Galopin (Arnould). Les enracinées

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Titre : Les enracinées. (Lettres et dessins de Détenues)
Auteur : Galopin (Arnould)
Date : 1903, 2003
NbEditions : 2
NbMots :
Mots clés : Galopin ; correspondance ; prison ; homosexualité ; chanson
Contributeurs : gb
Discussion

Galopin : Les enracinées

Galopin, Les enracinées, 1911

Référence (1903)

  • 1903 - Arnould Galopin. Les enracinées. (Lettres et dessins de Détenues). Préface du Président Magnaud. Paris, A. Fayard, éditeur, 78, Boulevard Saint-Michel, 1903. 287 pages (Source : gb)
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Commentaire (1903)

  1. Ouvrage intéressant, peu ou jamais utilisé dans les études argotiques. Sous le motif de montrer les inconvénients du mélange de détenues jeunes et âgées (risque délinquant et risque lesbien), Galopin reproduit une correspondance saisie par les surveillantes. Il reproduit quelques dessins et quelques rares extraits en fac-similés. La source de cette correspondance n'est pas indiquée : ni le lieu (une prison « modern style », « que l'on peut identifier comme la prison de Nanterre » d'après Artières et Laé, p. 179), ni la date (une lettre évoque septembre 1898, une autre mai 1901), ni sa composition. Il est difficile de se prononcer sur son authenticité : certains détails lui donnent un air de vérité, d'autres détails installent le doute. Quant au motif, si Galopin se place sous le patronnage bien-pensant du président Magnaud et de la criminologie (il cite rapidement Lombroso, Maurice Fleury, Lacassagne, Émile Laurent, Fouillée, Binet, Tarde, Richet, Henri Rollet), on peut surtout penser qu'il s'agit d'exciter l'amateur aux mots de prostitution des jeunes filles et de lesbianisme (« Je continue à fouiller dans mon dossier et voici les lettres que j'y trouve encore. C'est toujours pimenté, assaisonné de mots orduriers et de récits ignobles… Cela sent la fange et le crime… », p. 75). J'ai trouvé suspecte la répétition excessive d'un certain nombre de mots (tante, fiotte, poufiasse, ma crotte, chauffer, vache, je t'en réponds) là où j'aurais attendu une plus grande variété de style et de lexique si vraiment les auteurs sont à chaque fois différents. Mon sentiment est que la base est authentique, mais que tout a été réécrit : orthographe et style. Les dessins et le fac-similé des biftons peuvent être vrais comme ils peuvent être faux. Finalement, le lexique est dans l'ensemble intéressant et le document de Galopin, authentique ou faux, est une source utile pour l'argot. Contient quelques couplets argotiques à classer au rayon des chansons. (gb)

L'introuvable bifton, 2003

Référence (2003)

  • 1903 - Philippe Artières et Jean-François Laé, éd. « L'introuvable bifton », dans Lettres perdues. Écriture, amour et solitude (XIXe-XXe siècles). Paris, Hachette (Littératures), 2003, pp. 173-222. ISBN:2012356038. (Source : gb)
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Commentaire (2003)

  1. Chapitre de l'ouvrage de Artières et Laé qui présente assez longuement l'ouvrage de Galopin et reproduit une vingtaine de lettres. La présentation est intéressante. Elle se pose la question de l'authenticité du document et penche pour un faux : « le flou de la provenance des lettres, ajouté au caractère incongru de l'intérêt de Galopin pour les biftons de prisonnières – intérêt qui ne semble pouvoir s'expliquer que par un certain goût de l'édition de correspondances – nourrissent la thèse de la fiction. Galopin aurait mis au service de sa cause ses talents d'écrivain. Il aurait lu la littérature criminologique […] et aurait forgé ces biftons de toutes pièces. Les Enracinées seraient un des premiers romans épistolaires ordinaires des prisons.
    Tout porte donc à croire que ce volume est un faux, d'autant plus que la longueur des billets publiés est contradictoire avec les pratiques du bifton que les contemporains, détenus et observateurs, ont décrites. Le doute subsiste cependant en raison de la diversité des écrits : les plus de cent cinquante biftons publiés émanent d'autant de détenues ; chaque lettre est indépendante et ne constitue jamais une correspondance. […] La proximité de l'ouvrage de Galopin avec celui de Cesare Lombroso sur les palimpsestes des prisons est saisissante. […] Tout se passe donc comme si Galopin avait, à partir d'une collection de véritables biftons, construit un objet à mi-chemin entre le document anthropologique et la fiction romanesque. On peut penser qu'il a effectivement eu accès à de véritables biftons –ceux qu'il a reproduits en fac-similé en sont la preuve – et qu'à partir de ce corpus et de la littérature disponible il a construit cette anthologie imaginaire des écrits de prisonnières, en en réécrivant certains quand besoin était. » (pp. 181–182)

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