après tout on sait qu'il faut raidir.

goualante-de-la-courtille-rossignol-2.png: 575x872, 25k (12 novembre 2009 à 19h45) goualante-de-la-courtille-rossignol-3.png: 575x872, 27k (12 novembre 2009 à 19h45) goualante-de-la-courtille-rossignol-4.png: 575x872, 26k (12 novembre 2009 à 19h45) goualante-de-la-courtille-rossignol-5.png: 575x872, 23k (12 novembre 2009 à 19h45) goualante-de-la-courtille-rossignol-6.png: 575x872, 31k (12 novembre 2009 à 19h45)

Sources

  • La chanson La goualante de la Courtille se rencontre dans :
    • Rossignol (Gustave-Armand). Dictionnaire d'argot (1900), précédée de cette introduction : « La chanson ci-après a été faite en 1865 à la prison de Loos, par un nommé L. L., né en 1823, lequel ayant subi trente-sept années de réclusion, jouit encore d'une parfaite santé. »

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