Citations

  • Perversité - Paris. Trait de perversité précoce. — Trois enfants, dont le plus âgé a quinze ans environ, viennent d'être arrêtés dans le quartier de l'Hôtel-de-Ville, comme prévenus de vols commis sur des étalages de plusieurs boutiques. L'un se faisait appeler Cartouche, l'autre Mandrin, et le troisième Tranche-Montagne. Chose étrange et alarmante ! ces trois enfans entendent et parlent l'argot des voleurs, et paraissent déjà connaître toutes leurs ruses. La mère de celui qui a pris le nom de Cartouche s'est présentée au poste de l'Hôtel-de-Ville, et a réclamé son fils. Le croirait-on ! ce jeune scélérat, d'une voix menaçante et en lui lançant son sabot à la tête, s'est écrié : « Tu es bien heureuse que je sois arrêté, car ce soir je t'aurais assassinée ! » (Nouv. journal de Paris.) (Source : C. Lesur, Annuaire historique universel pour 1828, 1829)
  • Censure (théâtre)
    • Il y a peu d'années, effrayé du langage trop pittoresque qui tendait à s'impatroniser au théâtre, et qui du théâtre passait dans la langue habituelle de ces gens toujours enclins à demander aux drôleries de la scène l'esprit qui leur manque, le ministre d'État ordonnait de ne laisser subsister dans aucune pièce les locutions d'argot. (Source : Victor Hallays-Dabot, Histoire de la censure théatrale en France, 1862)
    • S. Exc. le ministre d'État a adressé, le 24 avril dernier, la circulaire suivante à tous les directeurs de théâtre de Paris : – « Monsieur le directeur, je vois avec regret s'introduire de plus en plus dans le langage du théâtre l'usage des locutions vulgaires et brutales, et de certains termes empruntés à l'argot. C'est là un mauvais élément de bas comique dont le bon goût se choque, et qu'il ne m'est pas permis de tolérer davantage. La commission de censure vient de recevoir à ce sujet des instructions sévères, et je m'empresse de vous en prévenir, en vous priant de me seconder par votre légitime influence. Toutes les œuvres dramatiques ne sont pas sans doute assujetties à la même pureté de langage : la diversité des genres implique et autorise la diversité des formes ; mais pour les théâtres, même les plus frivoles, il est des règles et des limites dont on ne saurait s'écarter sans inconvénient et sans inconvenance. » (Source : Revue et Gazette musicale de Paris, 1858)
    • Voir aussi YP-180, L'Entr'acte, année 1858, n° du 10 mai : « M. Fould prévient les directeurs que la commission de censure a reçu des instructions sévères contre l'introduction au théâtre de termes empruntés à l'argot. »
    • Cette censure de l'argot au théâtre est le motif d'un petit vaudeville : 1863. L'argot au théâtre : deux auteurs, Labiche et Marc-Michel doivent réécrire leur pièce argotisante dans le style noble. « M. Marc-Michel tend à M. Labiche un numéro du Moniteur où il lui fait remarquer un bref entre-filets. C'est un avis aux directeurs de théâtre, pour les inviter à ne plus tolérer l'emploi de l'argot dans le vaudeville. » (p. 15)
    • Les pièces représentées à ces petits théâtres [boulevard du Temple] sont souvent d'un style analogie avec la plupart des spectateurs. Il en est même parmi elles qui renferment de nombreux termes d'argot que la censure, si susceptible d'ordinaire, devait bien retrancher. (Source : Aimée, Des dangers de la prostitution, 1841
  • Etymologie - On sait que le mot français argot, qui veut dire langue des voleurs, est celui que la Pie prononce le plus facilement. (Source : Toussenel, Le monde des oiseaux, 1853-1855)
  • Argot partout - Aussi bien, l' argot n'est pas si dédaigné de nos jours, puisque des hommes de lettres très célèbres, et même des gens du monde empruntent à chaque instant des mots à ce langage excentrique.
    De sorte qu'avant peu on ne parlera plus la langue de Balzac, de Corneille et de Bossuet, mais la langue de Vidocq et d'Eugène Sue. (Source : anon., Paris-Vivant par des hommes nouveaux - Le million, p. 6)
  • Argot vs Littérature convenable (Balzac) - [sur La Dernière Incarnation De Vautrin, par H. de Balzac. — 3 vol. (1847)] C'est la troisième et dernière partie de Splendeurs et misères des courtisanes, et par conséquent la suite d' un Drame dans les prisons. Si la fertilité de M. de Balzac n'égalait sa passion pour les peintures de mœurs, et quelles mœurs ! on se féliciterait de voir arriver à sa fin une suite de volumes dont chaque page soulève le cœur du plus affreux dégoût. Mais il est à craindre qu'il ne revienne encore avec de nouvelles inspirations puisées dans les bagnes, dont il sait si bien l'argot, et qu'il apprécie au point d'appeler l'admiration du lecteur sur cette riche et énergique langue ! Car, ne nous y trompons pas, l'argot des voleurs est une langue, une vraie langue, et il n'en est pas de plus riche, « de plus colorée, de plus énergique, que celle qui s'agite dans les caves, dans le troisième dessous des sociétés, pour emprunter à l'art dramatique une expression vive et saisissante........ chaque mot de ce langage est une image brutale, ingénieuse ou terrible. » Puis viennent les citations après chacune desquelles l'auteur s'écrie plein d'enthousiasme : « Quelle poésie! — Quelle vivacité d'images ! — Ça donne le frisson ! » etc. — Ce cours d'argot occupe la majeure partie du chapitre intitulé Essai philosophique, linguistique et littéraire sur l'argot, les filles et les voleurs. — Ce titre seul ne donne-t-il pas l'idée de l'ouvrage entier dont il fait partie ? Les bagnes, que M. de Balzac érige ainsi en académie, pourraient lui voter une médaille d'honneur, son livre l'a bien mérité ! Les voleurs et les assassins doivent être contents de lui ; mais que des lecteurs qui devraient se respecter eux-mêmes, se complaisent à ces détails, on a peine à le comprendre, on ne saurait trop le déplorer. (Source : Bibliographie catholique, 1847-1848)
  • Argot est parisien - –À lire votre livre, on s'aperçoit que l'argot n'a pas de secrets pour vous. –Ce serait malheureux ! Je suis fils et petit-fils de Parisiens, et mon tétard, qui dort dans la pièce d'à côté, aura de qui tenir… (Source : Marmouset, dans Dyssord, 1922)
  • Argot vs Littérature convenable (Hugo) - [sur les Misérables] Rouvrons le roman des Misérables, que trouverons-nous, par exemple : 1. Au tome VII, page 384, l'éloge de l'argot, cette langue du crime, que l'auteur ne craint pas d'appeler la langue de la misère. (Source : Perrot De Chezelles (procureur impérial), « Examen du livre des Misérables de M. Victor Hugo », Revue critique de législation et de jurisprudence, 1863)
  • Argot vs Littérature convenable (Sue) - [sur les Mystères de Paris] Nous ne parlerons du style que pour déplorer de voir l'argot des prisons et des bagnes envahir la littérature et arriver jusqu'à nous. (Source : Bibliographie catholique, 1842-1843)
  • Poésie argotique - « Certains [mots argotiques inventés par les détenus] même ont obtenu une telle vogue que leurs créateurs se sont cru d'excellentes dispositions pour les belles-lettres. Alors s'exalte la vanité de ces littérateurs de bas étage, qui, désormais tout entiers à leurs rêves de gloire, ne cessent de griffonner, en cachette, mémoires et poésies.» (Perrier) « C'est la poésie qui est la forme la plus ordinaire des compositions des prisonniers. » (Francotte, L'anthropologie crim., cité par Perrier, La maison centrale de Nîmes, p.121). « Le soleil a disparu, la nuit répand ses noires tentures. L'angoisse me monte à la gorge, la nuit sera longue. (En rendant sa feuille, il me dira : « On devient poète en prison. ») » (Montaron, Les jeunes en prison, p. 54)
    • Voir Bourdieu (La Distinction?) sur la poésie dans classes pop. Tirer vers poésie comme parole du peuple ou des origines (Rousseau, rhétorique, origine du langage, etc. ?)
  • argot vs enseignement
    • 1923 : « Nul n'ignore les difficultés que rencontre l'instituteur dans l'enseignement de la langue française. Lorsque les enfants lui sont confiés, leur vocabulaire est pauvre et il appartient plus souvent à l'argot du quartier, au patois du village, au dialecte de la province qu'à la langue de Racine ou de Voltaire. Le maître doit se proposer pour but d'amener ces enfants à exprimer leurs pensées et leurs sentiments, de vive voix ou par écrit, en un langage correct. » (source)
    • 1938 : « Les enfants ont appris de leurs mères, de leurs familles et de leurs camarades la langue maternelle; ils ont acquis en parlant les habitudes linguistiques de leur milieu. Ils parlent une langue mêlée de mots d'argot et de termes impropres, indifférente aux accords essentiels de genre et de nombre, ignorant la valeur des temps et des modes. A l'école, les maîtres enseignent l'usage correct, le bon usage de la langue. Quand un élève emploie un mot à la place d'un autre, ou bien en défigure la prononciation, quand il construit une phrase suivant une syntaxe usuelle mais populaire, c'est la tâche du maître d'enseigner la prononciation exacte et la signification précise du mot, la construction correcte des propositions et des phrases. Cependant, le milieu familial et social résiste à cette action de l'école. C'est pourquoi l'enseignement pratique de la langue française est nécessaire tout au long de la scolarité. (IO de 1938) » (source)(valider les liens)
  • Argot des voyous = argot des policiers
    • 1986 : « le jargon du Milieu et des policiers – c'est souvent le même – » (Brigouleix 1986, p. 214)
    • 1993 : « Quand on poursuit toute une vie des “carrières parallèles”, on a forcément un langage commun. Quand je donnais des cours à l'école de police, je recommandais vivement à mes étudiants les livres d'Alphonse Boudard : c'était le meilleur moyen de comprendre le milieu ! » (Roger Le Taillanter, cité dans Péronnet (Valérie). « Mais que dit la police ? »).
  • Connaissance de l'argot nécessaire aux policiers
    • 1900 : « Tenez, le lecteur a vu plus haut que M. Jacob, lorsqu'il me reçut, me demanda si je parlais l'allemand. À sa place, j'aurais demandé : –Parlez-vous l'argot ? La langue verte est en effet la langue que doivent parler tous les inspecteurs de police. Pensez donc ! Tous les jours nous sommes en contact avec des gredins de la pire espèce qui ne disent jamais un mot de vrai français et qui, devant le comptoir des marchands de vin de la dernière catégorie, ne s'abandonnent qu'à ceux qui, familiers avec eux, ont l'air dessalé (malin) et qui s'expriment en leur langage. Or, la plupart des agents de la Sûreté n'entravent que le digue (ne comprennent pas un mot d'argot). C'est désolant. Moi, sans être « tout à fait dessalé », j'avoue que je pourrais fort bien écrire les présentes lignes en argot sans avoir besoin de recourir aux bons soins de MM. Francisque Michel et Moreau-Christophe. » (Rossignol, Mémoires, pp. 10-11)
  • Métaphore - « La langue qu'on parle là [au bagne des galériens] a son dictionnaire et sa grammaire, argot dégoûtant, plein de comparaisons fangeuses, où étincellent aussi d'effrayantes métaphores, des onomatopées terribles. » (Page, art. Galériens, Dict. de la conv., 1836, t.29, p. 269)
  • Sémantique : valeur ajoutée du mot argotique - « je travaille de mes mains, [...] mais je reste un intellectuel qui passe son temps à penser. (Ou plutôt à gamberger : gamberger n'est pas seulement la forme argotique du verbe penser, en disant gamberger je ne dis pas ce que je dis en disant penser.) » (Goldman, Souvenirs obscurs d'un Juif polonais né en France, p. 46 éd. points 2005 [1975]).
  • Argot cryptique et ET : « En présence des aliens dégoûtants, Fulton a l’idée de parler en argot : « Jactons l’argomuche… y pigerons que dalle ! ». Sans doute parce que les extra-terrestres connaissent toutes les langues de la Terre grâce aux émissions de radio qu’ils piratent, c’est bien connu, ceux-ci rétorquent : « Jactez ce que vous voudrez… nous pigeons tout ! ». Flûte ! » (René BRANTONNE & Pierre de QUEYRAC, La Toupie infernale & A travers l'Infini, Collection "Spatial" n° 36 - notice de bouquiniste)
  • Argot < Patois : « Ce seroit faire beaucoup trop d'honneur à l'argot que de le ranger parmi les patois, et on ne le rapporte ici que par analogie, pour ne pas multiplier les divisions. Les patois sont des dialectes très bien faits, assujettis à des règles invariables, qui ont leur esprit, leur caractère, leur littérature, et qui peuvent revendiquer les mêmes droits, sinon la même illustration, que la langue nationale. L'argot est une langue factice, mobile, sans syntaxe propre, dont le seul objet est de déguiser, sous des métaphores de convention, les idées qu'on ne veut communiquer qu'aux adeptes. Son vocabulaire doit, par conséquent, changer nécessairement toutes les fois qu'il est devenu familier au dehors, et on trouve, dans le Jargon de l'argot réformé, des traces fort curieuses d'une révolution de cette espèce. Les hommes de tout pays qui parlent l'argot, ou une langue analogue, forment la classe la plus vile, la plus méprisable et la plus dangereuse de la société ; mais l'étude de l'argot, considérée comme œuvre d'intelligence, a son côté important, et des tables synoptiques de ses synonymies en divers temps ne seroient pas sans intérêt pour le linguiste. » (Nodier, Description raisonnée d'une jolie collection de livres, 1844)
  • Succès de l'argot en 1829 (émotions fortes et femmes en quête de sensations) : « Le genre horrible, cette maladie de notre siècle, si avide d'émotions fortes, se soutient. Voici encore venir le Forçat libéré avec son 4e et dernier volume, terminé par un dictionnaire de la langue des bandits, l'argot. Peut-on être étonné du succès de pareils ouvrages, quand on voit dans les procès criminels, la bonne société garnir l'enceinte de la cour d'assises ? quand nos petites maîtresses sont abonnées à la Gazette des Tribunaux, et quand leurs femmes de chambre la lisent ? » (Le Messager des Chambres, n°224, 12 août 1829)
  • Argot coloré : « ma compagne me racontait dans son "argot" coloré avec force détails croustillants les amours scandaleuses de ces deux détenues » (Le Pourrissoir, p. 72)
  • Argot pittoresque :
  • « la montre ou bobinot, sans oublier la chaîne, que, dans leur langage pittoresquement imagé, ils appellent la bride. » (Villiod, La Pègre, p. 3)
  • « Je sais fort bien qu'on a reproché au père de Jésus-la-Caille d'avoir campé une pègre quelque peu baudelairienne, de la faire s'exprimer dans un langage d'un pittoresque concerté. Mais n'est-ce point son droit ? » (Source : Dyssord, 1922)
  • Problème de l'authenticité des sources : « Quoi ! depuis douze mois, sur la foi du prince Rodolphe, du Maître-d'École, de la Chouette, de Tortillard et autres plus ou moins intéressants personnages, nous sommes convaincus que toquante signifie montre, et voilà qu'un pègre obscur et pur sang, et d'autant plus pur sang qu'il est obscur, nous apprend que, depuis dix ans, le mot toquante n'a plus cours, et qu'on dit bob ! Depuis douze mois, vous croyez avoir dans votre gousset une magnifique toquante, eh bien non ; vous n'avez qu'un misérable bobineau ! C'est très-humiliant. Et qui nous répond maintenant de l'authenticité de mille autres termes d'argot auxquels le Tapis-Franc de la rue aux Fèves a initié nos familles ? Sur quoi peut-on compter désormais, si l'argot même a cessé d'être une vérité ? Et puis, n'est-il pas déplorable qu'un obscur grinche vienne enlever à un grand écrivain la moitié de son auréole ! » (Macédoine littéraire, 1843).
  • évolution continuelle de l'argot (on est toujours en retard) : « vous êtes dans l'erreur, le mot toquante ne se dit plus dans l'argot, depuis plus de dix ans (rires dans l'auditoire). Une montre s'exprime par un autre mot que je dirais bien… M. le président : Quel est ce mot ? Clivat : Bob ou bobineau. » (La Belgique judiciaire, 1843)

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